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Industries de Luxe



L’entrée principale de la section belge donnait accès au Salon d’honneur, conçu dans une note de grand style et en vue de faire valoir les œuvres des sculpteurs et peintres belges, notamment de MM. Firmin Baes, Eugène de Bremacker, Ciamberlani, Félix Cooreman, Jean Delville, Jean Herain, Fernand Knopff, comte Jacques de Lalaing, Langaskens, Hippolyte Eeroy, Constant Montald, Victor Rousseau, Charles Samuel, Geo Verbanck, J. Vilain, Godefroid de Vreese, M. Wolfers.

Le Salon d’honneur pouvait être considéré comme le point de départ et le centre des sections nombreuses, disposées dans des salon-nets ou dans les galeries, élégamment décorées. Nous devons renoncer à citer les exposants, tant ils étaient nombreux, pas plus que nous ne mentionnerons tous les produits exposés, tant étaient grandes leurs quantités et leurs variétés. Nous limitons notre tâche à l’indication des industries représentées, nous arrêtant parfois pour faire une digression relative à l’une ou à l’autre ou pour signaler une innovation heureuse ou une installation revêtant un aspect spécial ou un groupement particulièrement nombreux.

Autour du Salon d’honneur, vinrent naturellement prendre place les salons affectés aux différentes classes du groupe XII, réservé à la décoration des édifices et des habitations. Ces salons étaient ordonnancés avec une sûre compréhension des milieux qu’ils simulaient et un sens décoratif qui faisait bien valoir les objets exposés.
Les producteurs ressortissant à ce groupe avaient apporté une participation telle, qu’il apparaissait clairement que dans n’importe quel domaine se rapportant à la décoration fixe ou mobile, et à l’ameublement à ses accessoires des édifices publics et des habitations de toutes les catégories, la Belgique peut rivaliser avec les fabricants étrangers et même leur faire la concurrence.

Les firmes les plus importantes du pays avaient ainsi constitué une série de salonnets types : chacun de ceux-ci formait une exposition complète émanant le plus souvent d’une collectivité d’exposants. Ainsi pouvaient voisiner et se mettre réciproquement en vedette le mobilier de luxe ou le mobilier de bureau, les vitraux d’art, les glaces et la verrerie, les appareils de chauffage de tous systèmes, les appareils d’éclairage par l’huile, le gaz ou l’électricité, les papiers peints et les tapis, les bibelots d’ornementation ou les splendides reproductions d’œuvres des maîtres qu’exécute avec tant de perfection la Compagnie des Bronzes ainsi que les produits de la céramique. Depuis une vingtaine d’années, cette dernière industrie s’est beaucoup développée.

Nos céramistes sont en effet arrivés à démontrer que si leurs produits se recommandent par un caractère hygiénique qui en impose l’emploi dans les annexes des' maisons modernes, ils se signalent également par leur valeur décorative ; la céramique n’est donc plus seulement une industrie purement utilitaire; elle a progressé et est devenue un art industriel.

Pour clore ces notes sur le caractère qu’offrait l’exposition des participants au groupe XII, nous noterons que deux collectivités, celle des Glaceries belges et celles des Maîtres de Verreries belges, avaient, dans des stands abondamment fournis, affirmé la puissance de notre industrie verrière et mis en relief la diversité de ses fabrications.

Dans les classes de la chimie, des papiers, des cuirs, de la parfumerie et des tabacs, les exposants étaient nombreux. On y remarquait la collectivité des cuirs et peaux, celle des tanneurs de Tournai, celle des importateurs et courtiers de tabacs en feuilles d’Anvers et celle du tabac belge.

L’ampleur des expositions de ces collectivités attestait la vitalité de leurs industries et la continuité de leurs progrès. A titre documentaire, signalons que l’ancienne industrie nationale de la tannerie occupait, en 1912, plus de 25.000 ouvriers, que ses exportations se faisaient dans tous les pays du monde et que sa production hebdomadaire se chiffrait par 3.000 peaux de grosses bêtes et 40.000 peaux de moutons. Le papier et le tabac sont également deux industries de premier plan ; celle-ci a pris dans nos diverses provinces de grandes proportions ; nos fabricants y travaillent le tabac exotique et le tabac indigène qui croît dans les régions d’Obourg et de Roisin, sur les bords de la Semois et en Flandre. Les fabricants de cigares et de cigarettes sont nombreux à Anvers, à Gand, à Liège, à Bruxelles et leurs produits sont prisés aussi bien à l’étranger qu’en Belgique.

La fabrication du papier pour laquelle nos usiniers doivent importer des matières premières, a atteint un haut degré de perfectionnement. Aussi les papiers belges sont ils exportés et jouissent-ils, pour leur qualité et pour le bon marché de leurs prix, d’une réputation mondiale.

Faisant suite au groupe des Industries chimiques et occupant toute une longue galerie, étaient disposés les stands du groupe des moyens de transport, la carrosserie, le charronnage et l’automobile.

La carrosserie belge jouit depuis longtemps d’une juste renommée ; mais la vogue croissante de l’automobilisme pouvait constituer pour elle un sérieux danger. Nos carrossiers surent très intelligemment y obvier en orientant leur industrie vers la construction des voitures et des véhicules d’autos. Mais pour réaliser cette adaptation, il fallait se préoccuper de la qualité des matériaux, de l’élégance des lignes, de la technique, notamment de l’équilibre du véhicule, de son minimum de résistance au vent, tout en se souciant des exigences du luxe et du confort.

Quoi qu’il en soit, les installations réalisées par plusieurs firmes et l’outillage perfectionné que leurs efforts incessants ont mis entre les mains d’un personnel d’élite, assurent une place prépondérant e aux produits belges. Ea carrosserie a pris une extension considérable.

Certaines de nos régions industrielles, Liége et le Hainaut notamment, eurent tôt fait de s approprier l’industrie naissante et même en quelque sorte de la monopoliser. C’est ainsi qu’à Herstal, la Fabrique nationale et la maison Saroléa fabriquent en grand des bicyclettes et des motocyclettes toutes montées ; il en est de même à Anvers, aux établissements de la Royal Star. On construit également à Herstal des séries de pièces détachées qu’achètent les petits mécaniciens qui en font le montage et répandent ainsi dans le pays des machines à bas prix. Ces séries sont aussi l'objet d’une exportation assez considérable, surtout en Italie et en Angleterre.

Le véhicule automobile occupe également une large place dans l’industrie belge ; la Fabrique nationale de Herstal, la Société Minerva, l’Auto-métallurgique, Vivinus, Pipe, Sa va, Excelsior, Nagant, Germain, Royal Star, Springuel, l’Auto-Mixte sont autant d’usines outillées avec les derniers perfectionnements du machinisme moderne.

Fa seule province de Liége intervient à peu près pour la moitié dans la production totale ; cela s’explique facilement par l’habileté de sa population ouvrière, rompue depuis longtemps aux travaux mécaniques de précision par la fabrication des armes.

Les châssis construits en Belgique sont en grande partie vendus à la clientèle belge ; ils sont également exportés en France, en Allemagne, en Angleterre où les firmes belges parviennent à lutter avec les marques indigènes de premier ordre. Les exportations sont aussi très importantes vers les Républiques Sud-Américaines, l’Argentine, le Brésil et le Chili.

Fa Belgique possède également plusieurs importantes fabriques de pneumatiques. Les firmes O. Englebert et C° à Liége, Houben à Verviers, Jenatzv à Bruxelles et Colonial Rubber à Gand possèdent des ateliers considérables et occupent plusieurs milliers d’ouvriers; la réputation de leurs produits est bien établie et plusieurs d’entre elles ont un marché d’exportation très développé.

L’industrie aéronautique n’existe pas en Belgique. Toutefois, grâce à l’initiative royale, une société anonyme a été fondée sous les auspices de la Société belge de construction aéronautique civile et militaire « Avia » et s’est assigné comme premier but de réaliser un type de croiseur militaire rapide et à grand rayon d’action. Le modèle réduit de cef aérostat «Ville de Bruxelles » figurait à l’Exposition de Gand.

La même société exposait également des patins et des ailes ondulées système Salomon’s.

Participaient également à la classe susdite un nouveau type de manège électrique pour essais d’appareils d’aviation, inventé par M. Adhémar de la Hault et un modèle en bois d’une roue d’automobile et de trains d’atterrissage. Cette roue, due au comte Gaëtan de Robiano, supprime la crevaison du pneu et de la chambre à air ; d’où l’impossibilité de la détruire par les balles.

Sous la dénomination générale : « Instruments et procédés généraux des lettres, des sciences et des arts », le groupe III comprenait la typographie, ses travaux et son matériel, la librairie, la photographie les cartes et appareils de géographie, les instruments de précision, monnaies et médailles, la médecine et la chirurgie, les instruments de musique.

La typographie et' la librairie occupent une place en rapport avec leur importance dans l’activité générale du pays. La Belgique n’est plus complètement tributaire de l’étranger ; la prospérité du pays a amené un intense mouvement intellectuel et artistique. Le matériel typographique s’est mis au niveau des progrès modernes ; l’affiche, l’édition d’art, grâce au talent de nos artistes et au perfectionnement des machines, rivalisent aisément avec les plus belles productions des pays étrangers.

Les classes connexes de la typographie et de la librairie réunissaient environ quatre-vingt-dix exposants, industriels ou imprimeurs. Plusieurs d’entr’eux formaient la collectivité de l'imprimerie, de la librairie et des professions connexes, collectivité qui participait également à la classe XII : librairie, éditions musicales, reliures, journaux, affiches.

Les programmes de ces deux classes étaient représentés par une foule de travaux typographiques et de librairie : livres, catalogues, affiches, registres, étiquettes, gravures, lithographie, de même que par le matériel se rapportant à ces industries.

A noter la participation de plusieurs éditeurs de livres de curiosité ou d’art, de livres classiques et scientifiques, ainsi que celle du Musée du Livre ; on peut signaler également les principaux éditeurs d’appareils de géographie et cosmographie, ainsi que l’Association belge de photographie et la Société royale de Géographie d’Anvers.

Les œuvres des producteurs du groupe III, bien que tangibles et matérielles, sont cependant d’ordre intellectuel par leur objet. Elles s’adressent à l’esprit et développent l’intelligence à laquelle elles ouvrent des horizons nouveaux; elles augmentent la somme de connaissances. Mais pour que les leçons ainsi données soient utiles et ne portent aucun préjudice à la santé, il faut que le corps humain trouve des éléments compensateurs; il convient de s’inspirer de la vieille maxime : Mens sana in corpore sano. Dans cet ordre d’idée.les sports peuvent exercer une action bienfaisante.

Aussi, avaient-ils obtenu à l’Exposition de Gand une situation privilégiée, et leurs salons étaient en même temps qu’une attraction, un moyen de propagande efficace. A ce sujet, feu M. Albert Feyerick avait eu l’amabilité d’écrire pour ce Livre d’Or, une étude très complète dont nous extrayons les considérations suivantes.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913