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Matériel de Chasse


Matériel de Chasse à l'exposition de Liège 1905

L'Exposition internationale et universelle de Liège 1905 a encore été l'occasion d'un gros succès pour l'Armurerie liégeoise et cependant, avouons-le franchement, la section des armes belges n'était pas ce que nous avions rêvé, ne représentait nullement l'importance de cette grandiose fabrication qui occupe tant de milliers de bras dans la province de Liège.

Nous eussions voulu que les firmes liégeoises qui ont une réputation bien établie en Belgique et dans le monde entier, participassent à notre World's Fair, ce qui aurait sans doute eu lieu si, ainsi que le demandait l'Industrie armurière liégeoise, on avait mis à exécution les idées préconisées trois ans avant l'Exposition par des personnalités armurières liégeoises, lors d'une conférence qui fut donnée à l'Union des Fabricants, par le Directeur du Banc d'épreuves de Liège, idées appuyées par un très grand nombre de fabricants d'armes.

Les fabricants liégeois désiraient voir grouper dans un même Palais, portant le nom de « Palais de l'Armurerie », tout ce qui se rapportait à l'industrie armurière, étrangère ou liégeoise, et, à côté de cette vaste exposition, on aurait pu également mettre en évidence ce qui concernait la Chasse.

L'importance que tous les pays attribuent à l'Armurerie expliquait qu'une exception fut faite pour elle, et personne ne contestera le succès qu'aurait obtenu une exposition de l'espèce, bien comprise, bien étudiée, où chacun eut mis du sien pour aboutir au résultat désiré par tout le monde.

Malheureusement, l'idée n'a pu être réalisée parce que les Commissaires généraux des puissances étrangères ont voulu, comme cela se passe toujours dans toutes les World's Fair, conserver dans leurs, sections respectives tous les produits fabriqués dans leurs pays.
On nous trouvera peut-être « bien osé » de critiquer ce qui s'est toujours fait, mais nous croyons devoir agir ainsi que nous le faisons, parce que nous considérons que si la classification, par pays, peut être favorable à quelques personnalités, elle ne l'est pas quant aux industriels qui exposent, quant au public qui n'est pas à même de juger des progrès réalisés pendant un certain nombre d'années, quant aux membres des jurys qui se promènent dans tous les halls pour trouver certains exposants et qui, après une promenade inutile, fatigante, ne possèdent plus au moment où ils les trouvent, les éléments de comparaison indispensables pour établir un jugement sérieux.

Quoiqu'il en soit, malgré d'incessantes démarches, l'industrie armurière liégeoise n'a pu obtenir de solution qu'au tout dernier moment, lorsqu'il était trop tard déjà pour permettre à la grande majorité de nos fabricants de créer des armes de tout premier ordre, dignes de figurer dans une exposition qui se faisait sur le sol armurier liégeois.

De là, abstention regrettable de quantité de firmes belges.

Au lieu d'avoir 5 à 6.000 mètres carrés pour la section des armes, la classe 51, groupe IX, dut se contenter de 1.750 mètres carrés et il fut impossible dès lors de montrer notamment la fabrication si intéressante des canons en damas, la fabrication de pièces d'armes par des ouvriers d'élite qui s'étaient engagés de travailler à l'Exposition même, moyennant certaines conditions onéreuses peut-être pour nos fabricants,
mais qui avaient été acceptées cependant par eux.

Le pavillon des armes belges a été très beau cependant. Son ornementation bien comprise fait honneur à M. l'architecte Jean Paquot, et les arquebusiers liégeois qui l'ont créé en s'imposant de lourds sacrifices, ont bien mérité de l'industrie armurière liégeoise.

Ce pavillon a été visité par une foule considérable et les exposants n'ont pas eu à se plaindre des résultats obtenus. S'ils ont été longtemps au travail, ils en ont été récompensés par les ventes importantes qu'ils ont faites, par les commandes qui leur ont été passées et dont bénéficieront 'nos excellents ouvriers spécialistes.

Si 1905 a été un gros, très gros succès pour l'Exposition et pour la ville de Liège, si le stand de l'armurerie belge a attiré un nombre prodigieux d'étrangers, la fabrication des armes en Wallonie a pu enregistrer également un succès sans précédent. 1905 sera pour elle ce que cette année est pour la World's Fair liégeoise; les commandes affluent et nous pouvons avancer qu'au Banc d'épreuves des armes à feu, établi à Liège, jamais on a eu à éprouver des quantités aussi considérables d'armes de toute espèce, armes de luxe, armes ordinaires, revolvers, armes de guerre, armes d'exportation.

Il faut également signaler la participation du Banc d'épreuves des armes à feu et de l'Ecole d'armurerie et de la petite mécanique de Liège.

Rappelons également que nombre de fabricants ayant estimé que le temps manquait pour eux, pour organiser une exposition particulière, n'ont pas hésité à souscrire des sommes importantes pour qu'un comité spécial put faire l'histoire de l'armurerie liégeoise et montrer aux étrangers les différentes phases par lesquelles avait passé la fabrication des armes au Pays de Liège.

C'est grâce à eux, au Musée d'Armes qui est une institution communale subsidiée par le Banc d'épreuves des armes à feu établi à Liège, qu'il nous a été donné d'admirer notamment une collection de revolvers et de pistolets que tous les musées nous envient.

Le Musée d'Armes et nombre de particuliers ont envoyé des armes anciennes de toute beauté formant un ensemble très remarqué par les collectionneurs.

Dans cet article, il n'entre pas dans nos intentions de parler de telles ou telles maisons qui ont fait des expositions superbes et présenté au jury de la classe 51 des armes réellement remarquables et par leur fabrication et par leur fini.

Si nous n'agissions pas ainsi, il n'est pas douteux que notre manière de faire serait critiquée, avec raison peut-être, par les firmes qui ne seraient pas citées et qui se trouvent, sans aucun doute, aussi intéressantes que celles qui auraient été l'objet, de notre part, d'éloges très mérités cependant.

Nous resterons dans des généralités, nous parlerons surtout de l'évolution qui se produit dans la fabrication des armes, nous dirons quelques mots de ce qui se passait jadis et de ce qui se fait aujourd'hui, des progrès réalisés depuis un certain nombre d'années.


Jadis et Aujourd'hui.

Jadis, les moyens mécaniques manquaient presque totalement à l'ouvrier armurier; il devait tout produire par lui-même; d'un bloc d'acier, il formait une bascule et combien de temps ne devait-on pas consacrer à ce travail pour obtenir une pièce que les estampeurs produisent aujourd'hui si rapidement! A combien surtout revenait au fabricant d'armes les pièces constituant, par exemple, un fusil de chasse!

Non seulement les dites pièces coûtaient très cher, mais encore on ne pouvait s'en procurer qu'un certain nombre.

A l'époque à laquelle nous nous rapportons, il eut été difficile, disons même impossible, d'accepter les commandes d'armes actuelles, les ouvriers auraient fait défaut.

Jadis, c'est-à-dire il y a vingt ans, les fabricants d'armes devaient payer pour une bascule encastrée 90 francs, et pour les Anson... 150 francs.

Le basculeur demandait pour les bascules encastrées un délai de 14 à 15 jours; pour les Anson 20 à 25 jours.

Aujourd'hui on peut obtenir des bascules encastrées ordinaires à 21, 22 ou 23 francs et les Anson ordinaire à des prix variant de 37 à 40 francs.

Pourquoi ces différences de prix; la fabrication des armes actuelles laisserait-elle à désirer?

Cette dépréciation de la main-d'oeuvre serait-elle occasionnée par l'emploi d'ouvriers moins soigneux dans leur besogne, et alors la confiance dans la solidité des armes d'aujourd'hui, devrait-elle susciter des craintes? Point ,du tout, les différences dans les prix que nous venons de signaler sont dues à l'emploi des machines, à l'emploi d'un outillage perfectionné qui permet de remettre aux ouvriers spécialistes les pièces
dégrossies; parfois la machine peut produire des pièces tellement bien faites qu'elles ne demandent plus qu'un achèvement, un parachèvement par les soins des ouvriers d'élite, qui parviennent à produire, par exemple, la bascule encastrée ordinaire en trois jours et demi en moyenne, travail qui exigeait, ainsi que nous l'avons déjà dit, 14 à 15 jours!

L'arme est-elle moins bien faite?

Est-elle moins résistante?

Ce serait une erreur de le croire, la machine n'a fait qu'éliminer la besogne fatigante de l'ouvrier, le travail que nous pourrons appeler « inintelligent » qui était confié aux apprentis.

L'ouvrier d'élite, le spécialiste, n'avait à faire valoir ses qualités, toutes ses connaissances spéciales, que pour finir les pièces.

Le salaire de l'ouvrier n'a pas diminué sensiblement, il se trouve placé dans d'autres conditions de travail, la main d'oeuvre en armurerie, comme en toute industrie, s'en est trouvée améliorée, mais ce n'est nullement, à notre avis, au détriment de la classe ouvrière.

M. Gustave Francotte, Ministre de l'Industrie et du Travail, est l'inspirateur d'un nouvel organisme, l'Office des classes moyennes, qui sera créé sous peu.

Cet Office aura à rechercher et à coordonner les conditions dans lesquelles s'exercent les petits métiers et à préconiser les moyens de venir à leur aide.

L'Office des classes moyennes est appelé à produire d'excellents résultats, s'il est organisé pratiquement, et il est à croire qu'il en sera ainsi.

M. Stevens, le directeur de l'Enseignement professionnel au Ministère de l'Industrie et du Travail, homme essentiellement compétent, connaissant la petite industrie et ses besoins, est le collaborateur de M. Gustave Francotte et est à même de conduire à bien cette belle idée.

Partout, en armurerie comme dans les autres industries, les moyens mécaniques s'imposent et il importe, ainsi que nous l'avons écrit maintes fois, que tout le monde le comprenne.

Les armuriers liégeois ne restèrent pas longtemps sans être convaincus de l'utilité de la machine et beaucoup de petits patrons s'outillèrent d'abord prudemment, puis bientôt plus grandement, pour produire rapidement.

Ce fut même la principale des causes de succès pour l'armurerie liégeoise parce que ces petits industriels, ces petits ouvriers bourgeois n'oublièrent pas que si la machine était un instrument utile, le travail à la main n'était pas de moindre valeur et toujours on vit, à côté des machines-outils, des ouvriers d'élite qui conservèrent avec un soin jaloux les connaissances spéciales que leur avait inculquées leur père.

Liège possède encore des milliers d'ouvriers armuriers d'élite et nombre d'entre eux confient leurs enfants à l'Ecole d'Armurerie et de Petite Mécanique de Liège, précisément parce qu'ils savent qu'il faudra toujours des spécialistes à côté de la machine, que le travail à la main restera indispensable, étant donné que c'est par la diversité des armes, envoyées par nos fabricants sur tous les marchés du monde que la belle industrie liégeoise conservera la réputation qu'elle s'est acquise, à si juste titre, à l'étranger.

Et, puisque nous parlons de l'Ecole d'Armurerie, rappelons sa magnifique exposition et soyons heureux de constater en examinant les pièces d'armes exposées que nos bons ouvriers ne sont pas prêts à disparaître, que toutes les années, cette école, subsidiée par le Gouvernement, la Province, la Ville de Liège et les fabricants d'armes, mettra toujours à la disposition de nos fabricants des jeunes gens capables de produire
de belles armes.

Les pouvoirs publics ont vu la nécessité de cette école professionnelle essentiellement pratique, ils n'ont pas hésité à voter des subsides, ils doivent constater à présent combien ils ont bien fait.

L'Ecole d'Armurerie et de Petite Mécanique a non seulement compris la nécessité de former des ouvriers capables, par le travail à la main, de finir une arme, mais encore de se servir des machines.

Le travail à la machine ne fera-t-il pas disparaître le travail à la main?

A diverses reprises on s'est demandé si le travail à la machine n'arriverait pas à faire disparaître presque complètement le travail à domicile.

Il n'est pas douteux qu'il n'en sera jamais ainsi et cela pour la raison suivante.

La machine ne peut produire que des pièces absolument semblables.

Si, comme en Amérique, nos fabricants pouvaient imposer à leur clientèle un type d'armes ne varietur, les craintes émises auraient certain fondement.

Mais l'industrie liégeoise brille précisément par la diversité des produits.

Chaque année, ce sont des armes d'un modèle différent qui se créent, on peut même affirmer que le principal souci de nos fabricants, c'est de pouvoir confier l'année suivante à leurs voyageurs des collections d'armes qui offrent des différences essentielles avec celles des années précédentes.

Leur crainte, c'est de voir copier leurs modèles, de là une concurrence utile de nature à conserver à la place de Liège des commandes importantes, car pas un autre centre armurier ne parvient au résultat que nous venons d'indiquer.

Le succès toujours croissant de l'industrie liégeoise dépend de cette faculté que nos armuriers possèdent de pouvoir faire varier à l'infini les types d'armes et d'offrir à leurs clients des fusils répondant aux exigences plus ou moins légitimes des chasseurs.

C'est uniquement par le « travail à domicile » qu'ils parviendront à conserver à l'armurerie liégeoise sa réputation si bien établie dans tous les pays du monde.

Que la machine simplifie le travail à la main, c'est parfait, mais jamais elle ne le remplacera.

C'est un tort de croire que l'idéal est d'obtenir des fusils de chasse dont les pièces seraient interchangeables.

Y a-t-il du reste des fusils interchangeables? Même en armes de guerre la chose est-elle pratiquement possible? Oui, pour quelques fusils, mais à quel prix parviendrait-on à ce résultat? N'est-il pas admis par les autorités les plus compétentes que, même pour cette catégorie d'armes, l'interchangeabilité n'est pas complète, et qu'il faut toujours tenir compte d'un finissage par l'ouvrier expert.

A plus forte raison, il doit en être ainsi pour les fusils de chasse, faits mécaniquement, le travail d'achèvement, de parachèvement, devant toujours être obtenu par le travail à la main.

L'épreuve des armes à feu doit-elle être facultative ou obligatoire?

Cette question a été discutée à différentes reprises dans plusieurs pays par des personnalités du monde armurier.

Les unes ont prôné la liberté absolue des épreuves, les autres, et celles-ci étaient de beaucoup les plus nombreuses dans notre pays, estimaient que l'épreuve des armes à feu devait être obligatoire et que, de plus, il était indispensable qu'elle fut très sévère.

En Belgique, le Gouvernement a toujours été d'avis que l'épreuve obligatoire s'imposait, il en a été autrement en France, en Espagne, en Amérique, voire même en Angleterre où la réglementation n'est pas semblable à la nôtre.

Les fabricants d'armes belges ont compris que le Gouvernement avait raison, que c'était le moyen de maintenir au loin la réputation des armes liégeoises et toujours la Commission administrative du Banc d'épreuves a recherché les mesures à prendre pour rendre plus efficaces les essais légaux.

Si l'armurerie liégeoise a vu son importance croître d'année en année, elle le doit en grande partie au Banc d'épreuves de Liège qui a fait disparaître les armes réputées dangereuses et empêché des concurrents, parfois peu scrupuleux, n'étant pas à même de distinguer si une arme est bien ou mal faite, d'accepter des commandes à vil prix qui auraient été de nature à diminuer la confiance que les étrangers accordent aux produits belges.

Certes, le Banc d'épreuves liégeois est la source de bien des mécomptes pour les armuriers, mais ils sont largement compensés par la certitude que les armes livrées à leurs clients sont de bonne fabrication et ne leur apporteront que des félicitations des personnes qui en font usage.

Le damas et l'acier dont sont formés les canons ont parfois des défauts qui ne sont pas visibles à l'oeil et que l'épreuve montre immédiatement.

La responsabilité des fabricants d'armes serait énorme en Belgique si les armes n'étaient pas éprouvées d'une façon sérieuse; il nous suffit de rappeler qu'il se fabrique à Liège des quantités considérables d'armes chaque année, armes qui sont expédiées dans toutes les parties du monde.

Sans épreuve obligatoire, pas de sécurité possible pour les chasseurs, pour les tireurs.

Sans épreuve obligatoire, perte plus ou moins rapide de cette belle clientèle qui fait la fortune de la ville de Liège et assure la prédominance de notre armurerie sur toutes les autres industries similaires.

Il n'est pas contestable que c'est par des épreuves bien étudiées, bien comprises, bien faites, qu'il est possible de mettre un frein à la fabrication de produits qui pourraient être l'objet de critiques sérieuses.

La question des épreuves à faire subir aux armes à feu est certainement l'une des plus importantes qu'on puisse traiter.

Elle touche à la sécurité publique.

Elle est de plus de nature à sauvegarder les intérêts si considérables des armuriers qui, fréquemment, peuvent être compromis par l'imprudence ou l'inexpérience de personnes qui font usage des armes à feu.

L'arme, cause d'un accident, ayant été éprouvée, étant porteur des poinçons légaux, venant à se briser dans les mains du tireur, il est hors de doute que la responsabilité du fabricant d'armes ne peut être mise en question, car il a pris les précautions nécessaires pour être certain qu'elle possède toutes les conditions de résistance et de solidité.

Il faudrait, pour que la responsabilité existât, qu'il eût retravaillé l'arme après les épreuves légales, ce qui est strictement interdit par la loi du 24 mai 1888.

Nous avons déjà dit dans cet ouvrage que la machine permet aux fabricants d'armes de livrer vite et à bas prix.

Il faut, dans tous les cas, que la rapidité apportée dans la fabrication et le bas prix auquel on peut livrer ne soient pas des causes pouvant diminuer la résistance des armes à feu; c'est pour cette raison majeure qu'il est utile que leur résistance soit consacrée par des essais officiels ne pouvant donner lieu à aucune suspicion.

Il est indispensable que les fusils de 25 francs ou ceux de 3.000 francs subissent des épreuves de résistances identiques.

Le public attache, cela est certain, une légitime importance à la beauté, au fini du travail, mais il exige encore et surtout que les épreuves soient sérieuses et de nature à empêcher le bris des armes qui se trouvent entre ses mains lorsqu'il ne commet pas d'imprudence, chose qui arrive encore malheureusement trop souvent.

C'est ce que le Gouvernement et la Commission administrative du Banc d'épreuves de Liège ont toujours recherché et obtenu.

Il est à remarquer que plus les épreuves sont sérieuses, plus la fabrication des armes devient importante.

Il suffit de lire les chiffres d'armes éprouvées à Liège (voir diagramme au tableau ci-annexé pour être convaincu).

Ces chiffres acquièrent surtout de l'importance si on les compare à ceux indiquant les productions d'armes des autres pays.

La richesse durable d'une industrie réside dans la qualité des produits qu'elle met en circulation.

Certains industriels ne voient souvent et c'est un tort, que le bénéfice de l'année dans laquelle ils se trouvent et ne pensent pas au bénéfice des années qui suivront, ils ne voient que le présent sans se préoccuper de l'avenir!

Ils oublient que, livrant des produits de qualité inférieure, leur réputation, si bien établie qu'elle soit, se trouvera compromise un jour et que, dès lors, le commerce se déplacera pour ne plus revenir.

C'est, au point de vue des armes, une grave question qu'il s'agit d'examiner de près.

Que Liège conserve donc toujours la renommée si grande qu'elle a su acquérir dans le monde entier.

Que les clients d'Amérique, du Brésil, des différents pays sachent que Liège ne perd pas de sa valeur et qu'ils restent convaincus que, certaines personnes voulussent-elles même produire des fusils de qualité dangereuse, cela leur serait rendu impossible par le Banc d'épreuves des armes à feu.

Le Banc d'épreuves des armes à feu établi à Liège est le seul à même pour le moment, à maintenir au loin la réputation bien méritée des armes fabriquées à Liège.

Pour cela, cet établissement doit être un modèle du genre, marchant toujours avec le progrès.

La Commission administrative du Banc d'épreuves, de concert avec le Gouvernement, doit s'attacher spécialement à rechercher toutes les améliorations et garanties qu'il est possible d'apporter aux épreuves et à la visite des canons et voir ce qui se passe dans les établissements similaires des Gouvernements étrangers.

Quand une mesure s'impose pour assurer la supériorité de l'armurerie liégeoise, ces deux autorités doivent la prendre, comme elles l'ont toujours fait du reste, et cela sans aucune hésitation.

Dans un article très intéressant publié dans le Sporting Goods Review, n° 7 du 15 juin 1893, par M. W. G. Greener, cet écrivain appelle l'attention des autorités compétentes sur la nécessité de modifier les statuts du Banc d'épreuves de Birmingham.

M. Greener comprend si bien l'influence considérable que peut exercer le Banc d'épreuves des armes à feu de Birmingham sur la fabrication des armes en Angleterre, qu'il voudrait: « que le Banc d'épreuves de Birmingham fut pour la fabrication des armes à feu ce que l'Observatoire de Kew est pour les fabricants d'horlogerie et pour la science. »

Il demande que l'on y fasse l'étude des poudres, des explosifs.

Le Banc d'épreuves de Birmingham, ajoute M. O. Greener, est classé plus bas que « l'Office Assay », et il serait indispensable de le voir ranger plus haut que l'Observatoire de Kew!

Ces considérations et bien d'autres encore que nous pourrions citer, montrent qu'en Angleterre, le pays pratique par excellence, les armuriers jugent qu'il y a nécessité absolue d'avoir un Banc d'épreuves des plus sérieux, non seulement pour sauvegarder la sécurité publique, mais bien parce que cet établissement établirait sans conteste la résistance des armes que les fabricants livrent au commerce.

On ne saurait trop louer l'indépendance de caractère de M. Greener, qui a mis au-dessus de tout l'intérêt général de la fabrication anglaise.

Parlant des Bancs d'épreuves anglais, M. Greener ne juge pas qu'il faille s'occuper du Banc de Londres, qui n'est qu'un « établissement privé » ne publiant pas même de rapports et n'ayant que très peu de relations avec le public anglais.

Pour montrer l'importance de l'industrie armurière liégeoise, il nous suffira d'indiquer, par un diagramme, les chiffres d'épreuves de 1820 à 1906 inclus.

Ces chiffres sont suffisamment éloquents par eux-mêmes.

L'Exposition universelle et internationale de 1905 se faisant à Liège, sur un sol armurier par excellence, les étrangers espéraient que les Anglais, les Allemands, les Autrichiens, participeraient en grand nombre au concours, qu'ils auraient à coeur de montrer l'importance de la fabrication des armes dans ces pays.

Il n'en a pas été ainsi et la désillusion des visiteurs a été manifeste.

L'impression a été mauvaise dans le monde du Sport, il lui paraissait tout naturel que les armuriers anglais surtout, qui pendant longtemps ont toujours eu la prétention de faire «la pluie et le beau temps » dans la fabrication des armes, voudraient, dans un compartiment spécial, faire voir leurs produits de choix, des armes de tout premier ordre.

Rien n'a été fait de ce côté, et pourtant nous nous rappelons un temps où le drapeau armurier anglais flottait fièrement au-dessus d'armes qui appelaient l'attention !

Tout est bien changé depuis cette époque!

Une industrie qui s'abstient de participer à une exposition importante proclame par ce seul fait sa déchéance.

La République Française l'a compris, aussi nous avons vu Saint-Etienne et Paris former une collectivité de fabricants d'armes de ces villes.

Le compartiment armurier français était intéressant à visiter; la fabrication est en progrès, plus soignée.

Les fabricants d'armes stéphanois avaient fait un réel effort pour faire valoir les armes françaises.

Pour ne pas faire de jaloux, nous ne nous arrêterons devant aucun des stands.

Signalons, pour terminer, les chiffres d'épreuves à Saint-Etienne.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905