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Hall des Machines


Hall des Machines à l'exposition de Liège 1905

Le visiteur qui sort du salon des Automobiles de la Section belge ou de la galerie principale et pénètre dans le hall des machines est tout d’abord frappé par l’aspect grandiose du spectacle qui s’offre à lui. Ici tout est vie et mouvement intense, de lourdes masses, des roues immenses se déplacent sans peine apparente; sent une puissance en travail, on sent l’effort vaincu, le résultat atteint et en sentant ainsi on sent juste car c’est en effet ici qu’est produite, sous forme de courant électrique, la puissance qui donne la vie aux multiples machines réparties dans l’Exposition.

Il serait intéressant de tout étudier, de tout se faire expliquer, mais, profanes non initiés aux mystères des ingénieurs, ces cyclopes modernes qui régnent ici en maîtres, nous devons nous contenter d’admirer et d’essayer de comprendre vaguement ce qui semble le plus intéressant.

L’ensemble des Galeries internationales des machines, chaudières, gazogènes et matériel de chemins de fer occupe une surface d’environ 30,000 mètres carrés.

Indépendamment de cette surface, les groupes de la mécanique, de l’électricité, des mines et de la métallurgie occupent dans les galeries de l’Industrie une surface d’environ 5,000 mètres carrés.

La Galerie des Machines est desservie par 8 ponts-roulants dont 4 de 25 mètres de portée et 30 tonnes de puissance, 3 de 15 m. 12 tonnes, et 1 de 15 m. et 10 tonnes.

Les 4 premiers sont construits par la Société Cockerill, la Société Le Titan Anversois, la Compagnie Internationale d’Electricité et la société Stuckenholz.

Les 4 ponts-roulants de 12 et de 10 tonnes sont construits respectivement par la Société Gilain, la Société Cockerill, M. Gustin b et la Société Westinghouse.

Le premier hall qui s’offre à nous est réservé à la Belgique. Il est, comme celui des sections étrangères, divisé en trois travées desservies chacune par un ou plusieurs ponts-roulants électrique.

La partie centrale de la Section belge comprend les grandes machines motrices exposées par nos principales firmes qui démontrent en cette occasion le haut degré de perfection atteint par notre industrie de construction mécanique.

Tout d’abord on peut remarquer le moteur à pétrole exposé par la maison Carels de Gand. Ce moteur sous un volume relativement faible et d’un aspect peu compliqué développe 500 chevaux. C’est une pièce unique en son genre et très remarquable. Avant d’aller plus loin remarquons à notre droite, dans la travée, d’abord la jolie petite locomotive électrique pour mine exposée par la Société de Construction électrique (ancienne firme Dulait de Charleroi); et ensuite, pendu aux colonnes des charpentes, un rail de tramway laminé par la Société d’Ougrée à la jolie longueur de 101 mètres. Il paraît qu’il y a peu d’années on dépassait raremment pour ces rails une longueur de 7 à 8 mètres.

Nous passons devant le stand de la Compagnie Internationale d’Electricité. La puissante Société liégeoise expose entre autres engins un cabestan de port du type adopté par la ville d’Anvers. C’est une merveille du genre.

A signaler aussi des machines et appareils à courant triphasé de haute tension (3,300 volts). Les circuits redoutables qui les desservent — car tout contact avec eux serait mortel — sont alimentés par un superbe groupe électrogène de la même société, installé presqu’en face.

Dépassant les machines à vapeur de Van den Kerckove et de Preud’homme, notre attention est attirée par les deux machines d’extraction pour charbonnages exposées respectivement par les ateliers de « La Meuse » et par les ateliers Gilain et destinées à extraire la houille à des profondeurs dépassant 1500 mètres.

D’autres machines, actionnées à la vapeur, semblent encore bien belles mais nous sommes attirés par les nouveautés, les modes nouvelles, de messieurs les ingénieurs pour lesquels le chic du jour est le moteur à gaz. La firme Saint-Léonard en expose toute une série parmi laquelle une grande machine aux formes passablement énigmatiques et qui peut produire 600 chevaux.

Un pas plus loin nous sommes au stand de la Société Cockerill qui a été l’initiatrice de l’emploi des moteurs à gaz actionnés par les gaz de hauts-fourneaux. Nous y voyons le moteur qui a servi lux premiers essais opposé à un moteur moderne de 1,200 chevaux destiné à attaquer directement un train laminoir.

A côté de ces moteurs à gaz une formidable machine attire l’attention, c’est une machine de laminoir développant la jolie puissance de 10,000 chevaux. Tachez d’imaginer l’écurie qu’il faudrait pour abriter ces chevaux s’ils étaient en chair et en os au lieu d’être des chevaux-vapeur surtout si vous notez que ce que les
ingénieurs appelent un cheval-vapeur représente au moins deux forts chevaux de trait!

Au milieu de canons et pièces d’artillerie la société Cockerill expose encore un arbre de navire forgé en une seule pièce d’une longueur de 51 mètres 70 centimètres et d’un poids de 40,000 kilos. Cet arbre et le rail d’Ougrée peuvent certes sans, métaphore exagérée, être appelés les clous de la galerie des machines.

Si nous contournons le stand de Cockerill, nous rencontrons la troisième travée de la Section belge; suivons-la un instant en passant à côté des chaudières de la firme Piedbœuf et pénétrons dans la sections étrangères.

A notre gauche, dans la Section française, remarquons la turbine à vapeur de 500 chevaux de la maison Sautter-Harlé. C’est la seule machine de ce genre exposée quoique ces turbines disputent aux moteurs à gaz la faveur de la mode... en fait de force motrice.

Tournant à droite nous pénétrons dans les Sections américaines, anglaises et allemandes. Elles sont, paraît-il, très remarquables au point de vue des machines-outils mais ces questions nous semblent trop spéciales pour que nous essayions de comprendra les beautés des raboteuses, perceuses, fraiseuses, etc. Pourtant notre attention est forcément arrêtée un instant par les machines que la puissante Société Armstrong fait fonctionner pour prouver les qualités de ses aciers à outils qui permettent d’augmenter très notablement les vitesses de ces machines et par suite leur production.

A l’extrémité de la galerie centrale des sections étrangères sont exposés les moteurs fabriqués par la firme Deutz de Cologne qui doit une partie de sa célébrité au moteur Otto qu’elle a été la première à construire, ce moteur Otto étant en effet le moteur type dont sont plus ou moins dérivés la plus grande partie des moteurs à gaz actuels.

Dans les mêmes environs se trouvent plusieurs appareils de meunerie. La plus complète de ces installations est celle de la firme Luther qui a exposé une minoterie complète.

Nous rencontrons ensuite encore quelques machines-outils ainsi que le stand de la fabrique d’armes de guerre et de munition» (Waffen- und Munitionsfabriken) et un peu plus loin nous remarquons une machine à imprimer de la firme Johannisberg qui imprime à l’exposition même les feuilles du Guide Remboursable.

Sortons un instant de la galerie des machines proprement dite pour aller admirer des locomotives et des wagons de chemins de fer aux couleurs chatoyantes. Habitués à voir plus généralement ces locomotives du quai surélevé des gares, nous sommes un peu surpris de leur hauteur : elles nous semblent plus grandes que nature. Pour le surplus nous sommes plus familiarisés avec les locomotives qui sont des connaissances rencontrées tous les jours qu’avec les machines du restant du hall. Pourtant il en est une dont les lignes troublent. un peu les notions de notre esthétique en fait de locomotive. C’est la formidable pièce sortie des ateliers des chemins de fer du Nord.

Retournons, en passant à côté de diverses machines à imprimer françaises, dans le hall des machines où nous attire l’ensemble du stand de la Compagnie des métaux dont les immenses tubes en cuivre s’élèvent comme des fusées vers le faîte de la galerie.

Quelques pas plus loin nous trouvons la galerie des chaudières. Inutile d’y entrer et de risquer de s’y salir au contact du noir charbon car on a eu l’heureuse idée de les séparer des machines par une cloison vitrée ce qui permet d’en admirer, sans inconvénient ni ennui, le bel arrangement.

Deux de ces chaudières semblent particulièrement intéressantes : la chaudière Grille qui peut pivoter autour d’un axe horizontal et une chaudière, alimentée au moyen d’un ventilateur insufflant de l’air chargé de poussière de charbon, ce qui permet de supprimer les grilles et leurs inconvénients.

Avant de quitter le hall des machines, nous voulons voir encore les puissantes machines qui nous ont saisi à l’entrée, ce qui nous pousse à revenir dans la travée centrale que nous ne quitterons pas sans nous être retourné et avoir admiré à nouveau la perspective, impressionnante autant qu’admirable, de ces grandes machines en mouvement.

Nous revenons ainsi dans la galerie principale de l’Exposition précisément en face du stand de la puissante Société d’Ougrée-Marihaye, une des plus importantes de la Belgique, qui a réuni des échantillons de ses produits, et fait installer une maquette reproduisant une réduction de ses vastes installations.

©Guide Remboursable Illustré - Liège 1905