Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Tunisie

Tunisie à l'exposition de Paris 1931

© Latapie

Architecte(s) : Valensi

La manifestation de la Tunisie à l’Exposition Coloniale consiste dans une sorte de synthèse de la vie indigène représentée par une Cité composée d’un pavillon officiel d’architecture arabe, sur lequel viennent se greffer des souks ou rues couvertes, reproduction fidèle des souks de Tunis avec leurs artisans et leurs boutiquiers.

A l’entour, s’élèvent :

D’un côté, le long de l’avenue de l’Afrique du Nord, le Pavillon du Commerce et de l’Industrie, les pavillons des exposants particuliers, les différents bazars. Tous ces pavillons de style arabe sont reliés entre eux par des murs de décor, ménageant des issues qui donnent sur des jardins avec vasques et fontaines, bancs de repos, etc...

De l’autre côté, sur la route du Bac, s’édifie un restaurant mixte où sont servis, en même temps qu’une excellente cuisine française, des plats de préparation indigène. A côté du restaurant, un pavillon comporte des attractions tunisiennes dont un grand nombre s’exercent par ailleurs sur les terre-pleins, terrasses, petites places indigènes ménagées le long du pavillon officiel.

Enfin, en pointe sur la route du Bac et l’avenue de l’Afrique du Nord, s’élève un grand bazar oriental avec, sur l’arrière, une buvette.

L’entrée du pavillon officiel s’effectue sur la place de l’Afrique du Nord. Ce pavillon comporte un patio extérieur à colonnades avec pièce d’eau au centre, ornée d’une grande vasque de marbre blanc. La façade décorée de revêtements de céramiques émaillées et polychromes se surmonte d’un immense moucharabieh qui tient tout le premier étage. C’est dans ce premier étage qu’est logé le détachement de la Garde Beylicale indigène, composé de 32 hommes, deux sous-officiers et un officier, qui assure la garde et le service d’honneur du Pavillon.

Dans l’axe de la cour extérieure, une salle monumentale s’offre à la vue du visiteur où se présente l’ensemble de la production tunisienne, tout d’abord sous la forme expressive et imagée de trois dioramas grandioses, dont chacun d’eux a pour objet de figurer l’épisode le plus caractéristique de l’exploitation des différents produits exposés dans cette salle.

Le diorama de face, tournant sur lui-même par un ingénieux mécanisme, donne l’image des trois étapes de la culture des céréales, qui est la plus importante des cultures de la Régence, soit au début du Protectorat, à la veille de la guerre, et au lendemain de celle-ci où elle bénéficia d’un effort considérable par le développement de l’outillage économique et des procédés scientifiques de culture. Ce diorama est l’œuvre du peintre Georges François et est monté mécaniquement par M. Fontbonne.

Deux autres dioramas, l’un à droite de la salle, l’autre à gauche, représentant le premier, les pêcheries et les éponges, qui constituent une industrie des plus pittoresques de la Régence; le second, l’industrie minière si importante dans le Protectorat, et qui en fait, en ce qui concerne les phosphates, l’un des plus grands producteurs du monde. Ces deux dioramas sont dus à un peintre de talent, M. Vergeaud, fixé depuis nombre d’années à Tunis, dont il apprécie le charme et la couleur. Cette utile leçon de choses se complète par un ensemble de décoration destiné à mieux faire comprendre l’effort colonial et juger de notre influence dans le Protectorat.

Aux quatre angles de la salle, de grands panneaux mis au concours, comme les dioramas eux-mêmes, entre artistes français séjournant ou ayant séjourné en Tunisie, s’harmonisent avec l’œuvre de l’architecte M. Valensi. Trois de ces panneaux, de 7 mètres sur 5 mètres représentent l’exploitation des forêts et des champs d’alfa, l’élevage si florissant dans la Régence et la culture de la vigne : ils sont signés Jeanne Thil. Dans un quatrième panneau de même dimension, le peintre Félix Aublet nous montre des oliviers, des orangers et des palmiers, avec un égal souci de vérité. Enfin une immense frise de 42 mètres de longueur sur 1 m. 30 de haut d’un bel ordonnancement se développe tout autour de la salle.

Ces décorations artistiques ne bornent d’ailleurs pas leur effort à procurer un plaisir des yeux : elles illustrent en même temps une documentation succincte et vigoureuse marquant en quelques mots et quelques chiffres substantiels la puissance des résultats obtenus par la mise en valeur de la Tunisie dans ses cinquante années de Protectorat français.

Le complément nécessaire de cette documentation, c’est-à-dire les divers produits eux-mêmes qui sont exposés avec des diagrammes et des photographies, sont logés dans une suite de vitrines basses bien alignées et éclairées suivant les dispositifs les plus modernes, sans nuire à l’esthétique générale et concentrant, au lieu de la disperser, l’attention des visiteurs.

Tout autour du patio et de la grande salle de la production tunisienne, une série de pièces se succèdent : la première est un salon d’honneur de pur style oriental avec son plafond en bois peint, véritable puzzle par l’assemblage de milliers de fragments sépares, — son lit arabe surmonté d’une coupole, en bois sculpté et doré, — son khou enfin, sorte de petit boudoir attenant, plus intime, entouré de divans. Les murs recouverts de tapis et de tissus anciens, les bibelots et les meubles rares qui y seront exposés ne manquent pas de retenir l’attention des connaisseurs.

Les autres salles sont réservées chacune spécialement aux diverses manifestations qui caractérisent le développement du pays : son histoire d’abord, sa colonisation si florissante dans le Protectorat, ses Corps élus, l’armée tunisienne, dont les pittoresques costumes attirent l’œil des visiteurs, les Municipalités, dont le grand effort d’urbanisme se trouve représenté par des plans et des maquettes d’un heureux effet. La grande salle de l’Océanographie avec le résultat des campagnes et explorations scientifiques qui ont été faites sur les côtes de Tunisie et le Golfe de Gabès; celle des Postes et des Télégraphes, où se passionnent les philatélistes; la salle des Travaux publics avec leurs mines, leurs phosphates, leurs ports, leurs pêcheries, etc., la salle de l’Instruction publique, où l’on voit représentés notamment les travaux des petites filles musulmanes (ouvrages, dentelles, tapis), et enfin la salle du Commerce et du Travail. Cette dernière salle donne accès sur le patio d’entrée, à l’opposé du salon d’honneur par où l’on a pénétré au début.

Sortant du Pavillon, on longe la belle avenue de l’Afrique du Nord pour aboutir à l’entrée des souks : le premier de ces souks est le souk des “ brodeurs sur cuir ”. Il est surmonté à-l’entrée d’un côté par un minaret, reproduction fidèle du minaret de Sidi ben Zaid, l’un des plus gracieux de Tunis, à forme hexagonale qui marque le rite turc propre à la famille beylicale; de l’autre côté, par un marabout dont la décoration et la porte d’entrée sont authentiques. Enfin, sur le prolongement de ce souk un diorama donne l’illusion d’aboutir à la rue des Andalous à Tunis, dont l’aspect est des plus pittoresques. Le deuxième souk, qui se greffe sur le premier, à proximité de son diorama, donne l’aspect du souk des Joailliers à Tunis. Il aboutit, d’une part, à un diorama qui donne la perspective d’une des places les plus curieuses de Tunis, la place Bab Souika avec sa mosquée de Sidi Mahrez aux nombreuses coupoles blanches, et de l’autre il traverse une petite place à colonnes, dite du Souk el Barka, où se tenait autrefois le marché aux esclaves.

Ces deux souks comprennent 45 boutiques dans lesquelles travaillent non pas uniquement les spécialistes, joailliers ou brodeurs sur cuir de ces deux souks de Tunis, mais tous les artisans des différentes corporations indigènes : tisserands, potiers, ciseleurs, brodeurs, confiseurs, etc..., qui montrent au public leurs étoffes et leurs dentelles, leurs céramiques, leurs meubles, leurs aiguières, leurs beaux tapis de Kairouan, où l’Etat appose son estampille de garantie, etc...

De l’autre côté, sur la place El-Barka, un café maure est installé où l’on sert aux visiteurs des boissons indigènes, café arabe, thé à la menthe, sirops de violettes ou de roses, etc... Ce café maure donne accès sur une terrasse extérieure qui répand ses tables et ses banquettes sur la place longeant l’avenue de l’Afrique du Nord.

L’aspect général des souks, dans leur reconstitution intégrale, va jusqu’à donner aux colonnes et aux façades le ton et la patine qui les caractérisent, et le pittoresque se trouve réalisé dans l’irrégularité même des lignes et le délabrement apparent de ses maisonnettes qui s’épaulent pour ne pas s’effondrer. Le public y trouve l’image réelle de la vie orientale avec son fourmillement, la multiplicité de ses petites échoppes où se marient la fantaisie et l’éclat des couleurs, où l’on retrouve même la note vivante dès bruits de la rue qui est donnée par l’appel du caouadji, la rumeur du marteau des ciseleurs repoussant le cuivre brillant des aiguières et des plateaux
d’ornement, auxquels viennent s’ajouter les appels des boutiquiers et les cris du charmeur de serpents. L’odeur capiteuse des cuirs que filigrane d’or et d’argent un inlassable brodeur vient se mélanger aux senteurs poivrées des produits exotiques, et au parfum pénétrant, cher à tout musulman qui en fait le plus grand usage, des essences concentrées de géranium, de rose et de jasmin.

Enfin, pour terminer la visite de cette partie officielle de l’Exposition de la Tunisie, en passant par le souk des joailliers, on accède à un belvédère d’où l’on découvre un panorama de Tunis, du peintre joseph de la Nézière. Cette toile de 32 mètres de développement sur 7 mètres de hauteur donne une image saisissante de la ville telle qu’on la voit du haut du Darel-Bey ou palais beylical de la Capitale, et dont la multitude infinie de terrasses blanches dominées par d’élégants minarets dévale vers la mer bleue du golfe au fond duquel se dresse la basilique de Carthage...

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931