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Diorama Militaire


Diorama Militaire à l'exposition de Gand 1913

Le but des initiateurs du Diorama Militaire a été de donner à la fois un aperçu succinct de l’évolution des défenses de la place de Gand au cours de plusieurs siècles, et une représentation aussi juste que possible de cinq épisodes marquants de l’histoire militaire de la cité de Van Artevelde ; le choix de ces événements a été judicieusement fait par l’un des directeurs généraux de l’Exposition, M. Maurice de Smet de Naeyer. L’exécution en fut confiée à M. Jules Gondry, qui s’acquitta de sa mission avec le souci de l’art et le scrupule de la vérité historique.

Un texte explicatif par M. Victor Fris initiait les visiteurs par la lecture d’une page intéressante des annales gantoises ; il n’est pas inutile de signaler à ce propos l’excellente «Histoire de Gand » dûe à la plume de ce savant professeur et parue à l’occasion de l’Exposition universelle et internationale de Gand. Dédié par l’auteur aux trois directeurs généraux de la vaste entreprise, ce volume est une œuvre d’érudition et de vulgarisation ; aussi MM. Casier, Coppieters et de Smet de Naeyer ont-ils été heureusement inspirés en fournissant au savant historien l’occasion de faire connaître le passé de leur ville, au moment où l’exposition y attirait les foules belges et étrangères.

Le Diorama militaire offrait aux yeux des visiteurs la représentation de quelques-unes des pages d’une histoire mouvementée entre toutes; les luttes économiques y ont toujours été prépondérantes. Elles avaient fréquemment pour corollaire des conflits armés et des interventions dans les guerres entre les grands pays voisins.

Le premier tableau du diorama rappelait la journée du 2 avril 1302. Depuis que le comte Gui de Dampierre s’était rendu à merci à Philippe le Bel, le comté de Flandre avait perdu l’existence ; ce fut le triomphe des Leliaards ; les métiers de la grande industrie s’étaient désintéressés de la conquête de la Flandre ; ils n’avaient d’autre souci que la réalisation de leur programme économique et politique ; écrasés par les patriciens, ils résistèrent et amenèrent l’ordonnance sur le renouvellement de la Loi ; cet accord rétablit la paix de Gand ; il n’en fut pas de même à Bruges où un tisserand, Pieter de Coninc, provoqua une première émeute. Bientôt en surgit une autre à Gand, le Ier avril 1302 ; les échevins et leurs huit cents hommes tentèrent vainement de l’apaiser ; vers le soir, ils s’enfermèrent au Château des Comtes que les métiers et le peuple attaquèrent ; le 2 avril, les assaillants, après s’être rendus maîtres du pont des comtes, ont envahi la place Sainte-Pharaïlde. C’est l’épisode choisi par l’artiste; déjà, l’on amène des fascines pour combler le fossé du château, et des troncs d’arbre pour fracasser les vantaux de la porte du châtelet d’entrée; hommes d’armes et gens de métier se ruent à l’assaut ; les assiégés se sont réfugiés dans le donjon ; la porte brûle; le château est virtuellement pris.

Des excès furent commis; bailli et échevins, sous menace de mort, durent jurer fidélité au peuple qui envoya des députés à Bruges pour s’allier avec la communauté brugeoise.

Mais bientôt la démocratie prit peur ; elle implora la miséricorde et la clémence du représentant royal ; le mouvement avorta. Six jours après, éclatèrent les matines brugeoises. La délivrance de Bruges n’entraîna celle de la démocratie gantoise qu’au lendemain de la bataille de Courtrai.

Le deuxième tableau rappelait la période de 1488 à 1489, après la mort de Marie de Bourgogne. Les gantois s’étaient révoltés contre Maximilien ; Philippe de Clèves et d’autres nobles, assistés du « conducteur des gantois », Jean van Coppenolle, organisèrent la résistance ; ils firent fortifier la ville depuis la Porte de l’hôpital jusqu’à celle de la Muid.e. Mais apprenant que Maximilien se proposait de surprendre la ville du côté de Hoften Walle, les gantois fortifièrent en hâte ce côté plus vulnérable de leurs remparts. Le succès couronna leurs efforts et, après quarante jours de siège, les assiégeants durent se retirer. Pour commémorer cette défense de la ville, les échevins décidèrent d’ériger, sur la Liève, un fortin muni d’une écluse ou Rabot] cette construction subsiste encore; une inscription rappelle la défense de 1488 et le monument qu’il commémore.

L’artiste avait choisi, pour son tableau, le jour de la Saint-Bavon. Les échevins viennent se rendre compte de l’état des travaux du fortin du Rabot.

La bâtisse centrale et les deux tours rondes sont achevées. Au-dessus des personnages représentés, flotte le grand étendard de Flandre ainsi que les bannières de Saint-Georges et de Saint-Antoine. Au delà de la Liève, on voyait des bourgeois sur la digue de l’Empereur et, dans le fond, une poterne de la Cour du prince et sa tour de verre.

Le troisième tableau évoquait le souvenir de la reddition de la citadelle de Gand, le 11 novembre 1576. Ea petite garnison espagnole y tint en échec de nombreux assiégeants; elle était encouragée par une vaillante femme, Guillemette de Chastelet, femme du vaillant Mondragon, et par le lieutenant de ce dernier, Antoine de Alamas Maldonado. Mais leurs efforts cédèrent devant la disette de vivres et de munitions; le 11 novembre 1576, ils hissèrent le drapeau blanc et se rendirent au comte de Lalaing. E’étonnement fut général quand la garnison sortit du château; elle ne comprenait que 150 hommes.

La scène représentait la reddition par une froide journée de novembre. Mme de Mondragon, qui venait de soutenir ce siège héroïque, franchit le pont levis, précédée et suivie de la petite garnison que commandait Antonio de Alamas blessé. Tandis que Lalaing s’incline devant la hère espagnole, la foule invective ses ennemis désarmés et vaincus ; mais les soldats du prince d’Orange la contiennent.

Le quatrième tableau transportait les visiteurs au début du XVIIIe siècle. Louis XIV, ayant décidé de reconquérir les Pays-Bas, résolut d’opérer contre Gand et Bruges. E’artiste avait représenté la surprise de la cité gantoise par les troupes du Roi-Soleil, le 5 juillet 1708. E’heure est matinale ; les premiers rayons de soleil éclairent la porte Saint-Liévin, avec ses tours à hourds de pierre et à poivrières. Les soldats de Grimaldi ont franchi le pont-levis, envahi la porte et culbuté la garde bourgeoise. L’ex-bailli de Gand, Ferdinand Hippolyte de la Faille d’Assenede, partisan des Français, après s’être déjà introduit dans la place et y avoir fait entrer quelques hommes par surprise, revient à cheval pour presser ses hommes de s’emparer de la porte ; de la berge du fossé, les gardes-françaises font le coup de feu avec les défenseurs de la ville. A l’arrière plan, une échauguette, un moulin et les pignons des premières maisons du boulevard de Bruxelles.

Le cinquième tableau du diorama transportait le visiteur au XIXe siècle. Après la chute de Napoléon, on créa la principauté souveraine des Pays-Bas et l’on songea à construire des forteresses pour former une barrière effective contre la France ; Gand fut choisi et l’on projeta une citadelle au Mont-Blandin, à l’emplacement de l’ancien fort de Monterey, à la chênaie de Saint-Pierre.

Commencés le Ier mai 1819, les travaux durèrent plusieurs années ; le 2 août 1825, Wellington, venant d’Anvers, vint constater le degré d’avancement des terrassements et des constructions. Déjà la future porte d’entrée était commencée; elle fut achevée l’année suivante ; on y inscrivit la devise de l’ordre de Saint-André : Nemo me impune lacesset.

L’artiste avait représenté Wellington devant la nouvelle citadelle. Sur le glacis, le major Gey van Pittius qui dirige les travaux, ainsi que le bourgmestre Piers de Raveschoot, présentent le colonel du 8e hussards au vainqueur de Waterloo. Non loin d’eux, l’échevin Van Wambeke cause avec l’industriel de Smet de Naeyer; des sentinelles retiennent la foule; dans le lointain, les tours de Saint-Pierre.

Il est permis de regretter l’existence trop éphémère du diorama militaire. Ce fut une belle leçon d’histoire gantoise ; trop souvent, hélas ! ce genre d’exhibitions se traine dans l’ornière de la banalité ; conçu sans souci d’exactitude ni d’art, il n’instruit ni émotionne. Ce reproche ne pouvait atteindre le Diorama militaire de l’Exposition de 1913 ; son succès fut marquant.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913