Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Martinique

Martinique à l'exposition de Paris 1931

© Braun

Architecte(s) : Wulffleff

C’est trois cents ans de vie française qu’évoque l’élégant pavillon que la Martinique a élevé à Vincennes, dans l’allée des colonies françaises.

Situé à côté du pavillon de l’île sœur, la Guadeloupe, et de celui de cette autre vieille colonie, la Réunion, le pavillon de la Martinique, qui se détache sur un ton de verdure, est un bel édifice qui rappelle les demeures des riches planteurs créoles.

"La Martinique est un lambeau de France sous d’autres cieux ”, proclame une inscription qui, dès l’entrée, attire les regards. Et combien cet aphorisme liminaire paraît justifié au visiteur qui à chaque pas, découvre la preuve que la Martinique s’est si bien intégrée dans la vie de la communauté française, sous tous ses aspects, qu’il paraît presque choquant de lui donner le nom de “ Colonie ” alors qu’elle est la France même, un département français, qu’un génie malicieux a transporté quelque jours dans la mer des Caraïbes.

Département qui compte parmi les plus riches et les plus peuplés de l’Entité française.

La Martinique a une superficie sensiblement égale à celle de la Seine ou du Territoire de Belfort.

La densité de sa population (200 habitants au kilomètre carré), est celle du département de Seine-et-Oise. Si la France, qui est 498 fois plus grande que la Martinique, avait une densité de population égale à la sienne, c’est 110.000.000 de Français qui vivraient entre la mer du Nord et la Méditerranée. La Martinique, d’ailleurs, ne se satisfait pas de ce magnifique bilan démographique; elle l’améliore d’année en année : le taux de la natalité dans l’île dépasse nettement le taux moyen français; celui de la mortalité, avec quelques fluctuations, est dans l’ensemble, plus satisfaisant que celui de la métropole. La population croît de façon constante. Population bien française dans ses éléments' créoles (blancs nés dans l’île), comme dans ses éléments de couleur (noirs et mulâtres), population qui est fière d’avoir donné à la France une impératrice, Joséphine, des généraux, •des amiraux, des écrivains et des savants.

Le pavillon de la Martinique, a été édifié sur les plans de l’architecte M. Wulffleff.

C’est un palais d’adaptation moderne qui exprime par une silhouette élégante et sobrement décorée les qualités d’une population affinée qui est la résultante d’un contact de races diverses depuis trois siècles. Il est composé d’un corps central coiffe d’une coupole et flanqué de deux ailes précédées de terrasses ornées de pergolas.

Un perron monumental orné de grands vases décoratifs, donne accès au Salon d’Honneur sur le pourtour duquel se développe en huit grands panneaux peints toute la synthèse des aspects essentiels de l’île.

En face de l’entrée, le Corbet, magnifique massif montagneux, dû au pinceau de P. A. Bailly. A droite, un village au bord de la mer, œuvre du peintre Dorize.

En face, une plage sous les cocotiers.

Enfin, un quatrième panneau de l’artiste, Mme Casse : l’habitation sur les mornes, avec le désordre pittoresque des exploitations agricoles sous l’ombrage des manguiers.

Dans la salle d’entrée, des personnages de cire reproduisent les traits de types représentatifs de la Martinique : belles mulâtresses portant avec une grâce nonchalante des robes dont la riche gamme des coloris évoque toute la splendeur des tropiques.

Les organisateurs de la participation martiniquaise à l’Exposition ont eu la pieuse idée de reconstituer la chambre de jeune fille de Joséphine Tascher de la Pagerie, devenue l’Impératrice Joséphine. C’est une petite pièce simple, amarante, au mobilier d’une élégante robustesse. Une jeune fille, tout entière vêtue de tulle blanc, est assise, pensive, sur une bergère. Songe-t-elle aux paroles de la vieille négresse, lisant dans les lignes de la main, qui lui a prédit une incroyable fortune : “ Plus que reine ? ”.

De nombreux tableaux, des graphiques, des documents de toute espèce montrent ce que la Martinique a réalisé dans le domaine de l’instruction publique. L’enseignement, en effet, est très répandu dans l’île. Qu’on en juge.

De 1900 à 1930, les classes des écoles primaires ont passé de 267 à 578 et les élèves de 13.746 à 24.570. Nombreuses sont aussi les écoles primaires supérieures, pour les garçons et les filles, et les écoles professionnelles. N’omettons pas non plus le lycée de Fort-de-France. Le visiteur peut admirer dans les vitrines de remarquables travaux à l’aiguille exécutés par les jeunes filles des écoles primaires supérieures et professionnelles : broderies, châles, coussins, etc.

Des statistiques, des photographies, nous indiquent aussi l’effort réalisé dans le domaine social.

C’est sans répit que se créent des hôpitaux, des dispensaires, des asiles de vieillards.

Les photographies qui sont exposées montrent que les établissements hospitaliers sont équipés de la façon la plus moderne.

L’agriculture qui conditionne l’économie générale de l’île occupe, au pavillon de la Martinique, une place en rapport avec son importance. Plusieurs stands sont réservés aux produits du sol fertile des Antilles : café, coton, cacao, tabac, arbres à épices et surtout canne à sucre. C’est de la culture de la canne à sucre qu’est née cette industrie du rhum qui est la principale richesse du pays.

Toutes les phases de l’industrie rhumière sont évoqués par des dioramas,des photographies et la présentation des produits eux-mêmes.

C’est une véritable leçon de choses, et combien attachante.

Toute la décoration, tant intérieure qu’extérieure du pavillon, exprime la végétation tropicale, les fougères arborescentes, les calisiers étranges, les babous énormes, les fleurs merveilleuses.

Au salon d’honneur est annexée une rotonde largement ouverte sur la façade postérieure du Pavillon et donnant sur les bosquets ombreux du parc.

Par la grande salle, on accède aux deux salles d’exposition installées de part et d’autre.

Dans une vitrine sont exposés des objets trouvés dans les ruines de Saint-Pierre, qui fut détruite en 1902 par une éruption du Mont Pelé.

Des bars de dégustation en des pavillons distincts traités dans le genre des habitations de Pile, sont groupés autour du pavillon principal.

Dans l’une des grandes salles réservées à l’agriculture sont exposés tous les produits des cultures sucrières, les sucres, rhums, cafés, cacao, vanilles, cocos, bananes, citrons, oranges et les épices, avec dioramas nous montrant des centres de culture.

Dans l’autre, tout ce qui concerne les travaux graphiques, tant pratiques que scientifiques, ainsi que le résultat de toutes les initiatives de la haute administration.

Une heure à la Martinique suffit pour se rendre compte des séductions de l’île lointaine et des efforts remarquables qu’elle a réalisés pour tirer un parti chaque année plus grand de ses ressources naturelles.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931