Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Parc Zoologique

Parc Zoologique à l'exposition de Paris 1931

Ce n'est pas un cirque, mais un véritable musée vivant des bêtes exotiques. Rien ne pouvait contribuer davantage à donner à l’Exposition ce cachet de vie et de vérité qui ne sera pas un de ses moindres attraits. La flore des Tropiques est largement évoquée par la peinture et par les échantillons des produits agricoles. Les habitants de ces territoires lointains agissent, vont et viennent, vivent en un mot, parmi vous. La faune aurait manqué, si l’on s’était contenté des reproductions d'animaux naturalisés, incapables d'élargir en vous la pensée et les sensations.

Il ne s'agit pas davantage des pauvres bêtes que l’on a coutume de vous montrer dans des locaux vétustes et exigus, derrière des barreaux de prison ou des grilles rouillées. Ici, un grand spécialiste bien connu, la Maison Carl Hagenbeck, a reproduit pour vous un de ces parcs zoologiques dans lesquels la faune des contrées tropicales vous est présentée en liberté, dans un cadre aussi naturel que possible. Pas de grille, mais des enclos à fossés infranchissables et invisibles. Assis à la terrasse du restaurant, vous pouvez vous croire à la lisière d’une forêt, dans un coin de savane, en bordure d’un marécage; ou encore dans ce Paradis perdu que la haine et la méfiance ne fréquentaient jamais.

Une seule remarque : ce n'est qu’un parc provisoire, un parc d'été. Il y manque donc ces constructions massives et chauffées qui abritent les bêtes, en hiver, à leur volonté et par toute température.

Un conseil : ne jetez pas de pierres. C'est une habitude bien vile qu'ont certaines personnes d’insulter les prisonniers de marque. C’est une basse vengeance — inconsciente, mais de mauvais goût —exercée par des gens qui, eux, n’ont jamais couru les dangers de la brousse.

On croit beaucoup trop que les Tropiques comportement surtout des déserts et des forêts vierges. Ce ne sont là que des extrêmes. Prenez le chemin de ronde et voyez plutôt ce marécage africain avec ses oiseaux aquatiques. C’est un peu le spectacle de l'hivernage, cette saison au cours de laquelle il pleut souvent la nuit ou le jour, et plus souvent encore la nuit et le jour.

Plus loin, la savane africaine vous présente ses habitants : antilopes, zèbres, gazelles, armés pour la fuite et d’autres bêtes encore de taille plus réduite, mais qui vivent en paix avec les premiers, bien que leurs tempéraments et leurs caractères soient fort éloignés. Les petits se garent des puissants et savent éviter les bourrades avec adresse et familiarité.

Comment ne sont-ils pas plus inquiets, les uns et les autres, alors que rien, à la vue, ne les sépare des lions magnifiques et fauves qui sont là, à quelques pas d'eux? Ce n'est point un mystère. J'ai déjà vu des lions vivre, libres et tranquilles, à côté de chèvres et d'antilopes dont ils n’étaient séparés que par une mince palissade. Les lions repus n’attaquent point. Ils ne sont pas sanguinaires.
Tuer ne leur est pas un sport. Le jour, d’ailleurs, ils aiment dormir, sommeiller, se délasser. Ils s’animent surtout le matin et le soir.

Tout cela, les antilopes et les zèbres le savent. Et puis il y a ce fossé de 8 mètres sur 5 mètres de profondeur qui interdit tout saut, toute fuite.

Les singes, sur leur rocher, se savent également en sécurité. D’ailleurs, ils sont de la race qui n’hésite pas
à attaquer la panthère ou l’homme, quand ils sont en troupe de deux ou trois cents. Ces cynocéphales, rudes et intelligents, souples et brutaux, montrent à nu les manifestations primitives du sentiment. Jalousie, colère, plaisir, cupidité, ruse et rage, tout cela leur échappe dans le moindre geste. Ils sont aussi intéressants pour l'artiste que pour l’observateur.

Suivez le chemin de ronde et vous voici devant les girafes et les autruches. C'est la préhistoire, c'est la faune d’avant le déluge. On dirait qu'à cette époque reculée, avant que l’homme se multipliât, les animaux étaient aussi inoffensifs qu'énormes. L’autruche ne se défend que par la course. La girafe aussi. Pis encore, cette dernière ne peut exhaler sa souffrance si elle est terrassée : elle n'a pas de cordes vocales, elle est muette comme une anguille.

Et voici les rois de la faune : les éléphants. Ce ne sont que des éléphants des Indes, aux oreilles courtes, moins formidables que leurs frères d'Afrique que l'on est en train d’apprivoiser au Congo belge. Mais que de souplesse dans ses masses, que d'intelligence sous ce crâne énorme, derrière ce petit œil mobile ! Je vous souhaite la chance d'une journée chaude : vous assisterez au bain, qui est un de leurs exercices préférés.

Surtout, ne croyez pas que ce parc zoologique soit un spectacle inutile. Rien de ce qui vit ne nous est indifférent. Plus nous avançons sur les chemins de la science, et plus nous constatons qu'il n'y a pas de barrière épaisse entre les êtres vivants et même entre les animaux et les plantes. Ici tout est installé pour le mieux-être des bêtes inaccessibles au grand public civilisé, — je dirai même : inaccessibles aux indigènes, qui ne voient que rarement ces habitants mystérieux et puissants de la grande brousse.

On a réussi à acclimater des espèces tropicales dans les pays nordiques mieux que nous n'avons jamais su le faire dans notre climat tempéré. On a même remarqué que la Nature, très maternelle, a donné à ses enfants du Tropique une fourrure qui s'épaissit en hiver. Ne voit-on pas, à Hambourg, des " lions sur la neige ”?... Pour obtenir une telle réussite, seule digne de nos sentiments humains, il ne suffit pas de bien nourrir les bêtes : il faut surtout les aimer et chercher à comprendre leurs mœurs.

Je suis bien assuré que de telles visions aideront à créer l’ambiance que vous êtes venu chercher ici. Leur absence même ne vous semblerait-elle pas maintenant une gêne?

©Guide officiel - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931