Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Côte des Somalis

Côte des Somalis à l'exposition de Paris 1931

Architecte(s) : Wulffleff

Aux voyageurs qui s’embarquent pour la première fois sur les paquebots des Messageries Maritimes, les vieux habitués de la ligne Extrême-Orient ne manquent jamais, dès qu’on est entré dans la mer Rouge, de raconter l’histoire du palmier de Djibouti.

Ce palmier avait été planté par un gouverneur qui voulait se donner l’illusion de la verdure dans un pays plus nu qu’une table d’opération. Et l’on avait pris soin de le mettre à l’abri des caprices du climat : c’était un palmier en zinc. L’anecdote est plaisante, inoffensive et bien entendu fausse. Il n’en reste pas moins que la Côte des Somalis pourrait difficilement passer pour une oasis. L’intérêt de notre petite Colonie de la mer Rouge est surtout d’ordre politique, stratégique et commercial ; c’est ce que l’administration de cette terre française a bien voulu marquer à Vincennes.

On conçoit que la tâche de M. Gleitz, ancien directeur au Ministère des Colonies, Commissaire de la Côte des Somalis à l’Exposition, n’était pas facile; hâtons-nous d’ajouter qu’il s’en est acquitté avec habileté et avec goût.

Le Pavillon de la Côte française des Somalis à l’Exposition Coloniale, conçu et réalisé par M. Wulffleff, Architecte, est la reproduction exacte à une échelle réduite de la plus grande Mosquée de Djibouti : la mosquée Hamoudi.

Il est divisé en trois pièces :
1° Une salle d’exposition avec patio central et vasque aux eaux jaillissantes;
2° un bar de dégustation de café Harrari tenu par des indigènes de la colonie : Somalis et Danakils;
3° le bureau du Commissaire, où sont fournis tous renseignements pouvant intéresser les visiteurs.


SALLE D’EXPOSITION

Dès l’entrée ce qui frappe le regard, c’est la place prédominante réservée à l’art indigène représenté par plus de trois cents objets divers.

Sur des étagères sont disposés des bracelets de bras et de cheville pour femme, un bracelet de guerrier ayant tué deux hommes au moins, des brosses à dents somalies, des peignes de femmes, des tasses à cafés, des brûle-parfums, des huîtres perlières, des conques marines, des coraux et coquillages divers.

Ces objets, qui sont la propriété de la Colonie, ont été réunis après des recherches minutieuses par les soins de Mlle E. Soulier, Archiviste du Gouvernement, correspondant de la Colonie à l’Exposition.

Les panneaux situés de chaque côté de la porte d’entrée sont occupés par la Compagnie du Chemin de fer Franco-Ethiopien. On y remarque une carte et un profil en long de la ligne, qui font ressortir les difficultés qu’il a fallu surmonter pour en mener à bien la construction. Le Chemin de fer Franco-Ethiopien mesure 783 kilomètres et s’élève graduellement de 0 à 2.400 mètres.

Participation de M. Régnault-Sarasin. — M. Regnault-Sarasin a rapporté, de ses voyages autour du monde, de nombreuses aquarelles. Celles qui intéressent la Colonie se trouvent de part et d’autre de la porte d’entrée et représentent des types d’indigènes pris sur le vif, ainsi qu’un coin de la ville indigène.

Participation de la Société des Salines de Djibouti, S fax et Madagascar. — Le sel est le seul produit de la Colonie.

Son exploitation est exclusivement entreprise par la Société des Salines de Djibouti, Sfax et Madagascar. L’importance de cette Société, dont les exportations annuelles atteignent près de cinq millions de francs, va croissant.

Participation de M. l’Aviateur Rabatel. -— M. l’Aviateur Rabatel a pris, au cours du voyage qu’il a affectué en Avril 1930 à Djibouti et en Abyssinie, une superbe photographie aérienne de Djibouti.

Sous un petit appentis attenant au bar de dégustation de café, M. l’ingénieur Pierre Gandillon expose une maquette en relief du golfe de Tadjourah et de ses environs immédiats : Gubbet-Karab, Lac Assal, lac Halol, Mont Gouda.

Ce relief fait ressortir :
1° La différence de niveaux existant entre le golfe de Tadjourah et le lac Assal, ce dernier étant à la cote —173 mètres.
2° Celle existant entre les lacs Assal et Halol, ce dernier étant à la cote —100 mètres.
3° Les distances relativement peu considérables qui séparent le Gubbet-Karan du lac Assal et ce dernier du lac Halol.
4° l’étroitesse des deux passes qui font communiquer entre eux le Golfe de Tadjoutah et le Gubbet-Karah.
5° La hauteur impressionnante du Mont Gouda, qui s’élève à peu de distance du littoral à 1650 mètres.

Une légende explicative est apposée à même le socle de la maquette laquelle est d’ailleurs surmontée d’une carte de la Colonie.

M. Pierre Gandillon, dans une notice qu’il met bien volontiers à la disposition des personnes que la question intéresse, expose les principes directeurs de son projet de la mise en valeur de la Côte Française des Somalis par l’utilisation de l’énergie solaire “ La houille d’or ”.

Ce très intéressant projet comporte trois phases :
Première phase :
1° Construction d’une usine marémotrice après fermeture de la petite passe du Gubbet-Karab par un dock flottant, équipé de façon à capter l’énergie des courants marins pour la transformer en énergie électrique évaluée à 10.000 chevaux-vapeur;
2° Utilisation de l’énergie électrique ainsi obtenue :
a) pour l’établissement d’une ligne à haute tension de distribution de courant assurant les besoins d’une cité de repos à construire sur les hauteurs du Mont Gouda;
b) pour actionner des dynamos-pompes puisant l’eau des sources du Mont Gouda et la refoulant dans la cité de repos et sur les terrains fertiles du littoral qui s’étendent au pied du Mont Gouda;
c) pour la mise en marche d’une usine électro-chimique alimentée par des tables salantes produisant la matière première à traiter.

Deuxième phase : Accroître les installations agricoles et industrielles en même temps que la production de l’énergie électrique.

Elargir le cercle d’utilisation de l’énergie électrique : construction d’une route reliant Djibouti à la cité de repos et emploi comme moyens de transport de camions à trolley.

Troisième phase. — Accroître la production d’énergie électrique par l’utilisation des surfaces d’évaporation des lacs Halol et Assal. L’eau prélevée sur le golfe de Tadjourah ou sur le Gubbet-Karab produira par sa chute dans ces dépressions des quantités d’énergie qui peuvent être évaluées à 40.000 chevaux-vapeur.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931