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Industries Diverses


Industries Diverses à l'exposition de Liège 1905

Le quinzième groupe réunissait les diverses industries que la classification en usage n'avait pu rattacher aux précédents groupements, telles que la Papeterie, la Coutellerie, l'Orfèvrerie, la Joaillerie-Bijouterie, l'Horlogerie, les Bronzes et la Ferronnerie d'art, la Brosserie, la Maroquinerie, la Tabletterie et la Vannerie, les industries du Caoutchouc, les objets de voyage et de campement, la Bimbeloterie.

En dépit de sa dénomination par trop vague et à laquelle la qualification «diverses» semblait donner une importance tout accessoire, ce groupe était l'un des plus riches et des plus luxueux de la section française; les classes de l'Orfèvrerie, de la Bijouterie, de la Joaillerie, notamment, réunissaient les premières maisons de France; leurs vitrines étincelaient des pierreries les plus rares et les plus précieuses, montées en parure, avec un goût délicat et exquis.

La classe du Bronze, en tant qu'industrie, n'était pas moins remarquable, bien qu'on y notât quelques sujets un peu vieillots, tels qu'il s'en trouve sur toutes les cheminées de nos salons « classiques ».

A signaler, à un autre point de vue, l'exposition si amusante, si ingénieuse, des jouets de Paris.


PAPETERIE.

La classe 92 (Papeterie) commençait le groupe.

Ce groupement, qu'il ne faut pas confondre avec la classe 58 à laquelle ressortissait la fabrication du papier, avait, dans ses attributions, de réunir toutes les industries employant le papier comme matière première et celles qui s'y rapportaient, comme les crayons, les encres, les serviettes, etc.

Cette indication suffirait à donner la composition générale de la classe où se trouvaient surtout des registres, des encres, des cires à cacheter, des plumes métalliques, des crayons, des articles de fournitures pour bureaux, de toutes espèces et de toutes qualités.

D'autre part, les papiers-dentelles, les papiers gaufrés, la carte collée, la carte couchée, la carte découpée pour les cartes de visite, les enveloppes de lettres et les papiers façonnés se présentaient sous une variété de formes et de modèles du plus gracieux effet.

Dans l'industrie du cartonnage de luxe et de fantaisie, on reconnaissait le coup de main expert de l'ouvrière parisienne, donnant une grâce originale à un chiffonnis de papier, un nœud se posant avec délicatesse.

Dans ce genre, les créations vraiment artistiques de la France se trouvaient représentées à Liège par des sacs, des boîtes et des coffrets de toutes dimensions. On emploie pour leur fabrication les tissus les plus riches, et des peintures, souvent très fines, en rehaussent l'élégance et le cachet.

De bien jolies évocations émanaient de ces objets. C'étaient les boîtes pour confiseurs, roses et blanches, enrubannées, faisant penser à des baptêmes, à de petites cérémonies où se mêlent le touchant et le gracieux; les délicieux coffrets à ouvrages où s'amuseraient longtemps de fines mains de femmes désœuvrées.

Dans un autre genre, on notait encore des papiers spéciaux pour dessinateurs et lithographes, des étiquettes de tous genres, des calendriers-réclames, actuellement d'un si grand usage, d'autres encore et enfin d'un intérêt particulier, le produit « Papec » à base d'encres sèches, de la maison Jean Plateau, servant à éviter le halo sur les plaques photographiques.

Les travaux divers des élèves de « l'Ecole professionnelle de la Chambre syndicale du papier » attestaient, chez leurs auteurs, une réelle habileté jointe à un senti- ment très vif du beau. Cette école perfectionne les jeunes apprentis, garçons et filles, dans les diverses industries de transformation du papier et consacre à la fabrication du cartonnage un enseignement spécial.


ORFÈVRERIE - JOAILLERIE - BIJOUTERIE - HORLOGERIE.

Les classes 94, 95, 96, soit l'Orfèvrerie, la Joaillerie et Bijouterie, l'Horlogerie, occupaient un salon unique, s'ouvrant à même la grande allée centrale des Halls.

Trois grandes baies y donnaient accès, permettant au public de circuler facile- ment au milieu des merveilles qu'il contenait
Le milieu du salon avait été réservé au monument: « Via Vitae », de M. Chaumet, et, devant ce monument, dans une vitrine en glaces ajourées, avait été disposée une belle table à thé Empire, œuvre de M. André Aucoc; à droite, se trouvait un îlot de vitrines de joaillerie; à gauche, l'exposition collective de l'Horlogerie, derrière, d'autres îlots de vitrines et de stands, formaient un ensemble à la fois harmonieux et pratique pour le visiteur.

Dans de superbes vitrines, groupés en des stands de style moderne ou de styles classiques, les différents éléments d'exposition de ces classes prenaient le relief spécial, susceptible de leur donner leur vraie valeur décorative.

L'œuvre de M. Chaunet valait, disait-on, un million de francs. Sans cesse, les visiteurs admiraient l'or de ses statuettes, l'hostie en diamant avec incrustation de rubis qui le dominait, sa base en onyx d'Algérie.

L'idée inspiratrice de ce monument était la représentation dés forcés de la nature dans le chemin de la vie, sous l'impulsion dominatrice de l'Idée du Christ, Rédempteur du Monde, les différentes phases de la vie du Christ y étant représentées par des groupes abrités dans les creux du rocher précieux.

D'autre part, les différentes pièces d'orfèvrerie, en or et en argent, comportaient des jardinières, des services de table, des vases d'une richesse inouïe.

Les plus grands magasins de Paris exposaient dans cette classe. MM. Henry frères et C'^ avaient transformé leur stand en un véritable salon, orné de boiseries et de panneaux anciens. Dans ce décor luxueux, leurs belles pièces d'orfèvrerie semblaient sortir du trésor de quelque ancienne famille. La table, en argent massif, présentée par M. André Aucoc, restera une des plus belles pièces d'orfèvrerie du siècle.

MM. Risler et Carré avaient également transformé leur stand en un salon Louis XVL On y remarquait notamment de superbes jardinières, dans le genre de celle que cette maison fournit à la Ville de Paris, pour l'offrir au Roi d'Espagne.

Enfin, MM. Debain, Boulanger et Cie, Poussièlgue-Rusand, Féau, Feuillâtre et d'autrés, contribuaient encore au bon renom de l'orfèvrerie française par de superbes étalages.

La Joaillerie et Bijouterie étaient non moins brillamment représentées.

Sous Tes glaces translucides, tremblaient les aigrettes de diamant, fines comme des buées soudain figées, brillaient les perles de toutes nuances, les bijoux sertis, les grands colliers d'une valeur inestimable.

On notait le souci des joailliers d'imprimer à leurs fabrications un cachet moderne. En effet, en plus des bijoux de métaux purs et de formes classiques, on en remarquait d'autres, formés d'alliages aux coloris harmonieux, et revêtant des formes décoratives nouvelles et d'une grande beauté.

A côté de ces objets de grand luxe, se trouvait la bijouterie de fantaisie, actuellement de plus en plus recherchée. On sait que l'usage se répand de porter par précaution des perles fausses, à la place des vraies qui sont laissées dans les coffres-forts.

L'Horlogerie française était représentée par les principales maisons de Paris et de Besançon.

Dans l'élégante vitrine, conçue et exécutée d'après les plans de M. Louis Leroy, le célèbre horloger de la Marine de l'Etat, on remarquait des chronomètres de marine, des régulateurs astronomiques, des montres de précision, des pièces pour horlogerie et enfin des chronomètres de luxe, en or, ciselés et sertis de pierres fines.


BRONZES - FONTE ET FERRONNERIE D'ART - MÉTAUX REPOUSSÉS

Les bronzes, la fonte et la ferronnerie d'art, les métaux repoussés formant la classe 97, succédaient à l'Exposition de l'Orfèvrerie, de la Bijouterie-Joaillerie et de l'Horlogerie, et précédaient immédiatement le Salon d'Honneur, dit Salon de France.

La vue d'ensemble de la classe, soigneusement ménagée, donnait au visiteur une impression immédiate provoquant le désir d'un examen détaillé.

Le pourtour occupé par les stands, avec panneaux de fond, servait de cadre à la partie centrale divisée en quatre îlots entièrement dégagés.

On y remarquait les productions les plus diverses, depuis les bronzes d'imitation dont il convient de citer la tendance à éditer des oeuvres de mérite jusqu'aux plus beaux spécimens de la fabrication française.

Les maisons Bagnes, Ettlinger frères, Leblanc-Barbedienne, Pinedo, Siot-Decauville et Vian occupaient des stands particuliers où le connaisseur pouvait, sans peine, distinguer nombre de pièces fort belles.

Cependant, cette classe avait tenu avant tout, à une représentation éclectique. Dans les statuettes et pendules fantaisie en bronze d'art et d'imitation, les étains, les groupes, les vases, etc., on démêlait deux tendances: l'une, de nature à plaire aux gens de goût sûr, nous montrait des reproductions d'oeuvres d'une réelle beauté, telles des Rodin; et l'autre, désireuse de satisfaire le goût du gros public, se spécialisait dans la production de groupes de cheminée, représentant le « Travail », la « Science », la « Navigation », le « Courage », etc.

Cependant, dans l'un ou l'autre de ces genres de fabrications, il y avait lieu de noter le souci du travail consciencieux de la main d'œuvre et un réel progrès dans la beauté des teintes et le charme raffiné des patines qui couvrent le bronze, à la façon d'une moisissure.

Dans ce fouillis de statuettes, de pendules, d'objets en ferronnerie, d'appareils d'éclairage, c'était, en effet, la beauté des teintes qui prenait tout d'abord. A côté du bronze classique et du bronze vert-de-grisé, on notait les bronzes dorés, les bronzes noircis; d'autres qui avaient des teintes veloutées de fruits, de prunes et de raisins; puis les étains, les noires ferronneries, les terres cuites sur lesquelles volait un reflet de feu.

Ça et là, parmi cet amas sombre, éclatait, comme un coquelicot, quelque abat- jour rouge, destiné, sans doute, à tamiser une lueur chaude dans un intérieur somptueux, plein d'étoffes lourdes.


BROSSERIE - MAROQUINERIE - TABLETTERIE - VANNERIE.

La classe 98 comprenant la Brosserie, la Maroquinerie, la Tabletterie, la Vannerie, se plaçait entre le salon des cristaux, verrerie et céramique et le salon de l'Automobile.

Ses vitrines, peintes en couleur acajou, d'un style Louis XV modernisé, étaient du meilleur effet et s'harmonisaient à souhait avec la tonalité générale des objets exposés.

Le coup d'œil d'ensemble était parfait, élégant quoique sobre.

A côté de l'article de luxe, l'article bon marché occupait une place très importante. Cette classe comprenait, en résumé, les produits d'un très grand nombre d'industries traitant les matières les plus diverses. La dénomination « Articles de Paris » sert à désigner les produits de ces diverses industries, car presque toutes ont pris naissance dans la capitale de la France.


BROSSERIE.

La Brosserie a une origine très lointaine. La Virga, sorte de baguette flexible qui servait aux Romains à battre leurs toges et leurs tuniques en marque la date. Son usage se répandant, elle donne naissance à l'industrie des « vergettiers », nom qui servit à désigner les fabricants de brosses jusqu'en 1789.

De nos jours, la brosse se fabrique, en grande partie, mécaniquement.

La Brosserie comprend un grand nombre de produits pour tous usages: depuis les brosses à habits jusqu'aux pinceaux pour la peinture d'art.


MAROQUINERIE

L'industrie de la maroquinerie employait à son début, la peau de chèvre du Maroc, de là son nom.

On utilise aujourd'hui toutes les peaux qui peuvent être travaillées. Cette industrie englobe une variété infinie d'articles. Les principaux sont les porte-monnaies, les portefeuilles, les porte-cartes, les trousses de tous genres, les porte-cigares et porte- cigarettes, les porte-musique, les cadres pour photographies, les divers coffrets pour dames, sacs à main, les ceintures, les gibecières, etc.

Enfin, y est également compris, le cuir d'art, enjolivé, repoussé, gaufré, dont la rénovation, en France, est due en grande partie à M. Saint-André de Lignereux.


TABLETTERIE.

L'industrie de la Tabletterie se divise en diverses catégories. Ce sont:
La Tabletterie d'os, d'ivoire, de nacre et d'écaillé;
La Tabletterie en bois sculpté: petits meubles de fantaisie, coffrets et nécessaires; Les pipes en terre, en bois, en écume de mer;
Les peignes de corne, celluloïd et bois;
Les objets de laque;
Les petits bronzes et articles de religion.
Ces sections se subdivisent elles-mêmes en une foule de petites industries fabriquant
une multitude d'objets connus et d'usage courant.


LA VANNERIE

Cette industrie est ancienne comme le monde.

Les matières premières employées dans la vannerie sont:
1° L'osier qui comprend quatre espèces: l'osier vert d'un travail facile; l'osier jaune servant à la vannerie fine; l'osier rouge dont les brins fendus servent à la tonnellerie; et l'osier ordinaire utilisé dans la grosse vannerie courante.

2° Le rotin, liane des îles de la Sonde, atteignant souvent une très grande longueur. Arrivé en France à l'état brut, il y est décortiqué mécaniquement pour pro- duire un filament qui sert au cannage des chaises.

3° La paille, le raphia, l'alfa, les joncs, les roseaux, le bambou.

On distingue trois genres de vannerie: la grosse vannerie, la vannerie fine et la vannerie d'ameublement.

On comprend dans la grosse vannerie tous les paniers à usages industriels; dans la vannerie fine, tous les petits paniers et objets de fantaisie. La vannerie d'ameublement, faite principalement en rotin ou en bambou, comprend tous les objets d'ameublement pour la campagne.

Dans toutes ces industries, la France se faisait particulièrement remarquer par la beauté de ses produits et le soin apporté à leur fabrication.


INDUSTRIE DU CAOUTCHOUC ET DE LA GUTTA-PERCHA.

Ces deux industries soeurs qui se développent de plus en plus en France étaient représentées ici par des objets de voyage et de campement, ressortissaient à la classe Q9.

Les maisons Rémi Artus, Alphonse Brévi, Maille-Lavolaille, Louis Vuiton étaient représentées par des malles ordinaires et de luxe; MM. E. Cauvin-Yvose et Léon Porte exposaient, l'un des tentes et accessoires pour jardins, l'autre des paravents de jardins et tentes de bain ; M. Robert présentait spécialement des biberons sans tubes ; M. Volant des patins en caoutchouc pour chevaux.

Les objets divers en caoutchouc manufacturé provenaient des maisons Boland, Victor le Renard, de la Manufacture générale de caoutchouc L. Edeline, de la Société des Anciens établissements Hutchinson, et des Etablissements Falconnet-Perodeaud.


BIMBELOTERIE.

La Bimbeloterie, ou de son nom plus suggestif l'industrie des jouets, rentrait dans les attributions de la classe 100, laquelle terminait le groupe des industries diverses.

Les jouets, dont l'origine ne peut être déterminée puisqu'ils remontent aux temps les plus reculés, sont l'apanage des enfants de tous les pays; les tribus les plus sauvages comme les peuples les plus civilisés, les enfants les plus pauvres comme les enfants les plus riches, ont toujours adoré les jouets. C'est dans leur choix que les premières révélations du caractère de l'enfant se font jour; ils déterminent des vocations et sans vouloir prétendre que tous ceux qui eurent, dans leur enfance, des prédilections pour les trains en miniature soient devenus des ingénieurs ou des machinistes, il est permis d'y trouver l'indice d'imagination compliquée du sens de l'observation. Les jouets, eux aussi, ont une âme; cette âme, les enfants la découvrent, y appliquant déjà les facultés qui les aideront plus tard à trouver un sens à la vie purement extérieure; de grands hommes furent grands dès leurs jouets; et plus d'un écrivain nous a laissé sur les jouets de son enfance des détails caractéristiques.

Enfin, pour terminer cet éloge des jouets, disons qu'Anatole France, de l'Académie française, félicita jadis notre grand écrivain Camille Lemonnier de leur avoir consacré un de ses livres et qu'après lui, nombre d'autres écrivains de valeur, tels Léo Claretie, ont écrit sur ce sujet bien évocateur.

Dénombrer le nombre de métiers que les jouets occupent, citer ceux-ci, en tirer le charme individuel, nous entraînerait à des développements prolixes.

Il nous est cependant permis de noter les deux tendances qui se faisaient jour dans la classe; l'une était le souci des fabricants de produire des jouets ingénieux et de bon marché; l'autre de fabriquer des jouets scientifiques, perfectionnés, véritables instruments de laboratoire de mécanique.

Dans la première catégorie, on trouvait ces jouets touchants pour ce qu'ils représentent dans les imaginations enfantines: les poupées de treize sous, les mannequins, les polichinelles peinturlurés, les petits automates: la portière, la boulangère, la marchande d'oranges, le pompier, l'avocat gesticulant au bout de ses grandes et larges manches, le pianiste véhément, le cuisinier et combien d'autres encore.

Dans la seconde catégorie, on remarquait des gyroscopes, des locomotives et des moteurs à vapeur, des automobiles, des poupées articulées parlant, chantant, fermant les yeux.

On remarquait encore les jouets frustes qui charmèrent l'enfance de nombre de ceux qui lisent ce livre et de nous-mêmes : les équipements militaires avec épaulettes, shakos, sabres en fer blanc, les bons petits chevaux de carton montés sur des roulettes, les soldats de plomb, les boîtes de construction, de loto, de patience, enfin les boules de caoutchouc, les jeux de tir, les pistons, les trompettes, les flûtes, instruments d'un charivari assourdissant et délicieux.

Comme dans toutes les expositions, la classe des jouets et des jeux fut l'une des plus visitées. Petits et grands s'intéressaient à ces bibelots qui, pour ceux-ci étaient encore des objets de plaisir et de récréation, dont le désir de possession fera réaliser des prodiges et pour ceux-là une provocation à des souvenirs plus ou moins lointains, rappelant les jours heureux où, possesseurs de jouets similaires, ils goûtaient une béatitude que jamais, hélas, même dans les plus heureuses circonstances de la vie, ils ne retrouvèrent.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905