Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Portugal

Portugal à l'exposition de Paris 1931

© Waroline Paris

Architecte(s) : Paul Lino

Le Portugal est représenté à l’Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931 par quatre Pavillons principaux. Ces constructions bordent la grande avenue qui contourne le lac Daumesnil, au point où celui-ci se trouve le plus près de l’enceinte de l’Exposition, à proximité de la Porte de Picpus. Etant donnée l’importance de l’œuvre colonisatrice des Portugais, si intimement liée à l’histoire de leurs grandes navigations et de leurs grandes découvertes, deux de ces Pavillons sont destinés à évoquer quelques-uns des exploits les plus remarquables des héros nationaux dans leur œuvre de diffusion de la civilisation européenne. Venant de l’entrée principale de l’Exposition, si l’on s’approche de la Section Portugaise, on a à droite les deux Pavillons Historiques, entre l’avenue et le lac. Le premier est surmonté d’une haute tour de 35 mètres qui porte au sommet, aux quatre faces, la croix vermeille du Christ, symbole vénérable de l’œuvre civilisatrice du Portugal, menée à bien depuis l’aube des temps modernes par d’aventureux voyages sur des mers inconnues, par la découverte et l’exploration des nouveaux continents et d’îles lointaines. Le premier Pavillon Historique est inspiré des constructions portugaises les plus typiques du XVe siècle, avec des réminiscences de l’art des Maures et avec cette rudesse primitive qui semble refléter le caractère austère, à demi mystique, à demi guerrier, de son illustre patron : l’Infant Dom Henrique le Navigateur (1394-1460), qui fut l’initiateur des grandes entreprises d’outre-mer et dont nous allons trouver la physionomie bien connue dans la statue que le portique ogival abrite. Ce Pavillon est destiné à contenir divers témoignages des entreprises portugaises les plus lointaines sous les règnes de Dom Affonso V (1430-1481) et de Dom Joâo II (1481-1495) et en particulier la documentation qui se rapporte aux reliques des Colonies portugaises du continent africain. En face de la statue de l’infant Dom Henrique et passé le Padrâo — une sorte de pierre votive, petit monument qui indique la nationalité représentée dans ce local, — nous voyons une autre statue sous l’abri du portique qui appartient au second Pavillon historique. C’est l’effigie du grand Affonso de Albuquerque (1452-1515), terrible guerrier de la conquête qui fortifia Ormuz, Goa et Malacca, et sut, avec la plus grande clairvoyance, édifier un vaste empire colonial portugais en Extrême-Orient. A ses pieds se trouve en bonne place la reproduction d’un des innombrables trophées ramenés par ce héros dans la Métropole : le canon pris au roi de Malacca en 1511, lequel se trouve au Musée Militaire de Lisbonne. Dans l’intérieur de ce Pavillon, dont le portail est inspiré du style de l’époque manuelina (1495-1521), et où l’on discerne quelque chose du goût maritime de certains de nos monuments de l’architecture au commencement du XVIe siècle, on trouve installée en deux étages l’intéressante documentation relative à la phase la plus brillante de l’expansion mondiale portugaise en conquêtes et découvertes, qui valurent au roi Dom Manuel Ier le surnom de Afortunado ou Venturoso (fortuné, heureux). Le Pavillon se prolonge vers l’est par une aile en galerie ouverte, où sont placées, entre autres curiosités historiques, la reproduction du célèbre rocher d’Yelala — inscription des chevaliers de Dom Joâo II gravée sur la rive du fleuve Congo à 200 kilomètres de la côte; — la copie de la pièce connue sous le nom de Canon de Diu, qui fait partie de l’importante collection de pièces d’artillerie, — trophée de nos conquêtes d’outre-mer, existant au Musée Militaire de Lisbonne ;—et des reliques très curieuses de padroes ou bornes de suzeraineté, que les navigateurs découvreurs du XVe siècle allaient implanter, par ordre de Dom Joâo II, sur tout le pourtour de la côte africaine.

A la suite de ce Pavillon historique se trouve une petite construction décorée dans le goût des anciennes maisons de campagne et de plaisance seigneuriales au XVIe siècle. Ce petit Pavillon est destiné à recevoir les visiteurs de marque, où l’on doit leur faire connaître les excellentes qualités de quelques-unes de nos boissons les plus appréciées.

De l’autre côté de l’avenue se trouve l’édifice destiné en premier lieu à l’exposition des services métropolitains, bien qu’en des salles séparées y soit également placée la représentation des autres Colonies. Entre tous, c’est ce Pavillon qui a le caractère architectonique le plus classique, étant inspiré des constructions monumentales portugaises de l’époque où l’empire colonial avait atteint sa plus grande expansion, embrassant, depuis un temps déjà, l’immense Continent brésilien ; le grand navigateur portugais Fernâo de Magalhâes (Magellan) ayant contourné la Terre — découvrant le passage entre les deux Océans — lorsque les flottes de commerce du Portugal fréquentaient assidûment les ports du Japon. Cette architecture est caractéristique de la seconde moitié du XVIe siècle.

Dans la galerie ouverte entre les deux corps de bâtiment, nous voyons une imitation des décorations d’azulejos (faïences bleues et blanches émaillées) de cette époque, où le centre de chaque panneau est illustré par la peinture d’un épisode notable et pourtant moins connu de notre histoire coloniale, dont les légendes respectives sont ainsi conçues :
1° “ Le navigateur portugais Joâo Fernandes, abandonnant ses compagnons de bord, s’engage dans le Continent noir, curieux d’étudier la langue et les coutumes des indigènes. ”
2° “ Dom Joâo II remet aux religieux de Saint Éloi, de Lisbonne pour recevoir leur éducation, quelques noirs ramenés du royaume du Congo. 1492. ”
3° “ Paulo Dias de Novais fonde la ville de Loanda en 1576. ”
4° “ Fernâo Mendens Pinto, Diogo Zeimoto et Christovam Borralho, les premiers Européens qui débarquèrent au Japon. Année 1542.”

C’est dans ce Pavillon qu’est installé le Bureau du Commissariat.

Pour terminer, revenant au point de départ, nous avons le grand Pavillon qui est relié par une passerelle à la tour du premier Pavillon historique. C’est .là que se trouve la représentation des plus importantes colonies africaines : Mozambique et Angola. Ces deux provinces ayant la plus grande importance par leur étendue territoriale, étant celles qui détiennent le plus de possibilités économiques et de toutes les plus progressives en vertu de leurs ressources extraordinaires, on a donné à ce Pavillon un caractère plus moderne, sans perdre de vue la tradition nationale de l’architecture. Comme trait le plus curieux à l’extérieur, il faut noter la série de trois tableaux d’azulejos où l’on a peint des scènes capitales de l’histoire de notre expansion coloniale, c’est-à-dire, respectivement : le dépassement du Cap de Bonne-Espérance (ainsi baptisé par Dom Joâo II), par Bartholomeu Dias en 1486; la découverte du Brésil, par Pedro Alvares Cabrai en 1500, et le mouvement intense de notre commerce au Japon, que dès 1549 se disputaient déjà tous les ports de Kiou-Siou.

Quelques notes explicatives sur les drapeaux qui flottent sur les Pavillons' de la Section portugaise : Sur le premier Pavillon historique (avec une tour) se trouve l’étendard royal de l’époque de l’Infant Dom Henrique. Sur le second Pavillon historique (avec un portail de style manuelino) on voit l’étendard héraldique de Portugal, avec le nombre et la disposition des tours et des quines tels qu’ils furent fixés pendant le règne de Dom Joâo II. Sur les Pavillons de la Métropole et de l’Angola et de Mozambique se trouve le drapeau national actuel, vert et rouge. Aux mâts de la galerie sont fixés l’étendard avec la sphère — insigne particulier de Dom Manuel Ier, spécialement employé par les navires envoyés à la découverte et par ceux qui naviguaient en vue de conquêtes; le drapeau bleu avec la quine (cinq petits écussons d’azur posés en croix et, dans chacun d’eux, cinq deniers d’argent en sautoir), qui était celui des navires de commerce à l’époque de Dom Joâo II; l’étendard avec la Croix du Christ des flottes de l’Inde à l’époque de Dom Manuel Ier, qu’au début l’amiral seul pouvait arborer sur son vaisseau; enfin la bannière aux bandes blanches et vertes qui appartenait aux navires de la flotte de commerce et aux flottes de l’Etat du Brésil, employée après la Restauration.

Dans un article qu’a publié un grand journal de Paris, le critique d’art M. René-Jean a donné d’une façon concise quelques précisions qu’il est intéressant d’ajouter à la description ci-dessus.

“ A l’entrée du Pavillon historique portugais du Bois de Vincennes, écrit-il, proche d’une réduction de la caravelle qui dompta les mers, un planisphère donne l’indication des grands voyages entre les années 1482 et 1660, alors que la transformation de la voilure permettait de réaliser les rêves d’Henri le Navigateur (L'Infant Dom Henrique), d’entreprendre de longues croisières et de poursuivre l’exploration des Océans. Les lignes tracées sur cette carte sont hallucinantes. Elles entourent d’un réseau les cinq parties du monde. Elles expliquent et justifient la place d’un peuple, petit par le nombre de ses habitants, grand par sa vaillance et son courage. Les Colonies portugaises sont toutes en arrière de havres magnifiques, de ports naturels améliorés par l’homme. A l’heure où elles furent conquises, il y avait peut-être au Portugal deux millions d’habitants (même pas!). Supposez une Nation plus grande : la moitié de la terre au moins serait soumise à ses usages et parlerait sa langue. Un miracle de cet ordre s’est produit au Brésil, où quelque dix millions d’hommes à l’esprit portugais parlent la langue du Portugal. Songez qu’Affonso d’Aveiro débarquait en Guinée en 1486! Les petits bronzes du Bénin, que l’on montre dans les expositions d’art africain ne sont que la suite dégénérée de l’art des conquérants portugais. En 1498, les caravelles de Vasco da Gama ouvraient la route maritime des Indes. L’an d’avant, Miguel Corte-Real quittait sa patrie. Sa trace eût été à jamais perdue si une inscription découverte à Dighton et dont le moulage est au Bois de Vincennes ne venait prouver au monde qu’en 1511 des Portugais foulaient le sol de l’Amérique depuis quelque temps déjà. Au XVIe siècle, ils construisaient la ville de Gondar en Abyssinie, ils faisaient la conquête du littoral marocain où ils avaient abordé en 1415. Ce qu’était alors Lisbonne? Une reproduction au Pavillon portugais, tirée de la bibliothèque léguée à son pays par le comte de Castro-Guimarâes, la montre, déjà fière cité, dressant sur ses collines maisons et monuments. Bientôt apparaissait ce héros d’épopée, Affonso d’Albuquerque, dont la vie est l’un des plus extraordinaires romans de bravoure et de génie : conquérant de Goa et de Malacca, qui s’emparait d’Ormuz, charnière du Golfe Persique, dominait les Indes et commandait sur mer avec une poignée de héros... Albuquerque a sa statue, œuvre de Diogo de Macedo, au bord du lac Daumesnil, face à celle de Henri le Navigateur, celle-ci taillée dans la pierre par un autre sculpteur, descendant artistique de Nuno Gonçalves : M. Francisco Franco. Ces statues annoncent au passant que, si à Vincennes l’histoire de l’activité du Portugal est tracée depuis le XVIe siècle jusqu’aux dernières manifestations scientifiques, sociales et économiques, on y rencontre, par surcroît, conclusion actuelle de l’Exposition des Tuileries, une vue d’ensemble de l’apport portugais contemporain dans le domaine artistique. Non seulement il y a là des œuvres des deux sculpteurs plus haut cités, mais celles encore de MM. Ruy Gameiro, Henrique Moreira et Canto da Maia : ce dernier bien connu des habitués des expositions parisiennes. Les statues ou reliefs de ces artistes se rencontrent dans les divers Pavillons. La peinture d’à présent est représentée par MM. Abel Manta, Martinho da Fonseca, Dordio Gomes, Jorge Barradas, Lino Antonio, Antonio Soares. M. Jorge Barradas est l’auteur de sobres et vigoureux tableaux, exécutés à l’île S. Thomé, et qui, sur une dominante de verts sombres et profonds, apparaissent comme d’expressifs cartons dont pourraient heureusement s’inspirer les tapissiers d’à présent. M. Lino Antonio, en composant deux triptyques, consacrés, l’un aux Dominicains évangélisant les Colonies, l’autre aux Jésuites, avec la vie de Bento de Goes, fait preuve d’une belle entente décorative et d’un heureux sens du rythme, au service d’un sentiment général plein de profondeur. Enfin, M. Antonio Soares, pour orner le salon de repos, a composé trois natures mortes d’élégante fantaisie : orfèvrerie, cristaux, porcelaines reproduits en tons clairs et joyeux forment d’allègres et légers poèmes à la gloire des apparences séductrices qu’offrent au peintre les diverses matières. Qu’on ajoute à ces noms celui de l’architecte Raoul Lino qui dressa les plans des quatre Pavillons et les fit exécuter, empruntant et appropriant tous les éléments décoratifs du passé portugais. Avec ces Pavillons divers en leur unité, avec la svelte galerie qui enjambe la route et relie deux d’entre eux, avec la tour de belles proportions qui élève sur les bâtisses la croix rouge des navigateurs d’autrefois, M. Raoul Lino, maître d’œuvre, représente l’architecture dans un compendium fidèle des diverses tendances de l’art contemporain portugais : art que M. Da Silveira e Castro (le Commissaire général de la Section portugaise de l'Exposition) a voulu, pour notre joie et notre enseignement, évoquer avec les autres richesses de son beau Pays, sous le ciel de l’Ile-de-France. ”

L’Exposition d’Art Portugais de l’époque des grandes découvertes, qui révèle au public français et au public cosmopolite de Paris un. des plus grands peintres de tous les temps : Nuno Gonçalves, et qui obtient un si magnifique succès — cette Exposition si parfaitement organisée par l’éminent critique d’art portugais M. José de Figueiredo, le distingué Directeur du Musée d’Art Ancien de Lisbonne, est le complément de l’Exposition Portugaise de Vincennes. Si le polyptyque de Gonçalves, les prodigieuses tapisseries et les trésors qui les entourent sont installés dans les salles du Jeu de Paume, c’est par mesure de prudence et besoin de sécurité. Les deux Expositions se complètent. Et c’est en commençant dans la Revue des Deux Mondes son article sur celle des Tuileries, que M. Louis Gillet a écrit ces paroles qui comportent un beau sujet de méditation pour tous les visiteurs de l’Exposition Coloniale :
“ Sait-on que sans ce Pays (le Portugal), penché à la proue de l’Europe, sans ce petit peuple de marins qui, au XVe siècle, inventa la planète, changea les dimensions du monde — sait-on bien que sans lui il est probable que nous ne verrions rien de ce qui est ici : ni les pylônes sanglants de l’A. O. F., hérissés de crocs de boucher, ni les cases en obus de la Guinée et du Sénégal, ni l’amas ouvragé, la triple tiare des tours d’Angkor ? Toute cette connaissance du monde, cet embrassement de la Terre, fait capital des temps modernes, ce fut premièrement la geste du Portugal. ”

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931