Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Cambodge

Cambodge à l'exposition de Paris 1931

© Boldo

Architecte(s) : Charles et Gabriel Blanche

Le Palais du Gouvernement général de l’Indochine donnant une reproduction d’un temple d’Angkor, c’est-à-dire un exemple de l’architecture ancienne du Cambodge, il a paru intéressant de montrer pour la première fois en Europe ce qu’était l’architecture actuelle de ces pays. Le Pavillon local du Cambodge se présente donc, à droite de la chaussée triomphale qui accède au grand temple ancien. Ainsi le visiteur, d’un seul coup d’œil, embrasse huit siècles d’évolution architecturale Khmère.

Sous l’influence occidentale, le Cambodge perd beaucoup de ses traditions et de ses anciens aspects. Mais il se montre encore très attaché à ses monastères. Cet état de choses dicta le programme des organisateurs et les conduisit à diviser le Pavillon local en trois parties bien distinctes, d’aspect tout différent, afin de soutenir l’attention du visiteur. Une des trois galeries présente le Cambodge social, touristique et technique; la seconde, le Cambodge religieux, et la troisième les arts contemporains.

Dans la partie centrale de l’édifice, se déroule une cérémonie religieuse. Là, dans l’atmosphère même d’un sanctuaire, son architecture, son mobilier, sa pénombre, ses vapeurs d’encens, on réunit des bonzes en prière, (une cinquantaine de fidèles) et les offrandes offertes par eux au bouddha qui domine, sous ses pendentifs fleuris, ses pieuses réunions. Le visiteur y circule, s’y trouve mêlé, et pour que son illusion de la réalité soit complète, il verra par les fenêtres ouvertes, des dioramas qui reproduisent des paysages du pays tout comme si ce spectateur se trouvait au Cambodge dans les mêmes conditions. Il prend ainsi contact avec des types de tous âges, des costumes, des attitudes, des fruits, etc., rassemblés avec cohérence, et, à la fois, dans l’ambiance qui caractérise le mieux le royaume et le différencie le plus des autres pays de l’Indochine.

Les autres galeries du Pavillon jouent un rôle entièrement différent. Elles contiennent les objets et les productions particulières au Cambodge, présentés exclusivement pour eux-mêmes, leurs formes et leur nature, dans la plus grande simplicité et cette netteté de répartition devenue d’usage dans les expositions actuelles. Tout d’abord le visiteur voit, isolées dans la partie cruciale de l’édifice et présentées sur un lit sculpté, des copies du “ Prah Khan ”, le sabre sacré, palladium du royaume et des différentes coiffures, un signe de la royauté Khmère. Ces objets ont été exécutés aux dimensions exactes et dans les mêmes matières que les originaux par les artisans royaux et le personnel de l’école des Arts de Phnom-Penh.

A l’aide d’un diorama, le visiteur prend part à la fête des eaux, la cérémonie capitale du pays qui se déroule dans un cadre grandiose. Le Cambodge familial tient dans une case en paillote, grandeur réelle, ou un couple d’indigènes et leurs enfants se livrent aux soins du foyer. Plus loin, des mannequins donnent les détails des costume, locaux (mandarins, danseuses, sauvages Khas, etc.). Les véhicules reproduits à une échelle rigoureuse et dans leurs détails les plus précis, voisinent avec les instruments de musique, les armes, les engins de pêche et les outils, les nattes et les tissus. Enfin des peintures réunissent les principaux types d’indigènes et les silhouettes du Cambodgien agriculteur et du Cambodgien pêcheur. Une vaste carte pittoresque du pays, des photographies, des plans et des documents divers complètent cette information recueillie par M. Poiret, délégué local du Cambodge à l’Exposition.

La galerie artistique, symétrique de la précédente, est entièrement garnie par les œuvres des artisans du Cambodge groupés en corporation sous le contrôle du protectorat. Cette organisation est actuellement unique dans nos colonies. De vastes vitrines contiennent les innombrables objets d’art, d’argent, d’écaille et de corne, dont l’orfèvrerie cambodgienne est si riche. Une suite de panneaux sculptés dans des bois précieux et un meuble donnant l’exemple de leur utilisation, synthétisent les arts du bois. Les soieries, déjà connues sous le nom de “ Sampot ” et des écharpes teintes, sont déployées sur un panneau de plus de 10 mètres de longueur sur 3 de hauteur, telles qu’elles sortent des métiers indigènes, cependant que plus loin le visiteur voit le parti qu’on en peut tirer en Europe.

Enfin d’autres vitrines présentent des bronzes et des enluminures sur toiles.

Afin de démontrer que les œuvres d’art exposées sont courantes dans le peuple et qu’elles n’ont pas été exécutées spécialement pour l’Exposition par des ateliers sélectionnés, un office de vente immédiate et de commandes les tiendra à la disposition des amateurs.

Enfin, sous une colonnade, des orfèvres, des tisseuses et des teinturières, des fondeurs, des enlumineurs et des sculpteurs exécutent avec l’outillage traditionnel, leur minutieux travail sous les yeux du public.

Le projet du Pavillon du Cambodge a été établi conformément aux formules architecturales indigènes, par Groslier, directeur des Arts Cambodgiens à qui a été confié, en outre, la restitution de la cérémonie religieuse et l’exposition artistique du Pavillon.

Les trois portes en bois massifs et le portique d’entrée ont été sculptés par les artisans de l’Ecole des Arts de Phnom-Penh. La maison Auberlet a établi avec un soin extrême toute la partie en staff de l’édifice. C’est-à-dire qu’il était impossible d’obtenir, dans une œuvre de ce genre, une collaboration franco-cambodgienne plus intime et plus soucieuse de parvenir au but cherché.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931