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Palais de la Ville de Paris


Palais de la Ville de Paris à l'exposition de Gand 1913

Architecte(s) : Roger Bouvard

La vie municipale de Paris, comme celle de toutes les grandes villes du monde, offre un vif intérêt à de multiples points de vue; elle est une leçon d’organisation et un spectacle moderne auquel nul ne reste indifférent.

Mais outre ces organismes qui contribuent à en faire une des villes les plus brillantes de l’univers, Paris possède le privilège d’un passé attachant. Echo sonore des idées modernes, foyer intellectuel ardent, son nom se trouve à l’origine des réformes réalisées au cours des deux derniers siècles. Tour à tour, son histoire est fastueuse, opulente, pittoresque, tragique.

C’est ce double et attachant aspect de sa vie que les organisateurs du palais de la Ville de Paris se sont ingéniés à mettre en lumière dans toutes les expositions ; nonobstant l’abondance des éléments attractifs des World’s Fair, le palais de Paris éveille l’attention, malgré une physionomie quelque peu aride au premier aspect, mais qui s’éclaire de la note d’art et du document pittoresque et frappant.

La Ville de Paris participa avec éclat aux expositions internationales et universelles de Bruxelles et de Liège ; jamais sa collaboration à nos World’s Fair ne fut aussi ample, aussi importante qu’à Gand.

Ce concours flatteur fut dû, pour une bonne part, aux sympathies qui naquirent, au cours de visites à Paris et à Gand des conseillers municipaux des deux grandes villes.
C’est le 5 juillet 1912, qu’en conformité de ses sentiments et répondant à l’invitation du Comité français des expositions à l’étranger, le Conseil municipal de Paris décida sa participation à l'Exposition universelle et internationale de Gand.

De son côté, la Préfecture de la Seine, représentée par l’aimable M. Delauney, voulut se mettre au diapason du geste cordial du Conseil municipal de Paris ; de leur double collaboration naquit la superbe exposition de la Ville de Paris et du Département de la Seine.

Le Comité exécutif de l’Exposition de Gand voulut que cette participation occupât une place digne de l’importance qu’elle promettait de revêtir ; il mit à la disposition de la Ville de Paris l’emplacement nécessaire dans les grands halls construits spécialement pour la Section française et consentit à ce que l’unité de leur architecture subit une transformation plus décorative et plus ornementée.

C’est à M. Roger Bouvard, l’éminent architecte parisien, directeur des services d'architectures, des promenades et des plantations et de la voirie de Paris, commissaire général des fêtes et des expositions municipales, que l’édilité parisienne fit appel pour la création de cette façade et la disposition générale de l’édifice.

M. Roger Bouvard avait antérieurement donné des preuves éclatantes de son talent d’architecte d’exposition. C’est lui, en effet, qui, aux Expositions universelles de Liège et de Bruxelles, fut l’heureux auteur du Palais de la Ville de Paris et on se rappelle leur suprême élégance et leur charme délicat, non moins que leur belle ordonnance.

A Gand, un grand hall en pierre, avec jardin d’hiver orné de plantes, de statues, de fontaines, de groupes décoratifs, donnait accès à un ensemble de choses originales et attrayantes, disposées dans une dizaine de salles.

Par une attention vraiment délicate, l’édilité parisienne avait voulu qu’un des principaux attraits de son exposition témoignât une fois de plus, de l’éclat de l’art flamand et du renom de ses représentants les plus glorieux.

Le clou de cette splendide participation fut, en effet, cette merveilleuse exposition réalisée par la direction des Beaux-Arts et des Musées et à laquelle M. Georges Cain, l’éminent conservateur du Musée Carnavalet, avait consacré ses soins dévoués et sa science avertie des choses du passé.

Pour réaliser une exposition rétrospective du Vieux Paris, M. Georges Cain avait transporté à Gand, les parquets, boiseries, meubles, tableaux et bibelots de trois salons d’autrefois. Tous ces objets réunis avec la conscience d’un historien et le goût d’un artiste, composaient un salon en chêne sculpté de style Louis XIV transition, un salon Louis XV avec boiseries peintes, dorées et ornées de cartouches en camaïeu et un salon Louis XVI avec boiseries peintes, cadres de glaces et dessus de portes dorés.

Dans ce décor d’une authenticité absolue, l’habile organisateur installa toutes sortes de délicieuses choses obtenues de collectionneurs amis. On y remarquait deux commodes Louis XV et Régence, un.secrétaire et une commode Louis XVI, des fauteuils Louis XVI et Régence, des panneaux en tapisseries des Gobelins, une commode ayant appartenu à l’infortunée princesse de Lamballe, des soupières, des légumiers, des gobelets, des mouchettes en argent ciselé, des pendules de style, des candélabres, etc.

Quelques collections prêtées par Madame Rigaud achevaient de donner à ces pièces l’aspect voulu. On y remarquait des gravures anciennes, des boîtes et des tabatières, des étuis et des nécessaires du XVIIIe siècle, des éventails Louis XIV, Louis XV et Louis XVI, des dentelles flamandes.

Dans le salon Louis XIV, M. Cain eut l’heureuse et courtoise inspiration de ne faire figurer que des toiles de grands maîtres flamands. Rubens y était représenté par trois œuvres : une Allégorie, le Triomphe de l’Eucharistie sur l'Hérésie et le Triomphe de l’Eucharistie sur l’Ignorance ; de Brouwer, un Intérieur de cabaret; de Teniers, une Tentation de saint Antoine, et trois grandes compositions : Moncada est élu par les nobles et l’Église pour protéger la Reine contre les troupes rebelles de Bernardo Cabrera — Moncada chasse les rebelles — Moncada reçoit les clefs de la ville des mains de Bernardo Cabrera; deux portraits par Van Dyck, deux Natures mortes par Fyt, une Étude d’homme et une Tête d’enfant riant par Frans Hals, un Joueur de guitare par Molenaer.

L’école française de peinture du XVIIIe siècle convenait admirablement pour caractériser cette époque; elle était représentée par Boucher (buste de jeune fille), par Drouais (portrait), par une étude de jeune fille de Greuze, quatre panneaux décoratifs de Leriche et deux paysages de Hubert Robert.

Des sculptures, des dessins et des gravures complétaient la décoration de ces salons, notamment un Mercure, bronze fondu au XVIIe siècle, attribué à Jean de Bologne, deux statuettes de femmes par Falconnet avec ornements ciselés par Gouttière et le buste en bronze du peintre Vernet par Houdon.

Ces salons ont été fort admirés par les visiteurs ; leur belle tenue artistique, l’harmonie de l’ensemble et la grâce comme la beauté des détails étaient bien faites pour retenir l’attention.

Les autres salles du pavillon de la Ville de Paris étaient consacrées à la documentation ; on y voyait une collection de médailles de la ville de Paris, ainsi que les relations officielles des fêtes organisées par la Municipalité à l’occasion de la visite de souverains étrangers ou d’hommes éminents.

Le service de la bibliothèque et des travaux historiques exposait nombre de documents intéressants ; il en était de même des archives de la Ville de Paris et du Département de la Seine; ce dépôt comprend des documents allant 1112 à 1871, documents que l’on avait reproduits en photographies pour les exposer dans le palais de la ville.

Nous devons renoncer à citer les innombrables services de la Ville ou du Département qui, par des documents de toutes natures, contribuèrent à compléter cette exposition municipale et départementale. Rappelons toutefois ceux qui se présentaient sous un aspect pittoresque, tel celui de l’architecture, des promenades, des plantations, de la voirie et du plan de Paris. Cette exposition était tout à fait remarquable.

D’admirables photographies en couleurs représentaient le Champ de Mars, le Parc et la Roseraie de Bagatelle, le Parc Monceau, les Buttes Chaumont et tant d’autres dont l’énumération serait inutile.

Plus loin, d’amusants dioramas montraient aux visiteurs des coins nouveaux de Paris projetés ou déjà réalisés. On y remarquait la zone militaire des fortifications, le Vieux Montmartre et le futur parc qui y sera créé, l’ancien et l’actuel Champ de Mars, la Porte Maillot actuelle et le projet d’entrée monumentale à y créer, etc.

Non moins captivante était la participation des services de la circulation et des transports. Elle comportait des vues de la circulation aux Places St-Michel, de l’Etoile, de l’Opéra et un diorama qui, exécuté par M. E. Ferrand, statuaire, et M. Garat, artiste-peintre, donnait, d’une façon très artistique, un aperçu des petits métiers de la rue, autorisés ou tolérés par la Préfecture de police. Sur la Place de la Concorde, se trouvaient réunis, dans le plus amusant des tohus-bohus, marchandes des quatre saisons, rémouleurs, tondeurs de chiens, camelots, hercules, photographes en plein vent, marchands de marrons, etc.

Signalons enfin la magnifique salle à manger moderne exposée par l’Ecole Boulle et la très complète et très intéressante exposition de la Direction des recherches du service de l’identité judiciaire. La presse quotidienne, qui trouve son principal aliment dans le fait divers, a, depuis longtemps, familiarisé le public avec ses procédés de recherches du voleur ou de l'assassin, grâce aux empreintes dactyloscopiques et autres qu’ils laissent sur les lieux et que l’on identifie, grâce à un système de fiches très complet. On avait exposé la plupart des appareils qui aident les policiers dans leurs recherches et qui, de Paris, ont conquis la plupart des villes du monde.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913