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Industries Alimentaires


Industries Alimentaires à l'exposition de Gand 1913

Le groupe des industries alimentaires occupait près du tiers de la superficie totale du palais d’honneur ; leur réputation est loin d’être usurpée. Chacune d’elles mettait sous les yeux du public des spécimens de son matériel et parfois même l’initiait à ses procédés de fabrication ; nos producteurs montraient les progrès les plus récents et leur préoccupation à doter leurs usines des derniers perfectionnements.

Un outillage de premier ordre joint à la qualité des matières premières et à la vigueur du personnel assure le succès. Tel est le cas pour ses fabricants.

Aussi cette branche du commerce belge a pris un mouvement d’exportation considérable dans les pays les plus éloignés d’outre-mer.

En parcourant successivement les diverses sections du groupe, nous pourrons, sans qu’il soit besoin de dénombrer la multitude des bonnes choses, disposées avec art et attrait, signaler le développement extraordinaire de certaines de nos industries alimentaires ou montrer comment d’autres se sont créées et en quelques années, en sont arrivées à ne point redouter la concurrence de leurs aînées de l’étranger.

La classe des produits farineux et leurs dérivés comprenait la malterie, la meunerie et l’amidonnerie ; elle réunissait les trois importantes collectivités des malteurs belges, de l’Association générale des meuniers de Belgique, ainsi que des amidonniers; meunerie et amidonnerie, deux vieilles industries nationales qui demeurent en constant progrès et qui possèdent, pour leur exploitation des établissements modèles. Ea malterie ne compte guère en Belgique plus de 25 années d’existence et déjà elle est un sérieux facteur du commerce.

Les produits de la boulangerie et de la pâtisserie se distinguaient par leur variété, par leur beauté attirante et par leur délicieuse saveur. La fabrication de ces produits est telle, qu’elle en permet la conservation parfaite et l’exportation à de longues distances. Les manufactures de biscuits d’Anvers et de Bruxelles avaient tenu à figurer en bonne place.

L’industrie des conserves de viandes, de légumes et de fruits a pris dans ces dernières années un énorme essor. En 1880, notre pays commença à s’affranchir de la dépendance où il se trouvait, en matière d’alimentation, vis-à-vis de l’étranger. A l’Exposition de Paris de 1889, l’industrie des conserves alimentaires n’existait en Belgique qu’à l'état rudimentaire. On en était à la période des tâtonnements et des essais. Grâce aux mesures de protection prises par le Gouvernement, cette industrie put alors se développer et le débouché du Congo lui permit de s’outiller et de former un personnel en prévision de transactions nombreuses et continues. Bientôt, nos fabricants purent lutter sur tous les marchés au point de vue du prix et de la qualité. De puissantes usines se sont montées ; plusieurs d’entr’elles livrent annuellement 10 à 12 millions de boîtes de légumes à la consommation. Les procédés se sont perfectionnés et la fabrication s’est sans cesse améliorée. Si l’importance au point de vue du chiffre de production n’atteint pas celui des grandes usines de France et d’Amérique, cependant les soins tout particuliers dont on entoure la manipulation de la matière première et la fabrication, font des conserves belges des produits très appréciés. Les légumes, récoltés dans des terres soigneusement préparées, ont des qualités nutritives très recherchées. Leur prix de revient moindre et la rapidité des livraisons sont des facteurs de succès.

Les conserves de viandes ont également une production très appréciable. Elles se recommandent par leur qualité et les soins apportés à leur fabrication.

Quelques importantes fabriques, la Corbeille de Wespelaer, les établissements Delhaize et Cie à Bruxelles, Mirland & C° à Frameries, la Nutritia à Laeken, le Soleil à Malines. donnaient une idée suffisante de l’importance de la fabrication des conserves en Belgique.

Une autre classe groupait les industries importantes des sucres et produits de la confiserie et des condiments ; elle comprend la glucose, le chocolat, les confiseries et les confitures, les pâtes de fruits et les sucres.

L’industrie de la glucose fit son apparition en Belgique en 1848. Ea loi du 4 avril 1843 visa la première fois en Belgique la fabrication des sucres autres que les sucres de betteraves; aucune glucoserie n’existait à cette époque. Ea loi actuellement en vigueur est celle du 19 mai 1898. Il existe en Belgique cinq usines importantes dont les produits très appréciés sont utilisés en confiserie, en brasserie, en tannerie, ainsi que dans la fabrication du pain d’épices et des liqueurs. Cette industrie s’est créée des débouchés à l’étranger, surtout sur le marché de Londres où elle lutte contre la concurrence américaine, allemande et hollandaise.

L’usage du chocolat fut introduit en France sous le règne de Louis XIV ; il n’était alors qu’un produit de grand luxe, abordable seulement pour les rois et les hautes classes de la société. En 1780, le pharmacien Duthu, établi rue St-Denis à Paris, à la tête de 10 ouvriers, fabriquait par jour 25 à 30 livres de chocolat, qu’il fournissait à l’aristocratie, à raison de 6 à 8 francs la livre. Ce ne fut qu’en 1827, que le nommé Pelletier, qui avait repris la maison Duthu, commença la fabrication mécanique du chocolat.

Cette industrie fit son apparition en Belgique vers 1840 et ses progrès semblent plutôt lents au début, puisqu’en 1870 l’on ne comptait encore qu’une douzaine de fabriques.

Actuellement, plus de cinquante usines alimentent non seulement notre marché national, mais exportent des quantités considérables de leurs produits qui luttent fort avantageusement, comme prix et comme qualité, contre ceux de l’étranger. Notre production annuelle dépasse 8 millions de kilogrammes.

Les motifs du développement si rapide de cette industrie, au cours des dernières années, sont dus à des causes diverses, le chocolat qui n’était autrefois qu’un article de luxe, a pu s’introduire petit à petit dans toutes les classes de la société.

A l’exposition coloniale de Tervueren en 1897, on remarquait quelques sacs de cacao du Congo. Ces fruits provenant d’une plantation nouvelle non entièrement acclimatée, avaient une saveur âcre qui en rendait l’emploi à peu près impossible. Grâce aux soins de culture et à la persévérance des planteurs, la qualité s'est améliorée au point que la récolte est disputée non seulement par les chocolatiers belges, mais aussi par les étrangers. En 1909, l’importation a atteint environ 850.000 kilos.

La confiserie que l’on appelle vulgairement la cuisine du sucre, a pris également dans notre pays une importante extension.

Les produits aussi nombreux que variés, depuis les bonbons de sucre qui font les délices des écoliers jusqu’aux desserts qui ornent les tables les plus luxueuses, se fabriquent aujourd’hui, pour la plupart, industriellement.

Les causes qui favorisèrent le développement de la confiserie sont les mêmes que celles qui profitèrent à la chocolaterie.

La confiture est également un produit de la confiserie, mais sa fabrication est distincte.

La détaxte des droits d’accise sur le sucre employé à la fabrication des confitures, a beaucoup contribué au développement de cette industrie qui offre à la consommation des produits préparés exclusivement à l’aide de jus de fruits et de sucre, à des prix très bas et de beaucoup inférieurs à ceux du beurre et de la margarine.

Ces renseignements sur l’industrie alimentaire en Belgique nous ont été fournis par M. Alfred Leprince, le distingué directeur de la vieille et importante chocolaterie Antoine de Bruxelles, dont la fondation remonte à l’origine de l’introduction de cette industrie dans notre pays.

M. Alfred Leprince est à la fois un industriel avisé et un organisateur habile : sa haute compétence et ses relations nombreuses, lui facilitèrent l’accomplissement de ses fonctions de président du groupe de l’alimentation ; on lui en doit le succès à l'Exposition de Gand.

La Belgique compte un grand nombre de marchands de vins. Plusieurs grandes maisons d’alimentation se sont réservés en France et en Algérie les récoltes entières de crus spéciaux, qu’elles revendent à leur clientèle à des prix très minimes.

La classe des sirops-liqueurs, des spiritueux divers et des alcools d’industrie est connexe à celle des vins. La Belgique consommait sous forme d’eau de vie, de grains de mélasses de betteraves et d’autres produits fermentiscibles, de grandes quantités d’alcools. Le genièvre, naguère produit principalement à Hasselt, était fabriqué dans toutes les grandes distilleries du pays, qui joignent à cette spécialité la production des alcools d’industrie.

La fabrication des liqueurs, des apéritifs et des sirops s’est beaucoup développée depuis 1870. L’art de fabriquer les liqueurs par la distillation des plantes et des produits bruts importés de l’étranger, a pris une grande extension ; il est devenu une industrie nationale.

Da collectivité de la distillerie industrielle et la collectivité des liqueurs, des sirops et spiritueux divers faisaient partie de la classe susdite, qui comprenaient nos plus réputés distillateurs et liquoristes.

La dernière classe du groupe de l’alimentation concernait les bières.

Da brasserie belge, en ordre principal, combat avec succès la concurrence étrangère, actuellement plusieurs brasseurs belges sont parvenus à produire des bières fines de fermentation basse, tant pâles que du type Munich, qui rivalisent avec les meilleurs produits de la brasserie allemande. Da fabrication de bières de fermentation haute, du type anglais, n’a pas encore atteint la même perfection.

Dans les grands centres, la brasserie de fermentation haute se voit enlever en grande partie la consommation des bières de table par la brasserie à fermentation basse qui s’attache de plus en plus à produire un type de petite bière légère et bien présentée. Des brasseries de fermentation haute offrent au consommateur des bières d’un type spécial, dont quelques unes jouissent d’un grand succès.

La plupart des brasseurs sont réunis en une association qui a contribué grandement à maintenir le bon renom des produits belges. Ces associations exposaient à Gand des documents ayant trait à leurs travaux. Da participation de la brasserie ne peut évidemment avoir dans nos expositions qu’un intérêt très relatif, celle-ci étant limitée à des tonneaux, voire à des noms. Signalons toutefois qu’à Gand, comme à Liège et comme à Bruxelles, les brasseurs belges avaient installé, au centre de leurs compartiments, un comptoir de dégustation, où se débitèrent des bières auxquelles le public fit le meilleur accueil.

Nous terminerons cet aperçu des quelques groupes logés dans le Palais d’honneur de la section belge, en notant que la plupart des travées du fond étaient réservées aux exposants du groupe « Commerce et Colonisation » et aux Etablissements d’instruction professionnelle St-Luc. ha participation de ceux-ci fut incontestablement brillante et démontra l’importance du programme, la perfection des méthodes pratiques, l’excellence de l’enseignement et la valeur des maîtres. A l’entrée de cette section artistique se dressait la reproduction du beau portail exécuté par le maître gantois Aloïs De Beule pour le transept sud de l’église Saint-Martin d’Ypres.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913