Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Bouatan

Bouatan à l'exposition de Paris 1931

Le mot malais bouatan est une abréviation du verbe bouat-bouatan, qui veut dire : travailler à la main. La racine bouat est une préposition qui a le sens de : dans le but de.

C’est à cette double signification du mot que la susdite Société a emprunté son nom, ayant pour but. d’encourager le travail manuel et les arts appliqués des indigènes, tout en leur faisant conserver leur style et leur caractère propres, qui sont vraiment admirables.

Pour mieux faire connaître ces divers objets d’arts en Europe, la Société a, dès sa fondation en 1903, ouvert à La Haye une exposition permanente avec vente, à proximité du Palais Royal. La Reine Wilhelmine s’intéresse vivement à l’œuvre, qui envisage tout autant le bien-être des Colonies que celui de la Mère-Patrie.

Bouatan organise également des expositions à l’étranger, pour faire connaître dans une large mesure les arts populaires des indigènes des Iles de la Sonde et des Colonies en Amérique du Sud. En 1929 elle a participé à l’Exposition si appréciée des arts appliqués au Pavillon de Marsan du Louvre. En 1930 elle a, avec beaucoup de succès, pris part à l’Exposition Coloniale d’Anvers. La voilà représentée aujourd’hui à Vincennes, dans la belle habitation' Sumatrane de la Section Néerlandaise.

Cette élégante demeure indigène, dont tous les panneaux sont en bois sculpté à la main, contient de vrais trésors d’art populaire : tissus en fibre, en coton et en soie —- les célèbres ikat et batik, et les brocarts tissés de fils d’or et d’argent — cuivres gravés et repoussés, cuirs travaillés, objets en sparterie et en vannerie, bijoux, armes, poteries, dentelles, etc. : objets qui cadrent tout aussi bien dans un milieu artistique européen.

Autrefois les artisans étaient protégés par leurs Souverains indigènes, leurs propres chefs, qui leur commandaient et leur achetaient les plus beaux travaux d’art.

Il n’est que juste que leurs chefs européens les aident maintenant dans leurs efforts, afin que leur art ne se perde pas.

Bouatan a dès le début fait des tentatives dans cette direction et elle continuera jusqu’à ce que le but soit atteint, afin que l’art populaire indigène des Colonies ne périsse pas, faute d’appréciation et d’encouragement de la part des Européens.

Dans les premiers temps de la colonisation, les travaux manuels des indigènes n’étaient guère considérés que comme des curiosités, dignes à peine de figurer dans les musées ethnographiques en Europe. Ce n’est que depuis quelques années qu’on commence à se rendre compte de leur valeur artistique et sociale, au moment où ils « faillirent se perdre à jamais ».

Parmi les différents buts que vise la grandiose Exposition Coloniale Internationale de Vincennes, le moindre n’est certes pas l’encouragement des arts populaires. Bouatan est absolument du même avis que M. J. Coëz dans son rapport prononcé au Congrès de l’Artisanat Colonial le 5 Juin 1931. Il souligne les mots suivants : « Nous voulons que les artisans de chaque Colonie conservent leurs méthodes propres de fabrication, et continuent à apposer sur leurs produits le reflet de leurs qualités raciales; nous voulons qu’il existe toujours la même différence entre le produit d’un métier indochinois et celui d’un métier sénégalais, entre l’œuvre d’un artisan malgache et celle d’un artisan algérien. »

Cette différenciation des marchandises conséquence inéluctable de l’Artisanat, loin d’être un phénomène fâcheux, est au contraire un fait très favorable. Elle tend à supprimer en effet entre la Métropole et les Colonies la concurrence qui ne peut exister qu’entre producteurs de produits identiques, et l’abolition de la concurrence développera une communauté d’intérêt, un sentiment d’interdépendance entre la Mère-Patrie et ses possessions d’outre-mer.

Mais le maintien de la tradition artisanale indigène est parfaitement compatible avec la réalisation d’un progrès dans le fonctionnement des métiers. Nous estimons indispensable de faire bénéficier les artisans des Colonies des procédés scientifiques et des nouvelles méthodes d’organisation.

Si toutes les Nations colonisatrices collaboraient dans ce même but, il est certain qu’il serait bientôt atteint.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931