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Asie Française


Asie Française à l'exposition de Liège 1905

Dans le Jardin d'Acclimatation, sur la rive de la Meuse, un long pavillon bas attirait les regards. Il était coloré comme une image d'Epinal pour enfants chinois, des bambous grillaient ses fenêtres, les versants de ses toits étaient concaves, tandis qu'une longue galerie se taillait à même sa partie latérale et que son entrée s'approfondissait dans sa façade. C'était le pavillon des Possessions françaises en Asie.

Sa situation, proche du Village chinois et du jardin japonais, contribuait à, continuer l'impression ressentie à la vue des éléments extrême-orientaux réunis dans ces expositions précitées.

On entrait. Devant soi, un long hall se limitait par des vitrines; ça et là, des groupes d'indigènes habillés suivant les usages locaux et coiffés ou nu-tête laissaient errer un vague sourire sur leurs visages jaunes.

Le visiteur pressé admirait vite un superbe bât d'éléphant à l'usage des rois du Cambodge, évoquait la rutilance, sous le grand soleil de là-bas, d'immenses parapluies frangés d'or, s'inquiétait de ces visages énigmatiques qui le regardaient passer, avec l'ironie de leur expression figée, puis il souriait devant des masques tragiques de théâtre et devenait rêveur en faisant tinter du doigt, très légèrement, les cloches de pagodes hérissées de dragons fabuleux à leur partie supérieure. Un son frêle, très lointain, un son de cloche morte évoquait des paj's mystérieux, concentrés, un peu têtus et hostiles, et il n'est personne de quelque culture intellectuelle qui ne se rappelât, à l'audition de ces sons sacrés, les superbes et nostalgiques pays qu'un capitaine de marine français, Julien Viaud, en littérature Pierre Loti, de l'Académie française, consacra à la conquête de l'Indo-Chine.

Le visiteur s'éloignait un peu ému, avec une langueur qu'il aurait voulu endormir au bercement de quelque orchestre tzigane ou éparpiller dans la chanson monotone du fleuve; mais soudain, le sourire du pavillon de l'Afrique faisait rentrer en son âme étreinte, toute la joie exaltée de la World's Fair.

L'Indo-Chine, la plus importante des colonies françaises, comprend la Cochinchine, le Tonkin, l'Annam, le Cambodge et le Laos. Leur agglomération en un domaine unifié et solidarisé a exigé 35 ans d'efforts de la part de la France. Ce territoire s'est encore accru en 1898, de l'adjonction de Kouang-Cheou-Ouan, concédé par la Chine.

La Cochinchine est la plus ancienne des colonies françaises en Indo-Chine. Aussi, les progrès économiques et industriels, exemple de la colonisation intelligente de la France, qui y ont été accomplis sont très significatifs. Ce sont les chemins de fer et les routes carrossables dont la longueur d'exploitation s'accroît sans cesse, l'étendue de ses cultures et notamment de ses rizières, l'établissement dans le pays de sociétés d'assistance publique et d'hygiène, tandis qu'un outillage sérieux de défense va être appliqué à Saigon et au cap Saint-Jacques, qui forment le double point d'appui de la flotte.

Parmi les produits divers, exposés sous bocaux dans le compartiment spécial réservé à la Cochinchine, on notait le paddy, le riz, le poivre, les frisons, le fil frison, les cocons, une espèce particulière d'ouate végétale, les gommes, les noix vomiques, le coprah, l'huile de coco.

La participation du Tonkin succédait à celle de la Cochinchine. Hanoï, la capitale, compte 150.000 habitants, tandis qu'une autre ville, Namm-Dinn, en possède 50.000.

Les industries d'art du Tonkin sont très renommées; leur beauté est du reste très réelle. A côté des sculptures sur bois, des incrustations de nacre sur panneaux d'essences précieuses, des vases en cuivre et en bronze niellé, des broderies sur étoffes, une oeuvre merveilleuse, exposée dans le pavillon, synthétisait à elle seule tout le charme de l'art tonkinois.
C'était une pièce de bronze, fouillée de dragons, hérissée de leurs griffes, approfondie des cavités tordues et contorsionnantes de leurs gueules. Des défenses d'ivoire, ciselées mêmement, se révélaient en guirlandes et rafraîchissaient la beauté sombre du bronze de leur blancheur lumineuse. Cette oeuvre, un peu parente de l'art japonais, constituait un superbe objet de musée.


L'agriculture tonkinoise était représentée par des échantillons de sucre de canne, de coton, de badiane, de manioc, de pavot à opium, de thé, qui commence à être apprécié en France et enfin de soie indigène et de vernis laque.

Un pays qui lutta vingt siècles pour la conquête de son autonomie, lui succédait : c'était l'Annam, qui, placé sous le protectorat de la France, géographiquement relie le Tonkin à la Cochinchine.

L'Annam exposait à Liège des carreaux mosaïques, des boîtes de Hué, sa capitale, divers produits végétaux et enfin la soie qui est sa principale industrie.

Le Cambodge, placé également sous le protectorat de la France, réunissait à l'Exposition quelques échantillons de riz, de soie, de coton, de haricots, de cardamoine, de gomme gutte.

Contrairement à la croyance générale, le Laos est une possession directe de la France. De la cardamoine, de la gomme laque, du benjoin, du thé, du caoutchouc, des bois de teck groupés en « montre » constituaient la représentation documentaire de son agriculture générale, tandis que des bijoux et des tissus indigènes dénonçaient la coquetterie originale des Laotiennes.

Comme nous le disions, un territoire entièrement chinois, le Kouang-Chéou-Ouan, a été concédé à la France en 1898 par le Céleste-Empire. C'est une terre très fertile contenant, notamment, des gisements houillers.

Ce furent là les principales contributions ethnographiques et commerciales apportées par la France dans ce pavillon de ses possessions en Asie.

Outre une légitime admiration pour son bienfaisant génie colonisateur, il en ressortait le double enseignement de sa courtoisie internationale et de son pacifisme intelligent qui sait reconnaître à des peuples de civilisation antique une part de sagesse inassimilable.

La France se contente alors de gouverner avec ce peuple, et tout en introduisant les progrès incontestables de l'élément européen, elle veille encore à laisser intactes les coutumes et les traditions qu'une longue vieillesse a rendu vénérables.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905