Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Etablissements Français du Pacifique Austral (Nouvelle Calédonie et Dépendances)

Etablissements Français du Pacifique Austral (Nouvelle Calédonie et Dépendances) à l'exposition de Paris 1931

Architecte(s) : Saacke-Bailly et Montenot

Un journaliste, venant de visiter Angkor, et descendant l’Avenue des Colonies, s’arrêta devant les cases des Etablissements français du Pacifique Austral :
“ Même avec des cases de paille, s’écrie-il, on peut faire du style ! ”

La noblesse, l’art de toute cette architecture de matériaux éphémères l’ont frappé et il a vu juste.

Chaume et bois ne sont-ils pas les matériaux de la première demeure coloniale, puis ensuite de ses dépendances, kiosques et hangars ? Ne sont-ils pas ceux des cases indigènes qui mettent du pittoresque dans la brousse et doivent devenir l’un des attraits du grand tourisme.
Le Pavillon de la Nouvelle-Calédonie et Dépendances n’est pas une reconstitution de la demeure Canaque. Il est seulement une adaptation du style local aux exigences modernes, un essai pour permettre aux cases de paille d’être, non plus un abri que l’on cache, mais un ornement, mettant de la beauté et de la gaité là où elles sont exigées. Ainsi la case des Iles Wallis a la forme de toutes les dépendances des maisons coloniales, mais quelle grâce déjà maorie et quelles couleurs. Et c’est par là qu’elle apporte au Colonial quelque chose de nouveau, un encouragement à faire chez lui “ du plus joli ”.

La Case de la Nouvelle-Calédonie qui abrite sous son haut plafond les trésors du travail calédonien le plus moderne, des métaux rares aux cafés les plus parfumés et jusqu’aux projets des monuments prochains de la Capitale, Nouméa, et qui laisse une place de choix à la décoration avec la grande fresque rappelant la vie des Autochtones — comme elle pourra plus tard rappeler les grands travaux des mineurs et des colons, la case du Chef canaque montre le parti que l’on pourrait tirer de cette demeure indigène à peu près disparue et qui apparaissait si fière lorsqu’elle était campée en haut d’une avenue de cocotiers et d’araucarias. Il n’y a pas jusqu’aux motifs des portes, empruntées aux tabous, et aux couleurs des solives enfumées des plafonds des Wallis et des Hébrides, qui ne donnent quelques suggestions pour améliorer sa demeure.

Et c’est là, entre mille, l’un des avantages de cette admirable Exposition, que de permettre à chaque Groupe Colonial de retrouver le style qui se dégage des plus humbles architectures autochtones. Ce qui, dans le cadre grandiose de Paris “ paraît de chaume et de bois ” peut devenir là-bas, dans la demeure isolée de la brousse lointaine, une marque de l’adaptation, de l’initiative, du génie français. Rien sous son action, n’est changé à la couleur locale, mais voici qu’elle s’harmonise avec le moderne. Elle se renouvelle en retrouvant son ancien éclat. Etonnante gageure que l’art des architectes a gagnée.

Oui, “ même les cases de paille peuvent avoir du style ”. Le Pavillon de la Nouvelle-Calédonie, Loyalty, Hébrides et Wallis traduit cet effort et ce vœu de beauté du cadre le plus simple de la vie coutumière, il est une suggestion d’esthétique océanienne, facile et féconde, dont beaucoup sauront s’inspirer, aux archipels heureux de la Mélanésie Française.

Il faut féliciter les architectes, MM. Saacke, Bailly et Montenot qui sont les auteurs de cette heureuse réalisation.
Les Etablissements français du Pacifique Austral sont représentés à Vincennes par trois pavillons situés en bordure de la grande avenue des Colonies françaises à proximité et à droite de la porte de Reuilly. Ils couvrent une superficie de 1.000 mètres carrés.

Il a paru intéressant de reproduire l’habitat original de ces populations réputées les plus primitives du monde; lesquelles, en Nouvelle-Calédonie, se sont affinées, mais qui cependant existent encore à l’état primitif dans le condominium des Nouvelles-Hébrides.
Vaste, circulaire, la case est soutenue par un grand mât central également orné de sculptures. Une frise décorative de trois mètres de haut placée sur le rampant du plafond représente uniquement des images de la vie canaque. D’abord, la famille : devant les hautes cases coniques, le grand chef est assis; derrière lui ses fils, sa femme. Les fils ont coiffé une immense perruque en poil de roussette légèrement teintée de violet.

La seconde scène de la frise représente la vie guerrière des Canaques : le maniement du casse-tête, le tir à l’arc, le lancement du javelot. Sur des manières de boucliers sont peintes les figures horribles des génies protecteurs des guerriers qui doivent épouvanter l’ennemi.

La troisième scène représente le sorcier entouré des hommes qui craignent son pouvoir. Le Sorcier a devant lui les totems hideux, figures symboliques des puissances occultes. Les guerriers sont en cercle autour de lui et l’écoutent avec respect car le Sorcier est un homme redoutable qui prédit l’avenir de la tribu, ses récoltes, ses richesses, ses guerres.

La quatrième scène représente le pêcheur, celui qui ne fait pas la guerre mais s’emploie à chercher la nourriture de la tribu en voguant sur son frêle esquif.

Enfin la dernière scène illustre l’industrie agricole du Canaque, celle qui fait la richesse de la terre, la récolte du coprah.
Au centre du groupe architectural se détache le pavillon de la Nouvelle-Calédonie flanqué à droite de celui des îles Wallis;à gauche, de celui des Nouvelles-Hébrides.


Le pavillon des Iles Wallis et Futuna

En entrant dans le pavillon de droite, réservé aux îles Wallis, nous apercevons une salle tapissée entièrement par une remarquable collection de tapas, étoffes d’écorces préparées et décorées avec art par les indigènes et des nattes aux dessins variés tressées avec des feuilles de pandanus.

Des échantillons de coprah, de trocas et de nombreux objets, utilisés par les indigènes dans la vie courante, complètent le décor et donnent un aperçu de l’existence des populations polynésiennes.

Dans la galerie qui débouche dans le pavillon central de la Nouvelle-Calédonie, nous trouvons une série de documents, photographies, cartes, tableaux, éloquent témoignage de l’œuvre civilisatrice réalisée par les Missionnaires Maristes, premiers occupants des ces îles lointaines.


Nouvelle- Calédonie

Dans le pavillon central, celui de la Nouvelle-Calédonie, l’œil est immédiatement frappé par la décoration originale de cette vaste rotonde que supportent un imposant mât central et des mâts secondaires sculptés et décorés d’éléments géométriques tirés de l’art canaque, et auxquels ont été accrochés une remarquable collection de masques, trophées, armes indigènes.

Dans ce cadre primitif et pittoresque sont groupées les reproductions de la colonie qui donnent un aperçu des richesses que la colonisation française a su tirer du sol calédonien dont les ressources naturelles sont aussi nombreuses que variées.

En premier lieu, nous remarquons l’importante exposition des produits miniers.

Nous apercevons ensuite une intéressante exposition de produits de la mer, les trocas, les burgaux (coquillage de nacre) et leurs transformations successives jusqu’à l’objet ouvré.

Les produits de la forêt %ont représentés par des échantillons de bois tels que le Kaori, bois d’ébénisterie très recherché, le chêne gomme, le santal, etc. Enfin les produits du sol : le café, le coprah, et le coton.

Le coton d’une qualité supérieure comparable à celle du “ Sakel-laridis égyptien ” dont la soie longue de 31 à 35 millimètres est très appréciée des spécialistes.

De magnifiques peaux de bœufs, de cerfs, de chèvres indiquant l’importance et la richesse de l’élevage attestées par l’industrie de conserves de viandes en boites dont de nombreux échantillons sont exposés.

Une carte en relief de la Colonie, de nombreuses photographies, et graphiques, des peintures envoyées par des artistes locaux complètent le tableau de l’activité économique et sociale de la Nouvelle-Calédonie et donnent une idée des importantes ressources naturelles tant agricoles que minières qu’elle offre et dont la colonisation française a su tirer déjà un magnifique parti.


Nouvelles-Hébrides

Le pavillon de gauche est réservé à l’archipel des Nouvelles-Hébrides, placé sous le Condominium franco-britannique. A côté d’une exposition rétrospective de la vie des indigènes les célèbres “ mangeurs d’hommes ” qui comptent parmi les tribus les plus barbares et les plus primitives du monde, nous retrouvons nombre de productions agricoles de la Nouvelle-Calédonie. Les échantillons de café, de coton, coprah, cacao, attestent l’immense richesse de ces îles et la vaillance de nos colons.

Telle est, dans ses lignes générales, la physionomie sous laquelle se présente la participation des Etablissements français du Pacifique Austral, réalisée par son actif et distingué Commissaire, M. André, grâce aux appuis et encouragements qui lui ont été donnés par le Conseil Général de la Nouvelle-Calédonie et l’éminent Gouverneur de cette Colonie, M. Guyon.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931