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Beaux-Arts


Beaux-Arts à l'exposition de Gand 1913

Les organisateurs de l’Exposition universelle et internationale de Gand avaient réservé de vastes emplacements au groupe des Beaux-Arts. Le compartiment affecté aux oeuvres modernes ne comportait pas moins de deux palais. Le premier, énorme, dénommé Palais des Beaux-Arts, abritait les classes de Peinture, de Sculpture, de Blanc et Noir, de Gravure en Médaille et de Miniature ; le second, presque aussi important, était affecté exclusivement à la classe d’Architecture.

Toutes les écoles étrangères n’étaient pas représentées à Gand sous forme d’ensembles collectifs. Seules la Belgique, la France, la Hollande et la Grande-Bretagne avaient des compartiments distincts; mais des sections internationales, organisées dans chaque classe, avaient reçu les envois isolés d’un grand nombre d’artistes représentant à peu près toutes les écoles européennes, toutes les formes de l’Art, et toutes les tendances esthétiques actuelles.

Le Palais des Beaux-Arts proprement dit ne comprenait pas moins de quarante salles, fort vastes, en général, et d’une allure monumentale. Ea Section belge en occupait vingt et une, à elle seule ; une commission désignée par le Gouvernement belge, conformément aux propositions du Commissariat général et du Comité exécutif de l’Exposition de Gand, d’accord avec le bureau de la Société Royale pour l’encouragement des Beaux-Arts de Gand, avait été chargée, sous la direction du commissaire du groupe, M. Paul Eambotte, directeur au Ministère des Sciences et des Arts, de l’organisation générale.

Le jury pour la classe de Peinture de la section belge, sous la présidence de M. Emile Claus, artiste-peintre, se composait de MM. Albert Baertsoen, artiste peintre à Gand ; Auguste Donnay, artiste peintre à Méry-sur-Ourthe ; Fernand Khnopff, artiste peintre à Bruxelles, Charles Mertens, artiste peintre à Anvers ; Alexandre Struys, artiste peintre à Bruxelles ; M. Eouis Gendebien avait assumé les absorbantes besognes du secrétariat.

Le jury de la classe de Peinture, considérant que l’Exposition de Gand — universelle et internationale — ne devait pas se borner à comprendre l’exposition spéciale de l’Art belge moderne sous la forme d’un simple salon triennal, avait désiré réunir des ensembles caractéristiques d’œuvres dues à des artistes particulièrement représentatifs des tendances les plus individuelles et les plus neuves de l’Ecole.

Trente-six artistes, sans compter les membres du jury, avaient été choisis. Des invitations spéciales leur avaient été adressées. Ils obtenaient la faveur d'exposer de droit un maximum de huit œuvres, sans pouvoir toutefois occuper plus de quinze mètres de cimaise.

La plupart acceptèrent l’invitation ; ce furent MM. Albert Baertsoen, Richard Baseleer, Georges Buysse, Albert Ciamberlani, Emile Claus, Franz Courtens, Jean de la Hoese, Alfred Delaunois, Jean Del ville, Valerius de Sadeleer, Auguste Donnay, J a-mes Ensor, Emile Fabry, Victor Gil-soul, Franz Henz, Charles Heymans, Adrien-Joseph Heymans, Fernand Khnopff, Eugène Eaermans, comte Jacques de Lalaing, Alexandre Marcette, Charles Mertens, Constant Montald, Auguste Olefïe, Armand Rassenfosse, Melle Alice Ronner, Jacob Smits, Jean Stobbaert, Alexandre Struys, Théodore Van Rysselberghe, Alfred Verhaeren, Edmond Verstraeten. Pour des raisons diverses, huit artistes déclinèrent l’invitation; ce furent MM. Henri Cassiers, Jean Delvin, Julien DeVriendt, Georges Lemmen, Xavier Mellery, Herman Richir, Emile Wauters et Lucien Wollès.
Outre les envois de ces peintres invités, le jury d’admission —.• très sévère — avait reçu trois cent quarante-cinq œuvres. Le placement, donnant à chaque œuvre une large part de cimaise, avait fait l’objet de soins particuliers.

Le Jury avait tenu à choisir lui-même les tentures des salles affectées à la peinture belge. Une grosse étoffe beige habillait les parois ; un linoleum couvrait les
planchers ; des vélums surmontant une frise en étamine blanche légère formaient plafond. Cet ensemble très neutre était disposé en vue de concentrer tout l’intérêt sur les ouvrages exposés, dont aucun détail étranger ne devait distraire l’attention des visiteurs. Quoique dispendieux, cet arrangement austère et froid ne fut pas très favorablement apprécié. Le luxe de présentation de la Section française,, contiguë à la Section belge, conçu d’après un parti-pris diamétralement opposé, fut en général plus goûté. La classe de peinture n’offrait aucun ensemble rétrospectif. L,es grands artistes belges disparus au cours des dernières années n’y étaient pas représentés. Telle avait été la volonté des jurés.

La présentation de la Section française, organisée à Paris par voie d’invitations spéciales, sous la haute direction du sous-secrétaire d’Etat, M. LéonBérard, et de ses collaborateurs du service des Beaux-Arts, MM. Valentino et Seguin, avait été confiée à M. André Saglio, commissaire des Expositions des Beaux-Arts de la République, délégué du commissaire général. MM. Horteloup, sous-commissaire et H. Fritsch-Estrangin, secrétaire général de la section, lui prêtèrent leur dévoué concours.

Le mode de présentation des œuvres d’art conçu par M. Saglio partait d’un point de vue diamétralement opposé à celui du jury belge. Tes tableaux ne se trouvaient pas disposés sur des fonds neutres et inaperçus; bien au contraire, ils faisaient partie d’arrangements au milieu desquels ils remplissaient simplement un rôle décoratif en quelque sorte complémentaire. E’ harmonie de l’ensemble primait la mise en valeur du morceau isolé. Ee plus grand nombre des salles aux parois tendues de damas soyeux nuance tilleul se relevaient de boiseries d’acajou. Un tapis gris d'argent à large bordure marron sombre couvrait le sol. Des sièges en velours d’un violet doux y mettaient une note sourde et somptueuse. Ailleurs, des toiles de Rambouillet, à grands dessins multicolores sur fonds clairs et frais, habillaient les murs. Partout, des vélums ravissants, peints par le décorateur Jaulmet, de guirlandes, de lauriers et de roses, formaient plafonds. Us étaient suspendus et galbés avec un art parfait ; le dessin des ornements coloriés marquait en quelque sorte une architecture nerveuse parmi ces toiles flottantes.

Les peintures à l’huile, les cartons, les aquarelles, les dessins, les estampes, les ouvrages de sculpture et les vitrines de bibelots et de médailles se mêlaient dans les salles françaises en un ensemble varié, pittoresque, amusant, très neuf et imprévu d’aspect, peut-être un peu déconcertant par certaines audaces novatrices, mais dont un goût sûr et délicat avait toujours discipliné l’imagination. La section française occupait dix salles, dont plusieurs énormes.

La fleur des artistes actuellement en vedette dans l’école s’y trouvait représentée. Les collections de l’Etat avaient été, dans ce but, largement mises à contribution.

La section des Pays-Bas fut organisée sous les auspices du commissaire général des Pays-Bas, M. Ph. Stuart, par une commission composée de MM. Prof. Bart van Hove, président ; Willy Martens, vice-président; R. Ives Browne, secrétaire-trésorier ; et les membres Prof. J. J. Aarts, C. Breitten-stein, A. M. Gorter, A. Salm. Elle occupait trois salles du palais des Beaux-Arts, contiguës aux salles belges.

Elle se faisait remarquer par la tenue sérieuse, parfois un peu austère et assombrie, des œuvres qui la composaient.

Le compartiment de la Grande-Bretagne était d’initiative officieuse. Il groupait un ensemble choisi de peintures et de sculptures résumant les tendances actuelles de l’école anglaise et du groupe écossais.

Quant à la Section internationale, mêlant des envois arrivés d’Espagne, d Italie, du Grand-Duché de Luxembourg, groupant les productions de quelques peintres cosmopolites russes fixés à Paris, américains du Nord et du Sud résidant en Europe, Scandinaves errants ou polonais irréductibles, elle offrait cette saveur exotique et mêlée que procurent les rapprochements imprévus.

La section de sculpture avait été réalisée, sous la présidence du comte Jacques de Lalaing, par MM. Jules Lagae, Victor Rousseau et Charles Samuel.

Les artistes invités étaient MM. Pierre Braecke, Paul Dubois, Josué Dupon, Jules Ragae, Georges Minne, Victor Rousseau et Charles Samuel; plusieurs envois étaient très importants; quelques maîtres défunts se trouvaient représentés par des envois de choix (Jef Rambeaux, Charles van der Stappen, Charles de Brichy). Il avait été malheureusement impossible d’obtenir des ouvrages de Constantin Meunier et de Julien Dillens.

MM. Thomas Vinçotte, K. Rombeaux, le comte Jacques de Balaing, encore que spécialement sollicités, avaient dû s’abstenir de participer à l’Exposition. Par contre, M.
Aronson Naoum, sculpteur russe fixé à Paris, avait envoyé toute une série de ses ouvrages; bref, dans les sections étrangères, les statuaires étaient parfaitement représentés.

La Section belge de sculpture comportait 198 numéros. La salle principale de cette section, d’une architecture charmante, aux panneaux tendus de damas jaune, remplie d’une foule de groupes, de statues et de bustes, a abrité toutes les cérémonies officielles, réceptions, discours, etc.

La classe de gravure et de dessin fut organisée, sous la présidence de M. Bouis Benain, par MM. Marc Henry Meunier, Armand Rassenfosse et Armand Heins.

Un ensemble important d’œuvres dues au burin de feu S. A. R. Madame la comtesse de Flandre en occupait le centre. Les estampes de la regrettée Princesse, haute protectrice des arts et des artistes, formaient le principal attrait de ce compartiment. Autour d’elles, les envois de MM. Aug. Danse, Jules De Bruycker, Alfred Delaunois, James Ensor, Armand Heins, Fernand Khnopff, Bouis Benain, Marc H. Meunier, Armand Rassenfosse et Marten van der Roo, spécialement invités, et ceux de 59 artistes triés par le Jury, retenaient fortement l’attention.

Dans la section internationale une mention spéciale est due aux lithographies de M. Joseph Pennel et des membres du Senerfelder Club de Londres, d’une qualité tout à fait éminente.

Les compartiments de la Miniature et de la Médaille, subdivisions des classes de peinture et de sculpture, ont vivement intéressé les amateurs et les spécialistes.

La collection des miniatures modernes réunies par Madame la comtesse Jean de Mérode et MM. Louis Moreel et René Steens, a obtenu un vif succès. Elle était d’ailleurs parfaitement arrangée parmi des meubles et des bibelots charmants. Quelques participations rares, qui se produisirent pour la première fois en Belgique à cette occasion, furent particulièrement remarquées, notamment les portraits de M. J.-W. von Rehlig-Quistgaard, maître danois fixé à New-York, ceux de Mademoiselle Caroline Bailey et de M. Carlo Jeannerat.

La collection des Médailles revêtait une importance considérable. MM. A. de Witte, Jos. Casier, Victor Tourneur et G.Brunin avaient su obtenir le concours d’un très grand nombre d’artistes étrangers et belges résumant toutes les écoles non seulement de l’Europe mais du monde, puisque non seulement les Etats-Unis d’Amérique, mais même le Brésil et le Japon y avaient des représentants.

Le premier salon international de la Médaille d’art fut organisé à Bruxelles en 1910. Il constituait une heureuse innovation. C’était la première fois que la gravure en médailles se trouvait nettement séparée de la sculpture. L,a faveur qui accueillit cette subdivision a engagé tous les organisateurs d’expositions des Beaux-Arts à la maintenir désormais. De même que chaque salon de peinture devrait comporter actuellement un cabinet de miniatures, chaque section de sculpture devrait contenir, en annexe, un cabinet de médailles. Celui qui fut organisé à Gand avait une grande importance.

Comme l’a fait remarquer M. Tourneur dans l’introduction qu’il écrivit pour le catalogue spécial du Salon international de la Médaille, « les organisateurs se sont efforcés d’y réunir des spécimens aussi nombreux que possible des meilleures productions de la gravure en médailles de tous les pays où elle-ci est pratiquée. D’un côté le public y trouvera matière à comparaison; et d’autre part le Salon permettra aux artistes de se rendre compte des diverses manières dont leur art peut être compris. En effet, les conceptions des médailleurs sont profondément différentes d’après les contrées auxquelles ils appartiennent et suivant les moyens d’exécution dont ils usent. Qu’on ne s’attende donc pas à trouver au Salon que des chefs d’œuvre; on a pratiqué la plus large tolérance, afin de permettre aux artistes dans la patrie desquels l’art de la médaille est peu cultivé, de montrer ce qui se fait chez eux. L’intérêt du Salon de Gand réside donc surtout dans la quantité et la variété des œuvres exposées. »

Enfin le compartiment de l’Architecture, pourvu d’emplacements très étendus, organisé sous la présidence de M. Modeste Denoyette, par un jury composé de MM. Jules Brunfaut, Victor Horta et Oscar Van de Voorde, se présentait sous une forme moins aride et moins sèche que de coutume.

Des maquettes, des dessins, des œuvres originaires, des détails en grandeur d’exécution, des éléments décoratifs réels, des statues et des motifs de sculpture en varièrent heureusement l’aspect.

Les concours de quelques uns des plus illustres architectes de l’étranger, qui y avaient envoyé des ensembles rétrospectifs, en corsaient vivement l’intérêt.

Je citerai spécialement la participation du maître hollandais Cuypers, d’une série d’architectes français en vedette, et de quelques personnalités réunies dans la Section internationale.

Le succès de l’exposition des Beaux-Arts ne fut pas consacré par des grands prix, des médailles ou des diplômes.

En effet, à l’exemple des artistes français, tous les participants du groupe II avaient été préalablement et d’office déclarés « hors-concours ». Mais l’affluence des visiteurs, le nombre élevé des œuvres acquises pour des musées ou pour des collections particulières, les articles flatteurs des meilleurs critiques d’art du pays et de l’étranger, en ont éloquemment souligné l’effort et l’importance.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913