Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles 1910

23 avril 1910 - 1 novembre 1910


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Brésil

Brésil à l'exposition de Bruxelles 1910

Architecte(s) : Van Ophem

Alors que venait de s’ouvrir, sous les plus brillants auspices, cette Exposition mémorable dont l’éphémère existence s’achève parmi la vogue la plus persistante, nous imprimions dans un des premiers numéros de cette publication : « On ne saurait trop insister sur la part active que le Brésil prendra à la prochaine Exposition de Bruxelles. Il s’agit, en effet, d’un pays dont le prodigieux et rapide développement s’est surtout manifesté en ces dernières années dans toutes les branches de l’activité économique, attirant sur lui l’attention de l’Europe tout entière, qui voit en lui un superbe débouché industriel et commercial. »

Aujourd’hui que le palais grandiose érigé dans les jardins du Solbosch par les soins d’un comité officiellement constitué par le gouvernement du plus important des Etats de l’Amérique du Sud a fermé ses portes en même temps que tous les autres auxquels nous dûmes de connaître et d’admirer les richesses et l’activité de tant de pays du vaste monde, il est un légitime hommage que nous devons apporter à ceux qui réalisèrent une des plus magnifiques contributions, et des plus abondantes, à notre World’s Fair.

Dans le nombre de millions de visiteurs qui ont pénétré dans l’Exposition, je crois bien qu’on n’en trouverait pas un seul qui soit passé indifférent devant le monument, élégant et majestueux à la fois, que l’architecte Van Ophem édifia non loin du décoratif pavillon de la ville de Bruxelles.

C’est que l’ampleur de cette construction, d une harmonieuse architecture, n'a d’égale que sa beauté. C'est aussi que l’intérêt et la variété de ce qu’elle contient, la façon dont tout y est ordonné, présenté, n’ont d’égal que le luxe extérieur de l’édifice.

Il n’y eut qu’un regret : unanimement on déplora qu'un palais aussi imposant, une façade, un dôme, un perron, des abords aussi superbement réalisés n'eussent point trouvé le bénéfice d’une situation plus avantageuse.
Quel parti n’eût point tiré de la présence en bordure de ses pelouses et de ses parterres de ce blanc palais séduisant, le jardin de Bruxelles encombré de trop d'édicules mesquins et sans caractère ? Quel merveilleux coup d'œil eût été réservé au visiteur si, devant lui, au bout de la grande allée qui part de l’entrée principale il eût pu apercevoir, en fond prestigieux de décor, ce monument fastueux et gracieux tout ensemble ?
Mais ces regrets tardifs sont superflus et je me suis laissé dire que des circonstances auxquelles il n’appartient à personne d’apporter remède imposèrent le choix d’un emplacement défectueux, qui présentait cet essentiel défaut de ne ménager aucun recul à un bâtiment dont la beauté totale ne pouvait s’apprécier que dans un regard d’ensemble, d’un point de vue suffisamment éloigné.


Aussi bien le succès de la participation brésilienne en elle-même n’a-t-il été en rien compromis par le désavantage de la situation topographique qui dut lui être assignée.

Que de pas ont foulé les marches de ces deux spacieux escaliers qui donnaient accès à l’entrée du palais et dont la double courbe enfermait la fontaine dans laquelle, le soir, se jouaient des jets et des gerbes savamment colorés de toutes les nuances du chatoyant arc - en - ciel ! Que d’yeux ont admiré aussi l’illumination du dôme aux glauques transparences qui, dans la nuit, prêtait des aspects de château de légende ou de féerie à ces heureuses audaces de plâtre, de staf et de verre !

On comprenait tout de suite, à peine avait-on franchi le seuil du hall aux proportions gigantesques, que beaucoup d’orgueil s’attestait dans tout ce qui se présentait aux yeux. Mais un orgueil fécond et légitime, celui qui peut être la forme prise par la fierté d'un peuple conscient du labeur de son passé, de la prospérité de son présent et surtout des heureux présages de son avenir.

Quel chemin a parcouru en effet ce pays si diversement habité, si changeant d’aspect et de ressources, si ballotté entre des destinées politiques contradictoires depuis quatre siècles que Vespuce, Vincent Pinzon, Pedro-Alvarez Cabrai et d’autres abordèrent ses rivages qu’ils crurent ceux d’une île à laquelle ils donnèrent le nom de Vera-Cruz !

Dès les premières années de l’immigration européenne les villes se fondèrent, aussitôt après que, l’erreur initiale reconnue, les explorateurs changèrent le nom de Vera-Cruz en celui de Brazil, emprunté par eux à un bois de teinture rouge très abondant sur ce sol éminemment forestier. Ce fut San-Salvador, ce fut Rio-de-Janeiro, vite industrieuses et peuplées où Portugais, Français, Hollandais organisèrent le négoce avec les nègres, les mulâtres et les indiens.

Hollandais et espagnol jusqu’en 1654, le vaste Etat, rapidement prospère, mais fréquemment troublé par des discordes, devint portugais. C’est ainsi qu’en 1808, l’invasion du royaume européen par les Français ayant obligé la famille royale à s’exiler, Jean VI et sa famille trouvèrent asile à Rio-de-Janeiro.

Mais le peuple brésilien n’attendait qu’une occasion favorable de secouer le joug étranger qui lui pesait. Il profita, en 1821, du retour de Jean en Portugal, pour proclamer son indépendance et nommer empereur le régent dom Pedro, fils aîné du roi.

Le règne de dom Pedro et celui de son fils en faveur duquel il abdiqua en 1821 furent une ascension constante vers la puissance commerciale, le développement économique, social et industriel, même vers la grandeur artistique et intellectuelle d'un empire aujourd’hui admiré et respecté dans le monde entier. Le régime nouveau eut cependant à lutter de plus en plus contre les efforts des républicains fédéralistes et contre d'incessants mouvements séparatistes. Ces dissensions intestines devaient aboutir au facile coup de force de 1889, qui permit au maréchal Deadoro da Fonseca de proclamer et de faire reconnaître la République des Etats-Unis du Brésil.

En vingt ans la population des vingt capitaineries primitives avait passé de 10 à 13 millions d habitants. De 1889 à 1909, soit pendant les vingt années suivantes, elle passa de 13 à près de 25 millions.


Les organisateurs de l’Exposition brésilienne à Bruxelles ont montré d’une façon ingénieuse et saisissante ce qu’est leur grand pays. Deux cartes murales leur ont suffi pour cela. L'une est une carte économique situant dans leurs centres essentiels d exploitation ou de fabrication les produits du sol ou de l'industrie. Nous y voyons schématiquement représentés les deux bassins fondamentaux du Brésil : les plaines immenses et basses du nord-ouest baignées par l’Amazone et ses innombrables affluents ; les régions montagneuses du sud et de l’est. C’est le superbe bassin de l’Amazone présentant sur presque toute sa superficie le luxuriant aspect d’une immense forêt vierge ; c’est l’étendue énorme des pampas méridionales ; c’est aussi le long développement des côtes océaniennes, zone d’une incomparable fertilité où toutes les cultures donnent des rendements sans pareils.

Quelques chiffres concrétisent ce que le graphique ne fait qu’indiquer : ramenons -les à ces deux conclusions éloquentes : la valeur des produits importés au Brésil en 1909 fut de 63 millions 724 440 livres sterling ; celle des produits exportés par le Brésil dans le courant de la même année fut de 37,111,748 livres sterling.

L’autre carte est plus originale encore et surtout plus édifiante. Dans le cadre des frontières géographiques de la grande république sud - américaine ont été, à l'échelle correspondante, dessinés les contours de tous les Etats d’Europe. Et l’ensemble de ces superficies tient à l’aise, évidemment, en laissant même de larges espaces inoccupés, sur les 8,337,000 kilomètres carrés du territoire brésilien.

Et puis alors il s’est agi d’« illustrer » ces documents théoriques, comme aussi les tableaux, les diagrammes, les statistiques répandues à profusion et qui affirment l’incessant développement des chemins de fer, des communications fluviales, des industries diverses, etc.

Ce fut le rôle des échantillons nombreux mis sous les yeux des visiteurs.


Le souvenir que l’on gardera de la participation brésilienne à l’Exposition de Bruxelles sera inséparable du plaisir que chacun prit, — oui, chacun, car je crois bien que personne n’y manqua — à la dégustation du café indigène savamment préparé et généreusement offert.

C’est à la fin du XVIIIe siècle que les Portugais introduisirent la culture du café dans la colonie. Elle n’a pas cessé depuis lors d’y prendre un développement de plus en plus fructueux. Aujourd’hui elle est, avec l’élevage dans les pampas du sud, les mines et les carrières du Matto Grosso ou de Minas Géraës, la récolte du caoutchouc sur les frontières brésiliennes et péruviennes et l’exploitation des bois si variés et si riches des forêts de l’Amazone, la principale source de prospérité des planteurs indigènes et étrangers.

De Bahia à Port - Allègre et dans une zone de territoire qui s’étend jusqu’aux sources du Paranahyba, la culture des caféiers est l’objet essentiel de l’activité brésilienne.

Un diorama fort agréable à l’œil nous en a montré des aspects instructifs autant que pittoresques. Ils avaient été établis dans les sous-sols du spacieux palais, tandis que d’autres spécimens de paysages tropicaux des provinces fertiles de Saô - Paulo, de Grao-Para ou de Rio-Grande do Sul nous donnaient une idée de la flore et de la faune de ces régions privilégiées.

Je ne dénombrerai pas ici les produits de tous genres si habilement présentés au visiteur dans des rayons ou des vitrines d’un luxe élégant qui fit l’admiration générale.

Les organisateurs mirent une compréhensible coquetterie à nous donner la multiple preuve que, de la Guyane â l’Uruguay, de l’Atlantique à l’Argentine, il n’est rien qui ne se trouve, ne se récolte ou ne se fabrique. Mais les blocs de riches minerais, les variétés admirables de bois aux polissures diaprées, aux veinures inattendues ; les pierres précieuses, les algues marines, les agates, les onyx, les quartz aux féeriques cristallisations ; les marbres éblouissants de Sorocaba méritèrent de retenir par leur rare beauté tout spécialement l’attention.

Et n’est-ce pas le vrai but d’une pareille manifestation que ce don d’éveiller chez le spectateur Tardent désir de partir au plus vite visiter un pareil pays de richesses et de merveilles ?

Il me semble bien qu’aucun visiteur du somptueux palais brésilien n’a manqué de souhaiter, ne fût-ce qu’un instant, de pouvoir répondre à l’appel de cette secrète envie : prendre le premier paquebot en partance pour Rio-de-Janeiro.

©Exposition Bruxelles 1910