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Fêtes Musicales


Fêtes Musicales à l'exposition de Gand 1913

Pas plus qu’aucune grande manifestation de la vie publique, une exposition universelle ne peut se passer du concours de la musique, cet art essentiellement social et cosmopolite. Mais il est malaisé de déterminer, de façon judicieuse, la place qu’elle doit occuper dans les foires mondiales. La tâche exige à la fois du goût et de l’habileté.

A l’exposition de Gand, une commission fut chargée du soin d’organiser les fêtes musicales. Elle se composait de MM. Eug. Bayens, président; Victor Carpentier et Henry de Smet de Naeyer, vice-présidents ; Dorsan van Reysschoot, secrétaire général et directeur des fêtes musicales; Marcel de Groo, trésorier; Paul Vanden Haute et Joseph Maere, secrétaires adjoints ; Alb. Baertsoen, Gust. Colardin, de Clercq, Henri de Cock, Ed. de Vynck et Wilfrid Siffer, membres. M. Maurice de Smet de Naeyer, directeur général, était le délégué du Comité exécutif près du comité; en outre, de nombreux commissaires affables furent chargés d’assurer le service des concerts et celui de réception des sociétés. Une phalange régulière d’harmonie fut constituée et placée sous la direction experte de M. Th. Coutelier ; les concerts quotidiens furent très appréciés, grâce à des programmes bien choisis et à une exécution soignée.

D’innombrables fanfares et chorales furent invitées à un festival qui a largement contribué à attirer dans l’Exposition la cohue des foules dominicales. Le nombre total des sociétés participant à ce festival permanent a dépassé un millier ; une dizaine de kiosques, disséminés dans l’Exposition, leur ont donné l’hospitalité.

Dans une pensée d’utile émulation, les meilleures sociétés vocales et instrumentales ont été conviées à participer à un « tournoi musical international ». Ces joutes pacifiques se succédèrent tous les lundis après-midi au Palais des Fêtes; les participations vinrent de Hollande, d’Angleterre, de France, d’Allemagne et de Belgique.

Le succès du festival permanent et du tournoi fut dû en majeure partie au dévouement et à la courtoisie de M. Gustave d’Hondt, secrétaire du Comité des fêtes musicales.

La direction générale de toutes les fêtes musicales fut confiée à un musicien érudit et averti, M. Dorsan van Reysschoot, professeur au conservatoire de Gand, compositeur et écrivain musicologue. Outre le festival permanent et le tournoi, ses efforts se sont concentrés en ordre principal sur l’organisation des grands concerts destinés à faire connaître les productions les plus intéressantes des écoles contemporaines ainsi que quelques-uns des plus notoires chefs d’orchestre.

Jusqu’à ce jour, la musique n’avait eu qu’un rôle récréatif dans les expositions ; il semblait logique que ces fêtes fussent, pour la musique, ce qu’elles sont pour tous les autres produits de l’industrie et de l’esprit humain, divulgatrice et encyclopédique.

M. Van Reysschoot a exposé ses idées à ce sujet dans la Revue de Belgique. Il suffit de noter l’application de ce programme qui valut aux amateurs des exécutions mémorables.

Ce fut d’abord l’oratorio de Peter Benoit, De Schelde (poème d’Emmanuel Hiel) exécuté par le conservatoire royal d.e musique de Gand, sous la direction de M. Emile Mathieu avec le concours des chorales gantoises, les Mélomanes, les Ouvriers réunis et le Marxkring.

En l’Imperial choir de Londres, on a applaudi une chorale extraordinairement nombreuse, qui se faisait entendre pour la première fois sur le continent. Sous la direction de M. Charles Harriss, ses deux mille cinq cents chanteurs ont donné, en deux auditions successives, des œuvres de maîtres anglais et une idylle symphonique et chorale, Pan, due à M. Harriss. L’accompagnement était fait par l’orchestre Ysaye de Bruxelles.

Le 7 juin, la célèbre association des concerts Lamoureux de Paris, dirigée par le maître Camille Chevillard, a offert un superbe festival de musique française consacré à Berlioz, Chabrier, Lalo, Saint-Saëns, Fauré et Vincent d’Indy.

Sous le patronage du commissaire général du Gouvernement français, le journal Comœdia a organisé, le 22 juin, à l’occasion de la Joyeuse Entrée à Gand du Roi Albert, un gala artistique réunissant des artistes tels que Mme Dehia, MM. Noté, Dubois et Carbelly, M. et Mme Silvain, le violoniste Boucterit, le pianiste Ciampi, les danseuses Léa Piron et Meunier.

Quelques jours plus tard, l’orchestre Ysaye de Bruxelles donna un brillant concert de musique française moderne ; on y joua le camp de Wallenstein et l’introduction du 2e acte de Fervaal de Vincent d’Indy ; l’Apprenti sorcier de Paul Dukas ; l’air de Rozeun du Roi d'Ys de Lalo, des mélodies d’Henri Duparc, la Symphonie espagnole de Lalo, ainsi que le concerto n° 4, en ut mineur, de Saint-Saëns.

Le 5 juillet, M. Louis Delune puisa dans les compositions des musiciens wallons le programme du grand festival belge d’œuvres wallonnes ; la veille du 14 juillet, les 300 exécutants de l’école de chant choral et d’orchestre d’harmonie de Paris, dirigée par M. Henri Radiguer, donna un gala populaire «fête de la paix, du travail et des arts», qui récolta de chaleureux applaudissements pour les exécutants comme pour leur chef.

Du Ier août au 15 septembre, l’Association des Concerts Sechiari donna chaque soir une audition au Palais des fêtes ; ce fut le « clou » des attractions musicales de l’Exposition.

M. Pierre Sechiari n’est pas seulement un très remarquable violoniste ; il manie également avec grand talent la baguette directrice. Grâce à la technique sûre et à la discipline des nombreux éléments dont il disposait, son interprétation fut fidèle et vivante ; tout fut rendu avec clarté, sincérité, intelligence, sentiment
et une belle chaleur communicative. Le talent de ce directeur-peintre lui permet de retracer avec la même maîtrise, le délicat tableautin de genre et la grandiose fresque épique. Le répertoire de M. Sechiari était extrêmement varié et éclectique; grâce à lui, les auditeurs ont en quelque sorte passé en revue toute la musique symphonique moderne depuis Rameau jusqu’aux compositeurs les plus récents. Aucune école n’a été négligée ; les programmes des quarante-six soirées ont été ouverts aux maîtres italiens, Scandinaves, slaves, tchèques, anglais, allemands et belges aussi bien qu’aux français.

Dans sa publication consacrée aux Fêtes musicales à l’Exposition Universelle de Gand 1913, M. Bergmans a tenté un classement du répertoire de M. Sechiari ; son importance atteste l’étendue du travail et pour le chef et pour les exécutants.

Les solistes des concerts Sechiari ne furent pas des moindres ; il suffit de citer Camille Saint-Saëns, le maître éternellement jeune, le petit Duei Kerekjàrto, étonnant violoniste de douze ans, les chanteurs de Saint-Gervais, Pierre Sechiari lui-même, violoniste magistral au beau style classique, Raoul Pugno, le virtuose consommé du clavier, Mlle Maria Levinskaja dont le succès fut considérable et retint pendant quatre soirées l’attention enthousiaste du public charmé. Citons encore, parmi les solistes des concerts Sechiari, les pianistes Mme Suzanne Godenne, Melle Germaine Lievens, M. et Mme Georges de Lausnay ainsi que les principaux chefs de pupitre de l'association.

A peine les échos des concerts Sechiari s’étaient-ils éteints que le Palais des Fêtes reprit une joyeuse animation grâce au grand festival ou triduum de musique flamande des 19, 20 et 21 septembre. Le succès fut grand.

Le premier concert fut consacré aux compositeurs de lieder, le deuxième aux symphonistes et le troisième à Peter Benoit, le maître incontesté de l’école flamande contemporaine.

Entre les deux parties de la soirée de lieder, M. Sabbe, excellent orateur, fit valoir les qualités des œuvres de maîtres tels que P. Benoit, Gevaert, Waelput, Tinel, Blockx ; sa causerie, d’une belle langue vibrante, littéraire et imagée, d’une chaleur communicative, fut longuement applaudie; le concert lui-même fit valoir des lieder nombreux, grâce à l’interprétation d’artistes tels que L. Swolfs, A. Steurbaut et Melle Edith Buyens.

Le concert symphonique eut une portée esthétique beaucoup plus considérable. Si l’exécution se ressentit de la qualité inférieure de quelques éléments de l’orchestre, elle n’en fournit pas moins l’occasion d’applaudir l’élite des maîtres flamands contemporains ; la plupart des compositeurs sont montes au pupitre de direction ; ce furent Paul Lebrun pour sa belle Jubelmarsch, Frans Uyttenhove pour l’ouverture d’Aeneis) Léo Moeremans pour bandante de la symphonie Pax hosannah, Robert Herberigs pour sa symphonie A an de Leie; Léo Dubois pour le premier acte du mimodrame tiré du Mort de Lemonnier; Paul Gilson pour sa 3e ouverture symphonique ; August De Boeck pour le scherzo et l’allegro de sa symphonie en sol mineur.

Une partie lyrique a fait entendre Mme B. Serven dans la ballade d’Hallewijn et la berceuse du Vlasgaard de Jef Vander Meulen. Le Kerstnacht d’E. Wambach et deux lieder de Lod. Mortelmans ont fait valoir le talent de Melle Léonie Cuypers. La fête s’est terminée par l’oratorio d’Oscar Roels, De Vlaamsche Nacht.

La 3e journée fut consacrée à une deuxième audition de l’oratorio historique de Peter Benoit, De Schelde. Cette fois encore, M. Emile Mathieu en prit la direction et conduisit, avec chaleur et fougue, les 125 instrumentistes des orchestres du Conservatoire de Gand et du Jardin Zoologique d’Anvers ainsi que 1500 choristes fournis par des sociétés gantoises. De Schelde fut précédé de l’ouverture de Y Enfance de Roland, opéra d’Emile Mathieu.

Cet aperçu succinct des fêtes musicales à l’Exposition de 1913 est emprunté à une publication de M. Paul Bergmans; il atteste l’intérêt considérable de ces solennités; la plupart d’entr’elles laisseront un souvenir durable dans l’esprit des auditeurs.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913