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Sports


Sports à l'exposition de Liège 1905

Après avoir eu dans la Grèce antique l'importance d'une institution nationale, liée à la qualité la plus essentielle de la race, après avoir, ensuite, été considéré longtemps comme un pur délassement offert aux désoeuvrés, le sport reprend, à l'heure actuelle, une part de son ancienne importance et tend même à la reconquérir tout entière.

Les pédagogues contemporains ne craignent pas d'affirmer, d'accord avec la science, sa nécessité dans le développement moral de l'écolier. Bien souvent, des élèves à la mentalité lourde, dénommés des paresseux, ne sont que des enfants dont la culture corporelle — encore entravée par mille obstacles, chambres insalubres, insuffisance de nourriture, etc., — a été négligée.

Ainsi se vérifie l'adage des anciens :
Mens sana in corpore sano, une âme saine dans un corps sain.

Rien d'étonnant, dès lors, à ce que les gouvernements aient tourné leur attention vers ce moyen de développement de ceux qui constituent la nation, propre aussi à enrayer l'abâtardissement de nos races européennes.

La Belgique, prompte à s'aviser des moyens capables de veiller à sa prospérité, n'eut garde de négliger celui-là. A présent, les écoles primaires comme les athénées et les écoles normales, possèdent à leur programme, à côté de leurs cours scientifiques, des cours de gymnastique où se pratique le développement rationnel du corps de l'enfant et de l'adolescent. Ainsi la culture du corps et la culture de l'âme marchent de compagnie, étroitement reliées par les rapports qui existent entre elles.

En plus de ces cours, il existe en Belgique une foule de sociétés de gymnastique, dont les exercices sont suivis par des enfants, des adolescents, voire des adultes.

Rares sont les villages de quelque importance où il n'existe pas quelque société sportive affiliée soit à la Fédération Belge de Gymnastique neutre, soit à la Fédération nationale des Sociétés de Gymnastique et d'armes.

En dehors de ces institutions populaires, il existe un nombre respectable de sociétés d'escrime, de lawn-tennis, de rowing, d'automobilisme, etc., localisées dans les grandes villes et qui, pour n'être accessibles qu'à des personnes de condition moyenne, ne sont pas moins intéressantes et ne veillent pas moins au bien-être corporel et moral d'une partie de la nation.

A un point de vue un peu différent, il y a lieu de signaler encore ces sociétés d'escrime, de tir à l'arc, à l'arbalète, de jeu de balle, vieilles de plusieurs siècles et conservant religieusement leurs anciennes coutumes. Leur saveur archaïque contribue à rehausser, parfois, l'attrait de quelque fête locale ou de quelque festivité historique.

Ainsi se présente, dans ses grandes lignes, l'histoire du sport en Belgique.

Pour se convaincre de l'importance qu'il a prise, il suffisait de visiter le salon des sports, situé près de la galerie des machines, au coeur même des halls de l'Exposition.

Parmi les organisateurs dévoués qui en assumèrent l'intelligent aménagement et lui assurèrent ainsi le succès, il convient de citer en premier lieu le distingué Commissaire spécial du Gouvernement, le Chevalier Léon Schellekens, un vétéran des Expositions, qui fut délégué par le Gouvernement belge au Congrès d'Aviculture de Madrid et de Saint-Pétersbourg et qui déjà représentait le Gouvernement aux Expositions d'Anvers en 1894, de Bruxelles en 1897, d'Amsterdam et de Chicago. L'expérience et le talent d'organisation du Chevalier Schellekens trouvèrent une aide efficace dans la précieuse collaboration de son secrétaire, M. Alexis Capouillet, l'ancien secrétaire général de la section libérienne à Bruxelles, en 1897.

Il y a encore lieu de citer parmi les organisateurs, le lieutenant-général Londot, président du groupe, le lieutenant-colonel baron Joseph Van Zuylen van Nievelt, président d'une des classes du groupe, MM. Gaston Périer, secrétaire-adjoint du groupe et secrétaire-rapporteur du Jury de groupe, Léon Polain, le rowingman liégeois bien connu.

Le salon des sports fut remarquable par l'heureuse disposition de ses installations.

Ce fait fut dû autant à la compétence de son organisateur qu'à la bonne entente qui règne entre toutes les sociétés sportives du pays et dont ils étaient les hauts représentants.

Douze salonnets distincts, se partageant l'espace disponible, groupaient les principales sociétés sportives de Belgique. Une décoration générale, en style Louis XVI, dont les tons blanc, vieil or et havane "clair faisaient aux objets un cadre délicieux.

La lumière entrait à flots dans ce salon et rien ne pouvait mieux donner une atmosphère adéquate à ces sports de grand air que cette clarté.

Les différentes classes du groupe comprenaient les exercices des enfants et des adultes, en théorie et en pratique, les jeux et les sports pour les enfants et les adultes, l'équipement pour les jeux et les sports. Une heureuse idée des organisateurs supprima ces classifications arides et toutes théoriques.

Les différentes classes se pénétrèrent et tout ce qui avait trait, par exemple, à la gymnastique: sociétés, appareils exposés par le fabricant, livres écrits par des théoriciens, se trouvaient dans le même salonnet.

De ce fait, naissait un ordre qui impressionnait favorablement le visiteur. Des exposants du groupe XX, nous citerons tout d'abord le Ministre de l'Intérieur et de l'Instruction publique. Celui-ci exposait notamment les nombreux ouvrages de ses deux distingués collaborateurs:
MM. J. Corman et Ch. Remy.

On y relevait une notice historique sur l'enseignement de la gymnastique dans les écoles normales et dans les écoles primaires, quelques livres, brochures, albums, circulaires, etc.

Parmi les sociétés sportives proprement dites, la Confrérie Royale et Chevalière de Saint-Michel, à Gand, se signalait spécialement à l'attention des visiteurs. Cette puissante gilde d'escrimeurs existe depuis 1613. Son livre d'or s'honore des signatures des princes les plus illustres et des escrimeurs les plus réputés, depuis Albert et Isabelle.

Son stand était orné de portraits, remarquablement peints, des chefs doyens de la confrérie depuis 1615 et du mobilier complet, datant du XVIIe siècle, de la vieille chapelle des Confrères.

Des groupes artistiques, des photographies d'escrimeurs, une vieille bannière complétaient la décoration du salonnet, où s'offrait un reflet, perpétué jusqu'à nous, de l'ancienne opulence de la Flandre. Un des sportmen les plus en vue, M. Albert Feyerick, préside aujourd'hui aux destinées de la vieille gilde gantoise dont la devise: « N'évite pas, jamais ne cherche », résume le glorieux passé.

Dans le même domaine sportif, le Cercle d'Escrime de Bruxelles occupe une place remarquable. Ce cercle puissant, fondé par M. Fierlants, exposait pour la première fois en Belgique sa fameuse galerie de tous les escrimeurs belges de renom peints par le maître Regamey. Une collection remarquable d'armes anciennes, des souvenirs sportifs et de nombreux trophées fixaient l'attention. La devise du cercle d'escrime est comme celle du cercle gantois, d'une sobre éloquence: « La droite voieet nul souci ».

Le sport à la fois élégant et fastueux du yachting était représenté de façon brillante par le stand remarquable du Yacht Club d'Ostende, cercle relativement jeune mais d'une activité prodigieuse. Ce cercle exposait au centre du salon un canot à voile « monotype » absolument remarquable et dans son stand de nombreux modèles de yachts et les réductions des inventions nouvelles faites dans ce domaine spécial du sport par les membres du club.

Une décoration adéquate d'avirons, de gaffes, de pavillons maritimes, de bouées, de câbles, de fauteuils de yacht, en osier, complétaient l'ornementation du stand et aidait à l'évocation du plaisir que peut procurer la pratique de ce sport.

Les deux puissantes associations qui régissent le cyclisme en Belgique: la Ligue Vélocipédique et le Touring-Club rivalisaient en des stands presque voisins en montrant aux adeptes de ce sport si populaire les résultats de leur activité: cartes, itinéraires, organisation admirable du service des hôtels et des réparateurs. Le Touring-Club s'occupe spécialement en Belgique de la réfection des routes, la Ligue Vélocipédique voue ses efforts à l'organisation de manifestations sportives concernant le monde des coureurs cyclistes: courses, championnats, etc. Ces deux organismes se complètent admirablement pour le plus grand bien de tous les sportmen.

Après le cyclisme et peut-être autant que lui, la gymnastique est le sport le plus cher aux Belges. Les nombreux trophées exposés par la Fédération Belge de Gymnastique et par la Fédération nationale des Sociétés catholiques de Gymnastique et d'Armes prouvaient à tous combien les succès des Belges dans ce domaine furent nombreux et décisifs.

L’Automobile Club de Belgique, cette puissante association à laquelle nous devons l'organisation de cette superbe joute annuelle connue sous le nom de « Circuit des Ardennes » et les intéressants salons qui, tous les ans, initient le public aux perfectionnements constants de la locomotion nouvelle, avait un stand absolument remarquable.

Celui-ci s'ornait d'une frise instructive et amusante signée Gaudy, représentant fidèlement l'histoire des progrès de l'auto depuis 1896.

Au centre du salon, une superbe coupe, contenue en une élégante vitrine, attirait les regards.

D'autres expositions, non moins intéressantes, s'offraient encore à l'attention.

C'étaient les salonnets remarquables du Royal Golf Club de Belgique, très admiré par les adeptes de ce nouveau sport mondain; de l'Union Belge des Sociétés de Sports Athlétiques qui groupe tous les fervents de la course à pied et du foot-ball; de la Société d'Encouragement aux Sports et de la Ligue Belge de Lawn-Tennis qui exposait une collection remarquable des coupes et trophées gagnés ces dernières années par les champions belges de ce jeu distingué.

Ces salonnets s'agrémentaient d'une décoration adéquate que les photographies que nous publions nous dispense de décrire.

Comme nous l'avons dit plus haut, un certain nombre d'exposants particuliers contribuaient à l'ornementation de l'un ou l'autre salonnet ou à la documentation du sport qui s'y trouvait représenté.

Citons, pour le premier cas, M. Louis Schellekens, qui exposait le drapeau du Cercle d'Escrime d'Alost et une collection intéressante d'anciennes armes de tir.

Quelques fabricants présentaient ensuite une série d'engins constituant l'équipement pour les jeux et les sports. C'étaient MM. Jules Carlier, de Houdeng-Goegnies, avec des papegais en bois sculpté, des arcs, des flèches, des plumets; Crutzen et Cie, de Dison; Emile Dujardin, de Leuze, avec des vêtements pour les sports; Pierre Selderslagh, de Bruxelles, avec un nouveau bouton marqueur pour épée de combat; Paul Van der Velde, de Bruxelles, avec des selles complètes de la République Argentine, du Chili et du Paraguay.

M. Henri Denève, de Mons, avec une méthode de gymnastique pédagogique suédoise, un album de dessins et de recueil musical; M. Louis Dries, de Bruxelles, avec son livre: « La gymnastique à l'école primaire, à l'école gardienne et au jardin d'enfants »; M. Jules Robellus, de Gand, avec un nouvel appareil breveté de gymnastique orthopédique terminaient le salon qui offrait l'intéressant exposé de l'histoire des sports en Belgique.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905