Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Tonkin

Tonkin à l'exposition de Paris 1931

© G. L. Manuel Frères

Architecte(s) : Sabrier

L’exposition locale du Tonkin, qui, tout d’abord, devait être synthétisée dans la reproduction d’un village annamite ou tout au moins de la rue principale et de la place d’un village, de façon à représenter exactement les caractéristiques spéciales à ce pays de l’Union Indochinoise, carrefour dans lequel on aurait pu voir à la fois le marché, les boutiques d’artisans et de petits commerçants, ainsi que le dinh ou maison commune, a dû, pour des raisons d’ordre budgétaire et aussi par suite du manque de place, subir d’importantes réductions.

Elle comprend donc simplement :

I

La porte du village annamite avec son mirador où se tient d’habitude le veilleur prêt à donner le signal d’alarme ou à annoncer l’arrivée d’étrangers en frappant sur un tam-tam.

II

Sur le côté droit, à défaut d’une rue complète, une rangée de cinq maisons tonkinoises avec boutiques ou ateliers d’artisans, bâtiments dans lesquels sont installés des Indigènes qui vendent des tissus de soie, de la dentelle, des objets en écaille, ivoire, cuivre, des incrustations, bijoux d’or ou d’argent, meubles sculptés ou laqués, principaux produits de l’artisanat et des industries familiales du Nord de l’Indochine.

III

Cette reproduction forcément réduite d’une rue commerçante d’un centre tonkinois une fois franchie, les visiteurs se trouvent en présence de la maison commune, du dinh où se réunissent les notables du village pour traiter les affaires communales et aussi pour célébrer les cérémonies rituelles en l’honneur des génies protecteurs de cette cellule administrative, base de l’organisation administrative du Pays.

Ce monument, séparé des maisons d’artisans, que l’on vient de quitter, par une pièce d’eau entourée de la murette ajourée faite de briques et de balustres en terre cuite vernissée que l’on retrouve sur tout le territoire tonkinois, est l’image très exacte du dinh de Dinh-Bang, un des villages les plus importants du Tonkin, situé dans le Phu de Tu-Son de la province de Bac-Ninh, berceau de la Dynastie des Ly.

Il comprend :

a) L’entrée à trois portes dont la principale est généralement masquée par un écran, les rites tonkinois ne permettent jamais de voir de l’extérieur d’une pagode, voire, même d’un yamen de mandarin, ce qui se passe à l’intérieur et obligeant les visiteurs à faire un détour à droite ou à gauche pour y pénétrer.

b) La cour intérieure flanquée de part et d’autre de galeries dans lesquelles sont remisés les accessoires des cérémonies rituelles, où se tiennent également et s’abritent de la pluie, du froid ou du soleil les villageois qui se rendent au Dinh et dans lesquelles sont autorisés à s’installer également huit boutiquiers ou artisans qui présentent leurs produits au public dans les mêmes conditions que dans les cinq compartiments indiqués plus haut.

c) Le bâtiment principal enfin, composé de sept travées principales de 3 mètres de largeur. Dans celle du centre est installé l’autel du génie, précédé de la table à offrandes : ce sanctuaire est séparé des autres travées par deux rangées d’armes rituelles. Aucune cloison n’existe dans le Dinh. La toiture est supportée par d’imposantes colonnes de bois de 70 centimètres de diamètre auxquelles sont suspendus de longs panneaux laqués avec sentences en caractères chinois.

Régulièrement le Dinh ne devrait contenir que les objets rituels. Toutefois, comme il n’est pas rare qu’au Tonkin même, les villages utilisent le Dinh, en dehors des cérémonies rituelles et des réunions du Conseil communal pour y installer le maître d’école qui y fait la classe, ou des denteliers ou dentelières qui s’y fixent avec leurs métiers, le Commissariat de l’Indochine, d’accord avec le Comité d’initiative et de Patronage, a pensé qu’il serait regrettable de laisser vide un si vaste emplacement.

Aussi a t-il été prévu que dans l’extrême aile droite serait monté le grand métier, système Jacquard qui montre la méthode employée, bien avant notre arrivée, par des ouvriers tonkinois pour le tissage de la soie; que de chaque côté de la travée centrale du sanctuaire réservée au culte du génie, sont installés un certain nombre de mannequins revêtus des vêtements de cérémonie devant être utilisés lors des processions ou des fêtes rituelles du village.

Les travées médianes de chaque aile restent libres pour permettre la circulation des visiteurs se rendant au pavillon situé derrière le Dinh.

IV

Il a été aménagé en effet en arrière de la maison commune un pavillon composé de trois pièces.

a) La pièce centrale contient trois toiles du peintre Inghinberty représentant le Tonkin sous ses aspects nettement différents, la Haute Région habitée par les races montagnardes, qui, au point de vue de la superficie, représente les 5/6 du territoire et le delta peuplé par les Annamites.

La troisième toile reproduit le port de Haïphong.

Sous les trois toiles et sur le quatrième côté de la pièce que recouvre une grande carte seront exposés un certain nombre d’objets d’art anciens ou modernes ayant un caractère purement tonkinois, car il est entendu que, pour ménager le recul nécessaire à la mise en valeur des peintures,de milieu de la pièce reste libre et que la majeure partie des produits économiques ou artistiques de ce Pays de l’Union trouvent leur place dans le Palais central de l’Indochine.

b) Deux salles annexes dans lesquelles sont aménagés six dioramas de l’artiste peintre Virac, ceux de l’aile droite représentant des scènes de la Haute Région, ceux de l’aile gauche des vues du Delta.

En résumé, malgré la nécessité devant laquelle s’est trouvé le Commissariat de l’Indochine pour les raisons exposées au début de cette note, de restreindre l’importance de la représentation “ locale du Tonkin ”, cette dernière n’en reste pas moins le reflet exact des caractéristiques spéciales de cette région d’Extrême Orient, l’attention du public étant attirée particulièrement, au point de vue ethnographique, sur la distinction qu’il convient à faire entre le Delta et la Région montagneuse, au point de vue économique sur l’artisanat indigène et les industries familiales, enfin au point de vue administratif sur la commune annamite, fondement de toute l’organisation de ce Pays, et sur l’édifice que chacune d’elles possède, le Dinh, où se traitent les affaires publiques sous la protection des ancêtres illustres qui y ont vu le jour, et des génies auxquels doit être rendu le culte sacré comme à Confucius ou à Bouddha.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931