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Palais de l'Alimentation Française


Palais de l'Alimentation Française à l'exposition de Liège 1905

Le groupe des aliments, tant liquides que solides, avait réuni un nombre si. considérable d'exposants, qu'il fut impossible de les grouper dans la section française des halls, pourtant d'une si grande étendue. Les négociations menées par M. le président Pinard avec le Comité Exécutif de l'Exposition aboutirent à la concession d'un vaste terrain sis au quai Mativa.

Sur celui-ci, M. de Montarnal édifia le spacieux et riant Palais de l'Alimentation, d'une si heureuse sobriété d'ornements. D'une longueur de 140 mètres et d'une largeur de 20 mètres, il comprenait par conséquent une surface d'exposition de 2.800 mètres carrés. Grâce à sa hauteur de 14 mètres, il avait permis l'installation des grands appareils de rectification.

Il était situé dans un des plus jolis sites qui embellirent la World's Pair, tout proche du pont Mativa qui, profilant sur la légère buée des lointains de la Dérivation de la Meuse sa silhouette précieusement fine et élégante, reliait le quai Mativa aux frais et touffus ombrages du Parc de la Boverie.

La façade latérale du Palais, avec son long balcon, se reflétait dans l'eau calme où se profilait de temps à autre la silhouette hiératique de quelque gondolier, penché à l'arrière de son embarcation.

Le Groupe X, dont nous donnons plus loin les divisions particulières, était composé des classes 55 à 59 (Matériel et Procédés des industries alimentaires — Aliments solides), de la classe 60 (Vins et Eaux de vie de Vins) et des classes 61 et 62 (sirops liqueurs, boissons diverses).

Le distingué président du Groupe, M. Henry Turpin, avec son expérience des expositions et sa discrète courtoisie, sut relier les classes entre elles, tout en leur laissant leur individualité et leur autonomie.

M. Jules Cahen, en qualité de secrétaire, lui apporta son précieux concours et de leur collaboration sortit ce remarquable ensemble qu'offrait le Groupe X.

Sur toute la longueur du Palais, la partie centrale surélevée était décorée de pampres de vignes qui se suivaient de ferme en ferme. Les murs étaient tendus de toile grise, égayée à sa partie supérieure d'une frise formée de larges guirlandes de roses.

Avec ses ornementations variées, ses installations ingénieuses, ses savoureuses vitrines, le Palais de lAlimentation française était réellement intéressant à visiter. Peu à peu, à mesure qu'il avançait dans sa promenade, le visiteur se sentait envahi par un véritable appétit de gourmet. La seule lecture des noms des aliments exposés était une véritable délectation. Les goûts les plus variés, les plus hétéroclites auraient pu trouver ici les aliments qui leur convenaient.

Les champagnes, les vins légers, les biscuits fins, par leurs qualités superficielles, auraient été prisés plus particulièrement, par exemple, par un Parisien de Paris. Par contre, les lourdes conserves de foie gras, les épais et savoureux vins de Bourgogne eussent convenu à de solides estomacs flamands. Ils évoquaient une orgie débridée, dans quelque auberge de Teniers, meublée de sièges lourds. Il en était de même des aliments qu'on eut pu rapprocher pour en tirer des évocations de scènes propres à certains pays.

Telle était l'impression qui prenait l'intellectuel errant dans ce palais. Une grisante odeur de vins, mêlée à des senteurs diverses d'aliments, y planait. On y rêvait de quelque disciple de Gargantua assis à quelque table, le grand couteau en main, la serviette au cou, le gilet ouvert, la face fleurie, dégustant tout ce qui se trouvait sous les vitrines, tout ce qui s'étageait en colonnes, fûts, boîtes, terrines, etc.

Le visiteur aurait choisi peut-être le vin enfermé dans le flacon le plus précieux, le chocolat enveloppé du plus beau papier, le jambon le mieux garni de papier rose, tant il y a entre le contenant et le contenu de secrètes affinités et dont sut si bien convenir celui qui inventa ces longs et frêles verres à Champagne, précieux et légers comme la liqueur qu'ils sont destinés à contenir.

Pour épilogue à ces réflexions sans lesquelles la description du Palais de l'Alimentation n'eut été qu'un froid étalage de choses quelconques, rappelons les spirituelles paroles prononcées par M. Gustave Francotte, Ministre de l'Industrie et du Travail, lors de l'inauguration du Palais, quand il indiqua plaisamment l'influence des bons mets sur les relations amicales des peuples, et posa, comme axiome, que l'avenir appartient aux peuples qui mangent bien et boivent encore mieux.

Une longue promenade dans ce palais était des plus suggestive et des plus amusante. Nous la ferons en compagnie de nos lecteurs en leur faisant remarquer que les quelques noms d'exposants qui viennent sous notre plume, pris parmi des milliers, ne sont amenés que par l'ampleur de leurs installations, d'où la nécessité d'une mention spéciale.

La classe 60, avec ses vins variés et ses eaux-de-vie de vins, se présentait la première.

Le nombre considérable de ses exposants et l'importance des aménagements de certains d'entre eux nécessitèrent un emplacement de neuf cents mètres de superficie, dans lequel de larges allées, tracées autour des vitrines et des gradins, permettaient de circuler aisément et assuraient le facile accès des classes voisines. Avec ses dioramas brossés par le maître décorateur Jambon, ses tableaux, son arc de triomphe monumental, ses vitrines, ses gradins, ses fûts étages, le pittoresque de ses dégustations, sa frise décorative, ses drapeaux et ses oriflammes, la classe 60 offrait un savoureux décor bachique.

Après avoir donné dès l'entrée un coup d'œil général, le visiteur trouvait à droite et à gauche de la porte principale les belles installations de la Bourgogne, du Maçon- nais et du Beaujolais réunissant les vins des 600 exposants des départements de l'Yonne, de la Côte-d'Or, de la Saône-et-Loire et du Rhône. A droite, s'étageaient autour du diorama représentant une vue intérieure des célèbres hospices de Beaune, les riches collections des vins de la Côte-d'Or envoyées par de nombreux exposants individuels et par différents syndicats et sociétés viticoles.

C'étaient le syndicat du Commerce des vins et spiritueux de Dijon, le syndicat viticole de la Côte Dijonnaise, le syndicat des Propriétaires de Gevrey-Chambertin, les sociétés viticoles du canton de Nuits-Saint-Georges, la société vigneronne de Beaune, le syndicat viticole d'Auxey-le-Grand et la collectivité des Propriétaires viticulteurs de la Bourgogne.

Le diorama cité plus haut, véritable œuvre d'art, encadré de vignes grimpantes aux raisins dorés et de gradins chargés de bouteilles aux étiquettes multicolores, présentait l'aspect de l'une des vastes cours de cet établissement renommé.

Entre les bâtiments aux lignes fuyant en décroissant vers le fond du tableau, le puits élevait sa margelle de pierre et son clocheton en fer forgé. Des acheteurs affairés parmi lesquels on reconnaissait certaines personnalités, qui, tous les ans, se rendent à ce marché, dégustaient et discutaient en gesticulant.

Cette scène, éclairée par un soleil d'automne, donnait bien l'illusion d'un jour de « Vente des Vins des Hospices de Beaune ».

Un peu plus loin, l'attention était attirée par un remarquable tableau allégorique de la vendange de la Côte-d'Or que symbolisait une jeune femme, assise sur un char attelé de lions, au centre d'un groupe de faunes armés de thyrses, et de génies ailés couronnés de pampres vermeils.

A gauche, sur les côtés du diorama, faisant pendant à celui de la Côte-d'Or, étaient échelonnées les bouteilles des individualités du Beaujolais et du Maçonnais, avec celles des nombreux adhérents de la Chambre syndicale de Mâcon, du Syndicat des Vins et Spiritueux de Lyon et du Département du Rhône.

Le peintre de ce diorama, obéissant à l'idée maîtresse de grouper en une seule toile plusieurs sites renommés du Maçonnais, avait, par une fantaisie d'artiste, rapproché le « Moulin à Vent » et la « Roche de Solutré » de la Ville de Mâcon.

La Saône qui coulait au premier plan, et dont les eaux sillonnées de remorqueurs tirant des chalands chargés de vins, réfléchissaient les maisons bigarrées de son quai pittoresque, complétait ce paysage et lui donnait de la vie.

En face de ce tableau étaient installées deux élégantes vitrines: l'une contenait les vins des négociants de la Bourgogne, de la Seine, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne et de l'Oise, ainsi que les échantillons réunis par la Chambre syndicale des Courtiers- Gourmets de Paris autour de la curieuse collection des tasses anciennes à déguster de M. Malaquin, son président; l'autre renfermait des spécimens variés de différentes régions vinicoles envoyés par la Chambre syndicale de Commerce en gros des Vins et Spiritueux de Paris et du Département de la Seine, qui s'était réservé ce stand entièrement et l'avait aménagé avec un goût parfait.


Sur un emplacement situé auprès, M. Vitou, négociant à Paris, avait, à l'aide de décors, reconstitué un « Mas » languedocien.

Cette construction originale et de couleur tout-à-fait locale était percée d'une large voûte. A cheval sur des allées transversales de la classe, cette voûte supportait une terrasse surmontée de perches entrecroisées, sur lesquelles des vignes venant du sol grimpaient et s'enlaçaient.

Le visiteur, passant dessous, avait à sa gauche, en trompe-l'œil, un chai garni de ses fûts et à sa droite le comptoir de dégustation et de vente des produits exposés par le propriétaire du « Mas ».

Non loin de là, il arrivait à un stand dont les côtés extérieurs étaient chargés de bouteilles et au centre duquel MM. Hanier et fils et Cie, négociants à Paris, avaient reproduit, en réduction, un magasin de vins des entrepôts parisiens.

Revenant sur ses pas, il voyait enfermées derrière les mêmes glaces, les bouteilles de formes différentes appartenant aux exposants individuels de l'Hérault, de l'Aube, de Meurthe-et-Moselle et des Vosges, ainsi que celles du Syndicat viticole de Jurançon et de la Cave coopérative de Gaillac, et s'il se retournait,, il avait sous les yeux les vins des diverses régions contenus dans les belles vitrines de M. Soualle, négociant à Pont- Sainte-Maxence, et de M. Joninon, négociant à Paris.

Il rencontrait ensuite le kiosque de la « Dégustation » des vins blancs de la Basse-Bourgogne, appartenant à M. de Traynel.

Vis-à-vis de ce kiosque, sur des gradins étaient réunis les vins du Midi de la France présentés par les exposants individuels de l'Aude, du Lot, du Lot-et-Garonne et des Pyrénées-Orientales, ainsi que par les Syndicats et les Comités de leurs départements respectifs, ceux du département du Var par les Sociétés d'agriculture de Toulon; ceux d'Hyères et de la Qarde du Gard par les Syndicats agricoles du Gard; ceux de Bagnols-sur-Cèze et de la vallée du Rhône; ceux du Tarn, par les Syndicats agricoles de Lavaux et d'Albi, et par le groupement des propriétaires viticulteurs du canton de Saint-Paul; ceux du Cap de Joux des Basses-Pyrénées, par le Syndicat du Commerce en gros des Vins et Spiritueux des Basses-Pyrénées, le Syndicat du Jurançon et le Syndicat agricole de Lembeye, et enfin, ceux des Hautes-Pyrénées par le Syndicat de Madiran.

Au point central de cette exposition méridionale dominait, adossé au mur, le meuble monumental de la Collectivité de l'Hérault. Dans cette transparente verrière, aux lignes harmonieuses, apparaissaient indépendamment des bouteilles exposées deux tableaux allégoriques dressés par les soins de MM. Leenhardt Pomier et Cyprien de Crozals, présidents des Comités de Montpellier-Lodève et Béziers-Saint-Pons.

Ces tableaux reproduisaient, l'un la statistique officielle des livraisons des vins récoltés dans les 77 départements français cultivant la vigne (moyenne des années 1901- 1903) et l'autre la comparaison entre les importations françaises et étrangères, montrant cette conclusion que la France exporte en Belgique plus de vins que toutes les autres nations réunies.

Le visiteur passait ensuite devant les vitrines isolées de divers propriétaires de Bordeaux et de Paris-Bercy, de la Société des vins de Banyuls, puis devant les vitrines y adossées, dans lesquelles figuraient les produits des exposants individuels des Charentes, du groupement de la Chambre de Commerce des Deux-Charentes, du Comice agricole de l'Arrondissement de Saintes, du Comice agricole et viticole de l'Arrondissement de Barbezieux, du Comice agricole et viticole de l'Arrondissement de Cognac, du Comice agricole et de la Société d'agriculture de l'Arrondissement de Jonzac, ainsi que ceux des exposants individuels du Bordelais et de la Dordogne.

Cette section, placée sous le patronage du Comité du Département de la Gironde, réunissait 590 exposants dont les adhésions avaient été recueillies par les Comices de Bazas, de Cardillac, de Créon et de l'Entre-deux-Mers, de Libourne, de Podensac de la Réole, par les Syndicats agricoles de Bordeaux, par le Syndicat des expositions de vignobles de la Gironde, des grands crus classés du Médoc, des Graves de Bordeaux, de Cardillac, Podensac et des cantons limitrophes de Saint-Emilion, des Vignerons de Loupiac de Bourg-sur-Gironde, de Saint-André du Cubjac et de Galgou, par l'Association des Propriétaires viticulteurs de la Gironde, par la Société d'Agriculture de la Gironde, l'Union syndicale des Négociants en Vins de Bordeaux et le Syndicat du Commerce en gros des Vins et Spiritueux de la Gironde.

Les vins, aux crus si divers, étaient rangés sur de longues files de gradins au-dessus desquels un immense tableau artistique indiquant les firmes des négociants et les noms des viticulteurs, attestaient l'ampleur de cette coopération.

A ces envois, venaient s'ajouter ceux des exposants individuels qui complétaient ainsi l'ensemble de l'Exposition girondine dont tous les adhérents avaient vraiment rivalisé d'efforts pour contribuer au succès commun.

Cette exposition était agrémentée d'un diorama représentant le « port de Bordeaux ». L'image de ce port, avec ses larges quais encombrés de camions chargés d'innombrables fûts et sa superbe rade où se balançaient les navires attendant leur précieuse cargaison, donnait bien la saisissante impression de la suractivité du commerce bordelais.
A l'une des extrémités de la section bordelaise, M. Larronde, vice-président du Syndicat des vignobles de la Gironde, désireux de faire connaître les vins de ses adhérents, avait installé un très beau stand-comptoir où les promeneurs pouvaient déguster les produits exposés.

Le mur de cette belle installation était orné d'une immense carte de la Gironde désignant les principaux points des vignobles bordelais.

Quittant le Bordelais, le visiteur abordait les grands foudres d'eau-de-vie de MM. Picard fils, négociants à Saint-Jean-d'Angely et parvenait, dans l'allée centrale au pied du majestueux arc de triomphe édifié par la maison E. Mercier et Cie , d'Epernay, avec des bouteilles de Champagne soutenues par une armature invisible. Contre le pilier droit de ce monument,il trouvait les vins du Syndicat des Agriculteurs de la Vienne.

Arrivé à l'Est de la classe, sur le vaste emplacement affecté à la section charentaise, on se voyait environné de nombreux fûts d'eau-de-vie qui s'y entassaient, gerbes les uns sur les autres, et semblaient menacer d'envahissement les stands voisins. La plus grande partie de ces fûts formait l'exposition de la Société des Propriétaires vinicoles de Cognac, laquelle, dans une vitrine située au milieu de cette enceinte, avait rassemblé les échantillons de ses sociétaires.
Revenant en arrière, le visiteur avait devant lui la claire échappée du diorama de la vallée de la Charente dont le premier plan était formé par des gradins bas sur lesquels s'alignaient les fioles des vieilles eaux-de-vie, merveilles de la production charentaise.

La vue panoramique de cette vallée donnait, dans son immense étendue, la perspective en relief des villes d'Angoulème, Châteauneuf-sur-Charente, Barbezieux, Jonzac, Cognac, Saintes, Saint-Jean-d'Angely, et, se fondant au loin dans les brumes de l'Océan à travers la limpidité de l'atmosphère, le cours de la Charente, où les routes, les chemins de fer, les bois, les champs et les vignes apparaissaient nettement dessinés.

Cette oeuvre, conçue par M. le Commissaire général Chapsal, originaire de la Charente (Saintes), avait été exécutée de main de maître par son compatriote M. Jambon.

Voisinant avec les Charentes, le Gers exposait les produits de sa distillation universellement connus sous le nom d'eau-de-vie d'Armagnac. Plusieurs adhérents individuels et le Comice de Condom et de l'Armagnac avaient réuni sur les mêmes gradins des bouteilles de très vieille eau-de-vie et des bouteilles de vins nouveaux rouges et blancs.

En quittant le Gers, le visiteur rencontrait le brillant ensemble des vins d'Anjou, présentés par le Syndicat général des vins d'Anjou, le Comice agricole de Saumur, l'Union des Viticulteurs de Maine-et-Loire et passait devant la « Dégustation » des vins blancs de l'Union vinicole des propriétaires de l'Indre-et-Loire.

Reprenant sa route, il côtoyait les expositions de l'Association de Clermont-Ferrand, puis la charmante vitrine du Syndicat des vins mousseux de Saumur.

Le visiteur admirait ensuite les expositions de la Champagne artistement groupées au centre de la classe.

Près du stand de M. Gabriel Perrier, négociant à Châlon-sur-Marne, se trouvait une originale construction composée de caisses à Champagne. L'ingénieux assemblage de ces caisses, percées de portes et de fenêtres vitrées laissant voir le confort de son aménagement intérieur, formait un bureau de vente dans lequel la maison Veuve Clicquot- Ponsardin, de Reims, avait installé son agent commercial.

En face, s'étendait en longueur et parallèlement au mur, le stand du Syndicat des Vins de Champagne.

Entre les deux jolis meubles Louis XVI formant les ailes de ce stand, et qui contenaient les bouteilles des 34 maisons de ce syndicat, la maquette, en miniature, d'une installation champenoise éveillait la curiosité générale.

La coupe des celliers superposés de cette maquette dévoilait les opérations successives et continues de la préparation des vins de Champagne, depuis la vendange jusqu'à l'expédition.

On apercevait au milieu des foudres, des fûts et des bouteilles, des ouvriers occupés aux diverses phases de cette manutention comportant l'assemblage, la mise en bouteilles, la mise en pointe, le dégorgement, le dosage, le bouchage et enfin l'expédition.

A cette amusante et instructive reproduction, était joint un tableau synoptique qui faisait ressortir au moyen de bouteilles de dimensions différentes, l'importance de la production, celle du stock en magasin et celle des expéditions annuelles des vins de Champagne.

Auprès, se trouvait une grande vitrine à plusieurs faces dans laquelle des négociants et des propriétaires champenois avaient déposé dans un ordre symétrique, les vins de leurs diverses marques.
Quittant le centre de la classe et revenant vers l'entrée, le visiteur traversait les expositions collectives des syndicats de Meurthe-et-Moselle et du Barrois et passait devant l'originale pyramide de bouteilles des propriétaires de Châteauneuf-du-Pape, et devant le groupe des exposants individuels de Vaucluse, puis, atteignant la vitrine de M. Claude Blanc, négociant à Paris, il terminait son examen à la classe 60 par le chalet de dégustation coquettement installé par la maison E. Mercier et Cie, d'Epernay, dont le monumental arc de triomphe, situé au fond du compartiment réservé à la classe 60, donnait accès dans les classes 55 à 59.

Ici se groupaient l'alimentation solide, le matériel et les procédés des industries alimentaires.

De chaque côté des deux entrées principales communiquant, l'une avec la classe 60, l'autre avec les classes 61 et 62, étaient encadrés deux grands panneaux peints représentant des scènes de cueillette de fruits et de fabrication de conserves.

La réunion des divers éléments des classes 55 à 59 avait été amenée tout d'abord par la parenté des produits exposés et que résume du reste la classification générale et ensuite par le fait que la réunion exclusive du matériel des industries alimentaires, très encombrant, eut amené une grande perte de surface d'exposition. Pour y remédier, on avait placé entre les grands appareils, des meubles d'exposition peu volumineux. Les vitrines occupaient donc l'espace laissé entre eux par divers grands appareils formant la classe 55 qui comprenait le matériel et les procédés des industries alimentaires.

Celle-ci réunissait, soit en nature, en réduction ou en plans, les divers appareils utilisés que nous avons en vue.

Au hasard d'une promenade, on remarquait des appareils pour minoteries, une machine pour la confection des boîtes en fer blanc et leur soudage automatique, une machine pour la fabrication des eaux gazeuses, un modèle d'appareil pour la concentration des jus sucrés, divers appareils de distillation, etc.

MM. Ergot Orangé et Cie, de Paris, présentaient, parmi ceux-ci, leur grand appareil à distiller et rectifier tout à la fois, d'une hauteur de près de quatorze mètres. On notait, en outre, un matériel pour sucrerie, des brûloirs à café, des enrobeuses, des passe-purées mécaniques, des pétrins mécaniques, des modèles de tables, de comptoirs, de chaises, etc., pour l'installation des cafetiers et des marchands de vins.

Complétant le groupement de la Classe 55, M. Jacquemin, de l'Institut des Recherches scientifiques industrielles de Malzéville, près de Nancy, présentait différents documents relatifs à ses recherches sur les levures pures sélectionnées et les ferments purs des raisins des pays chauds.

Les produits farineux et leurs dérivés ressortissaient à la classe 56. Les aliments rentrant dans cette catégorie étaient présentés dans d'élégantes vitrines en groupements originaux et ingénieux. On remarquait de nombreuses vitrines de pâtes alimentaires, des amidons, des dextrines, des farines, des blés et leurs issues, des tapiocas, des semoules, des amidons de riz et de maïs, des glucoses, des riz et des farines de riz.

La classe 57, bien que moins bien représentée, était plus tentante et plus savoureuse à visiter pour le gourmet. Elle comprenait des produits de la boulangerie et de la pâtisserie. Les biscuits de luxe, les pains d'épice de Reims, les gaufrettes, les desserts fins, les petits fours, évocateurs des gourmandises féminines, distinguées et jolies.

Tout différent était l'aspect de la classe 58 réunissant les conserves de viande, de poissons, de légumes et de fruits destinées aux solides estomacs de seigneurs campagnards.

La liste de ces aliments est savoureuse à lire. C'étaient les conserves alimentaires, les potages concentrés, les truffes et les foies gras, les saucisses, les jambons, les conserves de foie gras truffé, les salaisons, les légumes desséchés, les conserves de poissons, les pâtés de canards, les truffes du Périgord, etc.

Les sucres et les produits de la confiserie, les condiments et les stimulants formant la classe 59 groupaient mille bonnes choses et ces produits destinés à exciter les estomacs blasés. Au hasard, nous citerons la réglisse, sous ses différentes formes, les confitures, le sel Cérébos, les moutardes, les conserves dans le vinaigre.
La participation de la confiserie était naturellement des plus importantes. C'étaient des dragées, dont d'aucunes très luxueuses pour festins et baptêmes, des angéliques, des amandes, des nougats purs fondants et aux fruits glacés, puis des violettes pralinées, des fruits confits, des marrons glacés, des fruits glacés et à l'eau-de-vie, du miel et des pastilles de miel, des sucres raffinés, etc., etc.

Parmi les nombreux exposants de chocolats réunis sous différentes formes et de qualités diverses, on remarquait la maison Menier, de Paris, dont l'exposition constituait un véritable monument. Il était formé de piles de tablettes de chocolat, doubles à sa base et réunies à sa partie supérieure par une sorte d'arc du plus grand effet. Outre différents tableaux relatifs à sa fabrication, cette importante maison exposait encore des documents renseignant le visiteur sur ses différentes institutions ouvrières. Cette grande arcade donnait accès dans la classe 61, consacrée aux sirops et liqueurs, aux spiritueux divers et aux alcools d'industrie.

La participation de cette classe était très suggestive. Dans de très jolies vitrines, les bouteilles, les unes taillées à facettes comme des flacons à parfums, les autres cachetées, estampillées, comme si elles contenaient de précieux viatiques, brillaient de tout l'éclat de leurs couleurs translucides. Il y avait de ces liqueurs épaisses et âpres au palais, que l'on ne concevait que dégustées dans de minuscules verres, il y avait les apéritifs les plus connus et enfin ces vieilles liqueurs de province, qui, échappées un jour de l'antique livre à recettes de quelque vieille, s'en sont allées vers l'usine. D'aucunes sentaient les fruits qui en formaient la base, d'autres aux fines herbes de montagnes rappelaient le diabolique élixir du R. P. Qauchez, dont Alphonse Daudet nous conta l'histoire.

Certaines firmes avaient fait des frais considérables pour s'assurer des stands particuliers. Parmi les plus remarqués, il faut citer ceux des maisons Cointreau d'Angers, Cusenier de Paris, Get de Revel, Ricqlès de Saint-Ouen, Violet de Thuir.

Parmi les liqueurs représentées, outre les ordinaires amers, rhum, vermouth, etc., on remarquait les crèmes de moka, de cacao, les liqueurs à la gentiane, à la prunelle, à la verveine, aux merises, au cassis, les caramels, les kirsch, les liqueurs de cloîtres, la fraisinette, le curaçao, l'eau de fleur d'oranger, etc., et différentes liqueurs aux noms particuliers.

La Classe 62, renfermant les boissons fermentées, c'est-à-dire les bières, les cidres et eaux-de-vie de cidres, terminait l'importante participation de l'Alimentation française. La participation de la Brasserie y fut plutôt un acte de courtoisie qu'une exposition proprement dite. Elle n'était qu'une manifestation de reconnaissance pour la participation désintéressée et très importante de la Brasserie belge à l'Exposition de Paris de 1900.

Aussi, l'exhibition de la Brasserie française se fit sous vitrine, sans comptoir de dégustation.

Bien que limitée, sa participation à l'Exposition n'en eut pas moins ce précieux résultat de resserrer encore les liens cordiaux qui, depuis si longtemps et surtout depuis le colossal et inoubliable banquet franco-belge de 1900, unissent fraternellement les brasseurs des deux pays.

Les cidres et eaux-de-vie de cidres, la plupart originaires du Calvados, réunissaient les liqueurs aux noms délicieux: cidres mousseux, cidres champagnisés, nectar de poires, poiré mousseux.

Ce fut dans cette variété d'éléments et dans l'ampleur de la représentation de chacun d'entre eux que résida l'importance de la participation de l'Alimentation française.
Dès le début, nous avons tenté de faire ressortir quel intérêt le visiteur ordinaire pouvait éprouver à la visite du palais édifié spécialement pour la circonstance et qu'une courtoisie de la France dénomma le Palais Mativa.

Pour terminer par des chiffres parlants et dont la signification nous dispensera de la paraphrase, disons que la classe des vins et eaux-de-vie de vins comptait 2.354 exposants, la classe des sirops, liqueurs, alcools et boissons diverses, 334 exposants, qu'enfin, dans les classes du Matériel et des Procédés des Industries alimentaires, des Produits farineux et de leurs dérivés, des produits de la Boulangerie et de la Pâtisserie, des Conserves de viandes, de poissons, de légumes et de fruits, figuraient 121 exposants.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905