Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Afrique Occidentale Française

Afrique Occidentale Française à l'exposition de Paris 1931

© Albert

Architecte(s) : Olivier et Lambert

La participation de PA.O.F. à la grande manifestation de Vincennes se présente sous une double forme : une exposition didactique à l’intérieur du Grand Palais où chacun peut se rendre compte de l’évolution administrative, économique et sociale de ce groupe de colonies.

Une reconstitution aussi parfaite que possible de la vie indigène en pays noir.

Aussi l’A.O.F. occupe-t-elle à l’Exposition Coloniale de 1931 un vaste emplacement de quatre hectares situé au sud du Lac Daumesnil et en bordure de la grande voie qui, partant de la porte de Reuilly, dessert d’abord les concessions attribuées aux “ Vieilles Colonies ” et à l’Union Indochinoise.

Au centre de cet emplacement qui comprend un large espace découvert semé de quelques bouquets d’arbres, se dresse le Grand Palais, flanqué à droite d’un ensemble de constructions reproduisant les maisons les plus caractéristiques de la vieille ville musulmane de Djenné, alors qu’à gauche des villages fétichistes essaiment leurs cases soit sous les vertes frondaisons du Bois, soit sur les bords d’un lac artificiel dont les eaux baignent des huttes lacustres et reflètent les murs du “ Restaurant Africain ”.

Le palais, les maisons de la rue de Djenné, le restaurant sont de pur style soudanais, le seul vraiment original des pays nigériens : d’inspiration berbère, il a pris naissance vers le XIVe siècle; sa caractéristique est le “ Tata ”, autrefois résidence ordinaire des rois noirs, aujourd’hui demeure des grands chefs, aux murailles élevées d’un rouge latéritique, surmontées d’une grande tour carrée. Ainsi naquit dans l’Afrique Nigérienne une architecture dont les traditions et les caractères typiques ont été précieusement conservés jusqu’à nos jours, et dont les mosquées et les autres monuments de Tombouctou et de Djenné réalisent le type le plus fidèle et le plus connu.

Aussi bien cette architecture n’est-elle pas spéciale à ces deux villes; en réalité elle se rencontre dans tout le Soudan occidental et a même pénétré vers le sud, jusqu’aux confins de la forêt équatoriale, où on la retrouve notamment à Kankan, à Odienné, à Korokho, en Guinée et en Côte d’ivoire.

Certains, se basant sur la forme trapézoïdale des portiques et la construction pyramidale des tours, ont voulu rattacher le style soudanais aux monuments de l’ancienne Egypte. Mais il convient de remarquer que les matériaux employés, (briques séchées au soleil et rarement cuites unies par un simple mortier d’argile sans chaux), obligent nécessairement à donner aux murailles une certaine inclinaison sous peine de les voir s’écrouler. “ Ce ne sont donc pas, comme l’a dit le Gouverneur Delafosse, les origines de l’architecture soudanaise qui expliquent ses trapèzes, ses pyramides ou ses cônes, mais uniquement la nécessité d’avoir les bâtiments plus larges à la base qu’au sommet.” Si le style soudanais a puisé, sans nul doute, son inspiration dans des influences venues de l’extérieur, ces influences ont été d’origine romaine ou berbère et nullement égyptienne.

C’est en s’inspirant de ces diverses considérations que les architectes, MM. Germain Olivier et Jacques Lambert ont très heureusement conçu et édifié le palais de l’A.O.F., sa masse imposante, fâche rouge dans la verdure, attire de loin des visiteurs; il occupe une surface de 5.000 mq; la hauteur des murs est de 16 mètres et la grande tour centrale élève sa plateforme à 45 mètres; la façade principale mesure 65 mètres de long et les 2 petites tours qui la prolongent n’ont pas moins de 30 mètres de haut. Les façades extérieures et les tours sont ornées de dessins et de motifs décoratifs rappelant l’art primitif indigène dont l’exécution a été confiée aux sculpteurs Anna Quinquaux, Sarra Cezolles, Garnier, Monier et Scriba.

Devant l’entrée principale du Palais, une esplanade a été aménagée qui permet aux visiteurs d’assister sans gêne aucune aux danses et aux exhibitions indigènes et qui offre pour les fêtes de nuit et le déploiement des cortèges de toute nature un cadre incomparable. Quelques marches franchies, on pénètre par de larges portes dans le vestibule, à droite duquel sont aménagés les bureaux du Commissariat de la section.

Commissariat qui est composé comme suit :
Commissaire : M. Léon Geraud, Gouverneur honoraire des Colonies ;
Commissaire-Adjoint : M. G. Spitz, administrateur en chef des Colonies.

En face, s’ouvre la grande cour intérieure du “ Tata ” aux murs ornementés de bas-relief, signés Baudry et Jonchere s’inspirant de l’ethnographie et de la faune de l’Afrique Noire, avec au centre une fontaine, due au ciseau du sculpteur animalier Saupique, s’apparentant à l’ensemble architectural et décoratif du Patio où quelques palmiers, parmi des massifs de crotons et d’aganes, concourent à créer une ambiance nettement africaine.

Tout autour courent de larges galeries où le visiteur peut contempler une exposition complète de l’art indigène caractéristique de chacune des régions de l’A.O.F. Ces galeries, largement ouvertes sur la cour intérieure par de grandes baies ornées de beaux vases décoratifs des céramistes Luc-Larrel, sont égayées dans leur partie centrale de bas-reliefs du sculpteur Descomps. Elle donnent accès aux stands particuliers des huit colonies du groupe et de la circonscription autonome de Dakar et aboutissent à un hall central aménagé sous la grande tour où, dans un cadre artistique d’une présentation particulièrement soignée sont exposées de superbes collections de bijoux indigènes d’or et d’argent, en même temps que les meilleures œuvres que nos artistes, peintres ou sculpteurs ont rapportées d’Afrique occidentale. Autour de ce hall, six salles ont été réservées à l’Exposition propre du Gouvernement Général (grands travaux, assistance médicale, enseignement, etc...). Enfin, au fond du palais et occupant toute la largeur de l’édifice, une vaste salle décorée par le peintre Martin Sauvaigo est consacrée à la présentation synthétique de la production de l’ouest africain français.

Telle a été conçue la disposition intérieure du palais qui permet au public, même aux jours d’affluence de circuler sans gêne ou de stationner pour un examen plus approfondi. De nombreux sièges, œuvres d’artisans du Dahomey ou de la Côte d’ivoire et des bancs taillés dans des billes d’acajou ou autres “ bois des îles ”, placés un peu partout, assurent aux visiteurs le repos nécessaire.

Ce coup d’œil d’ensemble une fois jeté sur le Palais de l’A.O.F., visitons les stands particuliers des colonies. Les surfaces prévues pour chacun d’eux ont été calculées très largement. Chaque colonie dispose en moyenne de 150 à 180 mq. Neuf grands dioramas concrétisent par une représentation appropriée l’aspect si différent de chaque région en même temps qu’ils fixent dans les esprits la nature de leurs principales productions. Leur exécution ainsi que celle de plusieurs panneaux décoratifs, a été confiée à des artistes de talent : citons Mlle Jeanne Thill, MM. Madrassi, Constantin Fout, Bertin-Moreau, Cayon, Chauveau, Lex, Foréau et Anblet, d’ARGONGE, Prévost, Gansseu et Rollet.


Voici d’abord le Sénégal avec un diorama représentant le port de Kaolack et l’embarquement des arachides, principale production du pays. Puis c’est la Circonscription autonome de Dakar où, dans la carlingue d’un avion de la Compagnie Aéropostale le public s’attarde longuement devant la vue panoramique de la presqu’île du Cap Vert, de la ville et du port de Dakar. Ce diorama particulièrement important est rendu encore plus attrayant du fait de son éclairage permettant la vision alternative de jour et de nuit et d’une installation électrique originale, due à l’aimable concours de la Compagnie des Eaux et Electricité de l’Ouest Africain, qui assure le va-et-vient des bateaux dans le port, des trains du Dakar-St-Louis et aussi la mobilité des images, donnant ainsi à l’ensemble l’illusion complète de la réalité. Deux toiles représentant un débarquement à Dakar en 1900 et en 1930 complètent cette instructive présentation.

Le Territoire du Niger nous fait assister à l’Arrivée de “ l’Azalay ” longue caravane de plusieurs milliers de chameaux apportant chaque année aux populations du sud, le sel de Bilma et les dattes des oasis. Le Soudan nous offre le spectacle de l’inauguration, en février 1929, du barrage et du canal expérimental de Sotuba par M. Maginot alors Ministre des Colonies. En Mauritanie, marche frontière de l’Afrique Occidentale nous avons la vision du Poste militaire de Boutilimit. Au Dahomey, une palmeraie aménagée appelle l’attention du visiteur sur la principale production du pays : l’huile de palme. La Côte d’ivoire nous initie à l’exploitation des bois et à la récolte du cacao et du café, tandis qu’une vue du wharf de Grand Bassam un jour de grosse mer montre les difficultés rencontrées actuellement pour l’évacuation des produits, difficultés qui ont amené l’administration à envisager dès maintenant la construction d’un port en eau profonde. Le diorama de la Guinée nous apprend que le labour à la charrue rentre de plus en plus dans les habitudes des cultivateurs indigènes dont l’activité est dirigée vers la production intensive de la banane.

Enfin la Haute-Volta nous montre Moro-Naba, le Grand Chef du Mossi, inaugurant la foire-exposition du Coton à Ouagadougou.

Dans les stands sont naturellement exposés les produits propres à chaque colonie ainsi que les objets d’art indigène les plus caractéristiques. Une carte détaillée et cependant claire guide le visiteur qui peut suivre, sur les graphiques et les diagrammes, la progression générale constante de la production et de l’évolution de l’outillage économique. Les œuvres d’assistance sociale sont partout évoquées.

Mais c’est surtout dans la grande salle de la Production réservée à l’exposition synthétique des produits si variés de l’Ouest Africain que le visiteur peut se rendre compte des progrès accomplis en A.O.F. depuis 1905 dans ce domaine capital de l’activité coloniale. Tour à tour il pourra contempler les billes d’acajou de 7 à 8 tonnes et tous les bois de la Cote d’ivoire, des balles de coton, de sisal, de dâ, textiles grâce auxquels la France pourra quelque jour s’affranchis du lourd tribut qu’elle paie actuellement à l’étranger, les palmistes, les huiles de palme et d’arachide dont la consommation mondiale augmente chaque jour, les cuirs, les peaux brutes et les fruits tropicaux qui entrent de plus en plus dans notre alimentation.

Les expositions particulières de tous les commerçants et industriels de la Côte d’Afrique montrent l’activité que les uns et les autres déploient pour développer progressivement les ressources multiples de contrées encore incomplètement exploitées.

Sans doute, il serait vain d’assurer la mise en valeur économique d’un pays si, parallèlement, l’amélioration de la condition sociale et matérielle de l’indigène n’était pas poursuivie. De ce côté, il est facile encore de se rendre compte que l’Administration n’a pas failli à sa tâche. L’assistance médicale a été constamment l’objet des principales préoccupations du Gouvernement Général. Des graphiques, des diagrammes, des notices spéciales indiquent au public les efforts accomplis d’année en année pour modifier les conditions d’hygiène de l’indigène et perfectionner les méthodes de médecine préventive et curative.

Il en est de même pour les œuvres d’enseignement qui ont à l’Exposition de l’Afrique Occidentale tout le développement que nécessite leur importance.

Il y a lieu de signaler qu’une documentation précise et abondante est à la disposition des visiteurs; des notices particulières concernant chaque colonie, chaque branche de l’activité économique du pays, chaque produit important, sont distribuées aux personnes qui en témoignent le désir. A cet effet, et afin de ne rien laisser dans l’ombre, des fonctionnaires ayant tous séjourné longuement en A.O.F. se tiennent à la disposition des visiteurs pour les renseigner sur les points qui pourraient leur paraître obscurs et leur donner de vive voix toutes les indications nécessaires.

En dehors de cette partie didactique qui trouve sa place à l’intérieur du Palais, la Section de l’Afrique Occidentale comprend, ainsi qu’il a été dit plus haut, une partie attractive tout en restant instructive pour laquelle ont été utilisés les espaces restés libres de la surface concédée.

Le Palais parcouru, et après avoir admiré du haut de la Tour où les conduit rapidement un grand ascenseur, le panorama de l’Exposition, les visiteurs, une fois franchie, une porte monumentale ornée de sculptures signées Jouannault et Courbier, se trouvent transportés au cœur de l’Afrique Noire à travers les ruelles étroites de Djenné, fidèlement reproduites, avec leurs maisons à terrasses et à étage, aux grossiers murs de pisé rouge, telles qu’on les rencontre sur les bords du Bani. A i’intérieur des maisons, tout un peuple d’artisans indigènes, des bijoutiers, des tisserands, des sculpteurs, des potiers, des vanniers, des maroquiniers, travaillant sous les yeux du public ainsi que, pour la première fois en Europe, les jeunes ouvrières des Missions des Pères Blancs qui ont installé à Vincennes des Succursales de leurs fabriques de tapis de haute laine de Ségou (Soudan) et de Ouagadougou (Haute-Volta).

Pour compléter l’illusion de la ville soudanaise, une factorerie en tous points semblable à celles que l’on rencontre un peu partout en Afrique, permet de se rendre compte des différentes opérations auxquelles donne lieu le commerce de la traite. Dans le même ordre d’idées, des commerçants européens et indigènes de l’A.O.F. ont été autorisés à ouvrir des comptoirs qui permettent aux amateurs de se procurer, à des prix très raisonnables, les étoffes, cuirs et objets d’art indigène exposés dans le palais.

Dans une construction toute proche, reproduisant à une échelle forcément réduite, la célèbre mosquée de Djenné, est installé un cinéma permanent où le public voit défiler les films récemment tournés en A.O.F. Tour à tour on visite ainsi sans fatigue les grands centres de la colonie, les sites les plus caractéristiques de la brousse africaine, et on assiste aux scènes les plus typiques de la vie indigène.

Une des maisons de la ville a été affectée à une exposition particulièrement réussie du tourisme et de la chasse dont la décoration picturale a été confiée à l’artiste Dakarois R. Nivelt. A l’étage sont installées les Compagnies de Navigation de la Côte d’Afrique, de la Compagnie Transsaharienne de la Compagnie Aéropostale.

De l’autre côté du Palais, faisant face à Djenné, la ville musulmane, un village fétichiste essaime dans la clairière du bois ses cases rondes couvertes de paille autour desquelles, comme dans la réalité sont installés de nombreux comptoirs de vente tenus par des européens ou des indigènes de la Côte d’Afrique; puis, groupées autour du lac artificiel sur lequel circulent en liberté parmi le va-et-vient des pirogues, ibis, marabouts et pélicans, des huttes lacustres rappellent celles des lagunes si pittoresques du Dahomey et de la Côte d’ivoire. L’une d’elle contient une petite exposition de la pêche avec un diorama de Jacques Hervé. Enfin, s’abritant sous les murs du Palais, des tentes venues de l’Adrar évoquent la vie des nomades du désert :
C’est une véritable vision d’un coin d’Afrique noire transporté des rives du Niger sur celles de la Seine que nous offre le Commissariat de notre grande possession du Golfe de Guinée. Et combien vivant le spectacle que nous avons sous les yeux. Deux cents indigènes venus des plus lointaines provinces donnent à l’ensemble de la Section une note d’exotisme de bon aloi qui attire et retient la foule. Les boubous blancs des Sénégalais, les manteaux bleus des Maures et les robes noires des Peulhs, voisinent avec les jupes en raphia des indigènes de la Côte d’ivoire, aux torses nus et aux coiffures extravagantes, pendant que circulent, impassibles et graves, gardes de cercle et tirailleurs chargés d’assurer l’ordre et de faire régner la concorde parmi tout ce monde aux mœurs, au langage et aux caractères si disparates.

Enfin, rien n’a été oublié; pour les visiteurs qui éprouvent le besoin de se réconforter avant de continuer leur promenade à travers les autres sections de l’Exposition le “Restaurant de l’A.O.F” confié, ainsi qu’il convenait, à un hôtelier ayant une longue expérience de la Côte d’Afrique, M. Jean Fournier, est là, tout proche, au bord du lac avec ses deux terrasses, ses vastes salles, son bar élégant décoré de fresques dues au pinceau de Mlle Séailles.

Signalons en terminant que les produits de la Colonie : cacao café, bananes et autres fruits tropicaux, sont au restaurant à la disposition des amateurs qui peuvent également y apprécier toute la gamme des mets exotiques préparés par les plus fins cuisiniers du Pays Noir.

Grâce au Gouverneur Geraud et à son adjoint M. Spitz, le visiteur peut faire en peu de temps à Vincennes un voyage en A.O.F. plein de charme et d’enseignement.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931