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Salon de la Médaille



Le salon international de la médaille contemporaine installé à l’Exposition universelle de Gand fut le deuxième du genre. Le premier a été organisé à Bruxelles en 1910, à la suite des démarches de la Société hollandaise-belge des amis de la médaille d’art, grâce à l’appui bienveillant du ministère des Sciences et des Arts d’alors, le baron Descamps. Quant au salon gantois, il est dû à l’initiative de M. Joseph Casier, président de la Société gantoise des amis de la médaille et directeur général de l’Exposition universelle de Gand, ainsi qu’aux bons offices de M. Paul Lambotte, commissaire du groupe des Beaux-Arts.

L’une et l’autre de ces entreprises furent des succès. A Bruxelles, participèrent dix-sept nations avec deux cent quarante sept exposants ; à Gand, dix-huit pays: l’Allemagne, l’Angleterre, l’Autriche, la Hongrie, la Belgique, le Brésil, le Danemark, l’Espagne, les Etats-Unis, la France, l’Italie, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie et la Suisse étaient représentés par deux cent dix artistes, parmi lesquels une quarantaine totalement inconnus en Belgique.

L’art de la médaille est complexe ; il se rattache à la fois au dessin, à la sculpture, à la gravure, et depuis longtemps déjà, la mécanique, fait à noter, exerce sur lui une incontestable influence. Né en Italie, à la grande époque de la Renaissance, sous l’impulsion du peintre Pisanello, il releva, pendant près de deux siècles, presque exclusivement de la sculpture ; l’artiste se bornait à modeler en cire, ou parfois à tailler sur pierre tendre, le modèle en grandeur d’exécution et à le couler ensuite en métal, à petit nombre, par des fontes successives. Ce furent des artistes italiens à la tête desquels on place le napolitain Leone de Candida, qui introduisirent la médaille dans les Pays-Bas vers le dernier tiers du XVIe siècle.

Le peintre forgeron anversois, Quentin Metsys, fut le premier belge qui s’y essaya; on a de lui trois ou quatre médailles, dont l’une porte le millésime de
1491.

Le XVIe siècle est la grande époque pour la médaille flamande ; elle y brilla d’un éclat sans pareil avec le poète Jean Decond, un amateur de génie, et des professionnels illustres, tels que Jacques Jonghelinckx, d’Anvers, ou Stephanus Hollandicus.

La nécessité de reproduire chaque médaille à de nombreux exemplaires pour satisfaire aux commandes de plus en plus abondantes, fut pour cet art délicat un coup fatal. Elle fut cause, en effet, de l’introduction de la méthode de la frappe au balancier à l’aide de matrices d’acier gravées à la main. Cette méthode qui exigeait des connaissances spéciales inconnues de la plupart des sculpteurs, fit bientôt de la gravure en médailles le domaine des tailleurs de coins de monnaies, pour la presque totalité anciens orfèvres, aptes, par conséquent, à manier le burin et le ciselet. Ces graveurs travaillaient d’après des dessins qui leur étaient imposés et, par suite, n’étaient plus que de simples interprètes de la pensée d’autrui. Le dernier d’entre-eux, l’élégant Théodore van Berchel, contemporain de la Révolution française, peut seul, chez nous, revendiquer le titre d’artiste médailleur ; les autres ne sont plus que des artisans plus ou moins habiles en leur métier.

L’usage devenu général au commencement du siècle dernier, du tour à réduire qui permet de combiner l’ancienne méthode de la fonte légèrement modifiée — le modèle pour plus de facilité étant travaillé en grand — et la méthode de la frappe à l’aide de matrices obtenues cette fois mécaniquement par réduction, a permis aux sculpteurs de rentrer en scène. Avec ces artistes, et notamment en Belgique, avec le gantois Joseph Breamt et les frères Jacques, Léopold et Charles Wiener, la médaille est redevenue un art, dont la distinction s’impose à la faveur du public, grâce aux heureuses innovations apportées à sa technique par les artistes français tels que Ponscarne, Chapelain, Roty et Vernon.

C’est sous l’influence de cette ultime transformation que se sont successivement constituées, de par le monde, trois grandes écoles de médailleurs : l’école française, l’école viennoise ou autrichienne et, plus tard, l’école allemande.

Le but des organisateurs du salon international de la médaille de Gand a été surtout de mettre en relief, par l’exhibition d’œuvres choisies, les caractéristiques les plus marquantes de ces trois groupes et de montrer quelles furent leurs influences sur les artistes des autres pays. Subsidiairement, ils se sont efforcés de mettre en lumière la vraie situation de l’art de la médaille aussi bien chez les nations où cet art est resté stationnaire que chez celles où il a plus ou moins progressé en ce XXe siècle.

Par son élégance, son bon goût, sa poésie, ses allégories claires, bien appropriées au sujet et harmonieusement mises en page, comme aussi par la vie et l’expression de ses portraits, la médaille française occupe le premier rang dans le monde. Aussi son influence est-elle quasi générale ; elle s’étend même en Autriche où l’école viennoise, malgré sa froideur, a des mérites qui lui sont propres et un sérieux esprit d’observation. Les artistes bohémiens, tel Sucharda, ainsi que les Hongrois, ne manquent pas d’une certaine originalité sui generis. Malheureusement chez ces derniers, cette originalité confine parfois à la charge.

Les médailleurs allemands ne possèdent pas, en général, une grande distinction ; mais ils ont une réelle énergie de facture et connaissent à fond leur métier. Certains d’entre-eux, pour mieux rendre leurs conceptions, ne craignent pas d’en revenir aux anciennes méthodes de la fonte ou de la gravure directe. Il semble bien que leur principal but est de s’éloigner le plus possible de la manière française, au risque de produire des œuvres qui, par leur massiveté et leurs dimensions, ne sont plus à proprement parler des médailles, mais de vrais bas-reliefs. Ils ont aussi un faible pour la stylisation, que R. Bosselt, par exemple, affectionne tout particulièrement et dont l’incontestable talent a trouvé des imitateurs en Autriche.

C’est l’art français qui domine en Suisse, en Suède, en Portugal ; c’est lui qui s’implante de plus en plus aux Etats-Unis, en Angleterre et même en Hollande où de sérieux efforts sont faits pour relever l’art de la médaille.

En Russie, en Danemark, en Norvège, en Espagne, on en est encore à la façon de 1850. Quant à l’Italie, ce berceau de l’art de la médaille, c’est une maison de frappe qui y monopolise pour ainsi dire toute la fabrication médaillistique.

On ne peut dire qu’il y ait à proprement parler une école belge ; nos artistes, qu’ils soient flamands ou wallons, ont avec l’école française trop d’attaches, trop d’affinités. Ils s’en distinguent cependant par plus de naturalisme dans le portrait, comme aussi par un esprit moins inventif et par plus de lourdeur dans le modelé.
Ce qu’on peut affirmer, et nous sommes heureux d’en avoir trouvé une preuve nouvelle dans ce salon de 1913, c’est que les médailleurs belges sont en grand progrès, surtout dans l’art si difficile de bien composer un revers, et que leur nombre augmente sans cesse. A Bruxelles, ils étaient vingt-sept, en 1910 ; à Gand, en 1913, ils étaient quarante-sept.

Considéré dans son ensemble, le Salon de la médaille de 1913 a été un gros succès pour tous les médailleurs et spécialement pour nos amis de Belgique.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913