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Génie Civil - Moyens de Transport


Génie Civil - Moyens de Transport à l'exposition de Liège 1905

Sous cette double dénomination, le groupe VI, qui fut l'un des plus importants, réunissait les sept classes suivantes:
La classe 28. — Matériaux, Matériel et Procédés du Génie civil ;
La classe 29. — Modèles, Plans et Dessins de Travaux publics ;
La classe 30. — Carrosserie, Charronnage, Automobile et Cycle ;
La classe 3L — Sellerie et Bourellerie ;
La classe 32. — Chemins de Fer et Tramways ;
La classe 33. — Matériel de la Navigation de commerce ;
La classe 34. — Navigation aérienne.

De la lecture de cette énumération, se dégagent tout d'abord deux constatations, à savoir que le groupe VI pouvait se départir en deux divisions bien nettes, le Génie civil proprement dit et les Moyens de Transport, et que dans chacune de ces divisions les classes avaient entre elles d'intimes relations. Il se comprendra aisément que les participants de certaines classes connexes se soient groupés soit pour constituer des collectivités, soit pour établir une installation spéciale.

Ainsi, les exposants des classes 28 et 29 purent, avec le concours du Gouvernement, faire ériger un véritable palais situé, en dehors des halls, dans les jardins, près de l’Ourthe rectifiée. C'est pourquoi
nous ne nous occuperons de ces deux classes que plus loin dans la partie Palais du Génie Civil.

D'autre part, les exposants de plusieurs classes du groupe avaient, en s'assemblant, installé à l'intérieur des halls, quelques compartiments très importants.

Ainsi, les classes 30 et 31 s'étaient en vérité confondue puis partagées en deux collectivités qui voisinaient: La Collectivité de l'Automobile et du Cycle et la Collectivité de la Carrosserie.

De même, les armateurs anversois qui étaient à peu près les seuls exposants de la classe 33 avaient installé un compartiment absolument remarquable. Nous étudierons donc ici les participations de ces divers groupements.

Quant à la classe 32, — Chemins de fer et Tramways, — qui faisait partie des sections internationales établies dans les halls de l'Industrie, elle fera l'objet d'une notice complète à notre partie technologique.

Ajoutons cependant que le groupe VI comptait un certain nombre d'exposants qui ne s'étaient placés dans aucune collectivité: le Commissariat général les avait installés dans des compartiments réservés auprès de ses bureaux.

Nous les signalerons dans les notices relatives aux diverses classes auxquelles ils appartenaient.

La classe 30 comportait la carrosserie, le charronnage, l'industrie des automobiles et les cycles ou, pour la définir plus brièvement, elle avait pour programme le groupement des véhicules autres que ceux des voies ferrées.

Deux collectivités y prenaient place; c'étaient la collectivité de l'automobile et du cycle et la collectivité de la carrosserie; quelques exposants individuels y participaient encore.

La première de ces collectivités s'était groupée en un élégant et vaste stand, aux baies largement ouvertes et séparées par de hautes colonnes décorées en couleurs claires qui supportaient à leur faîte des roues ailées; les cloisons s'agrémentaient ça et là de motifs variés.

Trois industries distinctes y étaient représentées: c'étaient celles de la bicyclette, de la motocyclette et de la voiture automobile; on y remarquait encore des industries connexes, telles que celles des pneumatiques.

On sait combien est grande à présent la popularité de la fine et légère bicyclette.

L'ouvrier, pour se rendre le matin, à la fabrique éloignée, et rentrer dans sa demeure, le soir, le garçon de course aussi bien que l'employé et le médecin, usent de ce gracieux et rapide moyen de locomotion. Sa vogue
croissante a eu pour effet d'exciter l'émulation d'une foule d'industriels.

Il en est résulté un perfectionnement incessant dans la fabrication et une diminution très sensible des prix.

En Belgique, le centre principal de la fabrication de la bicyclette est Herstal, près Liège. A côté de la Fabrique Nationale d'Armes de Guerre qui étend sa fabrication au-delà des limites que son titre lui assigne, se range une foule de petits industriels, dont les produits jouissent, pour la plupart, d'une réputation très méritée.

Bruxelles et ensuite Louvain, Charleroi, Ypres, Ciney, etc., sont, après Herstal, les centres les plus importants de cette industrie. Dans ces dernières villes, on effectue le montage et le réglage des machines au moyen de pièces détachées qui, elles, proviennent de Herstal. Ces bicyclettes, dont le prix varie entre 200 et 300 francs, se fabriquent en moyenne au nombre de 20.000 par an.

A mesure que la bicyclette se popularisait, le nombre de motocyclettes et de voitures automobiles augmentait. Ce fait de la multiplicité des voitures automobiles mérite d'être signalé particulièrement ici, car, suivant un renseignement donné par la « Nature », de Paris, c'est la Belgique qui en compte le plus grand nombre.

La fabrication des motocyclettes y a pris rapidement une extension considérable.

Herstal et Liège se distinguent dans ce genre de fabrication auquel se vouent exclusivement sept ateliers de ces deux dernières localités. Viennent ensuite, par ordre d'importance, Bruxelles, Louvain, Berchem, Verviers, etc.

La force moyenne des motocyclettes est comprise entre 2 1/2 et 3 HP; leur prix varie entre 600 et 1OOO francs.

Quatorze mille motocyclettes, pour une valeur de douze millions de francs, sont fabriquées, annuellement en Belgique. Preuve du bon renom de la fabrication belge; les quatre cinquièmes de cette production sont exportés en France, en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en Hollande, en Italie.

L'industrie de la voiture automobile n'est pas moins importante; douze grands ateliers s'y livrent notamment à Bruxelles, à Liège, à Marchiènne-au-Pont, à Monceausur-Sambre, à Verviers, à Berchem, à Namur.

Les perfectionnements apportés chaque année à ces instruments modernes sont innombrables; ils ont trait principalement à la disposition des moteurs. Ceux-ci sont généralement à essence, la vapeur et l'électricité, pour des causes diverses, ayant été abandonnées.

Seize cents autos sortent annuellement des ateliers belges; ils représentent une valeur de 12 à 16 millions de francs. Une bonne partie de cette production s'exporte en Angleterre, en Hollande, en Italie, en Allemagne, en France, en Russie, etc.

Chaque année, se tient à Bruxelles, un Salon de l'Automobile qui attire une foule d'industriels et de fervents de sport. Dans ce Salon, qui rivalise d'importance avec celui de Paris, on note les progrès les plus réels réalisés dans l'industrie de l'automobile.

Le stand dont nous avons parlé plus haut, constituait une sorte de Salon de l'Automobile. La collectivité qui s'y était installée groupait les principaux fabricants.

Parmi leurs envois, on remarquait de superbes voitures automobiles, des châssis perfectionnés, des camions automobiles dont l'usage se répand de plus en plus, des pièces détachées d'autos et de vélos, des pneus aux assemblages ingénieux, des motocyclettes, des bicyclettes, etc.

Quelques palmiers, disséminés ça et là, égayaient et contribuaient à rendre moins monotone l'aspect de cette exposition.

On y trouvait tout d'abord les produits des grandes maisons se vouant aux industries susdites; parmi celles-ci, il y a lieu d'accorder une mention toute spéciale à la Fabrique Nationale d'Armes de Guerre de Herstal. Son vaste stand était des plus intéressants; il groupait des bicyclettes à chaîne et sans chaîne, des motocyclettes de forces diverses, des rayons « Nippless », des moteurs, des jantes, etc., où s'affirmait la supériorité
de la première fabrique belge de bicyclettes et de motocyclettes.

Se présentaient ensuite les maisons Antoine fils et Cie, de Liège, avec des moteurs et des motocyclettes; les Ateliers Vivinus, de Bruxelles, les usines Pipe, de Bruxelles, avec des châssis et des voitures automobiles; de Cosmo et Cie, de Liège, avec des voitures automobiles; Deprez-Joassart, de Herstal, avec des bicyclettes « Légia », « Belgium» et « Continental »; la Locomotrice, de Liège, avec des voitures de grand tourisme, licence
Rochet-Schneider et des camions de 6 à 6 tonnes à bandages métalliques; la Métallurgique, de Bruxelles, avec un châssis 30 HP 4 cylindres, une voiture 12 HP 2 cylindres, une voiture 16 HP 4 cylindres et une voiture 24 HP 4 cylindres; Sarolèa, de Herstal, avec des motocyclettes; la Société Mécanique et Moteurs, de Liège, avec des voitures automobiles, des moteurs, des motocyclettes ; « Minerva Motor », d'Anvers, avec des moteurs à explosion à tout usage, des motocyclettes de toutes forces, des voitures de luxe et de transports automobiles; les Ateliers Germain, de Monceau-sur-Sambre, avec des châssis et des voitures automobiles; enfin, la Société de Basse-Wez, de Liège, avec des vélos, des motocyclettes, des cadres, etc.

Aux côtés de ces industriels, se groupait un certain nombre de fabricants de pièces détachées. Parmi ceux qui présentaient des pièces pour autos, en acier, en fonte, en aluminium, etc., on relevait les noms des Aciéries liégeoises, de Liège; de MM. Defawe et Dupont, de Herstal; de la Société d'Estampage, de Herstal; de la Société Simonon, de Herstal; des Usines Derihon, de Loncin lez-Liège; de MM. Delpèrée et Cie de Herstal; de la Fonderie d'aluminium Maggi, de Liège; de la Société John Cockerill, de Seraing.

Des pneus, et divers accessoires pour automobiles et motocyclettes, complétaient l'exposé objectif de l'industrie belge de l'automobile.

Dans ce genre de fabrication, on notait les maisons Raymond Pelgrims, de Bruxelles, avec des essieux, des ressorts, des moyeux pour automobiles; Desclée et Cie, de Laeken-Bruxelles, avec des pneumatiques et des anti-dérapants ; Lempereur et Bernard, de Liège, avec des capots, des réservoirs, des coupe-gaz, des flotteurs, etc., pour automobiles; la Société Englebert fils et Cie, de Liège, avec des produits en caoutchouc se
rattachant à la fabrication du pneumatique pour vélo, moto et auto; Emile Gérard et Cie, de Liège, avec des magnétos d'allumage pour moteurs à essence ; la Société Colonial Rubber, de Gand, avec des bandages pneumatiques et autres pour vélocipèdes et automobiles.

La seconde collectivité faisant partie de la classe 30 était celle de la carrosserie.

L'industrie de la carrosserie comprend la fabrication de tous les genres de voitures, mais comporte surtout la construction des voitures sur ressorts, telles que landaus, coupés, victorias, phaétons, dog-carts, etc.

La carrosserie de luxe se localise à Bruxelles, à Anvers et à Liège, et aussi, mais avec moins d'importance, à Gand, à Verviers, à Charleroi, à Namur, à Bruges.

La moitié des mille voitures de luxe fabriquées annuellement en Belgique, pour une valeur moyenne de quatre millions de francs, sort des ateliers bruxellois.

Quinze maisons, sur les quarante ateliers qui se livrent à la carrosserie de luxe s'adonnent à la carrosserie pour automobiles. Cette dernière spécialité a pris, en ces dernières années, un grand développement.

La carrosserie belge est très appréciée à l'étranger, surtout en Angleterre, en Hollande et même en Amérique.

La spécialité des voitures d'enfants, qui rentre dans l'industrie susdite, a pris de l'importance depuis quelques années. Elle s'est localisée à Deynze, où quatre ateliers outillés mécaniquement occupent près de 200 ouvriers. Bruxelles possède également un atelier de ce genre.

La production de ces cinq établissements atteint annuellement 25.000 voitures d'enfants, pour une valeur de 600.000 francs.

La collectivité belge de la carrosserie groupait les principaux carrossiers du pays.

On y relevait, pour la carrosserie de luxe, les noms de MM. Barbier frères, de Swevezeelelez-Bruges; Claeys Etienne, d'Ixelles; Closset Charles, de Liège; De Ruytter-Demessine, de Bruxelles; D'Hainaut, de Tournai; leteren, de Bruxelles; Gamette et fils, de Liège; Gamette père, de Liège; Joachim Charles, de Liège; Parceyns fils, de Bruxelles; Snutsels V. et J., de Bruxelles; Van den Plas, de Bruxelles; Van Roosbroeck, de Bruxelles;
Verschueren, de Liège; Vogt, de Liège, et d'autres. M. Mathieu Désiré, de Thuin, exposait un camion de brasseur et une voiture de commerce, MM. Michel et fils, de Bruxelles, des voitures de commerce et des camions;
M. Plas Jacques, de Bruxelles, des voitures de commerce; la Société anonyme « Le Bon Grain », de Morlanwelz-Mariemont-Hayettes, une voiture de commerce pour le débit des pains.

Différentes industries se rattachant à celle de la carrosserie, étaient également représentées dans la collectivité par les maisons Billy, de Bruxelles ; Bourgeois, de Liège,Meynkercken, de Bruxelles ; Roose, de Bruxelles ; Willocq-Botten, de Bruxelles, avec des lanternes pour voitures, des phares et des projecteurs pour automobiles; par les maisons Charlet et Cie, de Bruxelles, et Colant, de Poperinghe, avec des ressorts pour la carrosserie et pour automobiles; par les maisons Talbots, Pelgrims, toutes deux de Bruxelles, avec des roues caoutchoutées pour voitures, pour chariots; enfin, par la Société anonyme des anciens établissements Lobet, de Verviers, avec des sacoches, des courroies et divers accessoires pour cyclistes et automobiles.

Un peintre héraldique, M. Paul Prud'homme, de Bruxelles, exposait des tableaux de chiffres et d'armoiries pour voitures de luxe et automobiles. Son exposition terminait le programme de la classe 30.

Aux cloisons qui isolaient la collectivité de la carrosserie des expositions environnantes, s'adossaient des armoires vitrées qui contenaient différents articles de sellerie et de bourrellerie; ceux-ci entraient dans le programme de la classe 31.

M. Heldens Lambert, de Bruxelles, y exposait des harnais de luxe et de travail, des colliers brevetés pour chevaux de trait, à fermoirs spéciaux empêchant les blessures; MM. Huynen et fils, de Liège, des projecteurs et des talonnettes en caoutchouc pour chevaux, des ferrures en aluminium ; M. Ingels aîné, de Bruxelles, dès harnais pour chevaux, ainsi que des selles de dame, de cavalier et d'ordonnance pour officier, la maison Talbot, de Bruxelles, des patins pneumatiques en caoutchouc pour chevaux ; Mercy, d'Aywaille, des colliers pour chevaux; la Société anonyme des anciens établissements Lobet, des harnais ordinaires, des articles de chasse, des guêtres, des ceintures en cuir, etc. ; MM. Delpérée et Cie, des pièces en fonte malléable pour sellerie.

Cette classe terminait l'exposition générale de la collectivité de la carrosserie.


MATERIEL DE LA NAVIGATION DE COMMERCE
CLASSE 33

La classe 33, qui comportait le matériel de la navigation de commerce, se subdivisait en deux parties. L'une était formée par le magnifique compartiment de la collectivité maritime d'Anvers, l'autre comprenait des exposants présentant, à titre individuel, des appareils ressortissant à cette classe.

Le comité de cette classe avait comme président M. Allô, directeur général de la Marine au Ministère des Chemins de Fer, Postes et Télégraphes. Les vice-présidents furent MM. A. Hamman, armateur, président de la Commission belge de la Pêche maritime, ancien membre de la Chambre des Représentants, conseiller communal d'Ostende, et Th. Verbrugghe, directeur d'Administration à la Marine.

Ces messieurs furent secondés dans leurs efforts par MM. Maurice Ortmans, chef de Service des Armements de la Société Cockerill à Anvers, et Edouard Belpaire, ingénieur à la Société « Chantier Naval Anversois », respectivement secrétaire et trésorier de la classe.

Le fait de citer ces hautes personnalités ne s'accorde pas seulement avec notre désir d'être complet en abordant cette classe si intéressante du groupe du Génie civil.

Il nous permet surtout de rendre l'hommage le plus mérité à ceux qui réussirent à lui donner une valeur vraiment exceptionnelle.

En effet, dès le début de leurs travaux, il fut évident pour les membres dévoués et compétents du Comité de cette classe que si l'on s'en tenait simplement aux produits belges, la classe 33 n'aurait pas d'exposants en nombre suffisant pour figurer d'une manière convenable à l'Exposition.

D'autre part, l'importance exceptionnelle du port d'Anvers ne pouvait être montrée d'une manière tangible qu'en montrant, à la fois par des graphiques et des réductions capables de retenir les regards, le mouvement de ce port, la longueur de ses quais, les bassins qui le constituent, les services de navigation qui y font escale, etc.

Le résultat de ces conclusions fut le groupement dans une collectivité de tous les agents maritimes d'Anvers. Cette collectivité, formée grâce au patronage de la Fédération maritime de notre grand port national, aboutit à une exposition vraiment admirable dans la clarté de son groupement et l'attrait des objets exposés.

La bienveillance du Ministre de l'Industrie et du Travail, qui accorda gratuitement l'emplacement nécessaire, ne contribua pas peu à la réalisation de ce projet.

Rien n'était plus joli, plus amusant pour les yeux que le compartiment formé par cette collectivité. Des pavillons multicolores — bleus, blancs, rouges, jaunes — en triangle, en rectangle parfait, en rectangle échancré d'un triangle, pendaient aux fermes, offrant la clarté et la joie d'un matin de fête carillonnée dans un grand port quand les bateaux à l'ancre hissent à la pointe de leurs grands mâts ces pavillons variés. Le compartiment lui-même, conçu par M. l'architecte Bergenthal, avait un aspect gai avec les tonalités jaune et brun clair des boiseries, les teintes bleues de la mer sur les plans muraux. Ça et là, sur des étagères, s’offraient des réductions, amusantes de petitesse et de précision, des principaux steamers arrivant à Anvers. Les larges cheminées noires qu'entoure une ligne blanche, les porte-voix, les ponts, les entre-ponts, les chaloupes de sauvetage avec leur mode d'attache, les grues à vapeur reliées à quelque pièce de la machine, tout se trouvait dans ces bateaux dont les plus grands avaient à peine 1™50 de longueur et qui étaient cependant la reproduction exacte de bateaux, aux dimensions immenses, pouvant transporter des millions de kilos de marchandises ou deux, trois mille passagers.

Cet aspect joyeux et clair du compartiment résultait aussi de l'ordre qui avait présidé à son savant aménagement. Ainsi l'activité prodigieuse du port d'Anvers, si variée, si désordonnée, en apparence, dans ses diverses manifestations, apparaissait d'une manière frappante.

Il n'est pas hors de propos de donner ici quelques renseignements qui accorderont une physionomie vivante aux graphiques dont nous ferons plus loin l'analyse.

Le port d'Anvers, qui forme l'une des rades les plus belles et les mieux protégées du monde, doit son importance à différents faits. Il faut citer en premier lieu sa position géographique dans la zone de population la plus dense et la plus industrielle de l'Europe occidentale; ensuite la largeur et la profondeur de l'Escaut qui permettent l'accès du port aux plus grands navires; enfin, sa situation dans l'intérieur des terres, qui a pour effet de diminuer les frais de transport par rail du coût de 88 kilomètres.

A 18 kilomètres de la ville, l'Escaut offre d'ailleurs l'aspect d'un véritable bras de mer. A l'endroit où se trouvent les installations du port, il présente encore une largeur de 450 mètres à marée haute et de 400 mètres à marée basse. La navigation tant de jour que de nuit, y est très aisée; des feux fixes et flottants, des balises et des bouées indiquent les passes profondes du fleuve.

Ces avantages naturels ont encore été augmentés par des installations vastes et conçues en vue d'un trafic des plus rapides : les quais d'accostage se développant sur une très grande longueur, ont des terre-pleins largement conçus et couverts de hangars spacieux; des voies ferrées sillonnant les quais dans tous les sens, permettent l'enlèvement rapide des marchandises; enfin un outillage des plus complets facilite toutes
les opérations d'embarquement et de déchargement.

Tel est l'aspect caractéristique de l'activité de ce grand port. -Quant à son aspect vivant, des poètes, des écrivains, des voyageurs ont décrit la futaie serrée des mâts rayant le ciel, les fourmis humaines s'activant sur les quais, amoncelant des montagnes de sacs ou les faisant glisser à fond de cale, par une ouverture noire, béante et insatiable, tandis qu'autour d'eux, circulent les wagons, s'avancent avec fracas les lourds camions, que les grues tournent, lentes et puissantes, leurs grands bras, et que là-bas, au delà des mâts serrés, dans le lointain, des masses, déjà confuses, partent, ou, de plus en plus précises, arrivent, apportant sur les hurlements de leurs sirènes un peu de l'étrange de ces pays lointains d'où elles reviennent, et dont la senteur acre, — épices, miel, le doux et l'amer mêlés — les poursuit jusqu'ici.

Cet aspect si pittoresque, le stand de la collectivité maritime ne pouvait le représenter.

Mais les graphiques, les plans, les réductions qu'il contenait aidaient l'imagination à s'en faire une idée.

L'emplacement occupé par cette collectivité formait un rectangle mesurant 42 mètres de longueur sur 25 mètres de largeur. Le but visé par les hautes personnalités du Comité de la classe avait été de représenter le port d'Anvers, dans son activité prodigieuse.

Sur les quatre côtés du rectangle et sur une hauteur de deux mètres, était représenté le panorama des quais de l'Escaut à l'échelle de 1/45e. Chaque ligne régulière y était représentée à son emplacement et s'étendait sur une longueur sensiblement proportionnelle à celle qu'elle occupe régulièrement aux quais de l'Escaut.

Sur la même cloison, se trouvait un plan indiquant les extensions futures des installations maritimes d'Anvers, projet prodigieux dû au Gouvernement et dont « la réalisation fera d'Anvers le premier port du monde », ainsi que le disait récemment, en ne dissimulant pas son enthousiasme, le Consul général britannique à Anvers.

Après l'achèvement de ces travaux, Anvers comportera en effet 13.800 mètres de quais d'accostage direct, 46.600 mètres de quais dans les bassins, soit ensemble 60.400 mètres de quais, alors qu'aujourd'hui ils ne s'étendent que sur une longueur —déjà énorme — de 21.000 mètres.

Le centre du stand, plus intéressant pour le visiteur, n'était pas moins remarquable.

Des étagères, formant des murs entre lesquels circulaient les visiteurs, constituaient une espèce de carte en relief simulant les emplacements des différentes lignes régulières, au nombre de 38. Tout autour, sur 38 panneaux, se trouvaient l'indication de ces lignes avec les noms de leurs agents, leurs itinéraires et leurs emplacements.

Enfin, répartis un peu partout et complétant la physionomie du pavillon, se trouvaient les modèles des steamers de la plupart des compagnies qui exposaient; de sorte que le visiteur pouvait se rendre compte de l’endroit où ses marchandises étaient chargées et du type de vapeur qui les transportait.

Aux fermes, étaient suspendus différents pavillons d’armement des compagnies exposantes ainsi que les pavillons du code des signaux.

Tel fut, dans ses grandes lignes, l’aspect du stand de la collectivité maritime. Il mit vigoureusement en relief l’activité de la grande métropole, sorte de grande bouche ouverte sur la richesse naturelle du Monde et la renvoyant, asservie aux lois humaines, par le Génie de l’Industrie.

Nous avons dit précédemment l’attrait de cette exposition amusante. Le spécialiste tirait de son examen la conclusion d’une tendance de plus en plus grande à avoir des vapeurs de très grande capacité, marchant à une allure modérée et pouvant également transporter de nombreux passagers.

Ainsi que nous l’avons remarqué, la classe 33, en laquelle se signalait particulièrement l’exposition de la collectivité maritime, se complétait par les appareils présentés par quelques exposants individuels.

Dans le stand de la collectivité maritime, on admirait la reproduction réduite d’une station de sauvetage de la côte ressortissant de l’Administration de la Marine de l’Etat. C’était un minuscule hangar renfermant deux salles. L’une était réservée au garde de la station, l’autre se meublait des quelques appareils nécessaires en cas d’arrivée de naufragés : hamacs, lits, récipients divers, etc.

Devant la station se trouvait le canot de sauvetage prêt à être lancé en mer. Auprès, on remarquait les mortiers lance-filins, les amarres porte-bouées, différents outils d’abordage, etc.

Le compartiment des sports, qui fait l’objet d’une notice qu’on trouvera plus loin, groupait dans le stand du Yacht Club d’Ostende, les appareils ou les plans des quelques exposants.

M. Axel, à Welin, y exposait des daviers à quadran; M. Adolphe Cuvelier, 1er lieutenant à la Marine de l'Etat, y présentait un appareil de déclanchements automatiques
pour embarcations de sauvetage. Enfin MM. le baron de Catus, ingénieur naval à Huy, Louis de Hemptinne, président du Yacht Club d'Ostende, Auguste Roeis, à Anvers, offraient à l'examen des spécialistes, le premier, des maquettes de yacht et des traités de constructions navales, le second, des tableaux de noeuds et épissures usités en yachting, le troisième une maquette de yacht. Quelques exposants, disséminés dans différentes parties de l'Exposition, complétaient la classe 33.

MM. A. Jabon frères, à Ombret, exposaient, dans le pavillon du Génie civil, des modèles, des plans et des photographies de bateaux de transport, de bateaux à vapeur, de remorqueurs, de yachts de plaisance.

Dans les halls, MM. Moussiaux et Cie à Huy, présentaient des appareils et des pièces pour tous les systèmes de bateaux de transport; la Société anonyme des Aciéries
et Fonderies d'Art, à Haine-Saint-Pierre, des pièces d'acier moulé pour matériel de marine; enfin, des plans et des photographies de navire, seize modèles, en réduction, de navires construits; des modèles et des données sur le Service Armements-Cockerill formaient la participation de la Société Cockerill, à Seraing.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905