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Tunisie


Tunisie à l'exposition de Liège 1905

Dans un pavillon, de style arabe, dont le dôme et le minaret étaient inspirés de ceux des mosquées de Tunis et dont l'intérieur reproduisait la disposition typique des palais mauresques, l'Administration du Protectorat avait groupé des documents et des spécimens capables de donner aux visiteurs de l'Exposition une impression sommaire mais exacte des ressources de la Tunisie, de son passé, de son développement économique actuel et de ses progrès sans cesse accrus.
Le but poursuivi était de créer de nouvelles relations entre la Régence et l'Europe; la participation tunisienne à notre Exposition y aura certes beaucoup contribué. Si l'on tient compte encore de l'accroissement du tourisme, de la rapidité et de la multiplicité des transports, la résultante définitive ne peut être qu'un accroissement très sensible des échanges commerciaux et industriels.

Baignée au Nord et à l'Est par la Méditerranée, située en face de la Sicile, de Malte et de la Sardaigne, la Tunisie touche par sa frontière de l'Ouest à l'Algérie, et par le Sud, au désert saharien; sous des aspects variés, depuis les montagnes de la Kroumirie jusqu'aux oasis de Djerid et aux steppes qui les environnent, c'est l'Orient aux portes de l'Europe.

Le régime, né du traité du Bardo, a maintenu depuis 1881 à la Tunisie son autonomie administrative sous le protectorat français; au point de vue économique et colonial, la situation est du reste des plus intéressantes. Bien que les relations entre la Belgique et la Tunisie soient en voie de progression constante, comme l'indiquait le graphique placé dans le pavillon sous les yeux des visiteurs, les échanges n'atteignent encore annuellement qu'un chiffre annuel de 4.000.000 de francs.

Dès l'entrée, accolés aux piliers qui soutenaient la coupole, les échantillons de bois et de liège caractérisaient les produits de la Kroumirie; la Tunisie exporte actuellement pour deux millions à deux millions et demi de liège à l'état brut, râpé ou en planches, les tarifs douaniers français ne permettant pas la fabrication du bouchon au pays des matières premières.

Passons en revue quelques-uns des principaux produits de la faune du pays. Parmi ceux-ci la laine occupe une place prépondérante et l'importance du cheptel ovin tunisien permet d'en exporter de notables quantités expédiées soit en suint, soit lavées en plus de l'utilisation locale pour l'industrie indigène des couvertures et des tapis. Les peaux de divers animaux entrent aussi pour une bonne part dans le commerce tunisien. Ce sont les peaux de chèvres, les peaux grandes, les peaux sèches de mouton, les peaux de boeufs dont la qualité varie suivant les années et la plus ou moins grande- abondance de pâturages et dont le prix suit un cours très variable d'après les influences du marché étranger. Les poils de chameau et de chèvres sont assez réputés.

Parmi les produits de la terre, les cultures céréales méritent d'être mieux connues ; la Belgique, dont l'immense activité industrielle a réduit à la proportion très congrue l'exploitation agricole, semble ne pas avoir fait encore essai des blés durs tunisiens si appréciés de la minoterie marseillaise. L'orge possède, pour la brasserie, des qualités spéciales qui l'on fait priser jusqu'en Angleterre; l'avoine, le maïs, le sorgho, le millet, les fèves, le lin, le coriandre, le fenouil et le cumin sont également réputés.

Le littoral oriental de la Tunisie est la terre de prédilection des amandiers dont la culture croît d'année en année d'importance; Sfax voit croître dans ses environs la pistache, les dattes et les figues.

Dans un compartiment du pavillon, un plan en relief, protégé par une vitrine, reproduisait intégralement la célèbre oasis de Nefta auprès de laquelle se sont installés récemment des négociants exportateurs. Dans un avenir peu éloigné, elle sera reliée au littoral par le chemin de fer de Gassa.

L'orange et la mandarine sont presqu'en totalité consommées sur place. D'intéressants efforts sont cependant tentés pour développer le commerce de fruits et primeurs, et déjà le citron des environs de Nabeul et d'Hammamet s'exporte dans
le Nord de la France.

En certaines régions, le sol de la Régence se couvre de plantes aromatiques (thym, romarin, géranium, passerine), qui parfument le miel indigène, dont les qua- lités commencent à être appréciées dans les pays étrangers et spécialement en Belgique. L'agriculture s'assimile les derniers perfectionnements réalisés par les Européens.

Bien que la climatologie régionale fasse varier les récoltes d'olives, le sol tunisien continue depuis la plus haute
antiquité à se couvrir d'oliviers, au tronc bas et tordu, aux fines feuilles lumineuses.

L'industrie oléicole, d'abord pratiquée exclusivement par les indigènes, et par des moyens primitifs, prend d'année en année, grâce aux perfectionnements modernes d'usines européennes installées là-bas, une importance très sensible. Les résidus donnent encore une huile de graissage et du savon. Ces industries secondaires se localisent surtout à Sousse et à Sfax. Au surplus, l'Ecole coloniale d'Agriculture de Tunis, dont les documents occupaient un panneau du pavillon, forme des élèves expérimentés dans la pratique et la théorie des cultures modernes, et leur essaimement sur le sol tunisien vaudra à la brillante colonie une extension considérable de son industrie et de son commerce.

Sur les légers étals qui supportaient les divers produits que nous avons énumérés, venaient ensuite les vins et les eaux-de-vie.

Le climat et la qualité du sol de la Tunisie ont fait occuper une place hors pair à une branche de l'industrie vinicole, celle des vins de liqueur, les vins muscats, et les vins doux et secs. La qualité des cépages a poussé bon nombre de propriétaires à utiliser les produits vinicoles par la distillation; les cognacs et les eaux-de-vie de marque se reconnaissent à leur pureté absolue. Leur prix modique et leur faculté de vieillir rapidement les ont fait apprécier particulièrement.

La ville de Sfax, dont nous avons déjà parlé, centralise le trafic des éponges pêchées sur les côtes et des os de seiches déposés par la mer sur tout le littoral, à une quantité moyenne de 40.000 kilos par an.

L'industrie des salines, qui jusqu'à présent était presque nulle, a pris un développement important.

Une abondante production minière se synthétisait en ces calcaires, ces marbres, ces minerais de zinc, de plomb et de cuivre, ces phosphates de chaux exposés dans le pavillon. Les phosphates, le minerai de plomb et surtout le minerai de zinc constituent presque totalement l'exportation tunisienne en Belgique
Continuant la série des échantillons industriels, l'alfa retient surtout l'attention. Cette graminée croît spontanément et couvre d'immenses espaces au centre et au sud de la Régence tunisienne. L'alfa est surtout employé par l'industrie du papier, spécialement en Angleterre qui livre sur le marché européen un papier très souple et plus épais que d'autres du même poids. Sa teinte blanc-crème et son reflet velouté conviennent spécialement aux éditions de luxe.

Des nattes ovales pour la prière, des coussins, des paniers arabes, des cordes fines, des petits balais, des éventails qui n'avaient qu'une valeur d'objets de musée, provenaient du cœur du palmier-dattier fendu en lanières et tressées ensuite suivant des usages locaux. La sparterie et les émaux méritaient encore de retenir l'attention, par leur somptuosité et leur richesse.

Des essences de géraniums, de fleurs de romarins, de myrthe, de thym, de lavande, provenaient de l'industrie indigène, perfectionnée par des moyens modernes. Citons encore les savons, les céramiques de Nabeul, les poteries vernissées confectionnées par les artisans indigènes mais conformées à des modèles moins rudimentaires, plus purs de forme et de couleurs.

Enfin, la sériciculture entreprise récemment est en bonne marche. Elle est encouragée, il est vrai, par l'administration de l'agriculture qui distribue gratuitement des cocons de vers à soie.

La partie de la grande salle qui faisait face à la porte d'entrée et que surmontait un portrait de S. A. le Bey Mohammed-El-Hadi, réunissait en quelques types choisis, des documents relatifs à l'archéologie et à l'histoire architecturale et artistique de la Tunisie; s'il est resté de rares souvenirs matériels de cette Carthage, patrie d'Annibal et d'Amilcar, par contre la civilisation romaine jadis maîtresse des bords de la Méditerranée y a laissé de multiples témoignages de sa puissance.

Des moulages de statues et de bas-reliefs antiques, des photographies de l'amphi- théâtre romain d'El Djem, du théâtre de Dougga, des temples de cette ville et de Sbeitla, des aqueducs, des mausolées, des mosaïques des villas de Carthage et d'Oudna éveillaient chez l'admirateur l'idée de la prospérité qu'avait atteinte l'ancienne Zeugitance et l'ancienne Bysacène et justifiaient les espérances des colons français y établis. Des spécimens de l'architecture arabe, des stucs ajourés et découpés en capricieuses arabesques initiaient au génie propre de la race musulmane. Aux murs, des photo- graphies d'art; dans une vitrine, des bijoux antiques ou de style moderne, des reliures d'amateur et des spécimens d'édition locale terminaient ce résumé forcément incomplet de cette terre, au double point de vue archéologique et artistique.

Une collaboration bien entendue de l'administration centrale du Protectorat, de la direction des services des antiquités et des arts permettent de poursuivre avec plein succès la recherche et l'inventaire de ces richesses, précieuses en renseignements pour la colonisation présente.

Le dernier compartiment du pavillon réunissait quelques documents susceptibles d'intéresser le touriste. On pouvait facilement s'y rendre compte de la situation et de la distance respectives de la Belgique et de la Tunisie, des moyens de transports qui les relient, mettant Tunis à moins de 65 heures de Bruxelles. Un comité d'hivernage institué là-bas, se préoccupe de rendre agréable le séjour des touristes tentés par la douceur d'un ciel toujours pur, au bord des flots bleus de la Méditerranée.

Le peintre y trouve d'inépuisables sujets; le chasseur, pour peu qu'il gagne le sud, des émotions dignes de Tartarin; les eaux thermales et les stations climatériques prêtent leurs vertus vivifiantes aux malades. Le simple promeneur éprouve un charme sans cesse renouvelé à parcourir les rues étroites, les souks ombreux des quartiers arabes où se fabriquent et se vendent dans une perpétuelle animation les armes, les cuirs brodés, les selles, les vêtements multiformes, les tissus aux nuances chatoyantes parfois lamées d'or et d'argent, tapis de Kairouan ou d'Oudret, couvertures de Gassa et de Djerba, la bijouterie de Mokenine encore imprégnée des méthodes byzantines.

Les meubles peints, les coffrets recouverts d'écaillé et de nacre étaient l'œuvre d'habiles ouvriers d'art encore groupés en corporations, ayant leurs règles et leurs hiérarchies, gardant pieusement les traditions d'une époque lointaine.

L'Exposition n'était pas encore à son déclin que déjà le but poursuivi par le Comité colonial de la Tunisie semblait se réaliser.

De fait, l'Administration de la Régence avait reçu quantité de lettres de commerçants belges demandant des détails complémentaires à ceux fournis d'une façon assez générale dans le pavillon lui-même.

Avec un louable empressement, le Résident général avait fait répondre à chacune d'elles; aussi nul doute que nos relations déjà si importantes avec la Tunisie ne s'augmentent encore pour le plus grand bien de nos intérêts respectifs.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905