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Algérie


Algérie à l'exposition de Liège 1905

L'Algérie n'est ni une colonie proprement dite ni un département français dans le sens exclusif du mot; elle participe de l'un et de l'autre en relevant politiquement du Ministère de l'Intérieur et en étant placée administrativement, comme les autres possessions françaises, sous la haute direction d'un Directeur général.

La participation de l'Algérie à l'Exposition de Liège était placée sous la direction de M. Gérard, directeur de l'Office de l'Algérie, délégué du Gouvernement général. Secondé par M. Henri Dupont, il apporta à sa tâche la compréhension la plus haute et la plus éclectique. Tout en s'attachant à mettre dans le meilleur relief les produits algériens, provenant soit de colons, soit d'indigènes, il sut encore intéresser les visiteurs par l'ordonnance superbe des échantillons exposés, par la beauté qu'il sut imprimer à des étalages dont les éléments étaient forcément d'une certaine banalité pour l'œil. Enfin, il s'attacha à faire revivre les vestiges laissés là-bas par la civilisation romaine et les groupa dans une pièce où l'art indigène était également représenté.
La façade du pavillon de l'Algérie regardait le pavillon des possessions françaises d'Afrique et se trouvait lui-même en face du petit pavillon de la Norwège.

Sa blancheur éclatante était rendue plus joyeuse par son architecture aisée et fine, tandis que les palmes vertes éparses parmi les colonnettes de son portique où les tentures d'un rouge chaud rendant intimes les baies qu'elles renfermaient, contribuaient à la rendre plus harmonique.
Aux deux entrées de la façade, des spahis superbes faisaient complète l'illusion évocatoire.
De style mauresque algérien, par certains détails ce pavillon se rapprochait de l'architecture du XlVe siècle, dite tlemcénienne. Il couvrait une surface de 250 mètres carrés et se composait principalement de deux longues galeries, disposées de part et d'autre, d'une salle carrée, précédée d'un portique abrité par un auvent à la mauresque.

Un porche d'entrée rappelant la porte de la mosquée Mohammed-el-Kébir à Oran, donnait accès à la première galerie. Un minaret de même style le surmontait à une hauteur de 18 mètres; il se flanquait, au côté opposé, d'une coupole à lucarnes étroites.

La première salle longue dans laquelle on pénétrait, réjouissait l'œil par la belle couleur d'or répandue partout, en gerbes, en panoplies, en flacons d'huile d'olive.

Ça et là, parmi ce décor s'ouvraient des sacs pleins de céréales; ou aurait voulu les faire ruisseler dans la paume de sa main, avec le geste pieux que l'on aurait en soupesant des grains d'or. La lecture des noms, étiquetant chaque sac, n'était nullement fastidieuse, tant elle s'enveloppait d'une imagination de décors sainement agricoles. On lisait: blé dur, orge, graines de lin, blé barbu tuselle, semoule, blé tendre, et on se sentait plein de respect pour cette richesse d'un sol fertile. Etagées en colonnes ou disposées en essaims couchés, des bouteilles de formes et de couleurs diverses attiraient ensuite les regards; elles contenaient des vins d'Algérie et de l'huile d'olive.

L'industrie oléicole, grâce à une culture plus rationnelle et plus rapide, s'est développée considérablement depuis quelques années.

Quant à la production viticole qui est la première et la plus importante richesse du sol algérien, le fait qu'elle groupait à Liège 285 viticulteurs, dispense de tout commentaire. Diverses liqueurs étaient également représentées par des bouteilles de mandarine, de gentiane, de vermouth, de quinquina, d'amer.

Celles-ci voisinaient avec des flacons de parfums divers: essences de roses, de géraniums, d'eucalyptus.
Les cigarettes, les cigares, les feuilles manufacturés de tabac algérien sont trop connus pour que nous nous appesantissions sur leur participation dans le pavillon ; à côté, des articles de brosserie, des cordages, des fibres textiles, des laines, des soies, continuaient la participation des dérivés de produits du sol avec des échantillons de liège, d'alfa, de corbeilles, oeuvres de la vannerie indigène.

La salle centrale, carrée, prenant jour sur le portique et par d'étroites fenêtres à vitraux verts, était, au point de vue local, la plus intéressante.

Ça et là, sur des socles, des statues antiques établissaient de quelle empreinte impérissable les Romains avaient marqué leur passage sur le sol algérien. On y voyait notamment une Vénus Aphrodite, un Artémis, un Dyonisios.

Au milieu, une lampe de mosquée se balançait doucement; par terre, des tapis lourds, un tabouret incrusté de mosaïques semblaient établir l'existence d'un être dans cette reproduction de l'intérieur d'une maison algérienne.

Une main, artistement négligente, avait jeté ça et là, en décor, un éparpillement de menus objets, vases, plateaux, récipients en cuivre qui contribuaient à rendre cette pièce plus vivante encore.

Les objets de sparterie brodés d'or, les babouches, les étuis à revolvers, les housses, constituaient un résumé charmant de l'art indigène. On évoquait une fantasia où ces objets auraient brillé dans une chevauchée fantastique de petits chevaux fringants parmi une envolée de tissus colorés et les claires sonnailleries des encolures.

La troisième pièce du pavillon, identique à la première, se composait d'une galerie divisée en deux salles réservées à l'Exposition des mines et des carrières.

Dans la première pièce, des cartes en relief de différentes exploitations, permettaient de reporter aux lieux dont ils étaient originaires, différents échantillons miniers, exposés là près, des blocs de sel, de la calamine, de la galène, des phosphates, du pyrite de fer.

Venaient ensuite des marbres d'une rare beauté et des onyx dorés, rouges, agates, du jaspe africain, de l'albâtre oriental, les statuettes originales et fidèlement moulées, échantillons de la perfection réalisée dans la briqueterie à vapeur.

La seconde pièce de la galerie, proche de la sortie, groupait l'exposition de la Société des Onyx de Sidi Haura.
La précieuse pierre qui nous était montrée en utilisation de toute beauté, tels que deux rampes d'escalier, deux cheminées et une table modern-style, très décorative. Parmi les expositions émanant de l'industrie individuelle ou collective, il en est une que nous ferons spécialement remarquer: c'est celle de la Manufacture des tapis d'Orient, d'Alger, qui emploie uniquement la main-d'œuvre algérienne. Les tapis pro- venant de cette manufacture étaient répandus, à foison, dans le pavillon, en portières aux baies, par terre ou jetées négligemment sur des coins d'étal, tandis que sous le portique, deux adolescents aux larges pantalons tissaient, de leurs doigts agiles, ces tapis aux nuances chaudes et somptueuses.

Enfin, en consultant des graphiques et des brochures, on pouvait se rendre compte du nouvel effort tenté par l'Administration pour attirer dans la colonie un contingent de plus en plus nombreux de familles métropolitaines, au moyen de la création de nouveaux centres de population européenne, par l'attribution gratuite et la vente des terres à bureau ouvert.

De l'exposition éparse dans le pavillon corroborant documentairement les renseignements donnés par des brochures, il était facile de constater la place prépondérante que tient, dans les préoccupations du Gouvernement général de l'Algérie, le souci d'une prévoyante et équitable administration des populations musulmanes.

Depuis longtemps, l'Algérie nous est familière de nom ; des livres d'écrivains français nous l'ont fait connaître et apprécier. Aussi, plus d'un visiteur aurait-il voulu exprimer aux organisateurs du pavillon de l'Algérie, la reconnaissance profonde qu'il leur vouait, en raison de la puissance évocatoire qu'ils avaient su faire tenir dans quelques objets, artistement choisis.

Si l'Exposition de Liège était un charme, il est certain que les pavillons blancs des colonies françaises, épars parmi les feuillages, assis au bord des lacs, entraient pour une bonne part dans cette impression flatteuse et parmi ces palais, il n'est pas moins certain que celui de l'Algérie en était, dans cet ordre d'idées, un élément primordial.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905