Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


Retour - Liste Pavillons

Guadeloupe

Guadeloupe à l'exposition de Paris 1931

© Braun

Architecte(s) : Tur

Lorsque s’est posée pour la Guadeloupe, la question de sa participation à l’Exposition Coloniale, les circonstances n’étaient guère favorables pour la colonie qui venait d’être ravagée par un terrible cyclone. Pourtant, dès le premier moment, le Conseil Général décida que la Guadeloupe serait présente à Vincennes.

Il fallait donc qu’elle y fût dignement représentée.

Le Ministre des Colonies avait, tout d’abord, suggéré l’idée de réunir les produits de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de Saint-Pierre et Miquelon dans un même bâtiment sous la dénomination : Pavillon des Possessions d’Amérique. Ce projet avait pour but de réduire les dépenses de constructions, d’aménagement et d’entretien, mais aussi il permettait de construire un édifice qui aurait été remarqué par son importance, au lieu de multiplier les pavillons qui par la modestie de leurs dimensions, attireraient moins l’attention, à côté des conceptions grandioses réalisées par les grandes possessions françaises et étrangères.

La Commission Coloniale et ensuite l’Assemblée se refusèrent à accepter cette suggestion; quelque put être l’état de la colonie lorsque s’ouvrirait l’Exposition, elles jugeaient, avec raison, que la Guadeloupe devait profiter de cette occasion pour réaliser dans un cadre distinct une synthèse aussi large que possible de ses ressources industrielles et économiques.

Il fut donc décidé que la Guadeloupe construirait à ses frais un pavillon spécial, pour l’édification et l’aménagement, duquel le Conseil Général a prévu une dépense de i million répartie sur les exercices 1930 et 1931.

Les plans du pavillon ont été confiés à un jeune architecte du Ministère des Colonies, M. Tur, et c’est M. Delord qui a été chargé du Commissariat de la participation.

La réalisation est une merveille du genre.

M. Tur nous disait récemment : — “ Notre pavillon représente le visage nouveau et futur de la Guadeloupe, l’antithèse vivante du temple d’Angkor. Ici l’avenir, style hispano-américain, ciment armé.

“ La Guadeloupe, avant même que le cyclone n’ait en partie détruit ses villes et ses communes, n’avait pas d’art architectural propre. La population autochtone, les Caraïbes, avait disparu depuis fort longtemps et la population actuelle est composée d’immigrants européens et d’immigrants africains.

“ Ceux-ci se sont préoccupés de s’abriter provisoirement dans des cabanes en bois couvertes à l’origine de tuiles en bois et actuellement de tôles ondulées.

“ Ces constructions d’ailleurs, par leur fragilité même, ont été lors du cyclone la cause de l’étendue du désastre.

“ Actuellement, ayant été chargé de la reconstruction de tous les bâtiments gouvernementaux et de la presque totalité des bâtiments communaux détruits par le cyclone, je me suis efforcé de réaliser une architecture qui conviendra aux besoins locaux :

1° Constructions résistant aux ouragans : ciment armé ayant fait ses preuves en Amérique et au Japon (matériaux facilement transportables puisque transportés en sacs de la Métropole);

2° Lutte contre le soleil par des auvents;

3° Lutte contre la chaleur par les courants d’air : portes et fenêtres à lames de persiennes permettant l’accès de la brise de mer à l’intérieur des immeubles, le courant d’air étant nécessaire dans ce pays où le degré de saturation hygrométrique assez élevé rend la température lourde à supporter.

“ Pour l’Exposition Coloniale, plutôt que de construire des baraques en bois couvertes de tôles ondulées, j’ai trouvé préférable de construire un bâtiment ayant les caractéristiques de ceux actuellement en cours de construction à la Guadeloupe et qui seront peut-être l’origine d’une architecture locale. ”


Le Pavillon de la Guadeloupe s’élève sur un terrain de 45 mètres de façade, sur 35 mètres de profondeur, mitoyen de celui affecté à la participation indochinoise et situé à droite de celle-ci.

Il se développe au pourtour du terrain dont la partie centrale est réservée à un jardin colonial et dans l’axe du pavillon un portique couvert réunit le jardin à une zone boisée, à l’abri de laquelle se trouve une piste macadamisée. Le pavillon est flanqué d’un phare, de 23 mètres de hauteur qui se dresse comme le symbole de la pensée française aux confins de l’Amérique.

L’édifice principal est orné d’une colonnade et comporte trois grandes salles d’exposition réservées aux produits guadeloupéens. La première salle de 10 mètres sur 7 m. 50 résume tout le mouvement de la vie de la colonie depuis la préhistoire (qui est évoquée par les objets de fouilles), jusqu’aux œuvres d’art moderne. Une large place est faite aux artisans locaux et à leurs fabrications, à la présentation des industries de la pêche, à celle des bois aux essences si variées. Toutes les curiosités pittoresques de l’île d’Emeraude, soulignent l’intérêt qu’elle présente au point de vue touristique.

Dans une seconde salle de 6 mètres sur 5, sont présentés les produits fondamentaux de la colonie, le sucre et le rhum.
Nous voyons à l’œuvre les planteurs en même temps que des graphiques font saisir l’importance prise par l’industrie des distillateurs.

Dans une troisième salle, réservée aux plantations de café, de cacao, de bananiers, une présentation aussi commerciale que scientifique retient les regards. Et par des arrivages périodiques, les visiteurs ont pu admirer et respirer la senteur des admirables fruits tropicaux, spécialement de ces régimes de bananes qui devraient pouvoir alimenter tout le marché français.

Sous le portique couvert sont disposés des stands où se vendent des produits guadeloupéens, et des comptoirs de dégustation gratuite qui permettent aux visiteurs de goûter divers produits du crû, particulièrement du rhum et du café de la Guadeloupe.

Le public pourra apprendre, ainsi, que le café actuellement vendu sous la dénomination de café de la Martinique, vient en réalité de la Guadeloupe, et que le rhum sous son appellation d’origine, ne le cède en rien, comme saveur, à celui de la Martinique.

Il faut espérer que l’Exposition Coloniale marquera la fin de ces légendes, datant de l’époque où l’existence d’un Gouvernement Général des Antilles résidant à la Martinique, avait, peu à peu, créé cette impression, qui dure encore, que tout ce qui venait des Antilles était d’origine martiniquaise.

L’élément attractif n’a pas été oublié : une piste asphaltée aménagée sous les arbres à l’arrière du pavillon, permet le développement de danses créoles, dans des costumes locaux. On y entend des orchestres d’accordéons, trombones, saxophones, clarinettes et tambours et de ces instruments locaux comme “ l’onaka ” qui sonnent la rassemblement des créoles dans l’île et accompagnent les chansons du pays, langoureuses et entraînantes.

La participation de la Guadeloupe à l’Exposition Coloniale Internationale de 1931 est apparue comme une des plus belles et des plus instructives.

La Colonie tirera de l’Exposition un bénéfice moral et matériel certain, à tous les points de vue. D’abord elle aura été révélée sous son vrai jour à beaucoup de français et d’étrangers qui ignoraient sinon son existence, du moins l’abondance de ses ressources variées et de ses possibilités d’avenir.

Elle aura montré ensuite que malgré les pires désastres lorsqu’un pays à la volonté ferme de relever ses ruines et d’aller de l’avant, il le peut. Ce doit être pour nous un enseignement et une leçon d’énergie morale.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931