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Canada


Canada à l'exposition de Gand 1913

Tandis que l’exposition argentine s’adressait principalement à l’homme d’études, la participation canadienne avait été conçue dans le but de frapper l’esprit du public. Elle fut la démonstration effective que le Canada est bien à tous égards, par l’abondance de ses richesses naturelles, par la fertilité de son sol, par l’excellence de son climat, par la multiplicité de ses ressources, une contrée merveilleuse, le véritable Eden rêvé des émigrateurs. A cet effet, le commissaire général, M. Hutchinson, un maître en la matière, et ses collaborateurs utilisèrent très habilement les moyens les plus pratiques, faisant appel pour les aider, dans l’accomplissement de leur tâche, au concours de la science et de l’art.

Un vaste palais, couvrant une superficie de cinquante mille pieds carrés, mélange d’architecture renaissance et greco-moderne, était dominé par un majestueux dôme de 40 mètres surmontant un très artistique portique central. Les nombreuses sections aménagées à l’intérieur parlaient aux yeux ; des dioramas animés où l’électricité jouait son rôle féérique, des frises décoratives, des reliefs, des installations où se voyaient, non des échantillons, mais des produits réels et naturels, disposés avec méthode et goût, faisaient connaître sans effort au public la beauté et la bonté des fruits des vergers, l’abondance des produits de l’agriculture et la perfection des outillages employés, l’existence d’immenses forêts renfermant une faune innombrable, la variété des minerais et des métaux précieux, extraits de ses mines, ainsi que l’importance des eaux, lacs et fleuves qui recèlent les plus belles espèces de poissons, et qui, sillonnés en toits sens par de nombreux steamers, aident puissamment à la réussite de multiples exploitations.

L’Exposition canadienne était donc à la fois utile pour le pays qu’elle mettait en évidence et instructive pour le visiteur. Dans le hall central, des vitrines renfermaient les spécimens des minéraux du pays ; tout autour, régnaient des galeries où s’étalaient toute la séduction de ses dioramas et la richesse des produits agricoles : fruits superbes, pommes énormes, luisantes comme si elles étaient vernies, poires admirables d’aspect, pêches, cerises, raisins, aussi frais que s’ils avaient été cueillis la veille, le tout présenté dans des paniers élégants, posés sur une pelouse artificielle.

Le Canada prouvait la fertilité de son sol par ses spécimens de blé, d’avoine, d’orge, de sarrasin, de seigle, de maïs. On y voyait encore des graines et des semences de toutes espèces, des conserves de légumes et de fruits, du sirop d’érable, du miel. A leur suite, s’échelonnaient les plus récents instruments de culture utilisés dans le pays, instruments qu’on nous disait être mis à la disposition du colon.

Mais l’attention des visiteurs était accaparée par un grand diorama de la vie agricole dans l’ouest du Canada. Cette région fut, on le sait, la plus fertile en miracles; là où, quelques années auparavant, il n’y avait que de la terre inculte, s’étendent les immenses champs de blé qu’avoisinent les habitations des colons. Toute cette vie agricole était figurée dans ce diorama, dont l’attrait se complétait par un minuscule chemin de fer, sur lequel circulaient des trains. Tantôt le train emportait, dans ses wagons, vers l’Est jusqu’à la ville de Connaugh, les précieux grains de blé que les aspirateurs recueillaient à l’arrivée; tantôt, il ramenait des régions manufacturières les marchandises que réclamaient les besoins des agriculteurs.

Non moins captivante était l’exposition des produits des forêts, de la chasse et de la pêche. Une notable partie du territoire canadien est couverte par des forêts riches en essences diverses. Elles offrent des ressources pour ainsi dire inépuisables pour l’ébénisterie, la construction et la fabrication de pâtes à papier.

Si le Canada est le pays des forêts immenses, il est aussi celui des grands fleuves, abondant en poissons et celui des contrées froides, prolixes en animaux à fourrures. Ea section de la faune indigène comprenait un grand nombre de ces animaux. On y remarquait notamment l’ours brun et l’ours noir, le grizzly et l’ours polaire, la loutre de mer. A côté d’eux, se trouvaient des spécimens magnifiquement naturalisés, dignes de faire rêver les Nemrods les plus exigeants : l’élan, le bison, le bœuf musqué, le caribou, le chevreuil, l’antilope et surtout le wapiti, animal superbe, aux bois très développés.

Un grand diorama de la partie du pays comprise entre les grands lacs et la côte du Pacifique, montrait les grandes prairies de l’ouest avec leurs troupeaux immenses et les parcs où se fait l’élevage des chevaux, les champs de blé du nord-ouest et les plantureux vergers de l’Okanagan.

Dans la section minière, un remarquable diorama représentait une grotte où s’accumulaient, à l’état naturel, des minerais indigènes. Au fond, dans la solitude glacée, des flammes roses, rouges, bleues, s’irradiaient en éventail, montrant l’effet magique d’une aurore boréale. Au premier plan, était répandue une grande quantité d’amiante. Et le public apprenait l’incombustibilité de ce produit en voyant rester intact un mannequin costumé d’amiante, bien qu’il fut entouré de flammes jaillissant, vives et furieuses, d’une crevasse ouverte dans le sol.

Un second diorama avait trait à la région du cobalt, riche aussi en minerai d’argent. Découvert il y a une dizaine d’années, le précieux métal a contribué à la création et à la prospérité sans cesse croissante d’une ville à laquelle a été donné le nom de Cobalt. Au moyen de jeux de lumière électrique d’intensité variable, les trois époques de l’histoire de cette ville, c’est-à-dire, le site avant sa fondation, les premières habitations construites, enfin la vie telle qu’elle était à cette époque, apparaissaient et disparaissaient sur une grande toile, au grand émerveillement des visiteurs.

A proximité du palais du Canada, entre le coquet pavillon du Monaco et l’Avenue de Bruxelles, le Canadian Pacific Railway avait édifié une superbe « loge-cabin » en bois de bouleau. Les visiteurs y assistaient à des représentations cinématographiques où défilaient des paysages canadiens et des aspects de l’activité de la région agricole et des régions minières ou industrielles.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913