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Salon International d'Art Photographique


Salon International d'Art Photographique à l'exposition de Gand 1913

La photographie est-elle un art? Cette question a été débattue longuement, souvent avec âpreté, parfois même avec passion et, par voie de conséquence, sans justice ni mesure; personne peut-être ne l’a traitée avec plus de droiture, de sincérité et d’indépendance que M. Robert de la Cizeranne, critique d’art dont la plume est aussi alerte que le jugement est précis.

« Quelque chose a changé, dit cet écrivain, dans l’esthétique du noir et du blanc.... ; les photographes semblent préoccupés de recherches que les chimistes ignorent, et agités d’inquiétudes que leurs devanciers n’avaient pas connues. Ils flânent en plein air, cherchant non un site, mais une sensation d’art, braquant leurs objectifs hardiment à contre-jour ; leur langage n’est plus hérissé de formules chimiques. Ils ne fuient pas les artistes. Ils causent volontiers avec eux et non plus en pédagogues, l’index en l’air, avec la prétention de leur enseigner les vraies attitudes de l’homme en marche ou du cheval au trot, mais » au contraire, en disciples, avec le désir de profiter de l’expérience des maîtres et d'écarter de la réalité tout ce qui n’est pas conforme à l’idéal.... Ils travaillent au jour, une seule épreuve, un temps infini.... ; ce qu’ils ont trouvé est surprenant. Quiconque est entré dans une des plus récentes expositions du Photo-Club à Paris, ou du Linked Ring à Londres, du Camera Club à Vienne, ou de l’Association belge de Photographie, à Bruxelles, en » est sorti stupéfait qu’un procédé vieux de soixante ans et qu’on pouvait croire épuisé » semblât se renouveler jusqu’à une renaissance.... La foule a admiré tout uniment. 

Ah ! certes la photographie n’a pas la prétention de posséder les mêmes qualités que les autres procédés d’art; mais si le rôle de l’artiste y est assez important pour modifier l’aspect d’une œuvre, s’il intervient assez souvent pour qu’il y ait de sa part production et non simplement reproduction, ne peut-on reconnaître à ce procédé la qualité (pour restreinte soit-elle) d’œuvre d’art ? »

Les partisans du mouvement d’art en photographie sont avant tout des antichrono-photographes ; ils veulent que l’œil domine la machine ; ils se soumettent aux lois de l’esthétique. Robert Demachy a dit «qu’il ne faut pas avoir une esthétique particulière pour la photographie et une autre pour la gravure et le dessin. »

Pour atteindre au résultat cherché, le photographe pictorial ne redoute ni peines, ni labeurs, ni insuccès, conditions inséparables de ces travaux.

Et quand, après de longues études, il produit une œuvre dans laquelle se réunissent les qualités de composition, de mise en page, d’éclairage, de pondération et d’harmonie, on ne peut méconnaître l’intervention de la volonté et du sentiment artistique.

« Pareille œuvre, a dit avec raison M. de la Cizeranne, n’est » pas fille du hasard ; l’esprit a fait plus que la matière, la volonté plus que le hasard...Si l’image est belle, dirons-nous que ce n’est pas là une œuvre d’art parce que le vocabulaire la nomme photographie, au lieu de la qualifier fusain, lithographie, gravure ou sanguine et parce qu’au lieu de tenir entre les doigts un petit morceau de bois carbonisé, l’artiste a, en quelque sorte, manié un rayon de soleil? »

Ce jugement est à la fois sage et accueillant pour toutes les expressions d’art. Les photographes ne songent pas à nuire aux formes supérieures de l’art, la peinture, le dessin, la gravure ; ce serait folie d’y songer. Ils n’ont d’autre ambition que de suivre de loin, de très loin, les maîtres du pinceau, du crayon ou du burin ; à leur école, ils épurent leur goût, étudient les lois de l’éclairage et de la composition ; modestement, ils espèrent glaner quelques épis dans le champ du beau.

Ce point de vue n’a pas été compris par ceux qui, à l’occasion d’expositions universelles, se trouvaient en présence de demandes de la part des photographes documentaires et des artistes photographes. Pour faire admettre la distinction entre les deux tendances et pour reconnaître le droit à un traitement différent pour chacune d’elles, la lutte a été longue et dure.

Des cercles photographiques importants de Londres, de Paris, de Vienne, de Francfort, de Hambourg, ont joint leurs efforts à ceux de l’Association belge de photographie ; ils ont combattu par la parole, par la plume et par leurs œuvres.

A côté des expositions de photographie organisées au point de vue de la science, de la documentation, de la publicité, des voyages, brefs sous les mille aspects qui en font l’auxiliaire indispensable de l’activité commerciale, scientifique, sportive ou industrielle, à côté de ces manifestations d’une importance considérable, il s’est formé des groupements dont les membres se soucient principalement de la formule artistique; le document ne les préoccupe point; ils cherchent la beauté de la ligne et l’harmonie des valeurs; ce sont les fervents de ce qu’on a appelé la « Photographie pictoriale ».

Nous nous souvenons des luttes soutenues pour faire reconnaître ce point de vue par les dirigeants des expositions universelles.

Écartés sous de futiles prétextes, tenus à la porte ou dans le compartiment des industries chimiques par cette dame revêche et tenace qu’est « la routine » et par ses favoris « les précédents », les amis de la chambre noire ont tenu bon, avec patience et constance.

Les superbes salons annuels de Paris et de Londres ainsi que les salons internationaux de Bruxelles se sont lentement imposés à l’attention publique. Les faits ont parlé plus haut et plus fort que les raisonnements et les plaidoyers. Un vieil écrivain flamand n’a-t-il pas dit : Geduld overwint alles? c’est ce que le fabuliste français a traduit sous une forme charmante, lorsqu’il a écrit :
Patience et longueur de temps font plus que force ou que rage.

A l’Exposition universelle de Liége 1905, l’Association belge de photographie put organiser un salon dans un modeste local indépendant des halles de l’industrie; ce fut un premier succès ; les dirigeants de l’Exposition universelle de Bruxelles 1910 n’osèrent pas marcher dans la voie ouverte par les liégeois ; ce fut un nouveau recul, incontestablement fâcheux, mais qui décida à tenter une revanche à Gand, en 1913.

Ce fut sans peine, hâtons-nous de le constater, que la direction générale de l’exposition consentit à donner à la photographie pictoriale la place qui lui revient. Le Comité exécutif fut unanime pour ratifier cette proposition et mettre un local spécial a la disposition de l’Association belge de photographie, aux tins d’y organiser un Salon international d’Art photographique.

Après vingt cinq années de lutte ardente et courtoise, le rêve se réalisait grâce à l’obligeance et la largeur de vues du Comité exécutif de l’Exposition universelle.

Organisé par l’Association belge de photographie, le VIIIe Salon international d’Art photographique occupait une superbe galerie reliant le Palais de la Peinture et de la Sculpture à celui de l’Architecture. La décoration en tons clairs était l’œuvre de M. Oscar Van de Voorde, architecte principal de l’Exposition universelle.

Le Comité organisateur présidé par M. Goderus, président de l’Association de photographie, avait lancé des invitations aux artistes photographes belges et étrangers.

Le jury d’admission était composé de MM. Goderus, président, Emile Claus et Jean Delvin, artistes peintres, Léonard Misonne, Ch. Puttemans et Jos. Casier, photographes amateurs, P. Limbosch, secrétaire.

Les participations vinrent nombreuses de Belgique, de France, d’Angleterre, d’Autriche, de Cape Town, de Bohême, de Danemark, de Californie, de Hollande, d’Allemagne, des Etats-Unis du Nord, du Portugal, du Canada, de la Suisse, de la Hongrie.

Le catalogue mentionne 769 œuvres exposées après une sélection sévère du jury d’admission. Au centre, un salonnet d’honneur réunissait les œuvres très remarquées de Leurs Majestés la Reine des Belges, l’Impératrice d’Allemagne, la Reine douairière d’Angleterre, le roi de Saxe, le roi de Wurtemberg, ainsi que celles de leurs Altesses Royales les princesses Wiltrod, Thérèse et Clara de Bavière, la duchesse Cari de Bavière, le prince Leopold de Lippe, la princesse Anne-Louise de Schwarzburg Rudolfstadt et le prince Guillaume de Hohenzollern. Jamais on n’avait vu pareil ensemble d’œuvres dues à des artistes d’un rang aussi élevé.

Dans le bulletin de l’Association belge de photographie, un critique compétent a apprécié en détail les œuvres exposées ; il a dégagé les tendances comme les progrès réalisés. Nous ne referons pas une étude qui a été bien faite et qui devait être telle sous la plume élégante de M. Jos. De Smet.

Les confrères de l’Association belge de Photographie ont enregistré avec joie et fierté le succès du Salon international de 1913 ; cette manifestation marque une date importante dans la vie de cette société ; elle lui présage de nouveaux succès, si elle reste fidèle aux principes qui ont guidé sa marche ascendante depuis près d’un demi-siècle.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913