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Industries Chimiques


Industries Chimiques à l'exposition de Liège 1905

Ce groupe comportait tout ce qui avait rapport aux produits ressortissant au domaine de la chimie: arts chimiques, pharmacie, fabrication du papier, préparation des cuirs et des peaux, parfumerie et préparation des tabacs.

Sauf le compartiment des tabacs, enclos, entre l'Economie sociale et la bimbe-loterie dans la cinquième travée, toutes les autres classes se succédaient dans la seconde travée jusqu'aux tissus, ressortissant au Groupe XIII.

La classe 17, la première du Groupe XIV, réunissait les produits les plus variés, depuis les vernis jusqu'aux substances les plus délicates, tels que les alcaloïdes et les glucosides, en passant par les savons, les colles et les gélatines.

La Société chimique de Paris occupait le centre de la classe, réunissant les découvertes les plus récentes des chimistes français.

Plus de 2.000 flacons, classés par groupes et portant les noms des chimistes inventeurs du produit qu'ils contenaient, étaient rangés sur plusieurs étagères circulaires. L'énumération de ces produits serait trop longue; nous devons nous borner à dire que près de 80 membres de la société, disséminés dans toutes les Universités, avaient confié au Comité de la classe 87, quelques-uns des produits qu'ils avaient découverts depuis 1900.

L'Institut de chimie appliquée de la Société des Sciences de Paris, dirigé par M. H. Moissan, membre de l'Institut, avait fait, dans cette classe, une fort belle exposition collective de produits découverts par son personnel enseignant.

On y remarquait notamment un modèle de four électrique Moissan, grâce auquel l'illustre chimiste a su pénétrer si avant dans le domaine de la chimie minérale.

Quelques distillateurs d'huiles essentielles avaient rassemblé en une vitrine commune, des échantillons de leurs principaux produits.

Différents industriels isolés exposaient encore des colles et des gélatines, du phosphore et du sesquisulfure de phosphore, des spécimens d'écorces diverses, et leurs dérivés utilisés en thérapeutique.

Une fabrique de soie artificielle, ayant, au milieu de ces produits sévères, un air d'intruse, montrait ses magnifiques tissus, provenant du bois d'abord réduit en pâte à papier et finalement transformé en un fil fin et soyeux.

D'autres exposants réunissaient encore, dans diverses vitrines, de nombreux produits pharmaceutiques d'un intérêt exclusivement technique.

La classe 88 (fabrication du papier) groupait toute une série de produits intéressants. Outre les papiers de qualité ordinaire, on remarquait les papiers de luxe, le papier pur chiffon qui devient de plus en plus rare, les papiers pour journaux illustrés et impressions de luxe, et enfin, des papiers à filigranes pour billets de banque.

Les fabricants de papiers à cigarettes avaient rivalisé de zèle pour présenter leurs produits sous les formes les plus attrayantes. Une série de vitrines groupaient les carnets de papiers en rayons, en fouillis négligents, en essaims, en grandes feuilles ou en longs rubans.

On y notait un échantillon de papier pesant 10 grammes le mètre carré, des bobines pour machines à cigarettes.

Enfin, dans la série des papiers ordinaires, de plus en plus employés actuelle- ment, on remarquait des papiers en rames ou en bobines, des papiers parcheminés, des papiers purs bisulfite, des cartons de toute teinte, et enfin des appareils utilisant les résidus de la papeterie.

Puis, M. Aristide Berges, ingénieur hardi et entreprenant, avait exposé un superbe plan en relief des montagnes du Dauphiné nous montrant les travaux considérables qu'il avait exécuté pour l'utilisation des hautes chutes et de la houille blanche.

L'espace affecté à la classe 89 (cuirs et peaux), était occupé par des vitrines en acajou d'un goût parfait. L'aspect général de cette classe était sobre et élégant, et le visiteur était attiré et retenu aussi bien par l'ordonnance impeccable de ce vaste salon que par la variété des objets exposés.

On y sentait la manifestation imposante d'une industrie de tout premier ordre et qui occupe, du reste, le troisième rang dans le commerce général de la France.

Le succès de la classe 89 était dû, pour une grosse part, à son ensemble complet et homogène. Tous les genres de cuirs, toutes les spécialités y figuraient: cuirs à semelles et à courroies; cuirs de liarnachiement et de sellerie ; peaux de veau cirées, vernies et mégissées; peaux de chevreau et d'agneau, mates, glacées et teintes dans les nuances les plus fines; peaux de chèvres et de moutons maroquinées et de tous grains; pelleteries aux tons chatoyants; journaux professionnels, et pour compléter la leçon de choses, un vaste stand contenant les machines et les outils les plus perfectionnés. Une délicieuse vitrine renfermant des objets d'art: coffrets, reliures, étuis en cuir gaufré, serti, revêtu de peintures délicates offrait aux yeux charmés un attrait inattendu dans ce milieu sévère.

Du rapport dressé par M. Fortuné Quanonne de Tournai, secrétaire rapporteur du Jury international, nous extrayons les lignes suivantes qui caractérisent à merveille l'industrie française de la Tannerie.

La France est et demeure, en tout, le pays du raffinement. S'il arrive, par hasard, qu'elle n'y atteint pas tout de suite et que la qualité de l'article qu'elle offre à la consommation n'est pas tout à fait ce qu'elle désire obtenir, elle sait néanmoins lui donner cet aspect agréable qui séduit l'acheteur, à première vue.

Ce fait que je signale est une exception, je pourrais même dire un accident rare, car, en général, la tannerie française produit non seulement des cuirs superbes, mais aussi excellents.

Sa corroierie est très belle et a toutes les qualités désirables; sa mégisserie est souple, moelleuse et très achevée.

Les cuirs au chrome destinés à l'industrie étaient très bien faits et les moutons, tannés au chrome, en façon chevreaux, admirablement réussis.

Nous ne pouvons nous dispenser d'exprimer notre sincère admiration devant la finesse et la perfection obtenues par nos confrères français qui se sont spécialisés dans la fabrication de la peau pour ganterie.

Le gros cuir pour semelles avait aussi quelques maisons pour le représenter; on y voyait notamment du cuir fort de Oivet, d'excellente qualité, du gros bœuf en croûte ou non d'un tannage très bien compris.

En fait de cuirs lissés, nous avons apprécié de beaux types de la fabrication si réputée de Château-Renault ainsi que quelques autres bien finis et de bonne qualité.
C'est la bonne et vieille production française que nous connaissons et que nous apprécions; mais ce n'est pas ce que nous aurions surtout désiré rencontrer dans cette exposition; nous aurions voulu y voir des lissés de tannage mixte ou de tannage rapide, afin de juger l'avance ou le retard de ces nouveaux systèmes sur l'ancien.

Dans cet ordre d'idées, une seule maison, la maison Baudin nous a montré des produits remarquables et qui nous ont prouvé qu'il y avait en France des chercheurs, des tanneurs qui faisaient de louables efforts pour sortir de l'ornière et marcher de l'avant.

Examinant ensuite les produits présentés par les tanneurs français, M. Fortuné Quanonne accorde toute son admiration à la Collectivité des Grands Prix de Paris 1900, comprenant les maisons Fortier et Sauvegrain de Roanne, Harlays-Gentils de Pont- Audemer, Poullain-Beurier de Paris, Prévot-Carrière et fils de Milan, Roux et C''= de Romans, Sorrel frères et C'^: de Moulins, Tennesson de Château-Renault, Vilette-Gâté de Nogent-le-Rotrou, le Syndicat général des Cuirs et Peaux de France, la Société Anonyme des Mégisseries et laines de Saint-Junien, enfin la maison Masurel et Caen de Croix- Wasquehal.

En plus des membres de cette brillante collectivité, le compétent rapporteur cite encore les maisons Placide Peltereau de Paris, Trefousse-Goguenheim et Cie de Chaumont, Jossier Gabriel et Cie de Paris, Enault et Cie de Paris, Desselas de Saint-Julien, Goiffon et Cie d'Oullins, Meyzonnier et fils d'Annonay, Tourin de Paris, Aboucaya frères de Paris, Henri Boucher de Givet, Chapal frères de Montreuil-sous-Bois, Chicoineua d'Orléans, Chollet-Neuveu et Cie de Paris, Combe et fils et Cie de Paris, Dolat et Cie de Paris, Dubosc frères du Havre, Floquet de Saint-Denis (Seine), Hervé de Château-Renault, Krempp de Paris, Pédailles et Cie de Paris, Ribes d'Annonay, Rogie de Lille et une foule d'autres maisons que nous ne nommerons pas, limitant notre citation aux maisons hors concours et à celles qui obtinrent des grands prix.

Complétant enfin cette exposition, un meuble de grande allure, rehaussé de cuirs artistiques, contenait des documents et des renseignements relatifs aux œuvres d'utilité sociale créées dans l'industrie des cuirs et des peaux: le Syndicat général des Cuirs et Peaux de France, Fédération des 21 Chambres syndicales et syndicats français du Cuir; l'Ecole de Tannerie fondée par le Syndicat général des Cuirs et Peaux de France et dépendant de l'Université de Lyon, enfin différentes œuvres de mutualité témoignant de la solidarité qui unit étroitement tous les membres de cette importante industrie.

C'est avec la plus juste raison qu'on avait placé, au début de la seconde travée, l'exposition de la classe 90, réservée à la Parfumerie.

A la vérité, on l'aurait préférée encore dans le compartiment de la toilette pari- sienne avec laquelle elle a de si intimes rapports. Car, ce sens du parfum, aussi bien que celui de la toilette, est une exclusive affaire de goût, et de même qu'une femme ne se vêtira pas indifféremment de telle robe, de même il est certains parfums qui semblent se rapporter plus étroitement au caractère spécial du charme de certaines femmes.

C'est là un secret, et si nous reconnaissons à la brutale traînée de parfum qu'elle laisse derrière elle, la femme parvenue à la richesse de quelque façon que ce soit, nous jugeons aussi d'après son sillage discrètement parfumé la vraie mondaine au goût sûr.

C'est surtout ces parfums où la douceur s'allie à la tonicité, que la France exposait.

Les minuscules pavillons ouverts, sous lesquels les parfumeurs avaient dispersé leurs frêles vitrines, étaient de toute beauté. Leurs lignes pures, leurs plafonds comme imbriqués, les médaillons placés sous la frise étaient du meilleur goût. Ça et là, quelque vitrine s'agrémentait d'une touffe de fleurs artificielles.

Et, dans les petites vitrines de verre, les flacons de cristal, taillés à facettes, ornés, enrubannés, se succédaient en compagnie des boîtes de poudre de riz, des cosmétiques, des fards, etc.

On y relevait les noms de Pinaud, Piver, Vaissier et d'autres.

La dernière classe du groupe, la classe 91, dont nous avons indiqué la situation, réunissait enfin, en un même compartiment, les tabacs, leur matériel et leurs produits. Les manufactures de l'Etat français y exposaient, par les soins de M. Edouard Tinchant, leur agent spécial dans notre pays, les cigarettes fabriquées par lui en Belgique avec des tabacs français et celles fabriquées en France.

La presse relative à cette industrie était représentée par le journal Le Tabac, qui existe depuis vingt-cinq ans.

Diverses machines à cigarettes complétaient enfin la représentation de la France dans cette classe. On y relevait notamment une machine fabriquant 30.000 cigarettes par heure et, du reste, presqu'universellement employée; d'autres machines fabriquant 3.000, 1200 cigarettes dans le même temps, enfin des appareils à fabriquer les cigarettes et destinés à l'usage des particuliers.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905