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Diorama Militaire


Diorama Militaire à l'exposition de Liège 1905

Bien que ne rentrant pas dans la classification générale de l'Exposition, le Diorama militaire, qui présentait réellement tous les caractères d'une remarquable attraction scientifique, constituait cependant, en quelque sorte, une dépendance logique du groupe XIX. Aussi a-t-il été décidé et réalisé par les organisateurs de ce groupe, et, en l'occurrence, il y a lieu de rendre particulièrement hommage aux éminents officiers qui n'épargnèrent aucun effort pour mener à bien cette difficile entreprise, M. le lieutenant-général Dony, le colonel d'état-major comte de T'Serclaes, et le colonel Michel.

Remarquons ici que le Comité Exécutif de l'Exposition, pénétré de l'importance que devait avoir le Diorama militaire, n'avait pas hésité à assumer une part dans les frais de sa réalisation; d'autre part, les organisateurs de cette attraction toute spéciale abandonnèrent à la Société de l'Exposition le produit des entrées payées par les visiteurs.

Il convient ici de rendre hommage aux auteurs de ce triple diorama militaire dont la composition est due à M. Léon Abry, ce vaillant artiste enlevé à l'art dans toute la vigueur et dans tout l'épanouissement du talent. MM. Le Roy, Philippet, J. Delsaux et Wûrth ont été les collaborateurs d'exécution de cette belle conception artistique; une grande part du succès qu'elle a remporté leur est due.

Quant à la description même du Diorama, nous croyons devoir la reproduire telle qu'elle fut faite par Lord Wah, dans l'une des principales publications militaires du continent: La Revue de l’Armée belge.

Voici donc comment il s'exprime :
« Tandis que, dans les dioramas militaires du colonel Langlois et des artistes qui ont représenté des batailles et des sièges, dans le panorama du Caire par Wauters, etc., le spectateur placé au centre, aperçoit dans les différents secteurs des vues particulières se rapportant à des sujets d'ensemble, à Liège, Léon Abry et M. Le Roy ont fait converger
de l'extérieur vers le centre du diorama les regards du spectateur, pour lui montrer trois scènes des opérations en campagne, qui se déroulent chacune dans un paysage différent des environs de Liège.

La construction d'un pont militaire, à Jupille, se présente d'abord: le paysage a été peint par MM. Le Roy et Pliilippet. C'est le réveil printanier de la nature dans le prestigieux tableau que forme la Meuse à Jupille. Le fleuve s'étend à perte de vue avec ses versants montagneux, dont la cime est encore embuée des brouillards du matin que le soleil dissipe en dorant le paysage de ses premiers et vifs rayons.

L'Etat-Major de l'armée de campagne, qui occupe le centre du tableau, assiste, à Jupille, aux derniers travaux de construction d'un pont militaire; on aperçoit nos soldats du génie plaçant les divers éléments du passage. Des troupes d'infanterie et de cavalerie sont rangées sur la rive gauche, attendant leur tour de franchir. A gauche, à l'avant-plan, une batterie en marche fait halte contre la rive; son chef vient prendre les ordres du général. De l'autre côté, se déroule une scène du service des secours: une colonie d'ambulance organise des transports de blessés.

L'ensemble est bien harmonisé, plein de vie et de mouvement.

Le second tableau représente un combat sur la position qui existe entre les forts de Flèron et de Chaudfontaine. Au fond se déroulent, majestueuses et sombres, les collines avoisinant l'abbaye de Chèvremont.

L'artillerie est en marche pour aller prendre position sur les hauteurs.

Le général Pioch, accompagné de son état-major, donne des ordres aux troupes de la 3e division d'armée, pour une action offensive.

Immédiatement devant le spectateur, dans une grange au travers de laquelle s'aperçoit l'ensemble de la scène, des blessés reçoivent des soins.

Le peintre J. Delsaux a su rendre avec une grande vérité tout le terrain mouvementé qui encadre l'épisode de guerre. Un spectateur placé à proximité de la chapelle Sainte-Anne verrait se développer les parcelles cultivées, les séries étayées de crêtes, les massifs boisés avec leur note sombre, les points brillants formés par les habitations, absolument comme ils sont jetés sur la toile.

Le troisième groupe est l'arrivée des troupes à Esneux pour y cantonner. Vue d'automne, pittoresque, vivante. Au milieu de la grand'place plantée d'arbres au feuillage doré, une scène militaire très animée se déroule : soldats au repos, groupes de carabiniers occupés à la popote, batterie d'artillerie débouchant d'une rue latérale, escorte de gendarmerie, trains. Au centre, l'état-major prêt à quitter l'emplacement pour occuper son quartier général.

Ce qui est particulier dans cette oeuvre artistique, c'est que les mêmes personnages principaux: commandant en chef et ses officiers d'état-major, cyclistes, artilleurs de la batterie, etc., sans être déplacés ou modifiés dans leur attitude, servent dans les trois vues d'une manière naturelle et logique.

Il est évident que le goût artistique et très sûr du lieutenant-général Dony aura été pour une grande part dans le programme de ce triple diorama quand les grandes lignes en furent arrêtées.

Ce fut un réel succès pour le regretté Abry et ses habiles collaborateurs. On peut dire que tout visiteur de notre splendide Exposition universelle aura vu et revu ce clou de la partie réservée à l'art militaire, qui a popularisé notre armée, dont l'allure, le brio, l'entrain sont excellemment mis en relief, ainsi que le « je ne sais quoi » qui caractérise si particulièrement nos soldats et dont seul, un artiste comme Abry, né dans l'entourage de soldats, élevé dans un milieu militaire, associé par atavisme à tout ce qui touche aux us et coutumes de notre armée, put saisir le côté vivant et, même, poétique. »

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905