Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles 1910

23 avril 1910 - 1 novembre 1910


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Canada

Canada à l'exposition de Bruxelles 1910

La participation canadienne est l’une des plus belles et des plus intéressantes, surtout pour un pays surpeuplé comme le nôtre.

Les directeurs de l’exposition, M. le colonel William Hutchison, commissaire - général, et M. Thomas Côté, commissaire-général adjoint, et les fonctionnaires qui les assistent, se sont proposés de montrer aux habitants de la Belgique les immenses ressources naturelles du Canada et ils y ont pleinement réussi. Grâce aux produits exposés, aux indications qui les accompagnent et aux tableaux suggestifs qui complètent le tout, on peut se faire une idée exacte du Canada, un des greniers du monde et un des dépôts de minerais les plus riches de l’univers.



Un vaste empire pourrait être édifié sur la partie du globe que couvre le Canada. Ce pays comprend en effet la moitié septentrionale de tout le continent de l’Amérique du Nord. Son étendue est de 3,745,574 milles carrés : c’est presque la superficie de tout le continent européen. Dans cet immense territoire pourraient loger quatorze Autriche-Hongrie. Il a dix-huit fois la superficie de l’Allemagne ; dix-huit fois celle de la France ; quarante-quatre fois celle de l'Italie, et deux cent trente-quatre fois celle de la Suisse. Le Canada est aussi grand que les Etats-Unis avec les dépendances américaines de Hawaï et les îles Philippines.

Le chiffre de la population que le Canada peut sustenter est si considérable que l’on ne saurait s’en faire actuellement une idée exacte, et il faut encore rester dans les conjectures. Il pourrait loger et sustenter autant de millions de population qu’il y en a aux Indes ou en Chine. C’est un pays de vastes plaines, de zones forestières splendides, de montagnes altières, de. rivières majestueuses, de lacs immenses, de havres profonds et sûrs et d’un climat sain et vivifiant.

De l’est à l’ouest, le Canada mesure trois mille milles ; du sud au nord, quinze cents milles. Il s’étend à partir de la latitude de la Méditerranée, au sud, jusqu’à l’océan arctique.

Au sud du Canada se trouvent les Etats-Unis. Sur un parcours de presque trois mille milles, ces deux pays sont limitrophes. Le Canada est borné à l’ouest par le Pacifique et l’Alaska, au nord par l’océan Arctique et à l’est par l’océan Atlantique.


Les Canadiens sont au nombre de 7,600,000. Un recensement se fait tous les dix ans dans le pays sous la direction du gouvernement. Le dernier a été fait au mois de mars 1901. Il indiquait que la population était, à cette époque, de 5,37 1,3 1 5. Durant les neuf années qui se sont écoulées depuis ce dénombrement, il y a eu une augmentation considérable. L’immigration d’Europe et des Etats-Unis a été constante. Il n’y a pas eu pratiquement d’émigration du Canada aux Etats-Unis, bien qu’autrefois ce mouvement de population fut constant. Ainsi donc, le Dominion a profité de toute l’augmentation naturelle des neuf années.


Le Canada est un pays à la fois très neuf et très civilisé. Les grandes photographies coloriées et transparentes et les peintures intéressantes qui contribuent, si agréablement, à la décoration de, la section, le présentent sous ces deux aspects.

On voit d’une part d’immenses hôtels de belle apparence, des ponts, des quais, des ouvrages d’art prodigieux, d’immenses navires qui font le service des grands lacs, des élévateurs, des briqueteries, de papeteries, des bâtiments de mine énormes ; d’autre part, les vastes champs, les grosses cultures, ces vergers opulents qui gagnent tous les jours sur l’ancienne sauvagerie, les forêts exubérantes, les paysages grandioses d’un caractère étrangement impressionnant.

Au centre de la section sont rassemblées les machines agricoles et s’érigent en trophées les produits caractéristiques de la contrée. L’un de ces trophées est formé d’anthracite, de mica, d’amiante et de nickel. Ces quatre minéraux font particulièrement l’orgueil du Canada. La production du nickel, surtout, est son apanage ; il fournit les neuf dixièmes de ce qu’en consomme le monde entier.

Mais il faut faire le tour de la section et s’arrêter devant les grandes loges qui donnent une idée si complète de la production canadienne. Des panoramas, au fond de chacune, contribuent à la démonstration de ses différents genres d’activité.

Dans la première est représentée la culture des grains : la ferme, les moissons, la récolte, tous les travaux qui incombent au fermier jusqu’à ce qu’il apporte son blé à l’elevator, où on lui en donne le reçu qu’il peut négocier à sa guise : car, à partir de l’elevator, où le grain de la région est emmagasiné, le transport et la vente ne le regardent plus. C’est affaire d’une organisation commerciale spéciale. Le principe de la division du travail est toujours observé en Amérique.

Dans le compartiment figurent des échantillons de toutes les variétés de grains cultivés, des exemples de la façon dont ils sont empaquetés et distribués dans le commerce, des types de tous les produits qu’on en tire : farines, bières, whisky, etc., etc.

Le second compartiment montre une des régions situées à la limite du Canada sauvage et du Canada défriché, une de celles où s’affirme l’effort énergique des pionniers. A l’avant-plan, les cultures en pleine valeur. Plus loin, les premiers ensemencements. Au fond, la terre vierge. Et, fuyant devant le travail humain, la cohue des animaux qui naguère vivaient là à l’état sauvage et que la charrue va sans cesse refoulant vers des réserves plus éloignées.

Le compartiment suivant montre les produits et le matériel de la pêche, les poissons excellents qui abondent dans des eaux aussi fertiles que les terres.
Puis viennent les bois d’ébénisterie et de menuiserie de tous les tons, du blanc au rouge brun, du jaune au brun et au vert : il y en a, comme l’érable, qu’on s’étonne de voir si peu employés, si peu Connus chez nous. Le panorama représente une rivière coulant dans une forêt canadienne, habitée par des castors : et on aménage un bassin dans lequel vous verrez des castors vivants, construisant leurs habitations. Si vous avez lu dans votre enfance les romans de Mayne-Reid — oh ! l’Habitation du Désert - vous aurez gardé pour les castors une curiosité sympathique qui trouvera à se satisfaire (on dit bien que nous avons des castors chez nous, mais ils ne sont pas de l’espèce laborieuse).

Au delà, autre panorama de forêt : des conifères que l’on exploite pour la fabrication dp la pâte à papier. Vous voyez aussi là comment s’opèrent l’abattage, le transport, toute la mise en œuvre du « bois de pulpe ». Ce compartiment sera animé par des oursons vivants, personnages qui se rencontrent fréquemment dans les bois dont il s’agit.

Voici maintenant les produits de l'exploitation des mines : les charbons, les gros blocs de mica, l’amiante et la machine qui le broient le réduit en fibres, les feldspath, les minerais brillants, disposés sous une voûte caverneuse qui sera éclairée par des jeux de lumière électrique. Au fond, des cercles concentriques symbolisent... le Pôle Nord ! Car le Pôle Nord, prétendent les Canadiens, n’est ni à Peary, ni à Cook : il est au Canada.

Ici s’alignent les innombrables matériaux de construction et encore des produits des mines. Les pierres et les marbres, bruts, polis, taillés, offrent une variété de grains et de teintes extraordinaire. Il y a un porphyre rouge superbe. Il y a un tas de ce minerai d’argent qui rend 2,500 francs à la tonne. Il y a des pépites d’or du Klon-dyke. Il y a, bien entendu, le nickel, l’asbeste, le mica nationaux... Mais je ne pourrais vous dire tout ce qu’il y a : du reste, un professeur de l’Université de Montréal viendra, pendant la plus grande partie de l’Exposition, s'installer ici pour fournir à tous ceux que la chose intéresse, tous les renseignements désirables sur la minéralogie canadienne.

Enfin, conclut M. Ed. Cattier, à qui nous empruntons une partie de cette description, devant un panorama de vergers édéniques où l’on procède à la cueillette des pommes, sont conservés dans des bocaux l’assortiment splendide des fruits canadiens, pommes, prunes, cerises, raisins, pêches, abricots énormes, rebondis, pléthoriques, crevant de jus, et aussi savoureux, assure-t-on, que beaux ; et aussi les marmelades, confitures, vins, liqueurs de fruits ; et le miel ; et ce jus sucré de l’érable dont le bon Mayne-Reid, encore, nous entretenait en notre jeune temps.


Le succès de la participation canadienne a a été en grandissant, et nous n’en voulons pour preuve que la foule élégante qui se pressait au pavillon le Ier juillet, les organisateurs ayant voulu faire coïncider la date de la cérémonie officielle d’ouverture avec celle de la fête de la confédération canadienne.
C’est MM. Hutchison et Coté, commissaires-généraux, qui recevaient les nombreux invités.

Il y avait là toutes les notabilités de l’Exposition, de nombreux membres du corps diplomatique, ainsi que de nombreuses dames et jeunes filles.
Au nom de M. le commissaire-général Hutchison tant qu’en son nom personnel, M. Coté s’est exprimé en ces termes :
« Au nom de M. le colonel Hutchison, pu nom de tous les membres de la commission canadienne à l’Exposition, au nom du Canada, j’ai l’honneur et le plaisir de vous souhaiter la bienvenue au milieu de nous ce soir.

» En entrant dans ce pavillon, vous avez pu lire cette inscription : « Soyez les bienvenus ! » Cette parole s’adresse depuis le commencement de l’Exposition et s’adressera jusqu’à la fin de ce grand congrès international, à tous ceux qui nous ont fait et nous feront l’honneur d’une visite. Mais, la bienvenue que nous vous souhaitons ce soir est, de notre part, d’autant plus cordiale que vous venez célébrer avec nous le 43e anniversaire de la Confédération canadienne et la fête nationale de notre grand et beau pays.

» A l’occasion de cette fête, le peuple canadien jette naturellement un coup d’œil dans le passé et regarde aussi vers l’avenir. En regardant dans le passé, nous sommes heureux de pouvoir établir des points de comparaison entre notre pays et la Belgique — et de constater que durant les quatre dernières décades, les deux peuples se sont développés d’une façon merveilleuse, sous l’égide de leurs institutions libres. Nous nous réjouissons des progrès accomplis par votre pays dans les domaines de l’industrie, du commerce, de l’agriculture, des arts, de la finance et aussi dans le domaine colonial.
» Nous applaudissons au développement prodigieux qu’a su promouvoir dans toutes les branches de votre activité nationale le grand et patriotique monarque que vous venez de perdre et nous nous inclinons avec respect au souvenir de son nom.

» Nous saluons aussi avec émotion vos nouveaux souverains, votre Roi si justement populaire, votre Reine si attirante par sa simplicité, sa grâce et sa bonté. Quelques jours de règne seulement leur ont suffi pour conquérir d’une façon maîtresse l’affection du peuple belge. Vos souverains ont fait plus : ils ont réussi, en peu de temps, à entourer leurs fronts royaux d’une auréole brillante et lumineuse, c’est-à-dire de l’admiration spontanée et respectueuse de tous les peuples de la terre. A l'instar de la nation belge, nous avons l’a certitude que le règne de S. M. Albert Ier et de la reine Elisabeth, inauguré sous de si glorieux auspices, sera heureux et tout rempli de prospérité pour la Belgique.

» Quant à ce qui regarde notre pays, en constatant les progrès réalisés depuis la Confédération et surtout durant- les deux dernières décades, nous envisageons l’avenir avec confiance. Grâce à l’augmentation de notre population et aux capitaux étrangers qui, nous le savons, seront désireux de profiter de nos avantages et de nos ressources, nous pourrons, durant ce siècle, sortir de notre sol, de nos forêts et de nos montagnes, de nos océans et de nos fleuves, de nos lacs et de nos rivières, les immenses richesses qui y dorment et dont l’exploitation rationnelle contribuera, à la prospérité non seulement de notre pays, mais au bien-être de toute l’humanité, grâce aux échanges internationaux. »

M. Coté a adressé de vLs remerciements aux différentes personnalités du commissariat-général du gouvernement et du comité exécutif, et spécialement à M. le ministre Hubert.

M. Coté termine par ces mots :
« Il est dans la langue française un mot qui exprime merveilleusement les sentiments que tout homme ayant le cœur à sa place entretient pour ceux qui lui font du bien. Il n’a que deux syllabes ; on apprend à le balbutier dès l’enfance et, au fur et à mesure que l’on vient en contact avec l’humanité en grandissant, il s’échappe de nos lèvres à l’adresse de ceux qui ont de la bonté pour nous. Eh ! bien, ce mot, je l’adresse ce soir à tous, avec la sincérité de nos cœurs de Canadiens : Merci ! Encore merci ! Toujours merci ! »

A ce discours, M. Hubert, ministre de l’industrie et du travail, répond au nom du gouvernement. Il constate que le pavillon du Canada a le don d’attirer la foule à l’Exposition ; il compare notre pays, dont la population est la plus dense de tous les pays du monde, et le Canada, si riche, et où un avenir brillant peut attendre ceux qui iront le peupler. Le ministre rappelle les paroles de sir Wilfrid Laurier, qui disait : « J’aime la France qui nous a donné la vie; j’aime l’Angleterre qui nous donna la liberté, mais j’aime surtout le Canada, qui est ma patrie et mon sol. » Un peuple qui a ce sentiment, déclare le ministre, est un peuple d’avenir et peut être fier de lui ; et sir Wilfrid Laurier avait raison de dire, et je le dis avec lui : « Si le XIXe siècle fut le siècle des Etats-Unis, le XXe siècle sera celui du Canada. »
« Grâce à son activité, dit en terminant M. Hubert, à son labeur, à un gouvernement éclairé, le Canada voit s’ouvrir devant lui les plus hautes destinées ; demain, il sera une grande nation. »

Puis, M. Maurice Lemonnier, remplaçant M. Janssen, indisposé, a félicité ensuite les commissaires canadiens de la brillante participation. Il a lait l’éloge de ce beau pays, qui peut donner encore, à ceux qui iront vers lui, le bien-être et la richesse. L’honorable échevin de Bruxelles a fait très éloquemment l’éloge de l’Exposition canadienne, qui parle, non seulement aux yeux, mais aussi à la pensée.

Un très intéressant concert-promenade termina cette brillante fête consacrant définitivement le très grand et légitime succès de la participation canadienne.

©Exposition Bruxelles 1910