Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles 1910

23 avril 1910 - 1 novembre 1910


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Jardin Hollandais

Jardin Hollandais à l'exposition de Bruxelles 1910

D’un tout autre caractère, le jardin hollandais présente aussi un grand intérêt. Créé par la Fédération d’horticulture néerlandaise de Rotterdam, il est d’une facture curieuse et originale.

Nous sommes dans un jardin régulier encore, mais combien différent du premier ! Comment exprimer ce caractère particulier, peut-être un peu froid, mais des plus intéressant cependant ?

Ce n’est plus ici l’élégance, la grâce, lés proportions harmonieuses du tracé qui caractérisent le jardin ; mais il nous plaît par son côté amusant, quoique de lignes très sobres et simples, par la succession des tableaux qui s’offrent successivement à notre œil intéressé, par la grande fantaisie qui préside à l’arrangement des multiples détails.


Le panorama du jardin de la Ville de Paris qui, tantôt, nous charmait et nous émouvait par l’ampleur de ses lignes, a fait place à une suite de motifs très voulus.

Rappelons la disposition du jardin — constitué par un rectangle d’étendue assez restreinte.

Dans les coins sont placés quatre petits kiosques renfermant diverses collections et dominant quelque peu l’ensemble, tandis que l’entrée, de beaucoup de caractère, est située au milieu de chaque côté. L’intérieur du rectangle est divisé de façon très simple par de larges bandes diversement fleuries, légèrement en contre-bas, que séparent des sentiers. Au centre, point inférieur du jardin, est situé, de façon très logique, le bassin entouré d’emplacements pour le repos.

Les différents niveaux sont — ce qui est voulu — nettement déterminés par quelques marches, encadrées de piédestaux avec vases ornant les salles de repos.

Dès l’entrée, à peine a-t-on franchi l’une des grilles des mieux proportionnées et si riches, un tableau, à lui seul, suffirait à caractériser ce jardin. C’est légèrement exhaussé sur un terre-plein formant terrasse et adossé à une haie de conifères d’un vert sombre, un banc en bois, d’un dessin simple et très heureux, peint en blanc uni et encadré de deux vases garnis d’arbustes verts taillés. Cette scène, dominant quelques marches en briques qui complètent l’ensemble, constitue
une salle originale, un joli coin d’une intimité prenante. Peut-être des fleurs éblouissantes dans les vases l’auraient-elles égayé ; mais je crains cependant qu’elles n’eussent, malgré toute leur fantaisie, et peut-être à causé d’elle, rendu banale cette entrée vraiment réussie.

Voici encore, entourant le bassin, très simple de contour, et la fontaine centrale, une suite de bancs, en pierre cette fois, agréablement encadrés de pilastres avec vases garnis identiquement.

L’ensemble ainsi constitué est des plus heureux et vous satisfait entièrement. Ainsi donc, c’est la même pensée dominante, le même esprit, qui a présidé à l’arrangement général, de façon à donner à l’ensemble un caractère unique et bien typique.

Tout l’intérêt du jardin réside dans l’originalité des détails, dans la disposition des terrasses successives et que l’on domine parfaitement des pavillons d’angle, dans le choix et la variété des plantations, provenant toutes de Hollande, où les conifères, arbustes toujours verts, taillés, placés aux points principaux, accusent le caractère des ensembles. Ici un buis est curieusement dressé, en forme d’oiseau. Là un if élégamment conduit nous révèle la patience des jardiniers hollandais, tandis que plus loin, en de larges plates-bandes, les roses unicolores, les géraniums d’une blancheur éclatante, les sauges resplendissantes ou autres fleurs, encadrées par le vert frais des gazons, tranchent vigoureusement sur le fond sombre des premiers et infusent à l’ensemble si caractéristique la couleur et la vie.

En principe, un tel jardin, en y introduisant évidemment les modifications nécessaires résultant de la disposition des lieux et des préférences de chacun, pourrait certainement s’adapter à de multiples situations. Dans bien des cas, et surtout pour des emplacements réduits, dans les villes notamment, il remplacerait avec avantage ces jardinets de convention — pâle imitation du jardin paysager — qui sont pourtant si répandus, quoique le plus souvent d’une désespérante banalité et sans aucun caractère.

Je termine ici les quelques remarques qu’il me semblait intéressant de vous soumettre au sujet de ces jardins.

Il est assez curieux d’observer que leur dominante est la régularité. Il a donc paru, à tous, et avec raison, à mon avis, que c’était là l’expression la plus parfaite, le style le mieux en situation pour communiquer au visiteur fatigué, au sortir des Galeries et Palais, le plus de joie, le plus de bien-être et de calme réconfortant.

© Exposition Universelle de Bruxelles 1910