Exposition Coloniale Internationale de Paris 1931

6 mai 1931 - 15 novembre 1931


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Musée Permanent des Colonies

Musée Permanent des Colonies à l'exposition de Paris 1931

© Boldo

Architecte(s) : Jaussely et Laprade

C’est le seul monument qui subsistera de l’Exposition Coloniale, aux portes mêmes de Paris. Témoin de cette grandiose manifestation sera le Musée des Colonies, le Palais des Colonies qui nous manquait. Ses lignes participent de la légèreté audacieuse que permet le béton armé et qui vont contre les lois de la pierre, faites d’équilibre,
et de force et de logique. Mais cela permet un aménagement des vides et des volumes qui contribue largement à mettre en valeur la noblesse des idées, la grandeur des images que doit abriter le Palais. De même, la rectitude des lignes donne le sens de la discipline comme leur élan sévère marque le sens de notre effort colonial tel qu’il doit être conçu. Les surfaces y remplacent les masses.

Ce sont justement les surfaces qui, tout d’abord, parlent contemplez le grand bas-relief de Janniot. Sur cette page en pierre du Poitou, le sculpteur a écrit l’histoire économique des Colonies. C’est un travail immense et précis à la fois ; il n a jamais été surpassé, même par les grandioses scènes murales de l’antique Assyrie. Aucune de ces allégories pseudo-humanitaires qui déroutent l'esprit, mais la vie surprenante des plantes, des bêtes et des hommes lointains ; mais les portes d’entrée où viennent aboutir les denrées coloniales : Marseille, Bordeaux, Le Havre, Saint-Nazaire, Nantes, Dunkerque et même Le Bourget, port d’aviation. La Paix, l’Abondance, la Prospérité dominent tout ce mouvement. Elles ont remplacé les thèmes de la Conquête. Les muscles des Africains, des Indochinois et des Malgaches ne sont pas des muscles d’esclaves construisant des nécropoles ou des temples, mais des muscles de gens bien nourris qui demandent à la terre, sous notre égide de paix, les richesses qu’elle prodigue en surface ou qui sont cachées dans ses profondeurs. Le style de l’œuvre entier est à la fois grand et familier, à la taille de l’édifice bâti et consolidé par ces hommes lointains qui sont Français de toute couleur. Vous ne manquerez pas d’être frappé par la puissance de l’idée coloniale capable d’inspirer un art puissant, d’où a disparu fort heureusement cet orientalisme de bazar qui le faisait mettre, hier encore, au ban de l’art véritable.

Le Musée des Colonies abrite pendant la durée de l’Exposition deux grandes sections : la Section de synthèse et la Section rétrospective. L’une présente une vue synthétique de notre effort colonial en tous les domaines, depuis 1870; l’autre retrace les époques de notre histoire coloniale.

La Section rétrospective groupe naturellement tous les tableaux, manuscrits, estampes, souvenirs qui se rapportent à un millénaire d’expansion française dans les pays d'outre-mer depuis les Croisades jusqu’à nos jours. Explorations, découvertes, conquêtes, douceur de vivre aux îles créoles, influence des colonies sur notre art et
nos modes au XVIIIe siècle et de nos jours, scènes terrestres et navales : tout concourt ici à vous donner une leçon puissante et condensée d’histoire coloniale. Les projections, le film sonore vous aideront à comprendre, en peu de temps et avec agrément, toute la grandeur qui se dégage de tels souvenirs, rassemblés ici pour la première fois.

N’hésitez pas, cher Visiteur, à revenir sur vos pas. De même que les voyages agrandissent la vie dans l'espace, le passé est capable d'agrandir votre vie dans le temps, surtout quand il est fait d'honneur et de prestige.

A l'entresol et au premier étage, c’est la Section de Synthèse, récapitulation et tableau synoptique de tout ce que vous avez vu, de tout ce qui vous a intéressé et vous a plu, de tout ce que vous reviendrez voir et montrer à vos enfants au cours des fins de semaine ou à la faveur du repos dominical. Musée moderne dans lequel les objets, les espaces et les hommes vous seront accueillants et familiers.

Le premier étage y est en entier consacré. En voici les dispositions générales : l’escalier de droite conduit à l'Histoire de nos colonies : c'est la formation de l’Empire colonial contemporain, œuvre de la troisième République.

Sur le palier sont retracées les épopées du Tonkin. La Galerie sur façade contient l'histoire de la conquête de Madagascar ; celle de l’Afrique occidentale, patiente
et dure ; celle de l'Afrique équatoriale, plus pacifique. Un triptyque illustre le fameux “ rendez-vous " africain du lac Tchad, unique dans les annales coloniales. Sur la rotonde sont rappelés les événements qui nous donnèrent notre place en Tunisie et au Maroc, et ceux de la pénétration saharienne.

Dans la galerie de droite sont les œuvres d’Assistance sociale.
Les phases de la lutte contre la maladie y sont exposées. Que de misères et de souffrances se dissimulent derrière ces noms à peu près inconnus du public ou qui vous sont indifférents, et qui désignent certains fléaux redoutables : peste, choléra, paludisme, fièvre jaune, et maladie du sommeil !

Et puis, c'est l'Enseignement, scolaire et professionnel, complété par l'œuvre des «  Missions ».

Dans la galerie latérale droite, les Travaux publics faits pour étonner une partie du peuple français qui, mal éclairée par un faux exotisme, croit encore à la sauvagerie intégrale de ses provinces lointaines.

La galerie du fond et la galerie circulaire contiennent tout l’inventaire de la production coloniale : richesses de la forêt, richesses arbustives de la “ savane ", produits annuels des champs, cultures riches ( vanille, café, girofle) auxquelles s'ajoutent tout naturellement les produits de l’élevage depuis le bœuf jusqu'au ver à soie, et les richesses minières du sous-sol.

La galerie latérale gauche est décorée par les bois coloniaux, qui ont remplacé les bois des Iles, mais à meilleur compte.

Pour conserver ces richesses et protéger les hommes, Armée coloniale nous montre la collaboration de sa force sereine. Elle nous montre aussi ce que nous devons au dévouement des indigènes au cours de la grande guerre. Enfin la Marine complète heureusement cet ensemble en assurant nos communications.

La rotonde découvre le Tourisme, que suit la Marine marchande et la Bibliothèque enrichie des médailles ou monnaies coloniales. Une partie de l’entresol contient la Préhistoire et l'Ethnographie coloniales, les arts indigènes avec leurs ustensiles, leurs fétiches et leurs armes.

Enfin, si vous descendez au sous-sol, de véritables attractions vous y attendent. Ce sont les différents modes de Transports illustrés par l'image et le diorama.
Navigation, automobile, aviation, le futur Transsaharien, que sais-je encore ? Et tout cela doit concourir à faciliter vos déplacements dans notre empire colonial si nettement indiqué sur cette carte du monde qui est installée dans un bassin lumineux et qui situe notre position multiple sur le globe.

Avant de remonter, vous ne pourrez vous empêcher d’admirer les richesses de nos eaux coloniales. Ce magnifique aquarium semi-circulaire vous découvre, entre autres merveilles, les mystérieux habitants de nos mers tropicales.

Vous le voyez, cher Visiteur, cette “ synthèse ” était nécessaire. Chacune de nos colonies vous a dit son passé, ses aspirations et la place qu’elle occupe dans l’économie mondiale et nationale.

Ici, la ligne est continue, le dessin est général : les éléments essentiels de ces inventaires morcelés ont été groupés pour vous permettre de dégager la somme de puissance et d’honneur que représente pour vous le total des activités coloniales.

©Guide officiel - Exposition Coloniale Internationale - Paris 1931