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Aperçu Général


Aperçu Général à l'exposition de Gand 1913

Il faudrait une âme d’artiste, et une plume de poète pour décrire et chanter cette superbe évocation de la petite ville flamande.

Fa Vieille Flandre, la Flandre qui fut, avec ses somptuosités et son charme paisible, avec ses gemmes et ses brocards, mais aussi avec ses bures et sa simplicité franche, avec son courage altier et ses longues oraisons pieuses, ses estocs frémissants et ses psautiers aux tranquilles enluminures, quelle évocation à la fois poignante et exquise ! Quelle réminiscence idéale en notre siècle de prosaïsme et parfois d’hystérique laideur !

Où sommes-nous ? Sommes-nous à Gand, à Bruges, à Fûmes, à Ypres? au pays des tulipes et des moulins gris dessinant leurs silhouettes impassibles sur le velours d’un ciel lamé de plomb et de nuées ? ou bien là-bas, dans la Flandre française, qui fut la Flandre nôtre de jadis et où dorment encore du grand sommeil tant de ceux de chez nous?
Ces pignons en dentelles, ces beffrois rigides, tels des hérauts d’armes, gardiens jaloux des privilèges de nos communes, ces tours aux formes grêles et qui se dressent vers l’azur, tel l’élan de foi d’une grande race héroïque, toute cette poésie, sont-ce des illusions d’un mysticisme inspiré, ou le fruit d’un rêve étrange, conçu en une nuit de délire ?... est-ce un mirage soudain qui recule, impalpablement décevant, à l’approche des pèlerins du songe ? Non, le granit frissonne au souffle des échos sonores, les cloches battent de l’aile derrière les auvents entrebâillés des tours ; et, là-bas, casquées d’un panache bleuissant, les cheminées allongent sur la mer des toits rouges, l’ombre de leurs structures uniformes... Encapuchonnée de noir, une femme vient de disparaître au coin d’une ruelle; des groupes de bourgeois flânent en devisant des événements du jour; plus loin, ce sont des cris d’enfants s’esbaudissant ; ailleurs, c’est la silhouette d’une jeune fille jouant de la viole derrière un balcon patricien. Nous sommes chez nous, nous sommes en Flandre.

Nul âme sensible à l’harmonie des > lignes, à l’imprévu des rues tort lieuses, à l’élégance des vieux pignons, au charme de la couleur n’a pu flâner sans émotion dans cette villette charmante et gracieuse.

Aux jours de printemps, aux matins d’été comme aux soirs d’octobre, avec quelle joie on savourait la volupté exquise de mélancolie et de songe, d’errer dans cet enclos en recul des âges...

Au sortir du bourdonnement du Hall des Machines, des cris stridents et discordants de la plaine d’attractions ou des bousculades de l’Avenue du Belvédère, l’impression était intense pour celui qui, s’évadant dans la villette, établissait entre sa sensibilité et les choses, le lien de la sympathie. C’est le sentiment qu’exprimait Firmin Van den Bosch devant les monuments du Vieux Gand, aux Ruines de Saint-Bavon, comme dans les ruelles du Béguinage. Dans ces « règnes du silence » où planait une vie lente et ouatée, l’antithèse était exquise entre l’existence hâtive, bousculée et énervante où l’on tourbillonnait il y a un instant et l’atmosphère apaisée et lénifiante dont on se sentait baigné soudain, en pénétrant dans cette évocation aussi fidèle qu’artistique du passé de notre chère Flandre.

Mais la Vieille Flandre ne fut pas seulement une évocation poétique et artistique; elle eut ses heures et ses jours d’ébaudissement ; on ne concevrait pas une ville flamande sans kermesses ; le rêve devait faire place à la vivante et bruyante réalité. « Alors, écrivait F. Van-denbosch, la Pucelle de Gand (ou d’ailleurs), aux yeux de candeur et de songe, esquisse un flirt populaire et ingurgite moult broks de « double » aux tables improvisées devant les cabarets. Le pas en cadence, elle suit les musiques des chochetés qui parcourent places et rues ; elle croque des crabes et des oliekoeken ; elle s’arrête devant les tréteaux des chanteurs de rue ; et devant le beffroi, au son de quelques polkas ou mazurkas jouées par la musique communale, elle déroule ses farandoles et ses cramignons, dans l’atmosphère saturée de poussière. »


Ce que fut la vie d’autrefois en Flandre, ce que furent nos villes et villages, d’autres mieux avisés et plus compétents l’ont décrit ; ce serait présomption de tenter de marcher sur leurs traces. Au surplus, M. Victor Fris en avait tracé un tableau captivant dans la jolie plaquette publiée par les organisateurs de la Vieille Flandre à l’Exposition de 1913.

L’entreprise de la Vieille Flandre fut indépendante de celle de l’Exposition universelle ; son comité dirigeant était composé de MM. Henry de Smet de Naeyer, André Lauwick et Norbert Van Waesberghe, assistés de M. Valentin Vaerwyck, l’heureux architecte restaurateur du Beffroi de Gand.

Pour l’exécution du contrat liant la Vieille Flandre à l’Exposition universelle, le Comité exécutif délégua l’un de ses directeurs généraux, M. Joseph Casier. Nonobstant ses absorbantes fonctions à la première direction générale et à « l’Art Ancien dans les Flandres, » il n’hésita pas à prêter son concours à une entreprise destinée à glorifier le passé flamand.

M. Valentin Va.erwyck fut désigné pour élaborer les plans; l’avant-projet fut adopté le 1er août 1911; en décembre suivant, les plans définitifs étaient dressés d’après un lever de tous les pignons choisis pour être reproduits.

M. Armand Heins fut l’auteur des trois dioramas; l’album de ses croquis de Flandre fut mis à la disposition du comité de la Vieille Flandre.

Les travaux, entamés le Ier mai 1912, furent entrepris par M. Emile Wyckaert et terminés avant la date d’ouverture de l’Exposition universelle.

Tous les travaux de « staff age » furent exécutés par MM. Cornelis, frères et par M. Oscar Sinia, artistes sculpteurs à Gand; M. J. Blanquaert fit les ferronneries artistiques;M. René De Cramer dessina l’affiche qui fut une merveille du genre et peignit les drapeaux dont on s’est plu à louer la conception, la variété et l’admirable exécution.

Les initiateurs de la Vieille Flandre, au premier rang desquels il faut citer M. Maurice de Smet de Naeyer, n’ont pas donné libre cours à la fantaisie dans cette reconstitution synthétique de la petite ville d’autrefois. Chaque édifice et chaque maison ont été choisis après une soigneuse sélection des beautés architecturales du pays flamand; chacun d'eux était, dans la mesure du possible, la fidèle reproduction d’une construction existante ou démolie. On les choisit parmi les types les plus caractéristiques des Flandres belge, française et zélandaise.

Le quartier de la Vieille Flandre occupait une superficie de plus de quatre hectares avec une double entrée, l’une à l’extérieur, l’autre à l’intérieur de l’Exposition.

Celle-ci était orientée du côté de l’Avenue Militaire ; elle reproduisait l’entrée de l’ancien Grand Béguinage, bâtie en 1660 et démolie en 1878; de part et d’autres, les Penshuizekens, maisons aux tripes du XVIe siècle, adossées à la Grande Boucherie de Gand, démolies ensuite, et refaites par les soins de la Commission des monuments de la ville de Gand.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913