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Fils, Tissus, Vêtements


Fils, Tissus, Vêtements à l'exposition de Liège 1905

Ce groupe, irrésistiblement attirant, occupait toute la première travée et une partie de la seconde travée de la section française des halls. Une longue suite de vitrines se succédaient jusqu'à l'entrée lumineuse de la Collectivité de la Plume. Des divans circulaires, placés au centre des groupements, s'offraient propices au long examen de quelque riche toilette ou au repos. Devant toutes ces merveilles, en effet, devant tous ces scintillements d'étoffes brodées, ces chatoiements de soies, devant la trame invisible des dentelles de prix, une lassitude donnait des envies de fermer les yeux, comme devant un miroitement trop vif et trop varié.

Toujours le long de ces vitrines, c'était une flânerie attentive de femmes, gardant un silence religieux dans ce temple édifié en leur honneur, où se concentrait toute leur puissance, la raison d'être de leur existence.

L'exposition de ce groupe synthétisait plus complètement peut-être que tout autre, le goût français, goût très compliqué, ayant puisé aux siècles qu'il traversa, à l'un la somptuosité, à l'autre l'élégance, à l'autre encore l'esprit délicieusement libertin et joli.

Il était suggestif de découvrir dans les éléments de la mode actuelle, la manifestation de ces divers aspects de l'esprit français. Par ces délicieuses vitrines qui ne furent jamais mieux placées qu'ici, où leurs couleurs claires, leurs lignes élégantes s'harmonisaient avec les luxueuses toilettes y contenues, le groupe XIII attirait invinciblement le visiteur, le faisant pénétrer dans le décor de la société la plus élégante.

Tout le charme de la vie luxueuse et oisive s'y révélait ; c'était bien ici le domaine de la Femme, fleur de luxe et chef-d'œuvre raffiné, donnant à la pensée fatiguée l'excitant irrésistible que possède un clair et frais matin sur l'âme encore engourdie des somnolences de la torpeur nocturne. Tout concourait à rehausser le prestige natif de la Femme, sa grâce, sa préciosité délicate et prenante, la beauté de ses gestes harmoniques, le rayonnement ensorceleur de sa figure, accentuée par l'enveloppement nuageux de quelque vêtement, léger comme une plume, se resserrant ensuite pour dévoiler coquettement les mouvements ondulants et câlins de son corps.

En dehors du matériel et des procédés de fabrication des tissus, du blanchiment, de la teinture, de l'impression, de l'apprêt, etc., il convenait d'accorder une mention spéciale aux classes de la soie, de la dentelle, des accessoires du vêtement et surtout de la plume et de la couture parisienne.

Suivant en cela l'ordre numérique des classes, sauf une légère interversion entre les classes 85 et 86, nous parlerons successivement des accessoires généraux du vêtement, des procédés qui les accompagnent pour aboutir enfin à cette magnifique Collectivité de la Couture parisienne qui en était comme l'aboutissement final et l'apothéose, et où figuraient dans un ruissellement de lumière les plus géniales créations des grands couturiers parisiens que se disputent les élégantes du monde entier.

Les classes 76, 77, 78 et 79 comprenaient le matériel et les procédés de la filature et de la corderie - le matériel et les procédés de la fabrication des tissus - le matériel et les procédés du blanchiment, de la teinture, de l’impression et de l’apprêt des matières textiles, le matériel et les procédés de la couture et de la confection.

Sous ces titres un peu barbares, on trouvait des pots et des caisses, en fibres pour peigneuses, des teintures et des apprêts sur tissus, des fils de lin, de chanvre, de jute, de ramie, réunis en tresses, en guirlandes, en lourds écheveaux, des machines à lainer, à teindre les bobines et les cannettes, des presses, des essoreuses, des machines à coudre, différentes publications relatives à la mode, en un mot, les procédés primaires de la grande industrie de l'habillement. Vu l'importance de la classe 80 (fils et tissus de coton), la participation française y paraissait assez congrue. On y trouvait des tissus blancs et imprimés, des mouchoirs de coton blanc et imprimé, des tabliers divers, etc.

La classe 81, plus largement représentée, avait comme attributions le groupe- ment des fils et tissus de lin, de chanvre, de jute, d'amiante, etc., et les produits de la corderie.
La disposition en longues draperies, ou en amas d'une blancheur froide, ou en chiffonis délicieux, des fils et tissus de lin crèmes, blancs ou teints, des toiles damassées de linge de table, des toiles fines, des mouchoirs de fantaisie, des chemisettes brodées, des toiles et des sacs de jute, etc., excitait à leur examen.

On remarquait encore dans les vitrines réservées à cette classe, de beaux spécimens de fils et tissus d'amiante, des cartons gaufrés, décorés, émaillés à chaud, plaqués de bois pour la marine, des tresses cordes, des calorifuges, enfin divers produits de la corderie en lin, en chanvre, en coton, en jute, destinés spécialement pour la plupart à la pêche maritime et fluviale.

L'exposition de la classe 82 (fils et tissus de laine) était particulièrement remarquable.

Le peignage, la filature et la teinture encadraient les tissus français, présentés avec un goût, une recherche dont l'inspiration, sans aucun doute, avait été puisée à ces étalages dont les grands magasins de Paris détiennent le secret. Tous les grands centres de manutention de la laine, Roubaix, Tourcoing, Paris, Reims, Elbeuf, Sedan, Vienne, Castres, figuraient dans la classe 82, entourés d'un nombre respectable d'industriels isolés.

En tête, se plaçait Roubaix, qui affirmait une fois de plus sa puissance, par le nombre de ses exposants et la variété de ses industries. Grâce à Roubaix, l'industrie française de la laine mettait en ligne ses peignages, ses filatures de laine peignée et de laine cardée, ses tissages de robes et de draperies, ses teintureries.

L'Exposition de Tourcoing, la ville sœur, quoique moins importante, méritait les mêmes éloges, tant par la diversité et l'importance de ses industries que par la perfection de ses produits.

Paris se distinguait par ses tissus artistiques inspirés par le goût le plus raffiné, Elbeuf par ses draps d'une notoriété universelle, Reims par ses cachemires et ses flanelles.
Avec Vienne et Castres qui fabriquent des tissus et des draps ayant une certaine analogie, on entrait dans la catégorie de ces villes où la fabrication du drap, assez récente, témoigne, grâce à des efforts soutenus, d'un progrès marqué.

Autour de ces grands centres, brillait une pléiade d'industriels filateurs et tisseurs, qui, bien qu'isolés dans les localités où ils ont établi leurs industries, ne participent pas moins d'une façon active aux progrès croissants de l'industrie de la laine en France.

Parmi ceux-ci, on relevait certaines fabrications spéciales, telles que celles des tissus imitant les fourrures, des couvertures, etc.

Jusqu'ici les divers tissus et les différentes matières ressortissant aux classes décrites plus haut, semblent plutôt d'une teinte un peu grise, presqu'inadéquate à l'impression de luxe inouï que nous disions être donnée par le groupe XIII tout entier.

Il, n'en était certes pas de même de la classe 83 dont les soies et les tissus de soie étaient d'une beauté encore accentuée par la mise en valeur d'un délicieux chiffonnis ou d'une opposition harmonique de teintes.

Un salonnet contenait deux gracieuses vitrines, bien comprises pour mettre en valeur les types des soieries exposées et se faisant vis-à-vis, l'une formait l'exposition de Lyon, l'autre, celle de Paris.

Dans la première, Lyon avait assemblé l'opulente variété de sa production et dans la seconde, Paris, par le groupement collectif de la Chambre syndicale des Soieries et des Rubans, avait réuni la gamme variée des délicieux tissus aux couleurs chatoyantes.

Dans la vitrine lyonnaise, les tissus somptueux, véritables œuvres d'art qui ont consacré dans le monde entier la réputation de cette ville, voisinaient avec les productions nouvelles, imposées par la mode: mousselines vaporeuses, foulards teints et imprimés dont la femme sait tirer un si gracieux parti, rubans froissés avec grâce, etc. Quant à la vitrine parisienne, elle imposait l'admiration par une heureuse disposition des types de tissus et montrait ainsi le parti qu'un goût raffiné peut tirer des choses, même les plus simples.

L'effet était ravissant, les teintes se mariaient si intimement que tout en gardant chacune son propre caractère, chacune ajoutait à l'éclat de sa voisine.
On y notait des types d'impression sur chaîne aux dessins inédits, des tissus brochés aux ors d'une patine délicieuse, des moires antiques, de légères mousselines imprimées, douces aux yeux, enfin des velours souples et des velours dégradés aux teintes harmonieusement fondues, le tout rehaussé de grands noeuds de rubans aux teintes changeantes.
La classe 84 comprenait les dentelles, les broderies et les passementeries.

Rien de plus joli que cette classe dont chaque élément se rapportait intimement à l'une des grâces féminines. Les broderies d'or et d'argent, bien que somptueuses et riches, brillaient de cette délicatesse qu'ont des vieux ors de chasubles fanées; parfois encore, la broderie se localisait dans des appliques de velours, de gaze, ou de drap, sur des robes dont les longues traînes semblaient moissonner ainsi toute une jonchée de fleurs printanières.

A côté, des tulles légers sur lesquels scintillaient de fines perles, faisaient penser à ces toiles d'araignée alourdies de rosée brillant sur les haies, les matins de mai.

La passementerie, réunie en collectivité, avait formé une élégante vitrine fournissant la preuve que les passementeries . peuvent être portées sur des étoffes légères.

Une séduction émanait de l'exposition des dentelles. Une émotion, toute intérieure mais cependant sincère, planait au-dessus d'elles. On ne pouvait s'empêcher d'évoquer ces petites fées, penchées, les yeux baissés, dans la lumière de la fenêtre, emmêlant de leurs frêles doigts les multiples fuseaux et semblant tisser ainsi la candeur de leur âme renfermée, à travers la trame subtile de la dentelle.

Les dentelles à la main, les « Irlande », les points d' « Alençon », de « Chantilly », comme aussi les dentelles fabriquées à la machine de Calais, attestaient la recherche du dessin original et beau et le soin apporté au plus petit détail d'exécution.
C'étaient des dentelles lourdes à grosses fleurs, des dentelles nuageuses, fines comme une brume, destinées soit aux vêtements et donnant ainsi à la femme qu'elles vêtiraient un air de fleur candide et frêle, soit à l'ameublement, pour les rideaux, les stores tamisant la clarté du jour, comme à travers les fins dessins que le gel dépose sur les vitres.
La classe 85, étiquetée « Industries diverses du vêtement », groupait tous les accessoires de la mode qui n'avaient pu être rangés dans tes classes précédentes. Elle était au point de vue du nombre des exposants et par le chiffre d'affaires qu'elle représente, la plus importante du groupe XIII.

D'après les statistiques de l'Office du Travail, l'ensemble de ces industries est non seulement considérable par le nombre imposant de personnes auxquelles il procure des salaires (près d'un million) mais par le total non moins éloquent, de sa production (plus de deux milliards).

Réunissant les articles les plus variés, cette classe avait su les grouper avec le meilleur goût.

Elle comprenait respectivement:
La lingerie pour femmes et pour hommes; la chapellerie pour femmes et pour hommes; les Corsets; la Plume; la Bonneterie; la Chaussure; la Ganterie; les Boutons et les Boucles; les Cheveux et les Paillettes; les Cannes, les Parapluies et Ombrelles; les Bustes en cire; les Tissus élastiques.

La lingerie pour femmes et pour hommes occupait le centre de la classe.

Confinée jadis dans la spécialité des dessous, elle a vu son domaine s'étendre aux toilettes de ville, grâce aux chemisettes, blouses et corsages devenus le complément indispensable du costume tailleur, car ils ajoutent à la ligne précise et nette de la coupe du vêtement de drap, un peu du flou des dentelles, des crêpes et des mousselines, et piquent une note de couleur vive dans l'ensemble de la toilette sombre.

Dans la lingerie pour hommes, on remarquait sous les noms connus de la Belle Jardinière, de Schwob, de Quionvar, de Donckele notamment, les faux cols et les cravates d'un goût exquis.

La chapellerie pour hommes avait consacré une place importante aux pailles tressées, aux chapeaux dits de « Panama », aux rotins, etc. On y remarquait également le chapeau de feutre, le chapeau de laine et la casquette qui, grâce à l'automobile et aux sports de toute nature, reprend une importance des plus grandes.

Mais le charme de cette participation résidait surtout dans la chapellerie pour dames qui avait réuni des modèles de formes d'une suprême élégance.

L'industrie du corset s'imposait aussi à l'attention.

Réformant les anciennes coupes, s'inspirant des travaux les plus récents des grands hygiénistes, elle tend à allier dans ses conceptions nouvelles le souci de la grâce de la femme à celui de son bien-être et de sa santé.

A côté des corsets de toute nature, ornés de rubans, garnis de dentelles, on remarquait les fournitures pour corsets.

Auprès, une maison de Paris avait groupé un ensemble de mannequins remarquables dont l'élégance de formes permet de silhouetter d'une façon parfaite les costumes d'hommes et de femmes, et M. Imans, sculpteur-modeleur en cire, avait envoyé, pour un des dioramas de la Plume, une petite gardeuse de volailles donnant l'illusion de la vie même, et qui constituait un spécimen remarquable de son art.

Les exposants de l'industrie de la paillette, qui joue un rôle si important dans la toilette de la femme, avaient présenté leurs produits d'une façon originale et belle
Assemblant par un prodige de patience des millions de paillettes, amalgamant et mariant les nuances avec un goût sûr et délicat, ils avaient su donner à leurs articles l'aspect d'un immense vase dans lequel se trouvaient des poissons fantastiques, d'un éclat et d'une beauté très réels.

Les cheveux et les postiches, les parapluies, les ombrelles et les cannes, les tissus élastiques occupaient des vitrines voisines. Le bon goût dans l'arrangement des objets exposés, le luxe de ceux-ci (cannes incrustées d'or, d'argent, ombrelles de nuances délicates), forçaient l'attention du visiteur.

Des vitrines très élégantes avaient aussi été formées par l'exposition des boutons et de la bouderie.

Impossible de rêver exécution plus parfaite que celle des boutons de livrée, de chasse et de plaques insignes de service. Ils semblaient être produits par pièce unique, fouillés à même le métal et ornés des ciselures les plus fines, alors que, pour la plupart, on se trouvait en présence de boutons estampés et repoussés, mais d'une exécution si délicate et si précise qu'on se refusait à croire à la production mécanique d'objets aussi travaillés.

Les boutons de passementerie et les boutons de fantaisie pour dames, les boutons de nacre complétaient avec la bouderie l'industrie précitée.

La bouderie avait présenté ses produits sous la forme allégorique de la « Semeuse » esquissée à l'aide d'œillets fixés et joints.

La ganterie sous des teintes de peaux les plus diverses et des coupes très élégantes, la chaussure où on remarquait, même dans l'élément de luxe, le souci de formes plus rationnelles, occupaient, avec un égal intérêt, plusieurs vitrines.

Par la diversité de leur fabrication, les exposants de la bonneterie donnaient un aperçu complet et documenté de leur fabrication.

Troyes voisinait avec Santerre et la région de la Somme ainsi qu'avec celle du Gard; Paris, qui synthétise l'ensemble de la fabrication en ce qu'il en est le grand centre d'écoulement, avait envoyé ses représentants les plus autorisés.

La bonneterie la plus fine et la plus élégante, celle qui s'adonne plus particulièrement à la fabrication des bas, des chaussettes, des caleçons, des maillets, voisinait avec les tissus jersey et les tissus pour ganterie, les gilets de chasse et les vêtements en tricot.

La maison Villeminot, de Paris, s'acquit un grand et légitime succès en faisant fonctionner, pendant toute la durée de l'Exposition, un métier circulaire fabriquant un tissu tricot, lequel subissait l'opération du grattage à l'aide de chardons, au fur et à mesure de la production.

Venait enfin l'industrie de la plume, qui eut la bonne fortune de présenter, sous une forme ravissante, une fabrication vraiment parisienne.

Dans un salon doucement éclairé par des lampes électriques, se trouvait réuni tout ce que les mains des ouvrières parisiennes les plus expertes peuvent produire pour ajouter à la grâce et à la beauté féminines.

Les boas, les étoles, les manchons, les parures d'autruche mélangées de grèbe, en blanc, en noir, en dégradés camaïeu, étaient de véritables merveilles; des garnitures obtenues à l'aide de plumes de dindons et d'oies donnaient l'illusion de la véritable fourrure, avec en plus une douceur et une légèreté dont la caresse doit être bien agréable aux gracieux cous féminins.

Des amazones de toute beauté, aux teintes les plus variées, des fantaisies pour mode dont l'élégance n'avait d'égale que l'harmonie des mélanges, des oiseaux de paradis qui semblaient résumer en eux tout ce que la nature a fait de plus éblouissant complétaient cet ensemble admirable.

Mais ce qui ajoutait encore à la beauté de cette section de la classe 86, c'était le diorama de l'industrie de la plume.

Dans trois décors d'une ingéniosité et d'un goût exquis, œuvre du décorateur Jambon, figurait tout ce que la gant ailée fournit à cette fabrication.

La « Ferme française » réunissait dans sa cour intérieure, sous la garde d'une petite fermière modelée par le sculpteur Imans, tous nos animaux de basse-cour.

Le contact immédiat de la matière première à son état d'origine et du produit fabriqué faisait ressortir la valeur des transformations opérées par les fabricants afin de donner, à l'aide de l'unique emploi des plumes d'oies et de dindons, l'illusion dé la plus belle et de la plus caressante fourrure.

Le diorama central représentait un coin de « Forêt vierge ». Une variété infinie d'oiseaux les plus rares et les plus divers, aux couleurs les plus éclatantes, se jouaient et volaient au milieu d'un fouillis de plantes, emmêlées, assemblées par des lianes capricieuses et enlaçantes.

Venait enfin un « coin de la Colonie du Cap », où se centralise presqu'exclusivement l'élevage rationnel des autruches qu'une chasse incessante menace de faire disparaître. Un couple d'autruches, entouré de ses autruchons dont l'un venait de sortir de sa coquille, était placé au milieu d'un paysage africain. Les couleurs chaudes de la lumière sur le sable et sur une toile de fond donnaient bien l'illusion d'un soleil torride et brûlant. Elles mettaient aussi en valeur la beauté des deux grands spécimens, les plus beaux de l'espèce du Cap et il était amusant de voir le contraste entre la forme altière du mâle et de la femelle et la beauté de leurs plumes avec l'aspect informe et malheureux des petits autruchons recouverts d'un duvet rudimentaire.

Tel était l'aspect vraiment luxueux et prenant que présentait la collectivité de la Plume. C'est sur le désir exprimé par son président et son premier vice-président, MM. Emile Dehesdin et Georges Donckele, que le Comité de la classe 86 consentit à s'imposer les sacrifices nécessaires pour permettre à cette industrie d'être représentée dignement et pour faire de cette exposition la principale attraction de la classe.

Tous les Liégeois qui savent l'heureux appoint que la France apporta au succès de leur exposition comprennent spécialement dans leur reconnaissance cette collectivité et notamment MM. Mirtill Mayer et Georges Brossard, président du Syndicat des teinturiers en plumes, qui réunirent les éléments nécessaires pour la conduire à bonne fin.

Voici maintenant à présent cette classe de la couture qui réunissait tous ces éléments, les amalgamait, leur donnait la vie pour orner le corps de cette majesté moderne: la Femme.

La couture parisienne parmi toutes ses consœurs jouit d'un incomparable prestige, et les couturiers de la rue de la Paix sont connus des élégantes de tous les pays du monde.

Comme de l'architecture, on pourrait dire de la mode qu'elle est la manifestation spontanée d'un sol. En effet, elle se subordonne aux climats, à la vie générale de la ville, aux goûts de ses habitants.

Cette remarque ne pourrait mieux s'avérer, qu'appliquée à la couture parisienne. Tout ce qu'un peuple raffiné peut créer de beau avec le sens subtil des demi-teintes, se trouvait dans cette classe. Le charme des toilettes résidait moins dans la beauté des étoffes employées que dans un imperceptible chiffonnis, aux lignes harmonieuses, dans tout ce qui en un mot peut vêtir ce corps de Parisienne dont Cheret nous a montré les types.

Dans la conception de la toilette parisienne, il y a moins de métier que d'art et, sous ce rapport, elle peut être aussi significative pour le psychologue que les œuvres du peintre, du statuaire, de l'architecte.

En nous attardant sur ce sujet, nous risquerions de rééditer ce que nous avons écrit au début de ce chapitre; il y a, au surplus, dans la catégorie de mots qui sont à notre disposition pour exprimer notre pensée, trop de pauvreté pour que les mêmes adjectifs ne nous reviennent pas sous la plume. Nous sommes donc contraints de dire que cet « admirable » dont nous qualifions la toilette parisienne a ici sa plus grande signification comme il l'aura également quand nous l'appliquerons au Salon des Arts décoratifs belges.

Les plus grands noms de Paris se retrouvaient dans cette succession de vitrines prestigieuses; on notait tout d'abord les grands magasins: le Bon Marché, Le Louvre, la Samaritaine, les Galeries Lafayette, la Belle Jardinière et ces rois de la mode universellement connus: Paquin, Redfern, Perdoux, Raudnitz, Laferrière, Dœuillet et d'autres.

A côté des toilettes féminines, on remarquait encore des uniformes de militaires, d'académiciens, d'évêques, des livrées de domestiques de grande maison, des habits de soirée, etc. Sur un des côtés de la travée, s'ouvrait un salon où la collectivité de la Couture Parisienne avait placé ses modèles les plus beaux et les plus artistiques en les présentant dans un cadre de nature à donner l'illusion des circonstances pour lesquelles ils avaient été conçus.

Une série de vitrines se groupaient en demi-cercle éblouissantes. Des milliers de lampes électriques, dissimulées, faisaient ruisseler la lumière sur les paillettes d'une robe, donnaient un velouté inappréciable à une longue traîne de manteau de cour, accentuait la légèreté d'un vêtement, tout en vaporeuses dentelles, mettaient dans des cols d'hermine de subtiles lumières bleues, leur donnant l'apparence d'une chose légère prête à s'envoler au moindre souffle.

Et, par delà, les glaces, formant le fond des vitrines, allongeaient jusqu'à l'infini cette profusion de merveilles et donnaient l'illusion d'une grande soirée mondaine ou de quelque bal de cour.

On sentait qu'on venait de pénétrer dans un monde presqu'insoupçonné, au milieu d'un décor de luxe qui tenait de la féerie et donnait au départ ces regrets qui saisissent le dormeur s'éveillant, tout-à-coup', d'un beau rêve.

Telle était bien l'impression laissée par la visite du salon de la Couture Parisienne, avec encore une sensation de chaleur enveloppante, avec un charme puissant au milieu duquel on se serait laissé vivre, en jouisseur insouciant du lendemain et qui synthétisait ce groupe XIII dans lequel la France était le plus elle-même, avec le plus d'ampleur et de supériorité incontestables et incontestées.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905