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Floralies du Printemps


Floralies du Printemps à l'exposition de Gand 1913

Fondée en 1808 dans le modeste café Frascati, la Société d’agriculture et de botanique de Gand a fêté, en 1908, son centenaire par une de ses expositions quinquennales dont la renommée est universelle.

Modeste à ses débuts, elle organisa, dès 1809, une exposition qui réunit cinquante plantes, rangées autour du buste de Napoléon. Chaque exposant ne pouvait envoyer que deux plantes ; la date de l’exposition coïncidait avec celle de la fête de sainte Dorothée, patronne des jardiniers.

Plus tard, les Floralies eurent lieu dans d’autres locaux, à la « Sodalité », rue du Marais, à la salle Flora, rue de la Caverne, à l’Hôtel de ville, et dans la salle du péristyle de l’Université; en 1834, le 25e anniversaire de la fondation de la Société suggéra à ses membres la pensée de posséder un jardin et des locaux assez vastes pour y organiser les expositions de fleurs. On fit choix du Molenberg, le long du canal de la Coupure; l’acquisition de quelques autres propriétés permit de donner au jardin et aux bâtiments l’importance qu’ils ont conservée et qui s’accrut encore, en 1868, par la construction de la grande salle à trois nefs, dans laquelle, depuis lors, ont été organisés les Salons triennaux des Beaux-Arts et les Floralies quinquennales.

La première de celles-ci eut lieu en 1839 ; les suivantes se succédèrent avec un accroissement constant d’importance et de succès. Biles correspondaient à la prospérité sans cesse grandissante de l’horticulture gantoise ; il y a vingt-cinq ans, on comptait deux mille serres dans deux cents établissements ; en 1912, on en évaluait le nombre à quinze mille, installées la plupart autour de la ville ; l’industrie horticole de Gand et de la banlieue y occupait au moins 25.000 personnes et le chiffre de ses exportations atteignait 20 millions de francs, dont plus du dixième à destination des Etats-Unis d’Amérique. Aucune industrie ne réunit à un degré aussi complet le type du chantier de travail familial par l’Union de l’usine et du foyer domestique.

Des statistiques montrent à toute évidence l’extension prise par les Floralies quinquennales;en 1820, on exhiba 750 plantes au lieu des 50 de l’Estaminet Frascati; en 1830, le chiffre monta à 1400 ; il atteignit 10.000 en 1873 ; en 1893, il passa à 13.000, pour s’augmenter encore en 1898 et en 1913. Ee nombre des concours passa de 240 en 1868, à 660 en 1883, à 750 en 1908, à 841 en 1913.

Ces chiffres sont éloquents et attestent la grandeur du chemin par-couru, ainsi que l’essor magnifique de la Société Royale d’Agriculture et de Botanique. Son distingué président a pu dire avec raison que les jardiniers réunis à Frascati en 1808, s’il leur était donné de contempler l’efflorescence de leur entreprise, auraient quelque peine à la reconnaître.

Les organisateurs de l’Exposition universelle de 1913 eurent raison d’associer à leur œuvre les Floralies quinquennales réputées dans le monde entier. Dès le début de leurs études, ils posèrent comme principe la coïncidence de date des deux manifestations ; la Cité des fleurs devait associer celles-ci à son valeureux effort ; elles devaient lui servir de parure aux yeux des nations conviées à y apporter leurs produits et à visiter ses palais féériques.

Soucieux de donner à cette manifestation un éclat exceptionnel, le Comité Exécutif prit l’audacieuse initiative de bâtir un palais couvrant une superficie de plus de 27.000 m2 pour y organiser successivement les Floralies du Printemps, celles d’été et celles d’Automne. Ce fut l’immense Palais des fêtes, conçu par la collaboration des directeurs généraux et de l’architecte Oscar Van de Voorde ; le nom de Palais des fleurs eut mieux exprimé la pensée initiale de cette vaste construction, élevée à l’emplacement de la cour intérieure de l’ancienne citadelle construite sous Napoléon.

Dès les premières ouvertures, la Société Royale d’Agriculture et de Botanique accueillit avec empressement les propositions qui lui furent faites par MM. Casier et de Smet de Naeyer au nom du Comité exécutif; une convention fut promptement élaborée et signée par le bureau du Conseil d’administration de la Société organisatrice des Floralies et par les délégués de la Société de l’Exposition universelle ; à la date stipulée, le palais fut prêt et mis à la disposition des horticulteurs. Déjà depuis quatre ans, ceux-ci préparaient l’œuvre avec méthode, fruit d’une longue expérience. Ee public qui jouit d’un spectacle grandiose ne songe pas aux labeurs, aux fatigues, aux préoccupations de tous genres qu’a suscités l’entreprise dont il constate la merveilleuse réussite. E’exposition quinquennale de 1913 fut l’apothéose de l’horticulture belge ; son succès sans précédent est dû pour la plus large part au comité organisateur des Floralies, nommé par le Conseil d’administration de la Société royale d’Horticulture et de Botanique.

Présidé par M. Alexis Callier, procureur général près la Cour d’appel de Gand, le conseil comptait encore, parmi ses membres, MM. Albert Ceuterick, vice-président; Fucien de Cock, secrétaire général; R. Delmotte, secrétaire-adjoint ; Maurice Duquesnoy, trésorier ; M. Heursel, bibliothécaire ; B. de Cock, comte de Kerchove de Denterghem, Arthur de Smet, Romain de Smet, Charles Pynaert, Fouis Van Houtte et Kdg. Wartel. Plusieurs de ces noms rappellent ceux de fondateurs des plus grands établissements horticoles de la région gantoise ; leur participation assura le succès des floralies.

Mais il serait injuste de ne pas rendre un hommage hors pair à la commission organisatrice, présidée par M. Bdgard Wartel et composée de MM. Fucien de Cock, R. Delmotte, Fr. Burvenich père, Arthur de Smet, le distingué président du Conseil supérieur de l’horticulture, Romain de Smet et Victor Heursel. Ceux qui ont vu à l’œuvre ces vaillants travailleurs rendent un sincère hommage à leur haute compétence, à leur inlassable activité, à leur tenace énergie, à leur dévouement entier aux intérêts communs de l’horticulture et de la patrie. Grâce à eux, l’Exposition universelle de Gand s'est ouverte dans une symphonie florale et dans un émerveillement de rêve consacrés par un succès retentissant ; pendant huit jours, des centaines de mille de visiteurs ont afflué à Gand; au cours des dernières journées, il a fallu refuser l’entrée de la foule pressée devant les guichets ; les salons des orchidées ont dû être fermés pour soustraire les estrades à des poussées dangereuses.

Ce succès exceptionnel des Floralies de 1913 se justifiait par l’abondance des apports, le cadre qui les entourait et l’artistique disposition tant de la serre froide que de la serre chaude et des salons des orchidophiles.

Le coup d’œil était saisissant et retenait longtemps les regards charmés. Dans la grande salle de plus de 14.000 mètres carrés, M. Burvenich père, le talentueux architecte paysagiste, avait tracé un jardin de style français habilement conçu pour faire valoir les envois de chaque horticulteur et pour ménager des vues d’ensemble aussi attrayantes par l’harmonie que par la variété des couleurs. Fa disposition satisfaisait les techniciens ; elle charmait les visiteurs; les parois extrêmes de la salle étaient décorées de peintures où les artistes avaient brossé des parcs plantés de grands arbres et dont les allées se perdaient dans le lointain. Entre les parterres du centre et les paysages à l’aspect sévère, l’ordonnateur expérimenté avait ménagé des transitions savamment étudiées. Au centre, les parterres d’azalées aux couleurs variées se mariaient aux grands œillets d’une tonalité fine ; plus loin, les rhododendrons accentuaient leur note grave et mauve; ailleurs, les rouges forts des bégonias répondaient à toute la gamme variée des roses et des azalées de l’Inde; ils s’entremêlaient au gris violacé et doux des héliotropes, ainsi qu’aux blancs nacrés des hortensias.

En face des rhododendrons, un beau diorama peint par Joseph Bertrand encadrait la remarquable collection, peut-être unique, de M. Firmin de Smet. Dans une autre annexe, Mad. Osterrieth avait exposé des plantes variées dans un jardin enchanteur; entre les fleurs du Japon, du Brésil, du Congo et des rives de la Méditerrannée, un sentier sinueux conduisait le visiteur aux ruines d’un temple grec.

A côté de l’immense halle consacrée aux fleurs, la serre chaude de 6.000 mètres carrés avait été réservée aux palmiers, aux crotons, et à toutes les variétés de plantes aux feuillages panachés.

Le plan de cette salle fut l’œuvre de M. Charles Pynaert, chef d’un des grands établissements horticoles. Il témoignait d’un sentiment très juste et d’un goût parfait; la disposition irrégulière donnait au visiteur l’impression d’une promenade dans le plus beau des jardins d’hiver; au fond de la salle, la plus formidable collection de palmiers qu’on vit peut-être jamais dans une exposition était l’apport de la Société Horticole Gantoise; l’établissement Van Houtte, la firme Jules de Cock, les frères de Smet, F. Spae, la Flandre, bref, toute l’aristocratie horticole, avait donné avec entrain.

Un critique a dit à tort : d’une part trop de fleurs ; de l’autre, trop de verdure. On doit louer les organisateurs d’avoir adopté cette division conforme d’ailleurs aux exigences climatériques des palmiers comme des fleurs. Au point de vue de l’impression à produire, il y avait profit à ménager une opposition entre les masses hautes et fortes des plantes tropicales et les nuances fines et délicates des fleurs telles que les azalées et les roses ; chacune des deux salles avait un caractère différent et cette opposition excitait l’intérêt du visiteur.

C’est également avec un sens très affiné de jouissance délicate que les organisateurs avaient réservé aux fleurs coupées et aux orchidées les salons entourant, aux deux étages, la salle de concert. L’orchidée est-elle réellement la fille gâtée de la mode, ainsi qu’on récrivait au lendemain des Floralies de 1913 ? Quoiqu’on pense de cette boutade, nul n’a contesté la supériorité de l’effort considérable, réalisé par les orchidophiles belges. L,e résultat a été consacré par un succès complet; on a pu voir ailleurs, notamment à Londres, des collections plus nombreuses ; on n’y a pas vu une exposition plus riche en variétés rares.

Considérées dans leur ensemble, les Floralies du printemps consacrèrent une fois de plus la suprématie de l’horticulture belge ; elle fut attestée par l’importance d’un programme comportant plus de mille concours jugés par les représentants des principaux pays d’Europe et d’Amérique, par la qualité des produits exposés et leur présentation exceptionnellement grandiose. Un horticulteur étranger a reconnu que cette manifestation a définitivement établi la supériorité de la Belgique pour l’acclimatation et la parfaite culture des plantes et des fleurs.

Ce succès exceptionnel honore la Société Royale d’Agriculture et de Botanique de Gand; en groupant les efforts des horticulteurs, elle a accompli une noble mission patriotique. Ee sentiment qui l’inspire trouve son expression dans sa devise : Veneficia mea, quintes, haec sunt. Puisse:t-elle longtemps encore être l’organisatrice de la victoire de l’horticulture belge! Les Floralies gantoises de printemps sont une institution patriotique qui ne peut disparaître; leur maintien doit être assuré; à cet égard nous avons foi en ceux qui conduisent les destinées de cette entreprise et qui ont donné, en 1913, une preuve indiscutable de leur activité, de leur compétence et d’un inlassable dévouement.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913