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Galerie d'Honneur


Galerie d'Honneur à l'exposition de Gand 1913

A ce joyau artistique qu’était le Salon d’honneur, il fallait un cadre brillant et harmonieux. Dans son voisinage immédiat, se trouvaient les stands de la bijouterie et de l’orfèvrerie, des manufactures nationales, de l’ameublement, du mobilier et des bronzes, de la verrerie, de la parfumerie, du vêtement et de la couture ; tous s’inspiraient des pures traditions de l’art français.

En marge du Salon d’honneur et de la façade principale du palais des Industries de luxe, se développait la galerie d’honneur avec ses vitrines à la fois élégantes et simples, où brillaient les objets d’or et d’argent d’un goût parfait ; de purs joyaux scintillaient sous la lumière tamisée par les vélums ; au fond de la galerie, des colonnes encadraient les stands des grandes maisons d’ameublement de Paris ; on y admirait des meubles précieux, des peintures, des tapisseries. Par son ampleur, son luxe, sa beauté, cette galerie d’honneur donnait une impression profonde de grandeur ; n’eussent été les colonnes de staff, elle eut ressemblé plutôt à quelque galerie de château historique qu’à une travée d’exposition.

A l’une des extrémités de la galerie d’honneur, se trouvait le compartiment réservé aux produits des manufactures nationales de Sèvres, des Gobelins, de Beauvais, représentées par les plus beaux spécimens de leur fabrication; la manufacture de Sèvres avait, en outre, contribué à la décoration du vestibule de la Salle des conférences en l’ornant d’un immense portique en grès cérame, de huit mètres de long sur cinq de haut, orné de couvertes cristallisées et de sculptures en grès.

A côté du Salon d’honneur et par un rapprochement qui ne manquait pas de piquant, figurait tout ce qui avait trait au mobilier et à l’ameublement, vaste programme que rassemblait le Salon des Arts décoratifs modernes, vraie synthèse des efforts tentés en France vers un art décoratif nouveau. Dans ce salon, s’avérait, dans une grande sobriété de tons et de lignes, un souci de simplicité et de confort qui contrastait singulièrement avec les contorsions et les extravagances qui vouent le « modem style » à une mort prochaine.

A noter pour l’art du céramiste, la tendance à la recherche de teintes rares mais harmonieuses. On connaît les beaux résultats obtenus dans ce domaine par des maîtres tels que Daum et Gallé, pour ne citer que deux noms universellement connus ; ils contribuent à une renaissance esthétique au même titre que Dalique dans l’orfèvrerie et le bijou.

A Gand, le Salon des arts décoratifs modernes offrait des spécimens remarquables de ces intéressantes tentatives. On pouvait comparer les tendances modernes avec les styles classiques auxquels restent fidèles, avec un bon goût constant, plusieurs grandes maisons d’ameublement.

Les compartiments des bronzes, de la librairie, de la photographie présentaient des attraits non moins vifs. Pour les bronzes d’art, Paris a conservé, on ne l’ignore point, une réputation voisine d’un monopole; et l’on pouvait admirer à Gand des spécimens remarquables de l’art du fondeur et de son habileté à serrer de près la facture de l’œuvre originale.

L’imprimerie — typographie et lithographie — a continué les progrès que, depuis quatre siècles et demi, elle ne cesse de réaliser. De nouvelles machines en augmentent la production, tout en leur faisant atteindre un degré de perfectionnement tel que toute amélioration semble désormais impossible.

Le livre illustré, d’un prix abordable à tous, est la dernière conquête de la librairie française ; on constate avec joie une recherche de belle tenue dans l’impression comme dans le cartonnage ; en reprenant d’anciens types de caractères, les éditeurs recherchent une adaptation neuve et adéquate au livre.

Cette remarque s’applique également aux éditions scolaires ; bref, des livres de vulgarisation se présentent sous l’aspect d’éditions d’art.

Un petit compartiment proche du Salon d’honneur, retenait les visiteurs. Dans une obscurité propice, de minuscules scènes montraient leurs décors lumineux faits de palais merveilleux et de paysages féériques.

Echo des préoccupations des directeurs de théâtres parisiens, touchant l’art de la mise en scène, ce compartiment du matériel et des accessoires de l’Art théâtral mettait en vedette le talent de décorateurs renommés.

Le compartiment de la musique était voisin ; la musique moderne semble avoir pour caractéristique une science profonde des modulations; ce qui fait qu’on a pu dire qu’elle est essentiellement chromatique, et, par suite, que les compositeurs ne se confinent plus exclusivement dans les tonalités classiques du passé.

Dans la classe des instruments de musique, le gramophone conserve la pensée du compositeur et la transmet avec la même fidélité que l’est, dans les autres classes des arts graphiques, celle du littérateur, du savant ou de l’artiste.

Partout, du reste, ce souci d’art et de vérité dominait ; la note d’élégance existait aussi bien dans les appareils de chauffage et d’éclairage que dans les instruments de musique.

Dans le domaine des appareils de chauffage, on notait à côté des fourneaux en tôle et fonte à charbon de terre et des fourneaux à gaz, des schémas d’installations de chauffage à l’eau chaude et des appareils y relatifs.

Enfin, les visiteurs pouvaient prendre connaissance de la façon dont le problème de la nourriture de personnels nombreux avait été résolu par la cuisine à la vapeur.
Parmi les appareils d’éclairage, on remarquait spécialement ceux qui utilisent l’électricité comme pouvoir éclairant.

Tout ce qui concernait la production et l’utilisation mécanique de l’électricité, l’électrochimie, l’éclairage électrique, la télégraphie et la téléphonie avec ou sans fil, les applications diverses de l’électricité, etc., étaient représentés dans la section française.

On sait que depuis quelques années, des essais très intéressants ont été effectués en France pour la transmission télégraphique des photographies. Dans le compartiment de l’électricité, les appareils de téléphotographie utilisés pour cet usage étaient présentés par la Société des télégraphes Edouard Belin.

C’était là un des côtés les plus intéressants de la science française mise en pratique. Dans cet ordre d’idées, signalons le grand intérêt que présentait le compartiment des produits chimiques et de la pharmacie.

La chimie organique se faisait remarquer, dans la Section française à Gand, par les matières colorantes qu’elle a créées et dont la collection s’enrichit chaque jour, ainsi que par les modifications avantageuses qu’elle a permis d’imprimer à des produits retirés du corps des animaux.

La chimie minérale progresse de pair avec la chimie organique. La grande industrie qui s’occupe de la fabrication des acides minéraux, des sels usuels et des bases minérales ou alcalis, restera toujours à la tête des industries chimiques. C’est elle qui a subi les transformations les plus importantes et les plus intéressantes. C’est d’abord l’industrie de la soude qui a été profondément modifiée dans les cinquante dernières années, depuis que le procédé de la soude à l’ammoniaque est venu remplacer le procédé séculaire de Leblanc. Puis, c’est la soude électrolytique qui a menacé la soude à l’ammoniaque et qui lui aurait fait peut être une concurrence désastreuse, si elle avait trouvé l’emploi des énormes quantités de chlore qu’elle produit.

La Société chimique de France et l’Institut de Chimie appliquée, avaient, en quelque sorte, concentré les derniers progrès réalisés dans ce domaine, la première en réunissant les collections des produits découverts par ses membres dans les dernières années et en représentant l’effort fait dans les laboratoires en vue de travaux purement scientifiques; le second, en plaçant dans une même vitrine les produits préparés par ses élèves et ceux obtenus par son personnel scientifique.

Aux aspects graves de la Science, voici que s’opposaient, grâce au Salon des humoristes, la vivacité, la gaieté et la causticité de l’esprit français.

Tous les visiteurs sortaient de ce salon avec le sourire aux lèvres ; ironistes cruels, fouillant dans les coins les plus obscurs comme les plus abjects de l’âme humaine, ces dessinateurs faisaient rire parfois; ils laissaient souvent dans le cœur le goût amer de leur pessimisme, s’ils ne soulevaient le dégoût des honnêtes gens.

Sans doute, la leçon était empreinte d’un réalisme excessif ; elle ne convenait pas à tout le monde ; mais elle ne manquait pas de puissance ; sous des dehors séduisants, ce salon donnait quelques leçons cinglantes ou féroces ; il « riait de tout pour ne pas en pleurer ».

A côté de ces transcriptions pimentées d’une vie trop dépravée, on pénétrait avec Jean Veber, Hermann Paul, Moriss, Trochet, dans le domaine de la cocasserie bon enfant, tandis que Poulbot nous donnait une vision attendrissante de l’enfance parisienne jolie, candide, souvent dépravée et que Chéret traduisait ses rêves d’élégance et de teintes précieuses.

Rapprochons des œuvres de ces « journalistes » comme les appellent, avec un peu de dédain, les artistes « purs », l’amusant compartiment des articles de Paris ; il n’est pas un étranger qui, assis le soir, à la terrasse d’un café de la place de l’Opéra, ne se soit diverti au spectacle des camelots offrant leur dernière création, quelque jouet ingénieux reproduisant la vie elle-même avec une vérité et un pittoresque qui font sourire.

On trouvait quelques-uns de ces jouets dans le compartiment susdit; mais on y remarquait aussi l’orientation nouvelle de l’esprit enfantin, des jouets scientifiques.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913