Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Maroc

Maroc à l'exposition de Paris 1931

© Jean GIlbert

Architecte(s) : Fournier et Laprade

Pour la première fois à Paris, le Maroc peut être vu tout entier. Jusqu’ici en effet les manifestations auxquelles le Protectorat Français a pris part dans la Capitale n’ont montré que des aspects particuliers du pays; aspect économique dans les foires ou expositions spéciales ; aspect artistique à l’Exposition des Arts Décoratifs. En 1931, le Maroc apparaît dans son ensemble, c’est-à-dire que sont placés sous les yeux des visiteurs les différents éléments qui le composent; élément indigène, organisation politique et administrative, résultats des initiatives privées. Cette sorte de triptyque que la réalité des faits impose à la présentation même du Maroc, force pour ainsi dire le cadre moral de l’Exposition. Comment le Commissaire du Maroc, M. Nacivet et ses collaborateurs pouvaient-ils l’inscrire dans le Bois de Vincennes ?

On sait avec quel soin jaloux et fort heureux le Commissariat Général défendait le site parisien. Cette préoccupation artistique imposait par contre aux différents réalisateurs particuliers de l’Exposition des problèmes d’un ordre souvent difficile à résoudre puisque seuls pouvaient être utilisés les espaces qui s’étendent entre les massifs boisés.

Le terrain attribué au Maroc occupe ainsi une des clairières dont le développement est assez irrégulier.
Le terrain est composé par deux quadrilatères disposés en équerre.
Les architectes du pavillon, MM. Fournier et Laprade ont fort heureusement tiré parti de cette disposition à la fois pour donner à la présentation marocaine son caractère de concentration urbaine grâce à une succession de cours et de patios et pour ménager une échappée sur le bled, relatif, il est vrai tant il est ici plus fourni en végétation que le bled marocain; on accède à l’un et l’autre par une transition extrêmement nuancée de souks et de jardins.

Dans ce cadre matériel, comment ont été distribués les éléments constitutifs du Maroc : indigène, administratif, initiatives privées ?
L’élément indigène constitue la partie attractive si l’on peut, dire, du pavillon. C’est vers elle que vont les visiteurs “ moyens ” ceux qui sont guidés par la seule curiosité de connaître les terres lointaines dont ils ont entendu parler, sans pouvoir jusqu’ici en situer très exactement les formes dans leur esprit. C’est aussi la partie charmante, celle qui rappellera à quiconque a visité le Maroc, tout ce que ce pays a d’attachement et qui devra évoquer pour les uns et pour les autres, le goût des voyages et des retours.

Aussi bien a été réservé à l’élément indigène la partie centrale du Palais du Maroc. Passée la porte monumentale, une première cour intérieure apparaît, celle des demeures Marrakchii. Des fleurs, une vasque, le joli galbe des portes aux ornements couverts des tuiles accoutumées, çà et là un figuier, un bouquet de grenadiers rompent la sévérité des hauts murs ocrés. Plus loin, un patio évoque les riches demeures de Fès avec ses éléments décoratifs si riches, ses plâtres découpés, ses colonnes ornées de zelliges, sa fontaine, chantant au milieu de la cour.

Une très sobre évocation documentaire montre le Maroc tel que nous l’avons trouvé dans son archaïsme et dans son histoire.

Empire Cherifien. — Sur une des faces du patio, une salle commémore les fastes du gouvernement Chérifien que la France a associé à l’œuvre de régénération entreprise dans le pays et qui a puisé dans cette collaboration confiante une force durable et une majorité inégalée auparavant.

Arts indigènes. — Le patio central conduit encore vers une vaste salle construite à la manière des plus beaux salons marocains avec une voûte en carène de navire, décorée de peintures. Ici sont disposés les objets qui, dans tous les ordres, permettent d’évoquer le côté artistique de la vie locale : tapis, broderies, cuivres ciselés, cuirs ouvragés, poteries, de façon à constituer un ensemble à la fois pittoresque, susceptible de montrer comment, dans une civilisation si rudimentaire à tant de points de vue, un élément de pensée délicate s’affirmait malgré les difficultés de la vie quotidienne et aussi comment la France, obéissant à sa tradition de civiliser sans détruire, a su conserver, voire sauver la série des techniques maghrebines qui d’elles - mêmes, sans nous, auraient aujourd’hui presque complètement disparu.

Des deux côtés de ce salon d’honneur, deux larges baies s’ouvrent sur de vastes dioramas dont l’un représente Fez, la dégringolade de ses maisons, l’entassement de ses habitations dans le cadre verdoyant du Maroc septentrional, l’autre, Marrakech; toute la splendeur de la ville rouge se détachant sur le fond de l’Atlas étincelant de neige. Une carte lumineuse sur laquelle se développent, grâce à une série de projections, tous les éléments de géographie humaine, caractéristiques du Maroc, occupe un espace surmonté d’une voûte en lanterneau et conduit les visiteurs vers le salon de repos.

Salon de repos. — Cette salle est tout entière vouée aux manifestations antiques dont les fouilles de Volubilis notamment, ont permis de retrouver d’importants éléments. On a eu ainsi l’occasion d’admirer à nouveau l’expression si vivante du chien de Volubilis, le fameux Cavalier, le Dionisios tout récemment découvert et l’admirable tête de jeune Berbère dans laquelle l’art antique a synthétisé si l’on peut dire, les traits généraux de la race autochtone. Ce salon de repos présente à l’intérieur comme à l’extérieur la reconstitution exacte des pavillons des Menschs qui sont un des ornements les plus délicats des somptueuses demeures marocaines. Sa voûte en bois d’arar étage jusqu’au faîte le chapelet de ses pendentifs; de larges baies permettent aux visiteurs de contempler par delà la cour, le développement des jardins qui s’ouvrent sur un fond de paysages verdoyants à l’extrême.

Toute cette décoration intérieure est très sobre de détails. On a voulu là peu d’objets, mais les plus caractéristiques et les plus beaux. Il ne s’agit point d’un bric à brac, d’un bazar, il s’agit d’exprimer sous toutes ses fermes et en choisissant les plus parfaites, ce qu’il y a d’essentiel dans l’art local.

En contraste avec ses richesses de bon aloi, l’espace dans lequel on accède apparaît sévère et rude. De hautes murailles surmontées
de créneaux caractéristiques encerclent une de ces grandes cours du Dar-el-Makheen. Les murs nus, blancs, sous un soleil éclatant évoquent la grandeur de certaines époques de l’Histoire marocaine; de certains règnes éphémères, mais aussi des sévérités et cette rudesse sont tempérées comme il est d’ordinaire au Maroc, par un grand bassin rappelant celui de la Médersa Sahridj alimenté par une vasque de marbre dans un décor de zelliges. Dans un coin, trois figuiers disposés comme au hasard ainsi qu’on en voit souvent dans les palais marocains, tranchent par une note verte sur la monotonie du mur. Par cette cour, le long de ce bassin, on accède à une autre partie, bien représentative aussi de la vie locale et qui relie dans cet heureux ensemble, la vie de la rue à celle des palais.

Souks indigènes. — Des deux côtés d’une esplanade centrale sont disposées de petites boutiques analogues à celles de Fez ou de Marrakech et dans lesquelles ont pris place commerçants et artisans. C’est toute une évocation de la vie médiévale dont on trouve au Maroc tant d’exemples curieux et amusants. Ici, le brodeur, le potier, plus loin, le fabricant de tapis, le chaudronnier, plus loin encore le relieur et l’enlumineur, tous ces arts et tous ces métiers mélangés, afin d’offrir le nécessaire pour le côté matériel et le côté intellectuel de l’existence. De loin en loin, dans d’autres boutiques, des commerçants indigènes étalent devant les yeux des visiteurs toute la somptuosité des objets anciens auxquels est jointe l’infinie variété des objets de fabrication récente. Naturellement puisqu’il s’agit de donner ici l’impression très exacte de la vie marocaine, on ne trouve pas, parmi ces artisans ou dans ces boutiques, rien qui ne soit strictement d’origine locale.

Jardins. — Entre les deux rangées de boutiques, un nouvel aspect du Maroc se trouve reconstitué par le canal d’eaux s’étendant sur toute la longueur de l’esplanade et qu’entourent les très curieux jardins restitués dans le style local. Une pergola couverte de roses court le long des boutiques pour abriter les sukiers et des deux côtés du canal des lignes de cyprès pyramidaux ombragent des parterres conçus dans la note maghrébine et dans lesquels se groupe la variété de fleurs et de plantes habituelles. Cette évocation ne constitue pas un des moindres attraits de l’esplanade; certains qui viennent y voir un simple jardin andalou, après un examen un peu plus approfondi reconnaîtront comment l’art des jardins d’Espagne s’est, petit à petit, légèrement déformé en passant en Afrique et quels éléments d’art délicat et personnel le jardin marocain représente.

C’est sinon une réplique, mais un rappel de la merveille de Rabat, le jardin des Oudaïas.

Restaurant et café maure. — A l’extrémité des deux lignes de souks, l’ensemble indigène est terminé par deux éléments indispensables à son évocation complète. Sur la place de l’Afrique du Nord, ainsi appelée parce qu’elle groupe, autour du pavillon du Maroc, les pavillons de l’Algérie et de la Tunisie, s’ouvrent à gauche un café et, à droite un restaurant, tous deux bien entendu et strictement marocains comme tout l’ensemble.

Dans le café, les amateurs peuvent goûter au thé à la menthe, aliment indispensable au riche comme au pauvre et savourer la boisson douce, parfumée, que n’oublie aucun de ceux qui y ont trempé les lèvres. La série des petits gâteaux, des bonbons : Kob orghzal, sucreries de Moulay Idriss sont présentées aux palais délicats. Le restaurant offre de son côté, la série inoubliable des plats maghrébins; la pastille aux amandes, les couscous multiples, les méchoui, les tadjiiu aux olives, aux raisins et la multitude des hors-d’œuvre, desserts à la fois douçâtres et relevés; poivrons, tomates, piments...

Tout cet ensemble forme la partie attractive, pittoresque, exotique, mais aussi celle qui révèle l’âme profonde et charmante et si variée du Maroc; son art, un peu sporadique, pauvre peut-être, mais si expressif, d’une volonté de vie intense qui n’a jamais pu avoir, pour s’épanouir ni assez de cohésion ou de persévérance, ni assez de stabilité durable. Le Maroc qui contenait en lui-même des éléments si riches en possibilités, n’a pu, au cours des siècles, s’affirmer d’une façon continue et il serait resté et aurait continué à vivre une vie de pauvreté, de misère de trouble si la France n’était venue justement apporter à tous ces éléments l’occasion de se conserver et de s’épanouir.

Ainsi, sommes-nous amenés au second des éléments constitutifs de l’Exposition du Maroc, ceux qui relèvent de l’initiative du Protectorat français.

La pacification. — La multiplicité des efforts faits par la France apparaissent dans une série de salles groupées autour de celles que nous venons de décrire. C’est d’abord ce qui forme la base première de toute action civilisatrice, laquelle ne peut se développer que dans une atmosphère d’ordre et de sécurité. Dans une salle consacrée à la pacification, se trouvent rappelés les différents stades de la progression dans le pays, la constitution des " marchés ” actuellement poussés plus avant et qui, au fur et à mesure que les marches plus lointaines s’établissent, se transforment instantanément en zone de mise en valeur.

Ce qu’il importe de bien montrer ici, c’est autant l’œuvre proprement militaire de cette pacification que le rendement de cette action dans le sens de la paix et de l’organisation du pays; hommage à la fois à ceux qui ont sacrifié leur peine et souvent leur vie pour conquérir le Maroc et à ceux qui, de tout leur cœur se sont consacrés à planter les premiers jalons de l’organisation nouvelle du pays. On trouve ainsi les efforts du service géographique de l’Armée, qui a dessiné la carte, des différents services qui ont construit routes et chemins de fer militaires, ceux qui ont assuré les premières améliorations dans la santé publique, etc... Toute cette œuvre appartient à la fois à l’Armée elle-même et plus spécialement au corps des Officiers des Affaires indigènes qui sont représentés évoluant dans leur milieu. C’est bien l’occasion de faire connaître aux visiteurs les différents aspects de la vie indigène au Maroc, cultivateurs de plaines, montagnards, tribus nomades dans le désert. Dans la même salle, à côté de l’action militaire, premier stade de l’organisation politique et administrative, apparaît le second stade, celui qui relève du contrôle civil des régions pacifiées depuis longtemps et dans lesquelles une organisation plus complète a pu être instaurée. On y fait ressortir nettement les différentes modalités de cette action qui, elle aussi, comporte des luttes contre certains fléaux de ces années dernières tout particulièrement contre les sauterelles, véritable plaie d’Egypte, qui s’est abattue sur les cultures et sur les moissons.

Service de santé. — Parallèle à cette action pacificatrice, l’action du Service de Santé, apparaîtra ce qu’elle est d’ailleurs, le complément de la première, sa conséquence, et il convient de souligner la force de réaction prise par le dévouement français en présence des milieux avec lesquels les événements politiques l’ont mise en contact; hôpitaux, formations sanitaires mobiles, installations tout à fait modernes et contrastant d’ailleurs avec le peu de prix qui était attaché avant notre venue à la vie humaine au Maroc.

Le service de santé montrera toute l’ampleur du développement qu’il a pris au Maroc, avec toutes les nuances que comporte ce développement puisqu’il lui fait à la fois répondre aux besoins des villes de population européenne et indigène et au besoin des campagnes.
Instruction publique. — Après les soins du corps, ceux de l’esprit et le développement remarquable des différents organismes relevant de l’Instruction Publique au Maroc, depuis les petites écoles au fond des bleds, perdues au contact direct de la dissidence et des pays insoumis, jusqu’aux instituts d’enseignement supérieur qui produisent déjà des œuvres d’une valeur remarquable et qui groupent autour de maîtres éminents, une élite de jeunes savants, en passe de renouveler, par leurs études et leurs recherches, toutes nos connaissances sur l’Afrique du Nord.

Au Maroc, l’école est outillée de la façon la plus moderne et la T. S. F. elle-même a pris place d’une façon habituelle comme élément usuel de matériel scolaire. On pourrait rattacher à ce stand différentes présentations qui relèvent de l’Instruction publique et qui sont peu dispensées pour les raisons que nous avons vues dans les autres salles, le service des antiquités dont le caractère particulièrement artistique ajoutera un élément intéressant à la décoration du salon de repos.

Travaux publics. — Les perfectionnements techniques se sont trouvés mis en œuvre pour l’outillage général du pays. Dans la salle voisine de celle consacrée à l’industrie minière, le service des Travaux publics montre comme il a donné au pays l’armature indispensable à son développement par les ports et les travaux maritimes de toute nature, par les routes et les chemins de fer, par les différentes installations hydrauliques comme le barrage de Si Saïd Maachou dont la construction assure l’équipement électrique de vastes régions ou comme les différents barrages destinés à suppléer par l’irrigation à la déficience des précipitations atmosphériques. Ce développement est dû à la France d’une façon exclusive puisque rien de tel n’existait avant notre venue. On trouvera le perfectionnement technique le plus moderne comme nous l’avons signalé plus haut.

Agriculture. — Le vieil adage : “ Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ” peut s’appliquer au Maroc avec une vérité aussi grande que lorsqu’il s’agit de la Métropole. De riches et vastes régions ont été de tous temps productrices de céréales, mais les procédés culturaux employés par les indigènes ne permettaient pas dans la plupart des cas d’obtenir un rendement suffisant. L’action du Protectorat s’est exercée non seulement sur l’extension des zones de mise en culture, mais encore par le perfectionnement des procédés culturaux, ainsi que pour la défense de ces cultures contre les différentes attaques qui les assaillent : sécheresse, invasion des sauterelles, etc...

A côté de cette présentation spécifiquement agricole figure celle de l’effort accompli pour stabiliser la propriété foncière, une des bases essentielles d’un développement de ce genre. Il y a eu sur ce chapitre des difficultés à vaincre autant pour établir un statut solide de la propriété que pour éviter dans le présent et dans l’avenir toutes les difficultés qu’ont rencontrées les premiers colons avant le protectorat.

Intérêts français à Tanger. — Enfin, bien que le régime de Tanger soit un régime spécial, Tanger fait trop évidemment partie du Maroc et les intérêts français y sont trop nombreux et trop importants pour n’avoir pas été consacrée. Qui dira, en même temps que la réalité et l’importance de ces intérêts tout le charme de cette ville qui, sur le détroit de Gibraltar fut longtemps considérée comme l’unique perle de l’empire Chérifien.

Exposants particuliers. — On aura ainsi fait le tour des principaux éléments du Maroc : civilisation indigène, efforts administratifs et politiques; reste à présenter le dernier des éléments, celui qui est dû à l’initiative privée.

Des firmes nombreuses, puissantes, constituées en sociétés ou fondées par des particuliers se sont constituées au Maroc et grâce à la France et à l’organisation que le Protectorat français a assuré au pays, ont pu s’y développer aussi bien pour leur profit direct que pour le profit du pays. Une salle spéciale est réservée à la présentation de l’activité de ces firmes, présentation qui oppose les formes les plus diverses depuis les éléments intellectuels, presse, etc..., jusqu’aux éléments commerciaux et industriels, sociétés minières, bancaires, établissements de construction, fabriques de conserves, etc. On est trop souvent accoutumé à considérer les productions marocaines comme d’une qualité inférieure, le Palais du Maroc à l’Exposition de Vincennes montre que si cette conception répondait à une réalité ancienne, la réalité nouvelle a complètement effacé les impressions péjoratives du passé.

Ainsi sous ces différentes phases, le Maroc apparaît ce qu’il est : une terre féconde que les conditions anciennes dans lesquelles les événements l’avaient maintenu avaient empêché d’atteindre un développement normal; un effort persévérant de la puissance protectrice respectueuse des coutumes et des intérêts locaux, mais ouvrant au pays et à ses possibilités les débouchés nécessaires, régénérant en un mot un groupement humain qui jusque là n’avait pas suivi le monde dans sa marche en progrès continu. Le Maroc apparaît également comme l’affirmation du génie colonial de la France, preuve d’autant plus impressionnante que tout ce développement s’est affirmé en quelques années et que là où il n’existait rien ou presque rien, il y a 20 ans, le dévouement français et la bonne volonté indigène ont assuré un épanouissement grâce aux persévérants efforts de l’initiateur que fut le Maréchal Lyautey et à celui de ses successeurs : M. Steeg et M. Lucien Saint.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931