Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Réunion

Réunion à l'exposition de Paris 1931

Architecte(s) : Bloch

La Réunion est représentée à l’Exposition Coloniale, en bordure de la Grande Avenue des Colonies françaises, face au pavillon des Missions, entre la Martinique et la Guadeloupe, par un pavillon carré de 20 mètres de côté, surélevé de quelques marches et précédé d’un bassin, qui pose comme un tapis liquide et bleu au pied du pavillon. Le pavillon est conçu dans son ensemble et ses détails dans le style du pays; il est un des plus gracieux de l’Exposition, un de ceux qui ont reçu le plus de monde, un de ceux qui ont eu le plus la faveur du public.

Le plan a en été dressé, sous la haute direction de M. Estebe, Commissaire de la Colonie, par l’architecte : M. Henri-Léon Bloch.
Le pavillon est une élégante réplique du Petit Trianon : il représente une des habitations du pays : la villa de Chaudron. C’est également une reproduction du vaste et riche palais Morange qui abrite aujourd’hui l’exil tranquille d’ABD-EL-KRiM dans cette île qui fut terre d’asile pour des vaincus célèbres à des titres divers : Ranavalo, reine de Madagascar, Said-Ali, sultan des Comores, Vinh-San, empereur d’Annam.

Le cadre et la parure de plantes, bananiers, fougères, capillaires, orchidées, disposées autour de la pièce d’eau et dans les parterres, nous font sentir l’atmosphère poétique et parfumée de l’île lointaine, qui est une de nos plus vieilles colonies de langue et de mœurs françaises, puisque nos couleurs y flottent depuis l’année 1642.

Une véranda, sorte de vestibule spacieux et clair, abrite du soleil derrière l’alignement de ses colonnes élancées, en constitue la façade et se prolonge dans deux petites allées latérales.

C’est la “ Varangue ”, l’abri où les habitants de la Réunion se tiennent aux heures chaudes de la journée, qui devient tour à tour salon, boudoir, fumoir, où l’on devise, où l’on reçoit, où l’on fait la sieste et d’où l’on ne cesse, cependant, par les larges baies qui y ont été aménagées, d’être en communication constante et directe avec la rue. En somme, la Varangue réunionnaise est une véranda perfectionnée.

Une des conséquences (entre tant d’autres) de l’Exposition Coloniale sera d’enrichir le vocabulaire courant de certains mots que seuls utilisaient jusqu’ici les reporters et les romanciers, curieux de couleur locale. Parmi ces mots, un sort sera fait à le “ varangue ”, dans notre langue qui l’accueillera avec faveur.

Il est douteux que nos architectes s’en inspirent, la varangue s’accommodant mal de notre ciel brumeux et de nos rues bruyantes. Mais le “ titi ” parisien lui aussi pourrait fort bien l’adopter comme il a adopté la “ cagna ”, la “ guitoune ”, le “ gourbi ”, d’autres termes encore qui désignent des abris coloniaux infiniment moins confortables, certes, que la varangue.

Le bâtiment enclôt un patio, petit jardin intérieur, retraite élégante et parfumée avec une vasque centrale en mosaïque de tons noirs et or.

Tout alentour du patio, dans une galerie sont disposés les stands présentant les produits essentiels du pays.

La Réunion favorisée par un climat très varié, peut pratiquer la majorité des cultures. Nous l’avons vu au cours de cette exposition. Mais nous admirons surtout l’opulence étonnante des grandes cultures, dont la plupart alimentent l’activité industrielle de la Colonie et font l’objet d’un important commerce : cannes à sucre, rhums, vanilles, tapiocas, essences à parfums (géranium, vétyver, ylang-ylang, etc.), café çt cacao. Et toute la prodigieuse avalanche des fruits exotiques, qui n’apparaissent encore que sur les rares tables fortunées de la Métropole : mangues, letchis, gouyaves, etc., à la saveur exquise.

L’industrie locale est représentée par les articles de sparterie, les broderies et les dentelles.

A gauche, en entrant sont les bureaux du Commissariat de la section.

Avant de quitter ce pavillon, le visiteur ne manque pas de s’intéresser aux portraits des principaux originaires de l’île qui ont contribué à enrichir le patrimoine spirituel de la France. Citons en quelques-uns : François de Mahy, qui donna Madagascar à la France, le Colonel Lambert, le défenseur de Bazeilles, Juliette Dodu, la grande Française et Leconte de Lisle, Léon Dierx, Bertin, Bachelot, Parny, Lacaussade et les littérateurs Marius et Ary Leblond, et Mme Pierson, de la Comédie Française, et l’amiral Lacaze, Roland Garros, l’écrivain Bédier, de l’Académie Française, etc.

Dans le fond, en hémicycle, est installé un musée groupant les riches souvenirs d’art qui font la fierté de la Réunion et lui assurent, autant que l’épanouissement de ses productions tropicales, un lustre de vieille et délicate civilisation française. La rétrospective de la Réunion montre le rôle brillant que cette île a eu comme escale de la conquête de l’Inde et comme foyer de la colonisation de Madagascar.

Au pavillon principal est adjoint un bungalow original construit entièrement aux frais de la société hydroélectrique de la Réunion qui a réalisé d’importants travaux et où est exposé un superbe plan en relief de l’île.

Le soir, de puissants projecteurs illuminent le jardin intérieur où la pièce d’eau apporte la fraîcheur reposante.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931