Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Indochine - Temple d'Angkor-Vat

Indochine - Temple d'Angkor-Vat à l'exposition de Paris 1931

© G. L. Manuel Frères

Architecte(s) : Charles et Gabriel Blanche

A l’extrémité d’une longue chaussée dallée se dresse une des merveilles de l’Exposition : la reproduction du massif central du temple d’Angkor-Vat, avec ses escaliers verticaux, ses galeries disposées en cloîtres, ses quatre tours d’angle et son dôme central.

C’est un véritable chef-d’œuvre de l’architecture Khrnère, qu’ont pieusement et fidèlement reproduit les grands artistes qui sont les architectes du Palais, MM. Charles et Gabriel Blanche, le père et le fils.

Cinq coupoles couronnées de tiares dentelées s’élancent dans le ciel à 50 et 60 mètres.

Au-dessus d’un soubassement carré de 70 mètres de côté et de 14 mètres de haut, subdivisé intérieurement en deux étages, des salles et des galeries enchâssent quatre cours intérieures, spacieuses et fraîches, et le sanctuaire sacré qu’abrite le dôme principal.

A l’extérieur, une galerie d’enceinte de 120 mètres de côté, flanquée de tours, s’ouvre en son milieu, dans l’axe de l’escalier d’honneur — escalier qui conduit au sanctuaire du temple — et de l’esplanade. Des relevés opérés sur place ont permis de reconstituer avec une exactitude absolue les proportions et les détails décoratifs de l’édifice.

Aucun monument ne traduit à la fois plus d’harmonie et de pensée. Aucun ne convient mieux, par la majesté de ses lignes et de ses perspectives, par la grâce de ses dentelures, de ses fines colonnes, de ses frises ouvragées, à notre dessein de symboliser dans la grandeur de son passé, le prestige de notre terre d’Extrême-Orient. Poème de pierre, idéal de pure spiritualité où se pénètrent et se concilient les aspirations de l’Asie, le symbolisme de tous les cultes orientaux.

Dans cette enceinte et sous ces voûtes, le Gouvernement Général de l’Indochine a voulu glorifier la politique française de labeur et de concorde associant à ses fins les races qu’elle protège et qui collaborent avec elle à l’œuvre commune.

L’intérieur du Palais est approprié à sa destination par l’aménagement de spacieux dégagements et de vingt-trois salles baignées d’air et de clarté, dont l’œil saisit d’abord l’ordonnance avant de s’arrêter aux détails. Sous les yeux du visiteur s’étale l’inventaire le plus complet, le plus saisissant de l’activité économique et de la vie collective des cinq pays de l’Union.

Au rez-de-chaussée, d’une superficie, avec ses annexes, de 5.000 m2, l’Exposition économique déroule dans tous les ordres d’activité, les indices de la prospérité agricole, commerciale, industrielle. Les principales ressources du sol et du sous-sol y sont judicieusement sélectionnées et méthodiquement réparties, à l’état brut et manufacturé.

Le groupement en est présenté avec le souci permanent de rapprocher la production et l’exploitation, la matière première et les procédés qui l’utilisent ou la transforment, les efforts individuels et le mécanisme du rouage administratif qui a mission de les aider d’améliorer leur technique et leur rendement.

Les produits, ainsi que les industries, sont distribués par sections, groupes et classes. Cultures vivrières : riz, oléagineux, féculents, fruits, canne à sucre, thé, café, cultures industrielles : coton, ricin, soie, fibres à papier, textiles, caoutchouc, gomme laque.

Des stands importants sont réservés aux grandes entreprises et aux groupements professionnels. Les firmes européennes et indigènes font la preuve de leur vitalité.

Les services généraux, travaux publics, marine marchande, P.T.T., aviation, présentent le tableau d’ensemble des grands travaux exécutés ou simplement projetés pour l’aménagement des ports de commerce, la protection et la fertilisation des campagnes, le développement de l’outillage, ses moyens de transport et de communication.

L’édifice est subdivisé intérieurement en deux étages, qu’un dispositif ingénieux de pavés de verre, reliés entre eux par un filet de béton invisible et formant une voûte lumineuse, éclaire, comme une immense verrière, sans qu’aucune ouverture soit aménagée dans le soubassement. L’étage supérieur supporte un ensemble de portiques, de galeries et de pavillons enchâssant quatre cours intérieures et, à la croisée de deux grandes travées, sous le dôme principal, la salle capitulaire, correspondant au sanctuaire du Temple.

Les salles du premier étage groupent les manifestations de l’activité sociale et intellectuelle de la colonie. Les services de l’Instruction Publique et de l’Assistance médicale y occupant une place importante .C’est précisément l’honneur de notre pays d’avoir appliqué à l’étude et à la solution des problèmes sociaux qui se posent en Indochine la sollicitude la plus attentive, la plus éclairée.

Protection de l’enfance, des vieillards et des incurables, organisation des cliniques, d’hôpitaux, de dispensaires et de maternités, instituts Pasteur et laboratoires, inspection médicale des chantiers et des plantations, contrôle de la main-d’œuvre, mesures prises pour assainir les villes et améliorer les conditions physiologiques de l’habitat indigène. Tous les témoignages s’accumulent de notre action humaine et bienfaisante dans l’ordre des œuvres sanitaires.

Ce rôle tutélaire de la France en Indochine, il semble que la reproduction du temple d’Angkor entouré des différents pavillons des cinq pays de l’Union en soit comme le symbole émouvant. Avec majesté, avec grâce, la Pagode d’Angkor est là au centre de l’Exposition comme pour témoigner devant le monde que la paix française en Extrême-Orient n’est pas un vain mot : la France honore le passé et respecte les mœurs tout en améliorant les conditions de l’économie générale.

Les services de l’Instruction publique offrent le tableau complet et méthodique de la politique scolaire de la France en Indochine : enseignement supérieur, secondaire, franco-indigène, primaire supérieur, primaire et élémentaire, écoles de villages, écoles professionnelles et techniques. Nous instruisons quatre cent mille enfants.

Les Grandes institutions scientifique1! ont assemblé les résultats de leurs travaux. L’Ecole française d'Extrême-Orient, notamment, a exposé ses magnifiques publications et quelques pièces de musées et de ses feuilles archéologiques. Sait-on que c’est à cette dernière que l’Indochine doit de découvrir, exhumés du sol, arrachés à la forêt, les incomparables reliques de son passé. Toutes les manifestations de l’activité intellectuelle et artistique sont accueillies à Vincennes, qu’elles émanent des institutions officielles ou des groupements privés.

Les meilleures productions de l’art français local et des arts indigènes ornent les salons d’un attrait à la fois rétrospectif et moderne. Salons des artistes français de l’Indochine, peintres, graveurs, sculpteurs, architectes, décorateurs. Salons d’art indigène où notre jeune école des Beaux-Arts d’Hanoï et les écoles d’art appliqué du Tonkin, du Cambodge, de la Cochinchine, exposent leurs plus belles créations : meubles, bronzes, céramiques, incrustations et laques, orfèvreries, soieries façonnées, peintures, gravures et dessins, où se reflète, en s’adaptant aux besoins nouveaux, le style original de la race et du pays. Cette floraison, illustre la sève d’inspiration qu’ont puisée nos propres artistes sous le ciel d’Extrême-Orient et l’impulsion artistique qu’ils communiquent autour d’eux, renaissance d’un classicisme national dont les traditions avaient dégénéré.

Les salles et les galeries de l’étage supérieur du Palais central évoquent l’histoire de l’Indochine à travers les âges, depuis les anciennes civilisations jusqu’aux temps modernes. Les archives de la colonie livrent à notre curiosité et à notre méditation des documents originaux ou reproduits, portraits, estampes, gravures, cartes, qui retracent les grands souvenirs du passé. Les races montagnardes revivent sous nos yeux avec leurs types ethniques, les spécimens de leur outillage, de leurs costumes, de leur art.

Depuis le 6 mai 1931, des millions de visiteurs, français et étrangers, ont gravi les degrés du temple que les Kmers ont érigé en l’honneur du dieu Vichnou. Pourtant si le public admire sans réserve l’œuvre réalisée, il ignore généralement les patients efforts qui ont abouti à cette merveilleuse reconstitution.

Sans entrer dans d’arides précisions d’ordre technique, disons cependant que MM. Charles et Gabriel Blanche, ont consacré six années de patient labeur à la reconstitution du Temple d’Angkor. Leur tâche a nécessité des travaux préparatoires nombreux et difficiles et, notamment, la réunion d’une documentation considérable.

Ajoutons en passant que les architectes d’Angkor sont en outre les auteurs de la chaussée qui conduit au monument ainsi que de plusieurs pavillons qui constituent la section indochinoise et qui, bien que très divers, donnent à de la section entière un ensemble harmonieux.
M. Gabriel Blanche fut chargé par son père d’aller puiser sa documentation à la source même, au Cambodge. Il en rapporta des relevés archéologiques et des aquarelles qui lui ont permis de donner à la réplique du Temple édifiée à Vincennes cette patine qui semble millénaire tellement elle reproduit exactement les tonalités du monument original.

Le volume total de la masse constituée par le Temple et ses annexes est, à peu de chose près, celui du Sacré-Cœur de Montmartre.
La reconstitution à Vincennes du Temple d’Angkor-Vat, a coûté 12 millions 400.000 francs, somme relativement modeste en égard à l’ampleur de l’œuvre réalisée.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931