Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Etats du Levant (Syrie, Liban)

Etats du Levant (Syrie, Liban) à l'exposition de Paris 1931

Architecte(s) : Moussali

Les Etats du Levant sous Mandat Français avaient leur place marquée dans ce « Livre d’Or », à la fois comme participants à l’Exposition et comme pays où l’influence française est la plus ancienne. Cette influence est plus que millénaire : elle remonte à Charlemagne. La France avait ainsi des titres incomparables, au lendemain de la guerre mondiale, à guider la Syrie et le Liban vers leurs destinées indépendantes.

Le régime du Mandat est précisément une tutelle destinée à faire l’éducation politique des Etats du Levant. L’indépendance de
ces Etats est reconnue (voir article 22 du Pacte de la Société des Nations) et en même temps la nécessité d’assurer à ces jeunes entités internationales l’aide et les conseils d’une grande puissance, sous le contrôle de la Société des Nations.

A l’Exposition, le palais de la Syrie et du Liban est situé dans la section étrangère. Cette localisation fait bien apparaître la situation internationale des Etats du Levant, qui ne doivent être confondus en aucune manière avec une colonie, pays de protectorat ou territoire africain sous Mandat.

Le Palais des Etats du Levant

A Vincennes, tout près du lac Daumesnil, entre les concessions réservées à l’Italie, à la Belgique et au Danemark, s’élève le Palais des Etats du Levant sous Mandat Français. Il présente une gracieuse synthèse de l’art arabe du XVIIIe siècle.

Dans le palais Azem de Damas, le palais des émirs libanais à Beit-Ed-Dine, le grand caravansérail d’Alep, etc., cet art a cherché à exprimer toute la beauté d’une nature tourmentée, riche en couleurs, tempérée çà et là par de frais ombrages auprès des sources, baignée d’une lumière infiniment pure, et néanmoins subtile et nuancée; il a voulu traduire aussi les craintes d’une époque troublée, les joies qui se cachent et les conspirations qui se trament dans la nuit.
De là l’audace inquiète d’une architecture, dont les lignes, après être parties toutes droites, reviennent sans cesse sur elles-mêmes; de là une splendeur picturale qui ramène l’imagination aux légendes des Mille et une Nuits; de là les patios étincelants, où des fontaines toujours jaillissantes évoquent la fraîcheur des oasis; de là enfin ces fenêtres barricadées sur la rue, et cette douceur intime qui fait songer au paradis de l’Islam, refuge contre les « ténèbres extérieures ».

L’art reflète une époque; le XVIIIe siècle en Syrie fut la grande époque de l’art arabe; le palais des Etats du Levant à l’Exposition internationale en sera la très pure et très éloquente synthèse.
Que vont exposer les Etats du Levant ? Leurs richesses de tous ordres, mais principalement les échantillons les plus caractéristiques de leur art et archéologie. L’Exposition de 1931 rendra témoignage de toutes les civilisations qui se sont succédé sur la plus vieille terre du monde, depuis l'aube de l’histoire jusqu’à nos jours. La période hittite, la période phénicienne et la période gréco-romaine seront largement représentées; on verra également apparaître, dans un décor du Moyen Age, une évocation des châteaux francs.

On voit bien, dès l’abord, que la méfiance des âges malheureux est dissipée, car le vestibule s’ouvre largement, à la fois sur le dehors et sur la cour intérieure ou patio. Deux fontaines encadrent l’escalier. C’est le signe d’une hospitalité raffinée : dès les premiers pas, le visiteur altéré arrive en un lieu de rafraîchissement.

Jetant les yeux à droite et à gauche, il reconnaît, au seuil de cette maison, les signes authentiques d’une très ancienne noblesse. Ici, un sarcophage du roi de Byblos : Ahiram (deux mille ans avant Jésus-Christ) : à côté l’image du prince assyrien Eshmounazar; près de la porte, l’œil ouvert dans la pénombre, la crinière hérissée, un lion hittite monte la garde; enfin, à l’entrée de la première salle, des légionnaires romains, venus de Palmyre, saluent avec une raideur solennelle.

La première salle est consacrée à la géographie, à l’ethnographie et au tourisme. Sur les murs, deux grandes compositions de Jean Marchand : Beyrouth et Damas. La première représente le port tourné vers l’Occident, et adossé à la forteresse naturelle du Liban; l’autre, montrant un vol de pigeons autour d’un minaret, parait évoquer les rêves qui montent de la terre d’Islam... Des cartes, des graphiques, de très belles photographies animent la curiosité du visiteur, et semblent lui dire : « Viens voir ces montagnes que la Bible a célébrées, et la côte phénicienne qu’elles surplombent; va dans le désert te griser de solitude et de lumière; visite ces villes orientales, où la poésie d’un moyen âge désordonné, bariolé, voisine avec la plus pure architecture moderne. »

Tournons à gauche, et nous arrivons à la galerie d’archéologie.

Le vestibule du rez-de-chaussée nous a déjà montré les souvenirs d’une haute antiquité. Ici, le défilé des siècles commence au christianisme. Saint Siméon le stylite (bas-relief prêté par le Musée du Louvre) nous présente des photos artistiques illustrant le début de l’ère chrétienne. Une vue du mur de Saint Paul à Damas peut orienter le cours de nos méditations-.

L’expansion musulmane est évoquée par de très belles céramiques récemment découvertes à Rakka, sur l’Euphrate, où l’on sait que le calife Haroun-al-Raschid s’était fait construire un palais grandiose.

Les richesses principales de la galerie d’archéologie rappellent la période des Croisades. Le fameux Kalaat Sayoun (château de Saône) actuellement en cours de déblaiement et de consolidation, est représenté par deux maquettes : l’une figurant un plan général du château et de son site, l’autre reprenant le détail du front Est, avec le donjon, les remparts, l’aiguille de vingt-huit mètres taillée dans le roc vif servant de pile au pont-levis.

Des photographies signalent les autres châteaux forts, les églises, les monastères établis par les Francs en Syrie.
Des panneaux du peintre libanais Mourani, évoquant Baalbeck, Palmyre, Antioche, sont là comme des portraits d’ancêtres auprès des époques chrétienne et musulmane.

Dans un salon du rez-de-chaussée, une grande carte en relief, à éclairages multiples, figurera les ressources agricoles et industrielles du pays, les travaux publics, les lignes de communications aériennes, terrestres et maritimes, les sites naturels et archéologiques recherchés par les touristes, etc. En quelques minutes des jeux de lumière révéleront au visiteur émerveillé les progrès accomplis depuis dix ans et les possibilités d’avenir d’un des pays les plus séduisants du monde, et qui serait prospère s’il était mieux connu.

Les Etats du Levant retireront, à n’en pas douter, de grands avantages de leur présence à l’Exposition. La riche clientèle du tourisme international, qui trop souvent passe en Egypte et en Palestine sans remonter vers le nord, se laissera gagner par des charmes inconnus; et les capitaux, qui jusqu’ici allaient seulement dans les pays neufs, seront attirés vers cette terre antique, en pleine renaissance aujourd’hui, demain en pleine prospérité.

Pour devenir riche et fort, un pays ne doit pas s’isoler. Il doit se mêler, dans toute la mesure de ses moyens, aux grandes entreprises, aux grandes manifestations internationales. Il faut qu’on le connaisse, pour qu’on s’intéresse à lui. La Syrie et le Liban, carrefour de
l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie, occupent une situation privilégiée pour retirer de l’Exposition de Vincennes le maximum d’avantages matériels et les plus précieux bénéfices moraux.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931