Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Madagascar

Madagascar à l'exposition de Paris 1931

Architecte(s) : Veissière

Dans le cadre grandiose que constitue la manifestation coloniale de Vincennes, la Grande Ile occupe une place particulière où elle montre sous le jour favorable du décor verdoyant qui orne son palais, l’image fidèle et sincère de toutes ses forces actives présentes et de ses réserves en puissance de production pour l’avenir.
C’est la synthèse de tous les efforts du passé complétée par les promesses de demain qu’a voulu représenter le pavillon de Madagascar.

En parcourant la participation de la grande Ile, — une des plus belles, des plus attachantes des participations coloniales, — les visiteurs se rendent compte des immenses progrès réalisés dans ce pays sous l’impulsion énergique et créatrice tant du Gouverneur Général Cayla que de ses prédécesseurs depuis Galliéni.

La haute direction de la section a été confiée à M. Gaston Pelletier, le très distingué directeur de l’Agence Economique de Madagascar, qui joint à ses hautes fonctions, d’éminentes qualités artistiques que chacun peut admirer, et des principes directeurs magistralement énoncés dans le beau livre de doctrine qu’il vient d’écrire en collaboration avec Louis Roubaud : “ Images et Réalités Coloniales ”.

A M. le commissaire Gaston Pelletier ont été adjoints M. Camille Bruand, administrateur en chef des Colonies, qui a été l’âme organisatrice comme la cheville ouvrière de cette exhibition, et dont l’effort fait toute la valeur; et M. Georges Borrel, plus spécialement chargé des manifestations de propagande.

Pour établir le projet, on a puisé dans la collection de documents que M. Pelletier a mis à la disposition des organisateurs de l’Exposition. Pour se reconnaître dans le dédale des origines archéologiques, les travaux de l’Académie Malgache ont été d’une aide précieuse.

La population imérinienne est, sans conteste, la plus évoluée et c’est dans ses manifestations artistiques que l’on trouve les meilleures inspirations. Une forte impression esthétique se dégage des tombeaux imériniens. Leur plan rectangulaire, leurs terrasses superposés, à grandes lignes simples en font des masses bien proportionnées qui rappellent le mastaba égyptien, avec le souci d’élégance qui les rattache curieusement à notre architecture moderne.

A côté de ces constructions massives constituées de granit et de terre rouge, est une architecture de bois extrêmement curieuse. Le type le plus caractéristique de cette architecture est la case d’Andria-napoinimérina à Tananarive.

La couleur joue un grand rôle dans l’esthétique malgache. Dans la construction domine la couleur rouge de la “ latérite ”, un oxy-carbonate de fer dont les reflets forment un puissant contraste avec la riche végétation du pays. A Vincennes, c’est cette couleur caractéristique qui revêt les bâtiments de la colonie de Madagascar.

Le pavillon principal de la Grande Ile a été conçu par M. l’architecte Veissière, dont les plans ont été heureusement exécutés par l’entreprise Pollet & Vachez, et plus particulièrement par M. le sous-ingénieur Lescuyer.

M. Gabriel Veissière a su rappeler dans un cadre évocateur, les lignes sobres des palais royaux de la dynastie Hova en réservant les aménagements intérieurs en harmonie avec la conception des présentations décoratives modernes.

Chaque élément de cet ensemble architectural considéré isolement, retient l’attention du visiteur qui s’intéresse à l’archéologie, à l’ethnographie, à l’art décoratif. Mais on n’admire pas moins la pensée directrice qui a présidé à l’ordonnance du palais hova, de sa tour monumentale, du restaurant et du théâtre malgaches, et de la cité indigène édifiée sur la rive du lac Daumesnil. Ces constructions, adroitement réparties dans un espace restreint, se font valoir l’une l’autre et s’inscrivent, à leur exacte place, dans le plan général de l’Exposition.

Le Palais lui-même couvre 3.000 mètres de superficie et a été édifié, sans qu’un seul arbre ait été abattu.

Au rez-de-chaussée, une grande salle de conférences, aux soubassements et plafonds d’or, d’un effet des plus riches. Nous y remarquons les deux beaux panneaux du grand artiste Raymond Lévi-Strauss, qui sous le prétexte symbolique de l’arrivée des premiers Français, les Dieppois Digard et Cauche, à Madagascar, en 1638, a voulu évoquer l’alliance entre la France et la Grande Ile, celle-ci représentant ses richesses naturelles, celle-là apportant en retour l’exemple de ses techniques et l’esprit de la civilisation.

A gauche, le général Galliéni reçoit l’hommage des représentants des différentes races malgaches et leur donne la loi française. Au second plan, l’image du soldat laboureur illustre les conceptions coloniales du Grand Chef. Ensuite, le marché indigène qu’évoquent, d’ailleurs, les quatre premiers plans symétriques qui se succèdent le long du tableau : l’ilang-ilang, le caféier, le vanillier non loin des pileuses de riz, et le tabac.

Les réalisations matérielles trouvent ensuite leur place. Les grands travaux s’élèvent pour l'aménagement d’un port à proximité des richesses naturelles : on voit au loin les laveuses de sable au bord des ruisseaux aurifères.

C’est tout cet immense effort, à la fois spirituel et technique que synthétise la partie droite du tableau. De même que dans l’autre toile, l’auteur a donné un prétexte symbolique, mais en contraste avec le sujet ancien, c’est ici la liaison aérienne Paris-Tananarive qu’il a voulu représenter. Dans la foule qui se presse autour de l’appareil de cinéma, l’automobile et la radio, parmi les Malgaches sportifs et cyclistes, le vendeur de journaux, on reconnaît dans son uniforme le lieutenant de vaisseau Bernard, glorieux pilote du premier raid France-Madagascar.
Les deux autres panneaux sont de M. Gaboriaud qui a développé son grand art par des sujets fantaisistes, pleins d’une vie de Madagascar.

Vient ensuite le grand hall, immense nef, où les visiteurs peuvent admirer quatre dioramas d’un naturel saisissant.

Ce beau travail qui fait faire aux visiteurs un véritable voyage dans les principales villes de Madagascar est dû à Mme et M. Henry Cayon, artistes peintres.

Nous entrons ensuite dans l’exposition même, en traversant le salon d’honneur, ou l’on peut voir quelques belles peintures d’un heureux effet, et les maquettes que présente la Direction des domaines de Madagascar. Elles sont exécutées à des échelles assez grandes pour que les plus petits détails y soient figurés.

Tout ce qui a trait à la production du sol et du sous-sol, aux arts plastiques ou industriels, à l’ethnographie comme aux sciences naturelles, à l’histoire ou à la géographie se trouve condensé sous les formes les plus vivantes dans le palais principal à côté de la synthèse de l’activité française et des exploitations privées. Beaucoup de dioramas, de peintures décoratives et de schémas graphiques particulièrement vivants.

Un grand escalier d’honneur permet d’accéder directement aux deux étages de l’édifice. Deux vastes galeries abritent les nombreux spécimens qui résument ou illustrent la production du sol et du sous-sol malgaches, de la chasse, de la pêche; les arts plastiques et industriels, l’ethnographie, la géographie et l’histoire de la Grande Ile.

Le film et la photographie ont rendu familière au public la silhouette de la tour monumentale des bucranes, audacieusement profilée contre le ciel et visible de nombreux points de Paris.

Haute de 51 mètres, terminée par quatre têtes de zébus, cette tour repose sur un socle en ciment armé de 250 mètres cubes. Elle symbolise les sacrifices et la Fortune de l’Ile et domine l’entrée de l’Exposition.

Il ne faut pas oublier que le bœuf tient à Madagascar une place essentielle, comme la vache dans les Indes. Il est mêlé à la religion autochtone, aux superstitions, il est une grande source de richesses pour la population agricole.

La masse considérable de la tour des bucranes peut résister à la poussée du vent le plus violent, que l’on évalue à 600 tonnes-force. Du point de vue technique aussi bien que du point de vue architectural, la tour de Madagascar mérite d’être considérée comme l’une des merveilles de Vincennes.

En bordure du lac, au premier plan du Palais, se dresse la cité indigène, édifiée dans un cadre rustique évoquant la région intermédiaire des hauts-plateaux. Ce pittoresque village abrite tout un peuple de marchands et d’artisans appartenant aux diverses races de l’île, qui y vendent le produit de leur travail.

Disons aussi que des indigènes de Nossi-Bé pilotent sur le lac Daumesnil plusieurs authentiques pirogues à balancier.

Egalement en bordure du lac, un bar-dégustation et un restaurant accueillent les gastronomes désireux de connaître la saveur du café et de la cuisine malgaches, trop ignorés de la masse des consommateurs.

Enfin, citons en terminant que le Palais comporte un théâtre malgache et une salle de cinéma où se déroulent en permanence des films évocateurs de l’île mystérieuse, tournés sur place par les meilleurs cinéastes de l’industrie cinématographique française. D’autre part une troupe malgache composée de 5 actrices, 7 acteurs, 2 pianistes, et 17 danseurs, chanteurs ou musiciens est l’objet chaque jour des chaleureux applaudissements du public.

Rendre la grande Ile encore plus riche et plus belle en multipliant tous les liens qui l’attachent déjà à la mère-patrie; la faire mieux et plus exactement connaître de tous nos compatriotes et surtout de toutes les énergies françaises : voilà la vraie mission que M. Gaston Pelletier et ses collaborateurs ont merveilleusement accomplie à Vincennes.

©Livre D'Or - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931