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Palais des Beaux-Arts


Palais des Beaux-Arts à l'exposition de Liège 1905

Architecte(s) : Charles Soubre

La section des Beaux-Arts fut logée le mieux du monde — et d'exceptionnelle façon — en un palais définitif construit sur les plans de M. Charles Soubre, l'éminent architecte liégeois.

Destiné à servir dorénavant de Salle des Fêtes en même temps que de local pour les expositions temporaires, cet édifice constitue le legs le plus important de la défunte Exposition à la Ville de Liège.

Ce Palais des Beaux-Arts, bâti dans le style Louis XVI, occupe une clairière du Parc de la Boverie. Entouré de vieux arbres, dominant le fleuve qui met de chaque côté de ses façades principales une tramée de vie lumineuse en bordures des pelouses et des massifs, tout proche d'un étang dormant où se mirent ses dômes d'ardoise et
ses blanches colonnades, il réalise un' point de vue des plus heureux. Parmi les nombreux aspects si variés de la récente World's Fair wallonne, il exprime de la sobre élégance et de la distinction nette.

Le baron de Beeckman de Vieusart avait consenti à assumer — délicate mission pour laquelle son expérience et sa haute compétence le désignaient évidemment — les fonctions de commissaire spécial de la section des Beaux-Arts.

Il avait recruté un état-major qui comptait M. Armand Rassenfosse, le graveur et dessinateur éminent, secrétaire de la Société pour l'encouragement des Beaux-Arts à Liège, MM. Paul Lambotte et Albert van Nieuvenhuyse, secrétaires des Sociétés royales des Beaux-Arts de Bruxelles et d'Anvers.

Une commission de patronage, présidée par M. le marquis de Beauffort, président de la Société royale des Beaux-Arts de Bruxelles, apportait à cette section l'appui de très nombreuses personnalités compétentes et autorisées.

Deux gouvernements étrangers, deux républiques, la France et les Etats-Unis d'Amérique avaient organisé officiellement des sections dans le compartiment des Beaux-Arts.

Officieusement presque, tous les autres pays renommés par leurs écoles artistiques avaient exposé, en des ensembles distincts, des oeuvres de leurs nationaux. Seules, l'Angleterre et l'Autriche s'étaient malheureusement abstenues de toute participation de cette sorte, mais les Pays-Bas, l'Allemagne, la Russie, l'Italie, l'Espagne, la Bulgarie, avaient leurs salonnets. En outre, des artistes venus isolément de contrées dont les écoles esthétiques n'avaient pas de représentation collective, avaient réuni leurs envois en une section internationale. Ces oeuvres, forcément très disparates, avaient été placées parmi les oeuvres des artistes belges.

Tandis que chaque pays avait préparé d'avance la sélection des ouvrages destinés à l'Exposition de Liège, le triage des oeuvres dont se composaient le compartiment belge et la section internationale dut se faire sur place au moment de l'aménagement des salles. La besogne du jury d'admission et de placement ne fut pas une sinécure.

L'encombrement du Palais était extrême. Toutes les salles et de nombreuses annexes provisoires dont il fallut l'agrandir devaient servir à l'exhibition des oeuvres d'art. Au milieu des tapissiers, des décorateurs, parmi les caisses pleines et vides, MM. le baron de Beeckman, E. Carpentier, F. Courtens, J. Delvin, Al. Struys, L. Lenain,
Ch. Mertens, P. J. Dierckx, L. Frédéric, P. Mathieu, jurés effectifs et suppléants pour la section de peinture et de dessin; MM. G. Devreese, V. Rousseau et Ch. Vinçotte pour la sculpture, J. Brunfaut et Ch. Soubre pour l'architecture évoluèrent non sans peine et s'acquittèrent avec sévérité et éclectisme de la mission épineuse dont ils se trouvaient investis.

Le catalogue de la section belge énumérait 435 ouvrages exposés par 304 artistes.

Il eut pu comporter un nombre à peu près triple de numéros si le jury avait accepté tout ce qui lui fut présenté. Le contingent ainsi sélectionné fut jugé digne de notre école et de sa notoriété mondiale. Sa tenue harmonieuse, son niveau artistique élevé furent unanimement reconnus. C'est à lui que fut dévolue la majeure partie des récompenses. En proportion des autres compartiments du Palais des Beaux-Arts, le compartiment belge comptait un chiffre tout à fait imposant d'exposants médaillés.

Le jury international des récompenses était composé de MM. Albert Baertsoen, le baron de Beeckman, Bernstamm, Evariste Carpentier, Franz Courtens, Flaneau, Victor Gilsoul, Halbart, Harlamoff, Franz Hens, La Chaise, Maquet, A. Rassenfosse, Rosseels, Max Schlichting, Steelinck, J. Stewart, Alexandre Struys, Charles Van der Stappen, Alfred
Verhaeren, Isidore Verheyden, Thomas Vinçotte, membres effectifs; MM. P. J. Dierckx, G. Devreese, Paul Mathieu et Ch. Soubre, membres suppléants ; M. Paul Lambotte, secrétaire.

Ce jury décerna à la section belge deux grandes médailles d'honneur. Ces médailles, en or, d'une valeur intrinsèque de deux mille francs, furent attribués à M. Jan Stobbaerts, artiste peintre et à M. Egide Rombaux, statuaire. — Dix-neuf premières médailles en vermeil, vingt-cinq deuxièmes médailles en argent et dix-neuf troisièmes
médailles en bronze, soit en tout 65 distinctions furent réparties entre les exposants de la section. Naturellement les envois de diverses personnalités se trouvaient pour des causes diverses, déclarés « hors concours ».

Par cette abondance des récompensés, le jury consacrait la haute valeur de l'ensemble.

En vérité, la cohésion des oeuvres belges était exceptionnelle. Un fonds commun de qualités robustes, la santé de la couleur, l'entente des harmonies toujours justes sinon très raffinées, la puissance de la pâte, l'aspect positif des réalisations les marquaient d'un indéniable cachet d'origine.

En ces envois, la part du rêve, de l'intellectualité même parut généralement congrue. Nos artistes s'affirment d'ordinaire excellents ouvriers plutôt que penseurs bien profonds. Comme l'a très judicieusement constaté M. Dumont-Wilden en parlant de la mémorable exposition rétrospective de l'Art belge, il apparaît que le manque
d'une culture générale est malheureusement de règle en Belgique. Sans doute, peintres et sculpteurs ne doivent pas abuser de la littérature, poison parfois anémiant pour certains tempéraments, mais de là à l'ignorance, au vide de pensée de la plupart, il y a un monde.

Notre Ecole a brillé à Liège, comme ailleurs, précédemment, par ses paysagistes et par ses statuaires. L'appoint de quelques belles toiles prêtées par des musées, le rappel de quelques glorieuses personnalités disparues ou vieillies, l'effort de quelques jeunes bien doués avaient conféré à l'ensemble une belle opulence généreuse et cette fraîcheur de santé nette que tant de visiteurs ont remarquées.

Sans doute, parmi les peintures s'en trouvait un assez bon nombre qui n'étaient pas, exclusivement, des morceaux d'exécution magistrale. Plusieurs s'embellissaient de recherches de style ou d'expression. D'autres révélaient l'émotion compréhensible ressentie par l'artiste devant les puissances ou les subtilités de la nature. D'autres
encore témoignaient d'une intelligence élevée de la dignité, du caractère de certains types humains.

De rares portraits redisaient le scrupule respectueux d'un observateur devant la personnalité d'un modèle intensément captivant — tel Isidore Verheyden attaché à fixer les traits tout resplendissants de vie intérieure d'un Constantin Meunier.

Et parmi les marbres et les plâtres, dans l'accumulation de ces blancheurs un peu serrées, mouchetées de taches sombres de quelques bronzes, des oeuvres réalisées avec le souci de la forme expressive, du galbe suivi, de l'équilibre rythmique des masses, tranchaient heureusement parmi des matérialités un peu lourdes de composition, un
peu vides et sans portée...

La section française des Beaux-Arts à l'Exposition de Liège fut arrangée avec un goût neuf et ingénieux. L'ensemble en fut d'un effet très heureux. M. Pol Neveux et M. Marcel Horteloup, respectivement commissaire et commissaire-adjoint de cette section, méritent les plus flatteuses louanges pour leur ingéniosité et leur sens artiste.

Le catalogue énumère leurs divers collaborateurs. Avant de rendre hommage à leurs mérites, je crois qu'il n'est pas indiscret de rappeler que M"^'^ Pol Neveux, dont le nom n'est officiellement inséré nulle part, fut la principale collaboratrice du commissaire français des Beaux-Arts et en quelque sorte l'âme enthousiaste et inventive
de cette exposition si réussie. II serait ingrat d'omettre de mentionner l'influence subtile de cette jeune et charmante présence toujours dévouée, agissante et persuasive.

L'aménagement du compartiment français s'embellissait de frises décoratives pour l'exécution desquelles neuf artistes avaient prêté à M. Fol Neveux un concours précieux autant que désintéressé. Les inventions ornementales de MM. René Lalique, A. Lepère, J. Adler, Georges Picard, Emile Wéry, de M"es C. Dufau et A. Delasalle ont
été plus admirées. Elles apportaient à l'effet d'ensemble de la section une somptuosité recherchée, une cohésion harmonieuse.

L'élite des artistes français avait coopéré à la représentation de l'Ecole à Liège.

Les noms les plus en vedette de l'Institut, de la Société des artistes français et de la Société nationale des Beaux-Arts figurent parmi ceux des membres du jury d'organisation placé sous la présidence de M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts et parmi ceux des exposants.

L'hommage fut flatteur pour l'Exposition de Liège. Malheureusement la décision irrévocablement prise de ne pas participer aux récompenses et de déclarer la section toute entière « hors concours » priva le jury du plaisir de reconnaître, par des distinctions méritées, la rare qualité des envois.

Le contingent français était extrêmement complexe et touffu. Il surpassait en nombre même le contingent belge. C'est qu'en effet aucune oeuvre ne dépassait les dimensions modestes de l'objet d'art d'appartement.

Un règlement sévère avait proscrit les grandes toiles, les groupes importants.

Tout était réduit à une petite échelle. Les aquarelles, les dessins, les miniatures, les gravures, les lithographies, les médailles, les pierres fines gravées, les cadres d'architecture, les échantillons charmants de la petite sculpture foisonnaient autour des tableaux et des statues et achevaient de rendre attrayante et interminable une visite à ce compartiment si réussi.

Les collections de l'Etat français et notamment le Musée du Luxembourg, avaient prêté aux organisateurs de l'Exposition de Liège quelques oeuvres précieuses définitivement entrées dans le patrimoine de la République.

Du Luxembourg sortaient Les femmes se chauffant, d'Albert Besnard, prestigieux et subtil morceau de virtuosité raffinée, la vigoureuse Forge de Saint - Jacques, par Fernand Cormon, Le vieux lithographe, vaillante étude par Carolus Duran, et ce fin nocturne de Dinet, intitulé d'après la légende arabe: Esclave d'amour et Lumière des
yeux. — Le même Musée avait permis l'exhibition du marbre aimable de R. Larche:
Les Violettes.

A l'Etat français appartenaient aussi une oeuvre remarquable de Lobre, interprète éloquent de la majestueuse solitude de Versailles, un dessin serré de Dagnan Bouveret et des oeuvres de Gabriel Ferrier, Harenx, Renouard et Prunier.

C'est aussi à l'obligeance de l'Etat que les statuaires Rodin, Barrias, Dampt, Despiau, Labatut, Le Confier, Paillet, Schnegg, Verlet, Villeneuve et Tonnelier furent représentés par des envois dignes d'eux dans la section française à Liège.

La curiosité de beaucoup de visiteurs alla moins aux oeuvres signées de noms illustres ou notoires qu'à des portraits de personnalités diverses, d'actualité plus ou moins générale.

Les traits de Mounet-Sully ou de Suzanne Desprès, ceux de M. Duberry, secrétaire général de la Comédie française, les visages de Pol Neveux, de Dampt, de Joseph Reinach, de Florent Willems, d'Albert Maignan, de M"^^^ René Ménard ou Chabas ne manquèrent pas d'intéresser vivement un public qui se repaît quotidiennement de la lecture des journaux parisiens à un sou.

Le Musée de la Ville de Liège a su retenir en souvenir de cette fête d'art, le beau tableau de Lucien Simon : Un cirque forain en Bretagne, peinture volontaire et austère, digne à tous les égards du choix de ses édiles. Aux Musées royaux des Arts décoratifs et industriels de Bruxelles appartiennent désormais deux des frises décoratives dessinées par René Lalique, pour la grande salle de la section française, bandeaux d'étoffe blanche aux appliques de brocart d'or soulignées de contours brodés du plus délicieux effet.

Parmi les envois des peintres et des statuaires parisiens, les amateurs et les Commissaires de la Tombola surent faire de nombreux choix très admirés.

Le compartiment réservé aux oeuvres des artistes originaires des Etats-Unis fut rehaussé par des participations d'indiscutable prestige.

John Sargent, Cari Marr, Julius Stewart, Julian Stary, Darmat, appartiennent à l'élite mondiale de ces transatlantiques qui, en fait, se sont naturalisés Anglais, Bavarois, Français, et dont la production, universellement goûtée, n'a point de saveur particulièrement américaine.

Des artistes cosmopolites comme MM. Gari Melchers, Miller, Bartlett ou Charles Sprague Paerce appartiennent de tradition aux écoles de l'Ancien Continent.

Si leur éclectisme associe les tendances actuelles des écoles française, belge, anglaise, hollandaise, bavaroise, à la culture esthétique recueillie par eux dans tous les musées d'Europe, leur art ne fleure nullement un terroir d'outremer, il n'affirme aucune compréhension imprévue, aucune interprétation ingénument neuve.

Il est regrettable que les organisateurs du compartiment des Etats-Unis n'aient pas trouvé moyen de corser leur contingent d'un ou deux morceaux bien marquants de Whistler. Manifeste lacune! De telles peintures eussent résumé la quintessence des conquêtes et des succès des artistes américains en Europe. Elles eussent signifié la nette affirmation de leur influence et de leur pouvoir hautain. Mac Neil Whistler, énigmatique et magistrale figure de grand artiste cosmopolite auquel aucune consécration, pas même celle du dénigrement, ne fit défaut.

Alexander, portraitiste bien vivant, Abbey, Chase et bien d'autres des compatriotes de Whistler et de Sargent, manquaient aussi à la série. Mais ceux qui étaient représentés à Liège et dont les oeuvres remplissaient trois salles un peu sombres et sévèrement disposées du Palais des Beaux-Arts, synthétisaient brillamment les recherches et les
réussites de tous.

M. Lewis S. Ware, commissaire général pour la section des Etats-Unis, s'était fait assister dans l'organisation de ce département spécial par MM. J. Stewart et E. A. La Chaise. Un jury d'admission fonctionnant à Paris avait trié sur le volet les oeuvres qui furent ensuite placées avec soin par ces messieurs.

Le jury des récompenses a décerné à l'unanimité une des quatre grandes médailles d'honneur pour les Beaux-Arts à M. John Sargent, peintre de prestigieux portraits, et l'un des techniciens les plus merveilleux de la peinture contemporaine où cependant les virtuoses d'étourdissant brio ne sont point rares.

Quatre médailles de première classe, quatre médailles de deuxième classe et deux de troisième classe furent ensuite attribuées aux exposants de cette section.

Les écoles d'Allemagne ne purent être représentées que de façon assez incomplète.

Des abstentions nombreuses et regrettables étaient marquantes. L'initiative privée des organisateurs, dépourvue des, moyens d'action indispensables, dut se borner à triompher de difficultés multiples. M. Alexis Riese, commissaire général pour l'Allemagne, mourut malheureusement après une longue maladie, dès le début de l'organisation. Il fut remplacé par M. le colonel Keppel. Ces messieurs durent imposer quelques sacrifices aux artistes exposants qui ne furent pas défrayés du transport des colis. Néanmoins, en ces salles d'aspect un peu fruste, des morceaux de haute valeur s'imposaient à l'attention. Les noms glorieux de Lenbach et de Leibl, ces grands morts de l'école de Munich, étaient rappelés par deux morceaux caractéristiques de leur manière appréciée. D'autres maîtres notoires étaient bien représentés.

Le jury des récompenses attribua à cette section deux premières médailles et quatre deuxièmes médailles.

Avec plus de recherche et d'effet, un autre Comité d'initiative privée organisa la section des Pays-Bas. Ces messieurs surent grouper des patronages influents et obtenir l'adhésion de nombreux artistes excellents.

Le Comité, placé sous la présidence d'honneur du vénérable Wilhelm Mesdag et la présidence effective du professeur Bart Van Hove, réunissait les noms de MM. Wilm Steelink, John Hulk, A. M. Gorter, H. J. Haverman, C. Q. T'Hooft, F. Jansen, W. Maris et J. Van Oort.

L'important tableau exposé par M. G. H. Breitner, L'hiver à Amsterdam, fut jugé par le jury digne de la plus haute récompense.

M. Breitner obtint comme MM. Rombaux, Sargent et Stobbaert, une grande médaille d'honneur. D'autres distinctions, savoir: quatre médailles de première classe, quatre médailles de deuxième classe, trois médailles de troisième classe, furent conférées à cette section qui comptait 122 oeuvres présentées par 103 exposants.

Le compartiment des Pays-Bas, tendu d'étoffes d'un vert bleu et maintenu dans des tonalités analogues, comportant à côté deux salonnets de peinture, une importante sélection d'oeuvres en blanc et noir ne laissait pas que d'avoir sa physionomie un peu froide et déconcertante, si différente des salles pourpres de la Belgique, des salles claires et parées de la France, ses deux voisines immédiates.

La section russe occupait trois salles du Palais des Beaux-Arts. Organisée par MM. de Bilbassoff, de Nikiphovoff et de Protopopoff, elle fixa l'attention par le réel mérite des envois de ses statuaires et par l'ensemble curieusement documentaire d'oeuvres rapportées de Mandchourie par M. Kravtchenko, retraçant des sites et des épisodes de
la guerre russo-japonaise.

Cet envoi, à cause de son extrême multiplicité, fut mis hors concours et le jury accorda à la section russe une première médaille, quatre deuxièmes médailles et quatre troisièmes médailles.

Les sculpteurs russes, d'éducation et de tradition généralement française, intéressèrent le public artiste par leur finesse technique, leur frissonnante morbidesse; mais la curiosité du plus grand nombre des visiteurs s'attacha aux scènes de la guerre russojaponaise, d'une actualité si captivante, et s'étonna de ces types humains, de ces paysages, de ces aspects urbains, de ces ciels étrangers si déconcertants, si peu conformes à l'opinion qu'on s'en était faite à l'avance.

Les artistes italiens n'avaient pas répondu nombreux aux invitations que MM. Uttini et Sortini leur adressèrent. Vingt-trois peintres et quinze sculpteurs formèrent tout le contingent italien où furent remarqués cependant quelques envois très sérieux.

La participation de M. Previati parut très intéressante. M. Sortini avait fourni seul la série des oeuvres statuaires. Elle permit aux curieux de se former une opinion sur son talent souple et varié.

Le jury distribua dans la section italienne une médaille de première classe, une médaille de deuxième classe et une médaille de troisième classe.

La section espagnole ne fut guère plus importante. Les efforts d'une commission de patronage et d'une commission d'admission brillamment composée, ceux de M. Guerette-Douxchamps et de M. Paul Douxchamps, commissaire général et commissaire-adjoint, n'aboutirent qu'à la réunion de 22 ouvrages, parmi lesquels le jury distingua des oeuvres dignes de deux médailles de deuxième classe et d'une médaille de troisième classe.

La section bulgare fut préparée et arrangée par MM. Vernazza, Vesin, Mitoff et Ratcheff. Elle fut, toutes proportions gardées, éminemment intéressante et révélatrice d'un mouvement d'art tout à fait inconnu encore en Belgique.

Sans doute, les peintres de Bulgarie doivent beaucoup à l'enseignement esthétique viennois et tiennent aussi les yeux fixés sur Paris où l'évolution de la peinture préoccupe un peu tous les artistes du monde. Je suppose que ces salles bulgares au Palais des Beaux-Arts de Liège pouvaient représenter assez bien ce que peut être un salon des Beaux-Arts à Prague ou à Pesth.

Une saveur d'exotisme, pas seulement germanique ou slave, mais déjà oriental, s'y mêle à des tendances cosmopolites familières. Le savoir technique y apparaît déjà expérimenté et habile — très habile —, la vision, un peu outrancière, l'intellectualité insuffisante.

Le jury consacra le talent de trois exposants bulgares en leur conférant une médaille de deuxième classe et deux médailles de troisième classe.

Enfin, les quelques exposants venus isolément de pays non représentés furent groupés en une section internationale un peu disparate. Leurs oeuvres durent être confondues parmi celles des peintres belges afin que le placement put s'en faire sans discordances causées par des voisinages trop incompatibles. Les tendances, les traditions, l'éducation, l'interprétation, la tenue coloriste, jusqu'à la proportion si diverses de ces quelques oeuvres rendaient leur juxtaposition véritablement incohérente.

Le portrait raffiné de M^e de Saint-Marceaux, par William Ablett et le délicat panneau intitulé Le thé, de Franz Melchers, si finement nacré dans une harmonie bleue et grise, obtinrent surtout un légitime succès.

Au total, le Palais des Beaux-Arts abrita 1706 objets d'art. Il constituait l'une des attractions les plus indiscutables de l'Exposition. Avec le Palais de l'Art ancien, dont il se trouvait proche — et qui contenait des trésors si joliment montrés — il fut le but de nombreux pèlerinages esthétiques et retint au Parc de la Boverie des séries nombreuses de visiteurs charmés.

Beaucoup de transactions y furent conclues. Le gouvernement français et divers musées belges y firent des acquisitions. Des amateurs étrangers et même des marchands américains y choisirent avec discernement des ouvrages importants.

Enfin, la Commission de la Tombola générale de l'Exposition d'une part, et le Comité de la Société pour l'encouragement des artistes à Liège d'autre part, y acquirent un très grand nombre d'oeuvres. Le total des ventes dépassait deux cent cinquante mille francs, manne dont bénéficièrent de très nombreux artistes.

De cette façon, de même que par la distribution des récompenses votées par le jury, il fut accordé un encouragement pratique et judicieux au développement des beaux arts en général.

La section reçut cent soixante-dix-neuf mille et vingt entrées payantes, sans compter celles des porteurs de cartes de circulation et d'abonnement, qui portèrent à un total bien supérieur le chiffre réel des visites. On vendit près de dix mille catalogues.

Par cet ensemble et ce succès, la Ville de Liège s'est définitivement classée au rang des grandes villes d'art de Belgique.

Il paraît tout indiqué qu'à l'avenir elle prenne, au même titre qu'Anvers ou Gand, son tour régulier pour l'organisation de ces grandes expositions périodiques internationales qui entretiennent dans les grands centres provinciaux le goût des beaux arts et contribuent puissamment à la prospérité générale des artistes.

Tout à côté du Palais des Beaux-Arts, un édicule provisoire abritait des oeuvres du statuaire liégeois Léon Mignon. Organisée par M. Joë Hogge-Fort, président de l'OEuvre des Artistes, cette exposition Léon Mignon réalisait d'intention plutôt que de fait une apothéose du maître défunt. Composée uniquement d'oeuvrettes — bustes et statuettes
— alignées sur des socles monotones, la sélection formée par l'OEuvre des Artistes ne montrait pas les modèles des principales créations de Mignon, ses grands groupes décoratifs des terrasses liégeoises, ni les bas-reliefs figurant les douze travaux d'Hercule, sertis dans les rampes du grand escalier du Musée moderne de Bruxelles. Guère non
plus de ces vivantes et pittoresques études d'animaux dont le commerce a popularisé les épreuves en bronze. Mais parmi les bustes et les silhouettes militaires disposés en rangs d'oignons le long des parois de la petite annexe du Palais des Beaux-Arts, les morceaux habiles et vivants n'étaient point rares : portraits physionomiques, animés d'expression et de caractère, modelés d'un pouce nerveux, de travail souple et aisé, figurines lestement campées, improvisations alertes et brillantes.

Carrière assombrie par la maladie et les lamentables misères des dernières années, mais carrière féconde en belles oeuvres saines et drues, l'apparition de Léon Mignon dans l'école belge de statuaire du XIX^ siècle ne fut pas négligeable et sa mémoire ne périra point. M. Hogge-Fort et l'OEuvre des Artistes ont bien fait de lui décerner à Liège, sa patrie, à l'occasion de l'Exposition universelle, cet hommage commémoratif très mérité.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905