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Palais du Congo Belge


Palais du Congo Belge à l'exposition de Gand 1913

Architecte(s) : Caluwaerts

Le Palais du Congo belge fut solennellement inauguré par Sa Majesté le Roi, le 15 mai à 2 heures de relevée, en présence d’une assemblée d’élite dans laquelle on remarquait non seulement M. Jules Renkin, ministre des Colonies, accompagné par les hauts fonctionnaires de son Département, MM. Denyn, chef du Cabinet, Arnold, secrétaire-général, Olyff et Goffin, directeurs généraux, mais aussi des membres du Conseil colonial, les autorités de l’Exposition et de nombreuses personnalités appartenant à la politique, à l’industrie et au monde colonial.

Le Ministre reçut le Souverain et prononça un discours documenté. Il retraça l’œuvre coloniale accomplie en Afrique, à l’initiative et sous l’égide constante de Léopold II, par une pléiade de Belges hardis, courageux, entreprenant et soucieux d’ouvrir à notre activité nationale de nouveaux et précieux débouchés. Il dit le brillant avenir qui peut être envisagé pour le Congo et, en termes heureux, il fit ressortir l’intérêt et l’utilité de sa participation à l’Exposition de Gand.

Au discours ministériel longuement applaudi, Sa Majesté répondit par une allocution :
« Je remercie Monsieur le Ministre, des très aimables paroles qu’il a eues pour moi dans son beau et intéressant discours. Je le félicite sincèrement d’avoir tenu à donner une place importante à la section coloniale. Dans cette exposition qui témoigne de tant d’heureuses initiatives, c’était véritablement une idée patriotique d’affirmer ce qui a été réalisé au Congo par nos agents coloniaux, nos officiers, nos missionnaires, nos ingénieurs. Il importait ainsi de montrer à tous les ressources de notre Empire africain, de faire connaître aux Belges eux-mêmes les champs illimités qu’il ouvre à leur activité.

» Il y a plus d’un quart de siècle, la Belgique, grâce à la prévoyance et à l’énergie de Léopold II, a voulu devenir une puissance coloniale.

» C’était une entreprise hardie, conçue sous des formes sans précédent dans l’histoire. Mais comme vous le dites très bien, Monsieur le Ministre, cette entreprise n’était pas au-dessus de nos forces. Le pays l’a prouvé en s’attachant, avec une ténacité qui forme le fond du caractère national, à établir sa souveraineté effective sur de vastes régions et à y faire rayonner son action. Les œuvres réalisées par le dévouement éclairé de tant de nos compatriotes, les créations de nos hommes d’affaires attestent que nous possédons les aptitudes qui conduisent au succès.

» Cette démonstration est faite, et le moment est venu de bien se pénétrer des droits et des devoirs que la mère-patrie et la colonie ont l’une vis-à-vis de l’autre. Les liens qui les unissent doivent être appropriés aux exigences de leurs vrais intérêts.

»La colonie devrait pouvoir se diriger avec plus d’autonomie dans les voies qui lui conviennent et qui parfois n’apparaissent pas ici assez clairement. Les grandes nations colonisatrices, instruites par une expérience séculaire, s’appliquent à décentraliser. De vraies économies d’administration peuvent être réalisées ainsi, tout en assurant aux territoires colonisés une autorité effective, toujours instruite des nécessités locales.

» La métropole, d'autre part, doit équitablement répartir les obligations financières qu’imposent la possession et le développement de la colonie. Une jeune colonie a besoin de soins et de ménagements. On ne peut impunément lui imposer des charges excessives. C’est elle-même avant tout qui doit profiter de la mise en valeur de ses richesses. Ainsi ses ressources naturelles pourront être progressivement développées, les moyens de communication multipliés et, de toutes parts, des facilités et des garanties offertes aux activités de la mère-patrie.

» L’Afrique est le continent où se déploie actuellement le plus grand effort colonial du monde. Attachons-nous à y mettre les meilleures méthodes de gouvernement au service de notre souveraineté. Nous avons été les premiers à pressentir l’avenir de l’Afrique équatoriale ; sachons rester les premiers pour l’assurer.

» N’oublions surtout jamais que les populations du Congo nous apporteront la plus précieuse et la plus indispensable des collaborations. En élevant les indigènes à une conception plus large de la vie, en accroissant leur bien-être, en développant chez eux le goût des travaux qui répondent à leurs conditions d’existence, nous trouverons en eux des artisans du progrès de la colonie.

» J’ai confiance dans l’avenir; le peuple belge n’a jamais été inférieur à une tâche qu’il avait résolument acceptée. La nation, par le traité de reprise du Congo, a assumé toutes les responsabilités du pouvoir. J’ai la conviction profonde que, consciente des réalités présentes et soutenue par les efforts déjà accomplis, elle aperçoit toute la grandeur de sa mission civilisatrice. » Ces paroles, prononcées avec une conviction profonde, firent grande impression; l’assistance les ovationna longuement.

Le Roi visita ensuite attentivement le palais, se plaisant à évoquer les souvenirs de son voyage dans notre colonie, alors qu’il était encore prince héritier, ne ménageant point Ses encouragements et Ses félicitations aux personnalités coloniales présentes à la cérémonie d’inauguration.


LE PALAIS ET LE PANORAMA.

Avec sa coupole surbaissée et son large portique orné d’une colonnade élégante et flanquée de deux tourelles, le Palais colonial belge offrait un aspect imposant.

Il fut construit d’après les plans pratiques et très artistiques de M. l’architecte Caluwaerts, l’auteur déjà apprécié du palais de la Section belge à l’Exposition de Turin de 1911. Celui-ci s’assura la collaboration du statuaire Van de Voorde pour les groupes décorant la façade et de Mademoiselle Jeanne Lorrain, pour les figures. Les travaux de peinture décorative furent exécutés par M. Ad. Crespin.

Sur une surface d’environ 6.000 m2, le pavillon colonial comportait un salon d’honneur en saillie, précédant une galerie donnant accès au gigantesque panorama du Congo. Autour de cette rotonde, se développait une galerie circulaire divisée en un certain nombre de travées et augmentée de quatre petits pavillons abritant des dioramas et de deux grands halls destinés à la section agricole et à celle du matériel colonial.

Le gracieux portique de la façade principale donnait accès au salon d'honneur aménagé avec un luxe discret et une parfaite distinction. Des murs étaient décorés de jolies aquarelles de M. Norman Hardy, qui accompagna la mission Torday au Kasaï, et de panoplies d’armes congolaises. Dans le salon, à côté du buste du Roi par Dagae et du buste de la Reine par Samuel, des socles portaient d’admirables sculptures chryséléphantines de Godefroid Devreese. On sait combien l’ivoire s’allie heureusement aux métaux précieux; ses teintes chaudes, la délicatesse de sa matière s’harmonisent délicieusement avec l’argent et l’or. Des œuvres de G. Devreese, parmi lesquelles on remarquait une danseuse d’un joli mouvement, voisinaient avec une Jeanne d’Arc par Ch. Van der Stappen, une statuette par Van Hamme, un Printemps par Van Beurden, un vase de Franz Heygelen et une série de plaquettes en ivoire de Gérard Dom.

Le sculpteur Arsène Motton avait rapporté d’un voyage au Congo une série d’études qui, en dehors de leurs qualités documentaires, montraient quels admirables types sculpturaux sont les noirs et quelle élégance de formes possèdent parfois les femmes indigènes. Plusieurs de ces œuvres décoraient le palais, notamment une tête de nègre, un groupe « Heureux retour », et quatre moulages reproduisant des indigènes de races Mongola et Mpoto et une femme Babula, documents d’un grand intérêt ethnographique et artistique.

Du reste, le Congo, aussi bien comme paysage que comme habitants, peut offrir de réelles émotions d’art ; on pouvait s’en convaincre en contemplant le superbe panorama de MM. Bastien et Mathieu.

Au sortir du Salon d’honneur, un couloir sombre conduisait à une plate-forme circulaire et surélevée, d’où l’on pouvait admirer l’immense toile de 115 mètres de développement sur 13 à 14 mètres de hauteur, reproduisant des paysages et des scènes caractéristiques du Congo.

Les artistes Bastien et Mathieu, avant de concevoir et de^ réaliser ce formidable travail, avaient fait au Congo un séjour de plusieurs mois, séjour idéal où les deux
peintres, épris de lignes et de couleurs, vécurent dans un rêve splendide qu’ils traduisirent en de multiples esquisses, qui leur servirent pour l’exécution du panorama.

Celui-ci, suivant la description officielle qui en a été faite, évoque d’une manière saisissante la colonie sous ses aspects les plus divers et montre un contraste frappant entre le Congo tel que les Belges l’ont trouvé et le Congo tel qu’ils l’ont outillé.

Les artistes avaient établi leur principal point de vue à Matadi. Be spectateur découvrait le fleuve déroulant ses eaux devant la ville. Dans la direction du redoutable Chaudron d’Enfer, un panache de vapeur dénotait un navire remontant la rivière. En rade était ancrée la corvette italienne «Piemonte», en voyage d’études au Congo et qui, peu après, prit part à la guerre italo-turque. Deux steamers, un belge « l’Albertville » et un français, le «Tchad », étaient accostés aux piers de la Compagnie du chemin de fer et opéraient le déchargement de leur cargaison. Ils étaient pavoisés, comme toute la ville d’ailleurs. C’était jour de fête à Matadi, à cause de la réception du gouverneur général, dont le yacht l’« Hirondelle » se trouvait au milieu du fleuve.

A l’avant-plan, Matadi se développait ; la rue principale avec les factoreries; la place qu’animait le marché où les femmes des noirs et des Sénégalais et les boys faisaient leurs provisions ; le bureau des postes, le corps de garde, la prison et les factoreries; les ateliers de la Compagnie du Chemin de fer et la gare de Matadi, au trafic intense, où manœuvraient de nombreux trains; puis c’était le petit lacet du chemin de fer qui franchit les 400 kilomètres séparant Matadi du Stanley-Pool.

En face, de l’autre côté du fleuve, à 1.200 mètres, c’était le massif fauve de Kionzo et le plateau dénudé de Vivi, où fut établie la première capitale de la colonie. En amont, l’on apercevait les derniers rapides du fleuve, impraticable à la navigation depuis le Stanley-Pool.

Une heureuse transition ramenait en pleine vie indigène, parmi des noirs dansant au pied du grand boabab de Kinshasa.

Ailleurs, des indigènes se livraient à l’industrie de la pêche dans les chutes et rapides de la M’Pozo coulant au pied du pic Cambier dont on voyait la masse imposante. Les uns capturaient le poisson ; d’autres le séchaient. Seul le crocodile, à l’affût dans les roseaux, mettait une tache sombre à cet admirable tableau de la vie indigène.
Ee spectateur découvrait ensuite le massif de Sohio, avec un coin de forêt vierge et la rivière torrentueuse que franchissait un beau pont de lianes.

A la lisière de la forêt se tenait une palabre. Les indigènes en armes, et prêts à l’attaque, suivaient la longue discussion engagée entre leur chef et le blanc accompagné de deux ou trois soldats, plein de confiance et apparemment sans moyen de défense, qui s’efforçait de convaincre par la patience et la douceur.

Le ravin Léopold séparait la fameuse et redoutable route des caravanes, long sentier de plus de 400 kilomètres, véritable escalier de géants, dont les gradins de roc franchissent l’exténuant massif de Palabala, par où furent transportés à dos d’hommes, jusqu’au moment de l'achèvement du chemin de fer, tout le matériel naval du haut Congo, tout le ravitaillement en vivres, en armes et en munitions des pionniers de la civilisation et de la poignée de héros qui entreprirent avec succès, contre les Arabes, la sanglante et gigantesque lutte dont l’enjeu était l’abolition de l’odieuse traite humaine. Plus loin, des travailleurs noirs étaient occupés à construire une route praticable pour le compte de la Compagnie du chemin de fer du Congo.

Nous voici de nouveau dans la vie civilisée ; sur la colline à gauche de Matadi, c’était Suzele, le coquet village des travailleurs noirs ; le long du fleuve qui miroite, dans la direction du Chaudron d’Enfer, apparaissaient les blanches constructions de la Mission suédoise de Eonde, Avec le détachement de la force publique revenant de l’exercice et débouchant sur la place clairon en tête, on rentrait à Matadi.

Partout le ciel présentait les aspects les plus variés, beau ciel de printemps, tourmenté. Au dessus du Palabala, les nuages s’amoncelaient en orage.

Tels étaient les différents paysages qui constituaient ce beau panorama conçu par des artistes doublés d’observateurs sagaces.

La plateforme, d’où le visiteur pouvait l’admirer dans toutes ses parties, était haute de 7 mètres 50 et avait 10 mètres de diamètre ; grâce à un système spécial de réflecteur, l’immense toile était éclairée à point, tout en laissant le spectateur dans une ombre propice;
Le panorama de MM. Bastien et Mathieu obtint un gros succès, amplement mérité. Redescendant un couloir parallèle à celui qui l’avait amené à la plate-forme d’observation, le visiteur revenait dans la galerie circulaire entourant la rotonde du panorama. I,a première des travées qui partageait en tranches cette galerie, était réservée aux statistiques relatives aux douanes, à l’état civil, aux mines, à l’instruction publique, ainsi qu’une trentaine de cartes des diverses missions cartographiques envoyées dans la colonie par le Gouvernement.

La deuxième travée était occupée toute entière par les produits de la Société anonyme des Huileries du Congo belge, produits fabriqués au moyen de matières premières du Congo et par l’exposition de l’Union Minière du Katanga.

D’autres travées contenaient la reproduction d’une consultation pour nourrissons au Congo, oeuvre de la Digue pour la protection de l’enfance noire, des collections d’insectes propagateurs de maladies exposées par le Ministère des Colonies, des photographies et des plans d’hôpitaux et de lazarets, des statistiques montrant le développement du commerce et de l’industrie au Congo, ainsi que des documents en nature se rapportant aux échantillons de perles, employées en guise de monnaie, depuis 1892 jusqu’en 1912, diverses espèces de tissus employés comme marchandises d’échange ainsi que des documents du Comité spécial du Katanga.

Au-dessus des armoires murales, des photographies reproduisaient les aspects caractéristiques de la végétation congolaise.

Des collections ethnographiques voisinaient avec des collections scientifiques.

Un intéressant diorama de l’agriculture reproduisait une scène de défrichement au milieu de la grandi forêt, dans le haut Katanga, aux environs de Kambove, dont le massif montagneux se voyait au loin ; les machines à vapeur labouraient le sol et arrachaient les arbres; des blancs surveillaient les groupes de travailleurs indigènes. A l’avant plan, on voyait l’intérieur d’une ferme, la maison du colon et les habitations des nègres. Quelques colons étaient au travail ; un blanc revenait de la chasse rapportant le gibier. A droite, sur un chemin s’enfonçant dans la forêt, on apercevait un des trains employés actuellement au Katanga pour les exploitations agricoles.

Des dioramas des usines Cockerill et des missions offraient un vif intérêt.

La puissante compagnie du Kassaï avait une exposition très intéressante, constituée par des objets indigènes. On y remarquait des boîtes à piment, des boîtes à poudre de toukoula, une statue en bois de Misca Palenghé, un des rois de Buskongo, au XVIIIe siècle, pièce très rare, des objets de toilette et de parure, des poteries du Kassaï, des outils, des tissus fabriqués, des fétiches en bois, des meubles, des armes, des ustensiles de ménage.

L’exposition des Missions catholiques au Congo était collective. Des différentes sociétés de missions avaient cherché à donner au public une idée d’ensemble de l’action des missionnaires dans la colonie. Des groupes de photographies montraient les églises et les chapelles, les écoles, les ateliers, les lazarets et hôpitaux, les jardins d’essais pour les diverses cultures, les travaux des champs, de nombreux documents concernant la maladie du sommeil. Une carte générale des Missions catholiques synthétisait l’ensemble de l’œuvre; elle se complétait par un tableau général de l’état des missions; des graphiques et des diagrammes permettaient d’apprécier les progrès réalisés.

L’exposition des Sœurs missionnaires indiquait d’une manière particulièrement suggestive ce qui avait été fait pour l’amélioration du sort de la femme.

Un diorama démontrait l’influence bienfaisante des missionnaires au Congo, représentait la synthèse de l’activité d’une mission, au triple point de vue de la bienfaisance, de l’enseignement et de l’évangélisation.

Deux halls juxtaposés au palais abritaient l’agriculture et le matériel colonial. De Ministère des Colonies avait contribué à leur ornementation par une documentation pittoresque consistant en tableaux et groupes sculptés d’un haut intérêt. Des aquarelles, des plans panoramiques, des cartes, achevaient la participation du Ministère des Colonies.

L’histoire du caoutchouc était représentée par une foule de documents : échantillons en nature, donnant les aspects du caoutchouc dans ses diverses transformations, emballage utilisé, instruments employés pour récolter le caoutchouc, photographies se rapportant à des plantations de caoutchouc, à des scènes relatives à sa culture et à sa récolte, aux entrepôts et magasins qui le reçoivent sous sa forme brute.

Le Ministère des Colonies, le Musée du Congo belge à Tervueren, MM. Staines Manders de Dondres, Octave Collet de Bruxelles, K. de Wildeman, directeur du Jardin Botanique
de Bruxelles, le Maley States Information Agency de Bondres et l’Association des planteurs de caoutchouc d’Anvers avaient collaboré à cette exposition intéressante.

A côté du caoutchouc, le hall de l’agriculture renfermait également d’autres spécimens des produits agricoles de notre colonie; un dernier hall groupait enfin le matériel colonial.

Dans les jardins entourant le Palais colonial, un poste de télégraphie sans fil, fut installé par M. Robert Goldschmidt, ingénieur à Bruxelles, lequel fut chargé, par Sa Majesté le Roi, de l’installation de la T. S. F. dans la colonie.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913