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Galerie de la Toilette


Galerie de la Toilette à l'exposition de Gand 1913

Et voici enfin « le clou » du Palais des industries de luxe ; le groupe des fils et tissus et des vêtements qui, avec ses vitrines merveilleuses, ses dioramas artistiques, leur éclairage à la fois éblouissant et limpide, transportait le visiteur dans un monde artificiel et d’une élégance suprême, dans ce monde où l’ampoule électrique est le soleil, pour qui les fleurs ne croissent que dans des vases de prix, où les femmes sont des objets de luxe qui ne quittent la vitrine mobile de l’auto que pour le salon tiède et lumineux où l’on potine.

Considérons toutefois le côté sévère de ces industries ; il n’est pas le moins intéressant. L’industrie textile, dit une excellente notice, qui, dans le catalogue français, fut la préface des fils et tissus, tient en France une place prépondérante par le nombre d’ouvriers et employés qu’elle occupe et par la somme des salaires distribués.

Les industries du coton, du lin, du jute, de la laine, de la soie, sont installées dans le nord, à Lille, Roubaix, Tourcoing, Amiens, Reims, dans les Vosges, en Normandie, dans la région de Lyon et Saint-Etienne. Rien ne peut donner une idée plus exacte de l’importance d’une industrie que sa faculté d’exporter à l’étranger ses produits ; et, à ce point de vue, l’industrie textile vient en première ligne.

La filature et le tissage du lin et du chanvre tiennent aussi en France une place importante et contribuent, dans une large mesure, à la prospérité de la région industrielle du Nord.

L’industrie de la laine remonte aux premiers siècles et a toujours suivi une marche ascendante, malgré quelques périodes de crise provoquées par les exigences de la mode.

L’industrie de la soie fit son apparition en France sous Louis XI, vers la fin du XVe siècle, dans les environs de Tours ; mais au XVIe siècle, cette industrie prit naissance et se développa rapidement dans la région Lyonnaise, où elle a acquis une réputation mondiale.

Avec Saint-Etienne pour la fabrication des rubans, avec le marché de Paris, avec Lyon pour ses étoffes si riches de dessins et de coloris, la France reste incontestablement au premier rang des pays producteurs de soieries.

A côté du groupe fils et tissus, que représentaient les fabricants les plus notoires des régions que nous venons de citer, se présentait le groupe des vêtements qui était certainement au premier rang des groupes de la Section française.

Il occupait une surface de plus de. 4.000 mètres carrés et englobait la couture, les industries du vêtement., la dentelle, la broderie et la passementerie, la fourrure et les accessoires de la toilette et du vêtement.

Mais voici, dans l'entrebâillement de portières de velours, une vision féérique et lumineuse. Au centre, comme isolée au milieu d’un temple, la collectivité de la couture parisienne, en quatre scènes d’une élégance suprême, présentait un ensemble chatoyant de toilettes merveilleuses, ensemble qui affirmait une fois de plus le renom universel d’élégance, de «chic» qui est l’apanage de Paris.

Et quel art de mise en scène, quel souci d’harmonie de tons, de décors, avait présidé à l’étalage de ces toilettes. Sur les mannequins de cire de proportions idéales, à la chair rose, aux lèvres souriantes, aux yeux ombrages ; de longs cils, elles se drapaient idéalement, ce-pendant que les tapis véritables, les meubles de style, les statues de prix leur composaient ce salon luxueux et riche où elles pouvaient le mieux faire valoir la splendeur de leurs tons, le velouté et l’éclat de leur aspect.

Toutes les industries se rattachant aux accessoires du vêtement de l’homme, de la femme et de l’enfant, étaient représentées dans la classe des industries diverses du vêtement, depuis la forme de chapeau jusqu’au soulier élégant, de la chemise classique à la lingerie la plus fine.

Les dessous les plus légers, les trousseaux les plus raffinés, la fleur qu’il faut toucher pour la croire artificielle, le corset dernier genre, l’éventail artistique, l’ombrelle claire, la plume légère, les bas de luxe, la cravate chatoyante, les tissus douillets et les tricots de sport, les gants et les jarretelles, tout ce qui sert et tout ce qui plaît dans la toilette, étaient représentés dans cette classe. Chaque genre d’industrie avait groupé ses vitrines, les industries de haut luxe comme celles de grosse production.

Les grands magasins avaient fait une démonstration exceptionnellement imposante, et en dehors de leur vitrine individuelle, avaient chacun organisé un diorama reproduisant une scène du XVIIIe siècle, de ce siècle galant, léger, séduisant, frivole et précieux qui, mieux que tout autre, pouvait donner à l’industrie de ces jolis « riens » féminins une atmosphère merveilleusement adéquate.

Onze dioramas se succédaient de la sorte, comme une suite de tableaux présentés dans des cadres appropriés et baignés d’une lumière douce, émanant d’une source invisible, qui leur donnait le relief de la vie.

Pas un visiteur qui ne se soit attardé longuement devant eux et ne soit resté étonné de l’art de ces cires.

Ces dioramas étaient :
Un atelier de plumassiers-panachiers au XVIIIe siècle, exécuté par la Chambre syndicale des négociants en plumes brutes.

« J’en accepte l’heureux présage, » tableau de Moreau le jeune, reproduit par les galeries Lafayette ;
« L'espièglerie gourmandée », au XVIIIe siècle, reproduction exécutée par les Grands magasins du Bon Marché;
« La Camargo » de Lancret, reproduction où s’est affirmé le talent de M. A. Violet de Paris ;
« La toilette,» diorama exécuté d’après Baudouin, par les industries du corset ;
« Confidences, » d’après Etcheverry, par la Collectivité des fabricants de paillettes ;
« L'essai des pantoufles , » d’après Mallet, diorama dû au groupe de la Chaussure ;
« Le choix du trousseau, » par les grands magasins du Couvre;
« Fête masquée à Venise » au XVIIIe siècle, mettant en valeur l’art de M. Imans de Paris ;
« Madame Mole Raymond », diorama reproduisant avec une fidélité étonnante le célèbre tableau de Madame Vigée-Lebrun, et qui faisait honneur à la Collectivité des fabricants de chapeaux pour dames, qui l’avait exécuté ;
Enfin, un « Magasin de Fleurs et Plumes pour modes à Paris », par les industries des fleurs et plumes.

M. Maurice Leloir, l’aimable et distingué collectionneur, avait bien voulu compléter ce prestigieux ensemble, en prêtant sa collection de corsets anciens exposés dans une
vitrine. C’était l’histoire du corset, surtout au XVIIe et XVIIIe siècles. Il en était d’immenses et de minuscules, les uns faits pour la majesté raide des marquises poudrées, les autres pour la liberté des modes de la Révolution, n’ayant d’autre mission que d’être un soutien léger, délicat, à peine perceptible.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle & Internationale de Gand 1913