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Industrie Chimique


Industrie Chimique à l'exposition de Liège 1905

LES ARTS CHIMIQUES - LA PHARMACIE - LA PARFUMERIE.
CLASSES 87 ET 90.

Les exposants belges de la classe 87: Arts chimiques et pharmaceutiques et ceux de la classe 90 : Parfumerie, s'étant réunis, décidèrent d'organiser, à frais communs, l'installation et la décoration d'un salon spécial pour recevoir leurs produits lesquels seraient ainsi présentés au public dans des conditions beaucoup plus favorables que dans les expositions précédentes. Pour la première fois, en Belgique, au lieu d'avoir leurs vitrines disséminées sans ordre, les participants eurent la bonne idée de s'entendre et ainsi fut formée la Collectivité des Industries chimiques qui, au grand contentement de tous, centralisa tous les efforts et donna toute satisfaction.

Des raisons d'emplacement amenèrent aussi les fabricants de papier à se joindre aux industries chimiques et le Bureau dirigeant de cette Collectivité fut formé de MM. Fr. De Walque, de Louvain, président; L. Laoureux, de Liège, secrétaire; Th. De Malte, de Liège, trésorier, auxquels furent adjoints, comme vice-présidents: MM. Alf.

Derneville, Ach. Jonas et J. Chandelon, de Bruxelles.

Hélas! deux de ces dévoués collaborateurs, MM. De Malte et Chandelon, ne sont plus de ce monde et en rappelant tous les services qu'ils ont rendus à la collectivité, nous leur adressons un bien ému et suprême adieu.

Le Commissariat de l'Exposition, auquel 800 mètres carrés de superficie avaient été demandés, ne put nous donner que 640 mètres carrés pour disposer les vitrines des 69 exposants que nous avions à placer et des quatre fabricants de papier qui s'étaient adjoints à nos participants.
Malgré l'exiguïté de l'emplacement mis à notre disposition, on parvint à installer dans d'assez bonnes conditions tous nos exposants. Ajoutons cependant qu'un certain nombre de ceux-ci exposaient dans des pavillons isolés et quelques-uns dans d'autres compartiments.

Passons en revue les principales industries en nous arrêtant spécialement aux industries qui ont été récompensées du Grand Prix ou bien qui présentent un intérêt particulier.

Industrie du Soufre. — Un seul exposant, MM. Koch et Reis, d'Anvers, exposait les produits de raffinage des soufres bruts de Sicile; les soufres en canon et en pains, absolument exempts d'arsenic et les soufres en fleur de qualité ordinaire ou extra-fine demandée par la fabrication du caoutchouc. Des perfectionnements très importants ont été apportés par cette maison importante dans la disposition des chambres de condensation et des cornues de distillation. Le chiffre d'affaires de cette firme est de 2.225.000 francs. Elle a obtenu le grand prix.

Industrie de la Soude. — MM. Solvay et Cie qui ont été les premiers à fabriquer industriellement la soude à l'ammoniaque dans l'usine de Couillet, exploitent maintenant leurs procédés dans la plupart des pays industriels et produisent annuellement 1.200.000 tonnes de carbonate de soude. Dans un pavillon installé dans les jardins se trouvaient les produits si remarquables de cette fabrication des usines belges et françaises ainsi que des renseignements détaillés sur les institutions sociales de prévoyance, assurant non seulement des secours médicaux et autres en cas de maladie ou en cas d'accident de travail, mais encore des pensions de vieillesse à ses ouvriers.

Cette firme, on le conçoit, a conquis d'emblée le grand prix.

Industrie des acides sulfurique et autres, des engrais. — La fabrication de l'acide sulfurique, si importante dans notre pays, aurait pu être mieux représentée et nous n'avons ici à renseigner aucun grand prix; citons cependant la fort intéressante exposition de la Société anonyme des Engrais concentrés d'Engis, avec ses engrais à forte teneur en acide phosphorique et son acide phosphorique liquide qui a été récompensée du diplôme d'honneur. Il faut mentionner aussi la firme Verstraete, de Gand, avec ses acides sulfuriques, etc., et son sulfate de cuivre, et la firme Lekeu et Cie de Liège, avec des produits variés qui ont obtenu la médaille d'or.

Industrie des Produits réfractaires. — Cette industrie, dont les produits sont si nécessaires aux industries chimiques et métallurgiques, occupait une grande place dans notre compartiment et nous devons citer, avec les mêmes paroles élogieuses, les produits exposés par les firmes «Société anonyme des Terres plastiques et Produits réfractaires d'Andenne» et la «Société des Produits réfractaires et Terres plastiques de
Seilles-Andenne ». Leurs fabricats, tant briques réfractaires que bonbonnes et serpentins en grès cérame, pouvaient satisfaire les plus difficiles. Toutes deux ont eu le grand prix.

A côté d'eux figurait l'exposition, hors concours, de Mme veuve L. Escoyez, à Tertre, avec des produits analogues aux précédents et des dallages d'usine ou des dalles à relief pour fonds de cheminées, tous produits dont la réputation n'est plus à faire.

Fabrication des Bougies. — Cette fabrication est depuis longtemps pratiquée en Belgique; elle était on ne peut mieux représentée à Liège, par les trois firmes les plus importantes : la plus ancienne de nos fabriques, la Manufacture royale des Bougies de la Cour, à Bruxelles, fondée en 1835, occupe 300 ouvriers et ses produits annuels atteignent une valeur de 4.000.000 de francs.

La Manufacture royale de Bougies De Roubaix, Oedenkoven et Cie, d'Anvers, fondée en 1852, a 550 ouvriers et sa fabrication atteint une valeur annuelle de 10 millions de francs.

Enfin, la Société anonyme de la Stéarinerie H. Bollinckx, de Bruxelles, a été fondée en 1872 et a 175 ouvriers.

Les bougies sont en majeure pai'tie exportées. Leur fabrication est des plus soignée.

Industries de la distillation des produits du pétrole et du goudron de houille.

Les fabrications de cette catégorie ont acquis une importance considérable et chaque jour croissante. La firme G. Rayemackers et Cie est une des premières qui se soient mises à travailler les résidus du raffinage des pétroles bruts pour en obtenir des vaselines, des huiles de vaseline ainsi que des huiles de graissage pour moteurs à vapeur ou moteurs à gaz.

La maison Wasserfuhr et Cie, de Haren, fondée en 1890, montrait aussi des produits analogues, vaselines extrafines pour l'emploi en pharmacie et en parfumerie et des huiles de vaseline fort réputées.

Ces deux firmes ont reçu le grand prix.

A citer aussi dans la même industrie, les belles expositions de la maison Berthold Spier et Cie, d'Anvers, de M. de Keyser, de Bruxelles et de M. Tayart de Borms, de Forest.

La distillation du goudron de houille était représentée d'une manière très complète par la Société anonyme des Agglomérés réunis du Bassin de Charleroi, qui exposait avec goût les divers sous-produits: huiles légères, benzols et essences pour vernis ou pour lampes de chauffage, acides phéniques et crésyliques, un désinfectant, la crésylatine, dont l'emploi se répand de plus en plus, les naphtalines purifiées sous toutes les formes commerciales, l'anthracène, le brai et les briquettes de charbon qui forment une des parties les plus importantes de sa fabrication.

Cette société a reçu un grand prix.

Les produits de la distillation du goudron étaient aussi représentés dans de bonnes conditions par la Société de Flawinne, une des plus
anciennes usines qui, en Belgique, s'est occupée de la distillation du goudron.

Industrie du Savon. — La fabrication du savon est une des plus anciennes du pays et celle du savon mou, notamment, constitue de petites
industries locales livrant la qualité réclamée par le public de la région. Cette partie de l'industrie des savons n'avait guère qu'un représentant local, MM. Cristel et Cie, de Liège, dont les produits ont d'ailleurs mérité la médaille d'or.

L'industrie des savons durs est beaucoup plus importante.

MM. Lever frères, les grands fabricants anglais qui ont créé le Sunlight soap, à Port-Sunlight dans le Cheshire, en Angleterre, ont, il y a quelques années, fondé une succursale à Forest lez-Bruxelles. Cette installation vraiment modèle, montée d'emblée pour une grande production, 10.000 kilogrammes de savon par jour, a été inaugurée en 1905, pendant l'Exposition de Liège. Tout y est aménagé de manière à y assurer une
bonne hygiène et la sécurité à tous les points de vue. Les divers travaux, découpage et pressage des briquettes de savon, impression des cartons et confection des boîtes en carton et des caisses d'emballage, tout se fait par des machines de la plus grande précision.

Les produits de l'usine belge ont atteint, dès les premiers temps, la perfection des fabricats anglais et le grand prix a été accordé à cette firme pour ses produits anglais et belges.

M. Pierre Ney, de Verviers, a une usine de fondation déjà ancienne; au courant de tous les progrès, il s'est appliqué à y apporter lui-même de bien notables améliorations tant sous le rapport de la fabrication que sous celui de lu salubrité des ateliers.

II exposait des savons de ménage, des savons industriels de fabrication remarquable, ainsi que des savons de toilette très soigneusement fabriqués et d'un parfum exquis.

Aussi a-t-il été récompensé du diplôme d'honneur.

Industries des colles et gélatines. — La fabrication des colles-fortes au moyen des rognures de peaux et déchets de tanneries, est une des plus anciennes du pays, mais cette industrie a pris surtout une importance, chaque jour croissante, depuis qu'ont été utilisés aussi, comme matière première, les os bruts ainsi que les déchets des diverses industries qui travaillent les os (boutons, manches de brosses, de couteaux, etc.).

Le travail des os se fait maintenant dans plusieurs grandes usines et dans d'autres plus petites du pays; les produits qu'elles livrent au commerce peuvent lutter de qualité avec ce que la France présente de plus beau.

On travaille les os par deux procédés très différents l'un de l'autre.

Dans le premier, les os bien triés passent à l'autoclave avec de l'eau et sous l'influence de la vapeur à haute pression, l'eau dissout la matière organique des os pour en former un bouillon gélatineux et laisse, comme résidu, les os dégélatinés à 30 pour cent d'acide phosphorique et à 1 ou 1 1/2 d'azote; ces os, broyés, servent à la fabrication des engrais.

Dans l'autre procédé, les os sont traités par de l'eau acidulée d'acide chlorhydrique qui dissout toute la partie minérale de l'os et laisse la matière organique intacte; cette oséine, débarrassée de toute trace de solution acide, est traitée par de l'eau bouillante pour donner directement le bouillon gélatineux. Quant à la solution acide, elle contient du phosphate acide de calcium et du chlorure de calcium qui, saturés par du lait de chaux produit le phosphate de chaux précipité, lequel constitue un phosphate riche et pur que l'on peut utiliser aussi comme engrais du sol ou pour en confectionner un aliment spécial que l'on a prôné pour l'élevage du bétail.

Quant au bouillon gélatineux obtenu par l'un ou l'autre procédé, il est dégraissé, ce qui donne un produit accessoire assez important, puis évaporé sous le vide, soit dans des triples effets semblables à ceux des sucreries, soit dans des appareils Kestner, jusqu'à obtenir un produit assez concentré qu'on coule dans des mises refroidies où elle fait prise; le bloc de gelée ainsi produit est découpé à la machine et les plaquettes posées directement sur des treillis sont desséchées dans des séchoirs à courant d'air forcé, ce qui permet de travailler en toute saison.

C'est surtout dans l'évaporation des bouillons et dans la dessication des plaquettes de gélatine que les plus marquants progrès ont été réalisés.

La participation belge était remarquable.

La plus ancienne fabrique, G. Humbert et Cie, de Vilvorde, qui produit annuellement 450.000 kilogs de gélatine et colle-gélatine et 600.000 kilogs de colle-forte, présentait ses produits les plus beaux. Elle exposait hors concours et il en était de même des produits exposés par la fabrique de création toute récente, l'Osséine belge, de Ronquières.

A côté de ces deux firmes, la Manufacture belge de produits chimiques de MM. Hertz et Wolff, de Hasselt, montrait des produits colles-fortes, colles-gélatines et gélatine de qualité tout à fait supérieure fort admirées par le Jury qui leur a accordé le diplôme d'honneur.

Deux autres firmes, la Société anonyme des Produits de Grimberghen à Vilvorde et la Société anonyme de Vilvorde (Usine Duché), exposaient aussi des colles et gélatines de fabrication soignée. La médaille d'or a été accordée à chacune de ces sociétés.

Produits explosifs. — Si la place ne nous faisait défaut, nous aurions pu parler en détail de cette industrie des produits explosifs qui a toujours été bien importante dans notre pays et n'a cessé de s'y développer. Citons seulement les firmes qui figuraient avec honneur à l'Exposition de Liège.

D'abord, les Poudreries royales de Wetterren (Cooppal et Cie), la plus importante de nos fabriques. Outre les poudres et autres explosifs, cette société produit aussi des quantités considérables d'éthers sulfurique et acétique qu'elle vend aux divers industries de Belgique et de l'étranger (hors concours).

La Société des Explosifs de Clermont (MuUer et Cie) avait aussi une exposition des plus remarquées et exposait aussi hors concours.

La Société anonyme des Dynamites de Matagne, à Matagne-la-Grande et la Compagnie « La Forcite », de Bruxelles, ont toutes deux obtenu un grand prix.

Allumettes. — Après l'établissement du monopole des allumettes en France, deux des fabricants les plus réputés de ce pays sont venus utiliser dans le nôtre leur expérience et leur habileté dans la fabrication des allumettes-bougies; ils ont fondé la Société anonyme
Caussemille jeune et Cie, E. Roche et Cie, à Gand; l'usine remarquable installée en cette ville a une force disponible de 200 chevaux-vapeur et un personnel de 6 à 700 ouvriers et ouvrières. On y fait aussi la fabrication des allumettes en bois. Produit annuel, onze milliards d'allumettes qui se répartissent à peu près par moitié en allumettes-bougies et en allumettes en bois.

Cette usine exposait hors concours.

Industrie de la soie artificielle. Un des articles qui a eu le plus de succès à l'Exposition de Liège a été la soie artificielle.

Les cotations à la Bourse des actions des diverses fabriques, les bénéfices fantastiques réalisés dans telle usine et les effondrements
d'autre part, étaient d'ailleurs bien de nature à attirer l'attention sur ce produit.

Le pavillon luxueux que la Fabrique de Soie artificielle de Tubize avait élevé dans les jardins, à l'entrée de l'Exposition, contenait, exposés avec un goût remarquable toute une série d'étoffes damassées, de tissus d'ameublement, de rubans et passementeries de tous genres, des fils à broder, etc., et la place d'honneur était occupée par une reproduction brodée à la soie artificielle du couvre-lit de la Reine Marie-Antoinette.

L'usine de Tubize emploie le procédé Chardonnet utilisé aussi à la fabrique de Besançon, en France. A elle seule, elle produit de 3 à 400.000 kilogs de soie par an, c'est-à-dire du cinquième au quart de la quantité totale produite actuellement et que l'on estime à 1.500.000 kilogs. Les bénéfices réalisés par cette usine sont fabuleux, les actionnaires ont depuis longtemps été remboursés de leur mise de fonds et le dividende de l'exercice qui vient de finir est encore de quarante pour cent.

Des succès de ce genre devaient fatalement susciter la concurrence; de nombreuses sociétés se sont formées en Belgique pour suivre la voie tracée, mais jusque maintenant aucune n'a pu encore réaliser les espérances du début et plusieurs ont dû déjà liquider.

Quelques notes sur la fabrication même de ce produit remarquable pourront intéresser le lecteur.

La soie naturelle, cocon du ver à soie, a toujours été cotée à des prix très élevés et, depuis longtemps, on a cherché à produire des fibres ayant même aspect sinon mêmes propriétés. La soie artificielle se distingue immédiatement de la soie naturelle: quand on veut enflammer un fil de cette dernière, il se raccornit et dégage une odeur particulière de corne ou de laine brûlée, tandis que le fil de soie artificielle brûle avec une flamme et ne dégage aucune odeur. Le premier est une matière azotée d'origine animale, le deuxième est simplement de la cellulose.

Déjà, en 1884, le Comte Chardonnet semblait réussir et lors de l'Exposition de 1889, à Paris, on put admirer de la soie artificielle et divers tissus qui eurent un réel succès de curiosité; mais les succès industriels ne suivirent pas et ce n'est qu'après des tâtonnements longs et coûteux que le procédé Chardonnet put être mis en exploitation fructueuse à l'usine de Besançon.

La difficulté de la fabrication de la soie artificielle réside dans l'obtention même d'une dissolution de cellulose et Chardonnet est arrivé à l'obtenir en transformant d'abord la cellulose en nitrocellulose ou coton poudre; ce produit est soluble dans un mélange d'alcool et d'éther pour donner un vrai collodion lequel, suffisamment épais, peut sous pression passer par des filières en verre qui laissent sortir un filament étiré puis filé; l'éther se volatilise rapidement, le filament se dessèche en prenant le luisant de la soie et peut être bobiné. A cet état, c'est toujours du collodion poudre et cette nitrocellulose est dénitrée, c'est-à-dire retransformée en cellulose sans perdre son' aspect
brillant; pour cette décomposition chimique, il suffit de faire passer le fil de nitrocellulose par un bain alcoolique de chlorure ferreux, de sulfure alcalin, etc. Au sortir de cette solution alcoolique, le fil est dénitré et c'est ce fil débarrassé par un courant d'air de toute trace d'alcool et d'éther qui constitue la soie artificielle. On retord ces filaments par plusieurs doubles pour en obtenir le fil de diverses grosseurs et on dévide en écheveaux.

Malgré la perfection des procédés et les bénéfices que l'on peut réaliser, cette fabrication présente encore bien des desiderata et des problèmes intéressants à résoudre ; parmi ceux-ci s'impose tout d'abord celui de rendre, par une récupération d'alcool et d'éther, ces usines moins insalubres qu'elles ne le sont, dans l'intérêt de l'ouvrier obligé de travailler dans une atmosphère dont les effets ne tardent pas à se faire sentir.

Un autre procédé de fabrication, breveté en 1899, en faveur de Fremery et Urban et, en 1900, en faveur de Bronnert, a donné aussi de bons résultats; c'est celui où l'on opère la solution de la cellulose au moyen de l'ammoniure de cuivre. Une solution concentrée de cellulose dans ce produit est passée aussi à travers des filières en verre et le fil formé traversant de l'eau acidulée d'acide sulfurique y abandonne l'ammoniaque et le cuivre en coagulant la cellulose sous forme de fil brillant que l'on dessèche sous le vide à basse température, puis le fil desséché est assemblé et réuni en écheveaux. Ce fil paraît être un peu moins brillant que la soie Chardonnet, mais on le dit plus résistant
à l'eau et d'une conservation plus assurée.

En tous cas, le prix de revient est d'au moins 30 pour cent inférieur et la fabrication ne présente aucun danger au point de vue de la salubrité des ateliers ou des incendies.

Ce procédé fonctionne avec succès en Allemagne et une installation a été établie l'an dernier en Belgique, mais n'a point encore donné les résultats attendus. Dans le compartiment français, la Société « La Soie artificielle » exposait de très beaux produits obtenus par ce procédé dans son usine de Givet.

Un troisième procédé très intéressant aussi est celui de la Viscose qui a donné de bons résultats en France, à Arques-la-Batallle et en Allemagne, à Stettin. Lors de l'Exposition de Liège où des tissus de soie artificielle étaient exposés par la Société « La Viscose », on était en train d'installer une usine en Belgique, d'après les procédés de MM. Cross, Bevan, Stearn et Zopham. Les tissus exposés avaient été fabriqués avec de la soie viscose, préparée dans l'usine allemande.

Ce procédé comprend des manipulations un peu compliquées. La cellulose mise au contact d'une solution de soude caustique à 15-17 pour cent se gonfle et se gélatinise, c'est aussi la réaction fondamentale du mercerisage du fil de coton. La cellulose ainsi traitée est reprise par le sulfure de carbone qui s'y combine pour former un composé soluble dans l'eau, très visqueux, qui se décompose spontanément en hydrate de cellulose, en alcali et en sulfure de carbone.

Cette solution visqueuse est passée sous pression à travers des filières et 15 à 20 filaments de très mince épaisseur, sont rassemblés et passent dans une solution concentrée de sulfate d'ammonium qui coagule les brins, on tord en un fil, puis on fait des écheveaux qui sont passés par une solution étendue de sulfate ferreux puis dans de l'eau acidulée d'acide sulfurique vers 40 à 50 degrés centigrades et enfin
lavés dans de l'eau froide d'abord et dans de l'eau savonneuse. On peut, s'il y a lieu, blanchir au chlorure de chaux puis dessécher, après lavage à fond, dans une étuve maintenue à une température d'environ 45 degrés centigrades.

Le fil ainsi obtenu est très brillant, plus souple et plus résistant que la soie Chardonnet; il résiste très bien à l'eau. Son prix de revient semble être deux à trois fois moindre que celui de la soie Chardonnet et cette fabrication peut être aisément maintenue très salubre. Ce procédé, si l'on peut se fier aux renseignements obtenus, semble donc avoir un bel avenir.

Gaz carbonique liquéfié provenant de la fermentation. — Une des installations les plus intéressantes du compartiment des Industries chimiques et qui lui donnait le plus d'animation et de succès, fut celle où la maison Louis Meeùs, de Wyneghem, montrait, actionné par un moteur électrique, tout le procédé qu'elle a imaginé et qu'elle exploite avec avantage depuis 1894 pour utiliser le gaz carbonique qui se dégage si abondamment pendant la fermentation des moûts de grains pour la production de l'alcool. La maison Meeùs a, comme on le sait, la spécialité de la fabrication du genièvre dit « de la Clef » et des levures de boulangerie; un seul chiffre donnera une idée de l'importance de ces fabrications: en 1904, elle a fabriqué plus de 90.000 hectolitres de genièvre pour lesquels elle a dû payer 13 et demi millions de francs de droit fiscal au Gouvernement belge.


A côté de cette quantité d'alcool, il y a une production de 10.000 tonnes de gaz carbonique qui se dégage et que M. Meeiàs récupère, en partie, au grand avantage de la salubrité de ses celliers.

Voici, en quelques mots, le procédé suivi : au sortir des cuves de fermentation des moûts de grains, où le sucre maltose se transforme en alcool et acide carbonique, ce dernier gaz se rend dans un gazomètre d'où une pompe aspirante le prend pour le fouler à travers une série d'appareils épurateurs contenant les substances les plus propres à retenir les impuretés qui peuvent souiller les gaz de la fermentation, notamment les vapeurs d'eau, d'alcool et d'autres produits. Le gaz, après cette épuration, passe à un second compresseur qui pousse la pression à 65-70 atmosphères et refoule le gaz dans un serpentin refroidi où il se condense à l'état liquide et d'où il passe dans des bouteilles ou tubes en acier essayés à une pression de 250 atmosphères. Chacune de ces bouteilles reçoit 10 kilogs de gaz liquéfié qu'une bascule permet de peser avec précision. Le gaz ainsi embouteillé, est prêt à l'expédition et il est utilisé notamment pour la fabrication des eaux gazeuses, pour la production du froid et pour le débit des bières dans les cafés.

Le gaz vendu par M. Meeùs après l'épuration dont il a été question est extrêmement pur, ainsi que cela résulte des analyses faites par M. Girard, chimiste en chef du Laboratoire municipal de Paris et de M. De Walque, professeur à l'Université de Louvain. De ces analyses, il résulte que le gaz liquéfié contient 99,9 pour cent de gaz carbonique pur.

Industries diverses. — Procédés Effront. — Nous ne pouvons passer sous silence les produits si intéressants exposés par la Société pour l'Exploitation des brevets et procédés de M. Effront.

Certains de ces procédés, notamment l'emploi des composés du fluor, ont eu dans l'industrie de la distillerie un énorme retentissement et les levures acclimatées ainsi que les procédés de fabrication de peptones alimentaires sont destinés à en avoir aussi; d'après les renseignements donnés, plus de 2.000 usines font usage de l'un ou l'autre des procédés imaginés par ce chimiste infatigable qu'est M. Effront.

Laits condensés, etc. — C'est encore d'une industrie nouvelle introduite en Belgique que nous avons aussi à dire un mot et la firme des Produits lactés de Montzen, sous l'intelligente direction de M. le docteur Licops, semblerait appelée à un brillant avenir si
l'on en juge par la qualité des produits exposés à Liège. Les laits condensés, les farines malto-lactées à base de farine de malt de froment et de lait condensé, tenant 12 pour cent de matières albuminoïdes sont d'une fabrication soignée et tout à fait remarquable.

Les biscuits exposés par la même firme, d'un aspect et d'un goût exquis, peuvent rivaliser avec les meilleures marques et le Jury a récompensé les Produits lactés de Montzen de la médaille d'or.

Produits pharmaceutiques. — A côté de la brillante participation française, il eût été difficile à notre exposition de produits pharmaceutiques de se faire remarquer.

Quelques vitrines cependant, ne redoutaient point la comparaison. Citons rapidement celle, hors concours, de M. A. Derneville, de Bruxelles, avec ses caisses de secours, pharmacies portatives et capsules médicinales fabriquées avec le plus grand soin, puis la très intéressante
exposition de l'Ecole de Pharmacie pratique de Liège qui, sous la direction de M. Brasseur et la collaboration de divers pharmaciens comme professeurs, forme des aides en pharmacie.

Cette institution tout à fait privée, ne jouissant d'aucun subside, rend les plus grands services et le Jury a cru devoir récompenser du grand prix cette initiative hardie et utile.

Les Laboratoires Optima, de Schaerbeek, ont obtenu le diplôme d'honneur pour la perfection des produits exposés: ampoules, crayons, ovules, capsules, comprimés divers, etc., que cette société exposait et qui peuvent être comparés à ceux des meilleures fabriques.

Matériel de Laboratoires. — Un seul exposant présentait des appareils de cette catégorie. M. L. Laoureux et Cie de Liège, qui fabrique des becs Bunsen, grilles à gaz et autres brûleurs, nous montrait aussi toute une chaudronnerie spéciale de laboratoires, alambics, étuves à stériliser, étuves de tous genres qui peuvent lutter avec ce; que les fabriques étrangères les plus réputées fournissent en Belgique. Cette exposition était hors concours.

Divers produits fort intéressants, qui ont reçu le diplôme d'honneur, avaient été exposés par:
M. David et Cie, de Moustier-sur-Sambre, petits produits chimiques;
M. Destrëe Wiescher et Cie, de Haren-Nord, couleurs d'aniline;

Société anonyme de Produits chimiques et électrolytiques, de Hemixen, extraits de bois colorants et tannants.

M. Berthold Spier et Cie, d'Anvers, huiles diverses, vaselines, huiles de vaseline, etc.


LA CLASSE 90.

Quelques lignes pour finir consacrées aux produits de la classe 90 qui, comme nous l'avons dit, avait été réunie à la classe 87 pour former la Collectivité des Produits chimiques.

Les fabricants d'huiles essentielles de l'Angleterre, d'Allemagne et d'Amérique, ne figuraient pas à l'Exposition de Liège, mais heureusement les firmes françaises ont comblé la lacune et nous avons eu la bonne fortune d'avoir, outre la collectivité des distillateurs d'essence, les expositions de M.Charabol, de Paris; de M. Justin Dupont et de M. Faure Bertrand fils, et quant à la Parfumerie proprement dite, l'exposition
luxueuse et si artistement étalée dans le compartiment français, comprenait les articles exquis et inimitables des maisons Houbigand (extrait de violettes), Pinaud dont l'extrait de genêt d'or a eu tant de succès. Pivert et Cie, Dorin, Chouët et Cie, etc.

Les savons de M. Michaud, d'Aubervillers, brillaient aussi au premier rang par leur irréprochable composition, par leur neutralité, par la finesse exquise du parfum et l'élégance de l'emballage.

Dans la participation belge qui nous intéresse spécialement, nous avions aussi quelques bonnes expositions.

La firme E. et A. Jonas Hannart, de Bruxelles, brillait au premier rang (hors concours) avec une très nombreuse collection d'huiles essentielles et de matières premières pour la parfumerie; elle présentait, en outre, une remarquable collection d'essences de fruits naturels sans éthers, de l'essence de café et des essences pour liqueurs, sirops et sodas.

M. Lambert Gosselin, de Charleroi, médaille d'or, exhibait des essences solubles et des parfums pour liquoristes, limonadiers et confiseurs.

M. A. Tondeur, de Mont-sur-Marchienne, a obtenu une médaille d'argent, ainsi que M. Demey Arthur pour leurs essences et parfums pour liqueurs.
Enfin, la Savonnerie de toilette était on ne peut mieux représentée par M. Des Cressonnières, par M. P. Ney, dont il a déjà été question et par M. Dubois. Leurs produits, de parfums exquis et de fabrication soignée, peuvent être comparés avec les produits des fabriques étrangères.

Conclusions. — Dans les quelques pages qui précèdent, nous avons tenu à mettre en vedette les exposants qui ont su donner au compartiment de la Collectivité des Produits chimiques l'éclat dont il a brillé à l'Exposition de Liège. L'industrie belge s'y est montrée à la hauteur des concurrences étrangères et les progrès réalisés dans les diverses branches si nombreuses que comprenait la collectivité, ont montré que la
Belgique sait aussi faire tous les sacrifices nécessaires et donner tous ses soins pour que ses produits puissent rivaliser avec ceux des autres nations.

L'Exposition de Liège n'aura pas peu contribué à faire cette démonstration et les étrangers, qui l'ont visitée en si grand nombre, seront les meilleurs agents pour faire apprécier nos produits et en assurer la mondiale expansion.


LA FABRICATION DU PAPIER
CLASSE 88

La fabrication en Europe de la matière constituée au moyen de pâtes de chiffons séchés, remonte au XIe siècle. C'est en Italie, aux environs de Bologne et à Bologne même que se fabriquèrent les premiers papiers. Un siècle et demi après, cette nouvelle industrie s'introduisit presque simultanément en France et en Suisse; elle passa bientôt en Belgique. Le premier centre de cette industrie paraît avoir été Huy; la pureté des
eaux du Hoyoux fut la cause du choix de cet endroit. Un certain Jean l'Espagnol, qui avait sans doute appris des Maures les secrets de la fabrication du nouveau parchemin, vint, en 1405, fonder à Huy un moulin à papier, jetant ainsi les bases d'une industrie qui, après des vicissitudes diverses, devait devenir l'une des plus florissantes de la Belgique moderne.

Sans doute, à cette époque, comme partout en Europe, les procédés de fabrication étaient rudimentaires : le papier était fabriqué, pour ainsi dire, feuille par feuille.

Des perfectionnements ne tardèrent pas à être réalisés. Les pilons à huile dont on se servait pour le battage et qui eux-mêmes remplaçaient la massue orientale, furent à leur tour détrônés dans le cours du XVIIIe siècle par la pile hollandaise, ainsi nommée parce que son inventeur, dont le nom est resté inconnu, est d'origine batave.

Le tamis en bambou qu'employaient les Japonais devint, en Occident, un tamis en fils métalliques, puis, finalement, une toile mécanique circulaire et sans fin. Ce dernier progrès a constitué l'invention de la machine à papier, avec combinaisons de cylindres à égoutter et de cylindres chauffés à la vapeur pour le séchage des feuilles.

Les Orientaux faisaient un lessivage des écorces de miirier à papier au moyen de cendres de tabacs et de sarrazin ; à présent, les chiffons ou les pailles subissent une lessive qui se pratique au moyen de chaux ou de soude dans des chaudières fixes ou rotatives.

Actuellement, les fabriques belges de papier sont dispersées dans les différentes régions du pays; elles se sont surtout établies là où il était possible d'avoir de l'eau pure en abondance.

Le pays même leur fournit la plupart des matières premières qu'elles emploient, telles que les chiffons de lin et de coton, les déchets de toile, de cordes et de fils qui forment la base des papiers de bonne qualité, la paille de seigle, de blé, d'avoine et d'orge.

Les autres succédanés, comme l'alfa, les bois naturels ou déjà transformés en pulpe (demi-pâte), viennent, pour une bonne part, des pays Scandinaves, du Canada et des Etats-Unis.

Les matières ajoutées comme charge et les produits chimiques employés pour le blanchiment, la coloration, le collage, sont également d'un approvisionnement facile.

La fabrication du papier se fait presqu'exclusivement à l'aide de machines; on ne produit à la main que le papier pour les timbres-poste et les billets de banque.

Les papiers de production courante peuvent se classer en cinq catégories:
1° le papier d'emballage, fabriqué de diverses matières premières, suivant les qualités à obtenir. On range parmi les qualités ordinaires les papiers paille revêtus de papiers de différentes couleurs. Le papier d'emballage fin, qui se fabrique avec des pâtes de couleurs claires, comprend : le papier bulle, le papier bleu pour chicorée, le papier pour l'emballage des tissus, les papiers transparents, notamment celui dit de cellulose, fabriqué exclusivement avec de la pâte de bois, le simili-parchemin et le papier pelure;

2° le papier journal, ou papier d'impression ordinaire, renferme toujours une grande quantité de pâte mécanique de bois; c'est le papier blanc de qualité inférieure.
Nous donnerons une idée de la consommation formidable de ce papier en disant que l'imprimerie du Petit Journal de Paris consomme annuellement, pour sa production de papier, 50.000 pins de Norwège, de 25 à 30 ans d'âge.

3° Les papiers ordinaires sont fabriqués avec les succédanés du chiffon et contiennent une forte proportion de pâte mécanique. De cette catégorie font partie:
le papier à coucher, c'est-à-dire destiné à recevoir une couche de couleur; le papier tenture que l'on transforme en papier peint; le papier pour intérieur de cartes à jouer, pour busettes de filatures, pour garnitures de boîtes d'allumettes, pour billets de tramways et pour revêtement intérieur de boîtes en carton;

4° Les papiers mi-fins et fins ne renfermant pas de pâte de bois: les meilleures qualités sont fabriquées exclusivement avec des chiffons. On range dans cette catégorie:
les papiers d'impression pour les livres et les papiers d'écriture; les papiers colorés pour couvertures fines; le papier buvard; le papier à dessiner; le papier pelure à copier; les papiers forts pour cartes de visite et cartes postales;

5° Les papiers spéciaux comportent un grand nombre d'espèces, appropriées aux usages les plus divers. Citons : a) le papier végétal ou parchemin comprenant :
Le papier pour emballage des matières grasses, le papier rouge ou blanc pour les filatures de laine peignée; le parchemin pour l'osmose, utilisé dans les sucreries; l'opaline; le papier calque; b) le papier à la gélatine, spécialement employé pour l'écriture; c) le papier d'art destiné surtout à l'impression des phototypies; d) le papier à cigarettes; e) le papier duplex, formé de deux couches superposées en pâte, auxquelles on peut donner deux teintes différentes.

La Belgique fabrique surtout le carton gris et demi-blanc et le carton paille. Les cartons de la première espèce sont fabriqués à l'enrouleuse avec des vieux papiers et sont généralement très épais. Le carton feutre ou carton laineux employé pour la fabrication du carton bitumé, est une spécialité qui rentre dans cette catégorie.

Le second genre de carton est un carton paille, dit posted board fabriqué à la machine continue ou à l'enrouleuse; ce carton qui s'exporte beaucoup en Angleterre, est obtenu en collant ensemble plusieurs feuilles de carton mécanique.

La production moyenne de papier en Belgique est actuellement de 70.000 tonnes par an, dont les trois quarts sont expédiés dans tous les pays du monde. On exporte surtout les papiers pour écriture et pour impression, le papier journal, le papier pour emballage solide et le carton paille. Les principaux pays d'exportation sont l'Angleterre, les Indes anglaises, les Pays-Bas, la RépubHque Argentine, la Chine, le Japon, les Etats- Unis, etc. La quantité annuelle de pâte de bois exportée est notamment de 25 à 30.000 tonnes.

L'industrie du papier est surtout concentrée dans les provinces de Brabant, d'Anvers, de Liège et de Namur. Sans compter trois petites fabriques qui produisent uniquement de la pâte de bois, il existe en Belgique quarante-sept usines s'occupant de la fabrication du papier ordinaire, du papier d'emballage et du carton.

Quelques-uns de ces établissements sont très importants et jouissent d'une réputation universelle.

Le personnel total employé est de 6.500 ouvriers environ et la force motrice utilisée de près de 10.000 chevaux-vapeur.

La classe 88, qui avait comme programme tout ce qui a rapport à la fabrication du papier, ne réunissait guère la majeure partie de ses fabriques; on remarquait même l'abstention de très importantes d'entre elles, comme certaines, aussi, se signalaient par la sonorité connue de leur nom. Parmi celles-ci, nous signalerons les Papeteries Godin, de Huy, qui exposaient des papiers en tous genres, des cartons; l'Union des Papeteries, de Bruxelles, dont on remarquait de superbes spécimens de parchemins; les Papeteries de Huy, qui exposaient des papiers pour tous genres d'impression ; les Papeteries de Saventhem, qui présentaient un papier d'impression blanc et coloré pour journal et affiche, un papier de tenture, des confetti. La Société franco-belge Gevaert et Cie, de Vieux- Dieu lez-Anvers, qui attirait l'attention par ses papiers barytes pour la sensibilisation, à l'usage de la photographie.

Tous ces exposants faisaient partie de la collectivité des Arts chimiques. Deux exposants individuels participaient encore à la classe 88.

C'étaient les Anciens établissements De Vriendt, de Forest lez-Bruxelles, avec diverses collections de déchets de papiers classés, et M. Auguste Cornand, de Vilvorde, avec des papiers cirés et vernis, un papier humidifuge, des papiers avec tissus adhérents, des papiers collés sur toile et sur mousseline.


LES CUIRS ET LES PEAUX

La classe 89 groupait les matières premières, le matériel, les procédés et les produits relevant de l'industrie des cuirs et des peaux.

La tannerie figure au nombre des industries intéressantes de la Belgique. Autrefois, le centre le plus important de la tannerie était Liège oii on fabriquait du cuir fort et, plus tard, du croupon à courroies et du cuir à cardes pour Verviers.

Stavelot, Namur et le Luxembourg venaient ensuite. Tournai, qui occupe actuellement une place des plus importantes dans cette industrie, puisqu'elle y figure avec une production annuelle d'une valeur de 25 millions de francs, ne s'y livra que plus tard.

La prospérité de la tannerie tournaisienne est due à l'initiative d'un seul homme, M. Cherequefosse. Celui-ci ayant remarqué en France le cuir dénommé vache lissée, conçut le projet d'introduire dans la clientèle belge du cuir semelle fini, comme il l'avait vu chez nos voisins. Ses tentatives, couronnées de succès, lui suscitèrent des imitateurs qui ne réussirent pas moins bien que lui. Tournai avait une nouvelle et importante industrie de plus.

La tannerie belge traite non seulement les peaux indigènes, soit plus de 700.000 grandes peaux, mais elle importe encore plus de 50 millions de kilos de peaux de toutes espèces, parmi lesquelles il faut citer les peaux de boeuf, de cheval, de buffle, de chèvre et de mouton.

Ces peaux d'importation, séchées ou salées, proviennent surtout de la République Argentine, de l'Uruguay, du Brésil, de la France, de la Hollande, de l'Allemagne; les tanneurs belges reçoivent de l'Australie et de l'Amérique du Sud des peaux de moutons tannées en croûtes et des peaux de moutons en poils que l'on délaine dans le pays.

Les grandes peaux sont tannées à l'écorce de chêne ou aux extraits tannants de chêne, de quebracho, etc.
Depuis quelques années, on les tanne également au chrome, nouveau procédé qui donne d'excellents résultats. Les peaux de chèvres et de moutons destinées à la maroquinerie sont tannées au sumac; celles destinées à la chamoiserie sont tannées à l'huile de poisson ; enfin, les peaux mégissées sont tannées à l'alun et au sel, en mélange avec de la farine et des jaunes d'oeufs.

Certaines matières tannantes, employées dans la tannerie proprement dite, la maroquinerie et la mégisserie sont d'origine belge, notamment l'écorce de chêne et divers extraits. La Belgique importe, toutefois, une bonne moitié de ces produits tannants.

Les tanneurs belges fabriquent le cuir à semelles, les cuirs lissés pour chaussures, le cuir à courroies, le cuir à cardes, les manchons, les lanières, etc., pour la filature.

Le cuir à semelles se fabrique un peu partout en Belgique. Cependant, les grands centres de fabrication de cet article sont Stavelot, Saint-Hubert, Laroche, Namur, Tournai, Péruwelz et Soignies. La vache lissée se fabrique plus spécialement dans le Hainaut. Les cuirs à courroies sont produits à Liège, à Verviers, à Hervé et, dans une proportion moindre, à Soignies et à Péruwelz.

Verviers détient la spécialité des cuirs destinés à la filature. La maroquinerie a son siège principal à Bruxelles, de même que l'industrie des peaux de chamois.

Enfin, les peaux pour gants se tannent parfois à Bruxelles et dans le Brabant; les cuirs vernis se fabriquent à Bruxelles, à Soignies et à Assche.

Les tanneries et les tanneries-corroieries, au nombre de cinq cent trente-sept, occupent un personnel total de 38.219 ouvriers et disposent d'une force motrice d'environ 1.700 chevaux-vapeur.

La mégisserie et la teinturerie des peaux et cuirs sont exercées dans 43 établissements occupant plus de 11OO ouvriers.
La maroquinerie et le délainage des peaux de moutons occupent plus de 1200 ouvriers, répartis dans une dizaine d'ateliers, activés par une force motrice d'environ 500 chevaux-vapeur.

A l'exemple de l'Allemagne et de l'Angleterre, la Belgique possède une école de tannerie, chargée de former ceux qui se destinent à cette industrie, trop souvent, chez nous, enlisée dans l'ornière des vieilles routines.

L'école de tannerie de Liège fut fondée en 1898, sous les auspices de la « Bourse aux Cuirs de Liège ».

Les cours comprennent deux années d'études ayant trait à la physique et à la chimie élémentaire, à la tannerie, à la technologie et à la chimie appliquées à l'industrie du cuir.

L'école dispose d'un laboratoire dont les appareils peuvent être utilisés par les membres effectifs de l'Association. Ceux-ci y trouvent un professeur capable de les renseigner dans les recherches qu'ils voudraient faire.

Le directeur de l'école de la tannerie de Liège est M. Nihoul, auquel fut décerné, en 1905, le prix institué par MM. Seymour Jones, de Wae.xham, en faveur du chimiste qui, par ses études et ses recherches, aurait le plus contribué aux progrès des industries du cuir.

Disons ici, bien que ce sujet n'entre qu'indirectement dans le programme du groupe des industries chimiques, que la participation de cette école à l'Exposition fut très remarquée.

On y notait la plupart des appareils en usage dans son laboratoire, des coupes microscopiques curieuses dues à M. le professeur Palmer, des brochures relatant les divers travaux et conférences de M. Nihoul, des plans pour la construction d'une tannerie moderne et modèle, qui auraient suffi à établir la supériorité et l'utilité incontestable de cette école spéciale.

Dans n'importe quelle industrie modernisée, la mécanique joue un grand rôle.

Dans la tannerie, l'antique fosse a été supplantée par le tonneau-foulon qui produit en quelques heures ce que son aînée ne pouvait fournir qu'après de nombreux mois.

En plus du foulon, la tannerie des vaches lissées utilise les tonneaux ù laver, les rebrousseuses, les cylindreuses, les batteuses, les machines à lisser, à ébourrer, à écharner, etc.

La plupart de ces machines sont d'un usage courant; elles proviennent d'Allemagne, de France, d'Angleterre et d'Amérique; un seul constructeur belge s'occupe de la fabrication de ces machines ; de ce chef, son exposition dans le pavillon de la tannerie acquérait un grand intérêt.

Deux puissantes associations se sont formées dans les deux principaux centres de tannerie du pays. L'une, fondée à Liège en 1882, a pris comme dénomination « La Bourse aux Cuirs de Liège », l'autre, fondée à Tournai, en 1871, « La Bourse aux Cuirs de Tournai ».

Le compartiment occupé à l'Exposition par les tanneurs belges permettait de se faire une idée générale sur la valeur de leur industrie dans le pays.

A la tête de la classe, avait été placé, en qualité de président, M. Alexis Bouvy, de Liège, tanneur, membre du Conseil supérieur du Travail et membre de la Commission supérieure de patronage.

Depuis de longues années, M. Alexis Bouvy s'occupe de l'industrie de la tannerie.

Il ne cesse d'y vouer ses efforts et de travailler en faveur des intérêts généraux des tanneurs.

Il fut l'un des fondateurs et le premier président de la Bourse aux Cuirs de Liège et, personnellement, il ne ménagea pas ses efforts en vue de l'organisation, à Liège, d'une école de tannerie.

M. Alexis Bouvy trouva, en la personne de M. Jules Hogge, de Liège, négociant, vice-président de la Bourse aux Cuirs et juge au Tribunal de Commerce, le secrétaire le plus dévoué.

Enfin, mentionnons encore le nom du secrétaire-adjoint, M. Fortuné Quanonne, de Tournai, conseiller communal, secrétaire de la Bourse aux Cuirs de Tournai. A M. Fortuné Quanonne échut encore la tâche ardue de secrétaire-rapporteur du Jury international des cuirs. Il fut non seulement l'interprète fidèle des appréciations de ses compétents collègues, mais il indiqua encore dans son rapport, qui en acquérait ainsi une importance qui survivrait à la World's Fair, les différents côtés faibles de la tannerie belge et les moyens d'y remédier.

Le pavillon belge de la tannerie était un de ceux dont on remarquait surtout la bonne organisation, en ce qu'il offrait le groupement le plus clair, le plus propice à l'examen des produits exposés.

Il était divisé en différents compartiments; les murs de staff séparant les compartiments s'agrémentaient de têtes bovines; la décoration générale de l'intérieur du pavillon était formée par des éventails de cuirs plissés, mariant heureusement leurs teintes.

On retrouvait ici encore le procédé si heureux du système des collectivités; la collectivité générale des cuirs et peaux comprenait les collectivités de Liège, de Stavelot, de Tournai et des exposants individuels.

Chacune de ces collectivités présentait en groupement les produits de ses membres.

La collectivité de Liège se présentait tout d'abord; ses produits étaient nombreux et variés. Récemment, les tanneries liégeoises se sont vues dans l'obligation de restreindre momentanément leur fabrication par suite du relèvement des tarifs douaniers de l'Allemagne, où elles expédiaient de respectables quantités de dos à courroies.

Heureusement de nouveaux débouchés vont s'ouvrir, qui permettront aux tanneurs liégeois de reprendre leur ampleur de production.

On remarquait dans la collectivité de magnifiques croupons à courroies de l'importante maison Alexis Bouvy et de la firme Aug. Hacken. MM. Bouvy, Gottschalk, Hacken et Jamolet, présentaient des cuirs au chrome de très bel aspect et des croupons lissés, dénonçant, dans leur tannage, des progrès très marquants.

La maison L. et A. Schweitzer avait exposé des magnifiques cuirs forts, d'un tannage hors ligne.

Mentionnons encore les cuirs de MM. Demolin et Medaets, de Liège, les cuirs industriels de MM. Fairon et Wertz, de Dison ; les cuirs pour la cordonnerie et l'industrie de MM. Hogge frères, de M. Lucien Maréchal, de MM. J. Lannoy et Cie, tous trois de Liège, et de M. J. Dewez, de Hervé; les cuirs tannés de première qualité de M. J. Van der Heyden, de Liège, et les dos à courroies, les cuirs de sellerie, les cuirs pour empeignes et pour lanières, les cuirs lissés de M. Wauters-Rigo, de Bressoux-Liége.

La collectivité de Tournai n'était pas moins bien représentée. Son exposition de « vaches lissées » était imposante, complète et parfaite à tous les égards.

Le nombre de ses participants donnait une idée exacte de la puissance de production de la tannerie du Tournaisis, qui atteint près de 400 mille cuirs par an.

On y notait les maisons Bar-Fichaux, de Tournai; Delaunoy, de Celles; Gorin frères, de Kain; Qorin-Dubar et fils, de Tournai; Kensier frères, de Péruwelz; Lemaire, de Tournai; Masure-Dhalluin, d'Estaimbourg; Pépin et Fontaine, de Tournai; Fortuné Quanonne, de Tournai; Georges Quanonne, de Warchin; Vaast, de Tournai; Verriest, de Tournai.

On y remarquait encore la participation de l'intéressante société des Sous-Produits de la Tannerie, fondée en 1901. Son but est d'aider la tannerie à trouver l'utilisation dans de bonnes conditions de ses sous-produits, tels que la rognure.

Cette société exposait à Liège des colles-fortes et des colles-gélatines; ces produits sont reconnus de qualité supérieure.

La troisième collectivité était celle de Stavelot, ville où s'est concentrée, d'une façon presque exclusive, la fabrication du cuir fort ou cuir à la jusée.

Toutes les tanneries, dont les produits figuraient dans le compartiment des cuirs, se trouvent à Stavelot. C'étaient celles de MM. Bock frères, Brandebourg, Cornesse frères, Léon Courtejoie, Courtejoie-Bonnelance, Dumont-Massange, Gillet-Defosse fils, Grandprez et soeurs, Herman-Cornesse, Louveigné, Massange et fils, t'Serstevens.

Une respectable quantité d'exposants individuels occupaient le reste du compartiment.

Nous citerons tout d'abord « L'Union industrielle » de Tournai, société qui s'est heureusement spécialisée dans la production des machines-outils pour la tannerie.

Elle est seule, dans le pays, à produire les marteaux à battre, les tonneaux à tanner, les machines à cylindrer, à lisser et à mettre au vent.

L'importante usine Théodore Houben, de Verviers, avait présenté spécialementdes types de pneus pour autos et vélos en cuirs chromés. Le même tannage au chêne était utilisé par la maison Lebermuth et Cie, de Bruxelles, qui exposait des peaux de chèvres et de chevreaux superbement traitées.

Les veaux, pour couvertures de cylindres, pour la reliure et le cuir repoussé, de M. Charles D'Anvers, de Gand, attestaient une finesse et une beauté qui sont la perfection du genre.

La maison de délainage Peltzer et Cie, de Verviers, se livre à la tannerie et à la maroquinerie; elle fabrique de la peausserie pour chaussures, vêtements et objets de fantaisie en mouton ordinaire. Sa participation à l'Exposition était digne de sa notoriété.

On accordait une attention spéciale aux cuirs fins pour sellerie, aux cuirs de couleur pour articles de voyage et de chasse, ainsi qu'aux cuirs pour la carrosserie et l'automobile de MM. Charlet et Cie de Bruxelles, aux cuirs industriels de M. Coopman fils, de Verviers et Theux; aux cuirs forts de MM. Bequet et Minette, de Namur, dont la maison fut fondée en 1304, aux cuirs de toutes espèces de M. Vandervelpen, de Waremme, aux cuirs destinés à l'industrie de MM. Fairon et Wertz, de Dison, et de M. Radermecloer, de Verviers, aux vaclies lissées, en tannage mixte, de M. Alfred Lemaire, de Tournai.

On notait aussi des spécimens de vachettes vernies de MM. Versé frères, de Cureghem, qui sont les seuls, en Belgique à s'adonner à ce genre de fabrication; les cuirs pour chapellerie et les peaux de chamois de MM. Thiry et ses fils, de Bruxelles-; les cuirs lissés et battus de M. Foulon, de Theux; les cuirs au chrome pour pneus, courroies, fouets de chasse et les « antidérapants » de M. Gottschalk, de Liège; les échantillons de veaux gris et cirés de M. Petit, de Tirlemont, dont la production s'élève annuellement à vingt-cinq mille peaux; enfin, le cuir au chrome et les boxes-hides de la Tannerie et Corroierie de Saint-Amand lez-Puers.

La Société anonyme de Produits chimiques et électro-chimiques d'Hemixem présentait enfin des extraits de quebracho, liquides, pâteux et secs, solubles dans l'eau froide. Les extraits tanniques de cette importante société, la seule en Belgique à se livrer à ce genre de fabrication, sont excellents au point de vue de la décoration et très riches en tannins assimilables.

Parmi les 60 firmes que formaient la classe des cuirs et peaux, on comptait 49 tanneries occupant un personnel de 2.205 hommes et 210 femmes, utilisant 1845 chevaux-vapeur et produisant annuellement du cuir fabriqué pour une somme de 35 millions environ.

Ces chiffres prouvent éloquemment combien la participation de la tannerie belge à l'Exposition de Liège fut importante.


LES TABACS - Classe 91.

Venait enfin la classe 91 dont le programme résumé en un seul mot: « Tabacs », n'en était -pas moins vaste, cette industrie ayant pris, sous toutes ses formes, une importance très grande dans notre pays.

La consommation indigène est relativement élevée; que ce soit sous la forme de tabac à priser, à « chiquer » ou. à fumer, de cigares ou de cigarettes, il n'est nul Belge qui ne contribue à la prospérité des industries tabacconistes ; sa consommation annuelle s'élève à 18 millions de kilos de tabac, soit environ 6 kilos par tête d'habitant...mâle. Si on ajoute à ce chiffre, celui des exportations, on aura une idée de l'essor que cette industrie a pris dans le pays belge.

Sa prospérité y est, cependant, assez récente. Jusqu'en 1840, le tabac fut surtout consommé sous forme de prises; chaque famille avait, parmi les ustensiles de ménage, une râpe à convertir en poussière la carotte de tabac. On mâchait aussi le tabac, mais coupé gros ou roulé en cordes; rares étaient les personnes qui fumaient.

Les premières, fabriques de cigares s'établirent à Anvers et à Gand, entre 1840 Et 1850. Grammont et Arendonck suivirent, puis cette industrie se répandit dans une foule de villes du pays ; bientôt, la fabrication belge se fit connaître dans le monde entier.

Actuellement, le nombre de cigares fabriqués annuellement en Belgique peut être, estimé à quatre ou cinq, millions.

L'origine de la fabrication des cigarettes est plus récente encore, puisque ce n'est qu'après 1870 que quelques maisons s'en occupèrent.

A ses débuts, elle rencontra même, chez les anciens fabricants de tabacs, une hostilité très vive. Les premiers fabricants de cigarettes furent des étrangers ou des Belges qui ne s'étaient jamais occupés de tabacs.

On sait l'importance qu'a prise, à présent, cette industrie, on peut évaluer à près d'un milliard le nombre de cigarettes fabriquées annuellement en Belgique.

L'extension prise par l'industrie du tabac, et la nécessité, pour ses adhérents, de se grouper pour la défense de leurs intérêts, ont
contribué à la fondation d'associations syndicales.

Parmi celles-ci, il convient de citer en premier lieu le Syndicat national des Tabacs qui trouve son origine dans un congrès tenu à Anvers, lors de l'Exposition de 1894. Ce congrès désigna une commission de 50 membres, chargée de demander une révision de la législation, peu favorable à l'industrie tabacconiste. Plus tard, cette commission fonda le Syndicat national des Tabacs.

Ce syndicat compte 154 membres et est composé d'un comité de 17 personnalités prises parmi les fabricants de toutes les parties du pays.

Les autres associations sont le Syndicat Anversois de l'Industrie du Tabac, la Chambre des Tabacs de l'Union syndicale de Bruxelles, le
Syndicat du Tabac du Cercle commercial et industriel de Gand, la Chambre syndicale des Fabricants de Tabacs de Liège et enfin l'Association des Détaillants de Tabacs et de Cigares de Belgique, qui possède un bulletin très répandu : L'Organe du Tabac.

Une organisation défensive si bien ordonnée et comptant des hommes de valeur et de dévouement, devait faire présager pour l'Exposition une participation importante de l'industrie du tabac. Ces espérances ne furent pas déçues; la collectivité des tabacs figura parmi les plus importantes participations collectives de la section belge.

Ce succès est dû à la Chambre syndicale des Fabricants de Tabacs de Liège; le président de celle-ci, M. Philippe Philips, fut aussi le président de la collectivité, qui eut comme secrétaire M. Joseph Van Zuylen.

L'activité et le zèle de ce dernier furent vraiment remarquables; avec un dévouement sans borne, il s'occupa constamment de la collectivité qu'il rêvait plus importante encore, voulant notamment y exposer une série de machines en usage dans l'industrie tabacconiste. Ce désir ne se réalisa d'ailleurs qu'imparfaitement, pour des causes indépendantes de sa volonté.

Un légitime hommage doit être également rendu à M. le sénateur Delannoy, président de la classe 91, qui facilita grandement les préliminaires.

Depuis de longues années, M. le sénateur Delannoy s'occupe des intérêts de l'industrie susdite. Il fut notamment vice-président de la Commission issue d'une décision prise au Congrès du Tabac dont nous avons parlé plus haut, président du Syndicat national des Tabacs, puis président honoraire de la Chambre des Tabacs de l'Union syndicale de Bruxelles. De tels titres suffisent à indiquer l'importance de son influence dans tout ce qui concerne les intérêts de l'industrie du tabac.

Le dévoué secrétaire de la classe fut M. Gustave Lamarche, qui apporta aussi une large participation au travail commun.

La collectivité des tabacs couvrait une superficie de 500 mètres carrés qu'occupaient des vitrines très élégantes, d'intéressantes installations, autour desquelles se ménageaient des chemins.

Au centre de la collectivité, se dressait le curieux monument de la Chambre syndicale des Fabricants de Tabacs de Liège.

Quatre pylônes, constitués au moyen de tonneaux à « rolles », soutenus par de gros bambous, s'édifiaient en carré. Réunissant ces quatre piliers, des arcades s'arrondissaient, formées des mêmes tonneaux. L'ensemble s'agrémentait de feuilles de tabac disposées artistement ça et là et réunies en guirlandes à la partie supérieure du monument.

Cette installation coquette et ingénieuse, de même que la disposition générale des vitrines de la collectivité, avaient été conçues et dessinées par M. Emile Jaspar, et exécutées par M. Auguste Lemaire.

Un arôme à la fois pénétrant et discret révélait les abords de la collectivité; il y avait plaisir pour le fumeur — et bien rares étaient les visiteurs qui ne le fussent pas — à se promener autour des élégantes vitrines, où s'offraient les tabacs en feuilles, réunies en gerbes et nouées de faveurs, les mignons paquets de cigarettes, luxueux, jolis, ornés de vignettes variées, les caisses brunes où s'allongeaient les cigares de toutes teintes.

Les centres principaux de l'industrie du cigare sont: Anvers, Arendonck, Turnhout, Bruxelles, Louvain, Grammont, Gand, Ninove, Saint-Nicolas, Bruges, Mons, Liège, Arlon, Surice, etc. ; la spécialité des cigares fins se localise à Anvers et à Bruxelles.

Cette dernière ville est surtout le centre de la fabrication de la cigarette, mais celle-ci se fait aussi à Liège, à Louvain et à Cul-des-Sarts.

La coupe des tabacs fait l'objet d'une importante industrie. Outre les différents tabacs exotiques, cette industrie travaille tous les tabacs indigènes : le Wervicq récolté à Wervicq, Menin, Gheluwe, etc.; le tabac de Blandain», cultivé aux environs de Tournai ; le tabac de Grammont, de Ninove et d'Appelterre; le tabac d’Obourg, le tabac de la Semois, le Raisin, le tabac de Flobecq, cultivés à Flobecq, Tubize, Ath, etc.

En Belgique, il existe environ neuf cents ateliers, mécaniques ou à la main, pour la coupe des tabacs. Ces ateliers occupent environ 2.500 ouvriers et ouvrières.

Jusqu'en 1884, l'industrie des tabacs coupés ne travaillait guère que les produits exotiques. A partir de cette date, grâce à la nouvelle législation sur la culture du tabac.

cette industrie a pris un essor considérable. Actuellement, la consommation belge de tabac coupé comporte près de 50 pour cent de tabac indigène.

La collectivité des tabacs réunissait les principaux représentants de ces diverses industries.

Dans un ordre d'intérêt plus général, on y remarquait quelques installations qui excitaient la curiosité du public.

C'était tout d'abord l'installation de la Compagnie belge de machines à cigarettes qui faisait fonctionner, sous les yeux du public, quelques machines d'où sortaient avec une rapidité invraisemblable, des monceaux de cigarettes. Les ouvrières saisissaient à même une poignée de cigarettes, les comptaient et les empaquetaient en un clin d'oeil.

Dans une autre partie de la collectivité, l'attention était attirée par un instrument massif, lourd, rappelant assez bien le hache-paille ancien qui se trouve encore dans quelques fermes; c'était un vieux hachoir à tabacs, dit «Loup». MM. Van Zuylen frères, de Liège, qui présentaient cet instrument ancien et fruste, exposaient à côté les hachoirs actuels, d'une précision et d'une rapidité surprenantes.

Auprès de ce stand, se trouvait l'installation de la Société anonyme Gilles Lamarche, qui exposait une machine à empaqueter le tabac coupé.

Le reste de l'emplacement réservé à la collectivité était occupé par les vitrines de tabacs, de cigares, de cigarettes, etc.

On y notait des cigares de toutes marques et de qualités diverses provenant de MM. Bejai et Contamine, De Hert, Benedictus et Pinkhof, Frey, Sannes, José Tinchant y Gonzalès et Cie Léonce Verreecken, Société anonyme Louis Tinchant. Toutes ces maisons étaient anversoises. MM. Baetslé-Van Bambrugge, de Gand, Philips frères de Liège, Smeets-De Vos de Grammont, Thiriart-Andrien de Liège, Hubert Zeegers de Tongres, présentaient aussi, en d'intéressantes installations, des produits du même ordre.

Venaient ensuite les expositions de maisons s'occupant généralement de la manufacture des tabacs coupés, de la fabrication des cigarettes, rolles, etc. MM. Robert Billiard, de Menin, exposait des tabacs en feuilles; Baras-Rousseau et fils, de Huy et Grammont, des tabacs, des cigares, des cigarettes ; Carlens et Pinsard, de Bruxelles, des cigarettes et des tabacs turcs; Victor Collard, de Liège, des tabacs; la Compagnie russe Sadzawka, de Bruxelles, des cigarettes et des tabacs turcs et russes ; Delin Raymond, de Bruxelles, des tabacs ; Delogne frères, d'Alle-Rochehautsur-Semois, des tabacs de la Semois en feuilles, des cigares, des cigarillos et des cigarettes en Semois; Dendauw-Schaltin, d'Alost, des « rolles »; De Nève et Cie, de Bruges, des tabacs et des cigares ; Delannoy et Hartog, de Bruxelles, des tabacs en feuilles ; Louis Doize, de Liège, des tabacs à fumer de tous genres, des cigares, des cigarettes, des tabacs en poudre, etc.; Clément Goblet, de Saint-Gilles (Bruxelles), des cigarettes; Halleux-Gulikers, de Liège; Henvaux-Preud'homme, de Charleroi; Eugène Jacobs, de Bruxelles; Missak, M. Missirian, de Bruxelles; Poulain-Devaux, de Mons; J. Soeten, d'Anvers, des tabacs coupés; la Manufacture Royale Belge de cigarettes, de Bruxelles, des tabacs turcs en feuilles et coupés, des cigarettes et des papiers à cigarettes; la Société anonyme Gilles Lamarche, de Liège, des tabacs à fumer et à priser, des cigares, des cigarillos et des cigarettes; Nestor Renard, de Liège, des cigares et des tabacs hachés; la Société anonyme Veuve Dumont et Cie de Liège, des tabacs, des cigares et des cigarettes; Edmond Scohy, de Liège, des cigarettes Khiva, Kévie, Yalou Dubecq, Yalou fin; Tchamkerten et Cie, d'Anvers, des tabacs en feuilles d'Orient, des tabacs coupés et des cigarettes; la « The Savoy Cigarettes Manufacturing Co », des cigarettes fines, genre « égyptien »; Tirou-Diricq, de Charleroi, des cigarettes de diverses marques; Van Zuylen frères, de Liège, des tabacs coupés, des cigarettes, des cigarillos, des tabacs à priser.

Parmi les maisons exposantes, on notait quelques-unes des plus anciennes connues en Belgique. La Société anonyme Gilles Lamarche, de Liège, dont la fondation remonte à 1767, est probablement la plus ancienne. Nous noterons encore une maison, également liégeoise, la Société anonyme Veuve Dumont et Cie, qui vint s'établir à Liège en 1770.

Il y a encore lieu de signaler spécialement la maison liégeoise Van Zuylen frères, fondée en 1804 et la maison Poulain-Devaux, de Mons, créée dans cette ville en 1772.

Pour apprécier les qualités de nos fabricants, il eut fallu faire oeuvre de Jury. On aurait remarqué alors combien la fabrication de telle cigarette minuscule révélait d'habileté, la difficulté pour cet autre fabricant de débarrasser le cigare de la majeure partie de sa nicotine, sans pour cela lui enlever son arôme.

Parmi les maisons que nous avons citées, quelques-unes ont une réputation universelle et une importance digne d'être mise en relief.

La maison Ernest Tinchant, d'Anvers, occupe 1.300 ouvriers et ouvrières. On remarqua à l'Exposition, outre sa vitrine de la collectivité, son luxueux pavillon de vente, conçu par M. l'architecte Hasse, et érigé en face de l'entrée des halls. Une autre maison anversoise, la maison José Tinchant y Gonzalès et Cie occupe 1.700 ouvriers et fabrique annuellement 74 millions de cigares.

Ces chiffres fourniront une preuve éloquente de l'importance de l'industrie du tabac en Belgique.

Nous ne pouvons évidemment citer tous les titres des multiples marques de cigares dont les étiquettes apparaissaient aux yeux des visiteurs. Cependant, nous pensons devoir signaler ici, parce qu'elles étaient tout à fait de circonstance, la marque Jubilé, de la firme Van Zuylen frères, de Liège, et la marque Liége-Exposition de la maison Nestor Renard, marque que notre concitoyen déposa, dès 1897, et qui, par sa vogue, ne contribua pas peu à la propagande de l'oeuvre liégeoise.

L'installation du journal périodique L'Organe du Tabac complétait, avec les deux volumes Annuaire International des Tabacs en 1905, exposés par M. Dieudonné Couche, de Bruxelles, et un panneau occupé par les graphiques du Syndicat National des Tabacs, l'exposition de la collectivité tout entière.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905