Retour - Liste Pavillons

Décoration et Mobilier des Edifices Publics et des Habitations


Décoration et Mobilier des Edifices Publics et des Habitations à l'exposition de Liège 1905

Ce groupe comprenait toutes les industries se rattachant à la décoration et au mobilier des édifices publics et des habitations privées; non seulement à la décoration fixe en marbre, en pierre, de fer, en bois, en mosaïque, en vitraux, mais encore à la décoration mobile: meubles, tapis, tapisseries, papiers peints, tentures, céramique, verrerie. Les appareils de chauffage et de ventilation ainsi que les appareils et les procédés d'éclairage non électrique en faisaient également partie.

Une heureuse disposition adoptée par les exposants du groupe, avait permis de présenter au public des ensembles d'installations particulières: appartements, salles à manger, chambres à coucher, etc., du plus heureux effet et d'un goût très réel.

Toutes ces expositions formaient ainsi une sorte de décor complet et bien vivant, qu'accentuait encore le fait qu'autour du salon des Arts décoratifs appliqués à l'industrie et auquel nous avons consacré une note spéciale, avaient été groupés les cristaux et les verreries, la céramique, les vitraux.

Le reste des éléments ressortissant au groupe: appareils et procédés du chauffage et de la ventilation, appareils et procédés de l'éclairage non électrique, se trouvaient dans la travée suivante, enclavés entre la bimbeloterie et l'électricité.

Un ordre, bien fait pour contenter les yeux et l'esprit, s'établissait de la sorte.

La classe 66, la première du groupe, avait présenté une variété remarquable de tous les éléments artistiques et industriels s'appliquant à des décorations fixes.

Cette intéressante classe était installée dans les salons se trouvant à droite et à gauche du Salon d'Honneur.

Dans la salle de droite se trouvaient des châssis et des cadres sur cloisons ; dans la salle de gauche, exposés à même le sol, se groupaient les objets fabriqués.

Dans la première de ces salles, on voyait des objets d'architecture et des photo- graphies offrant aux visiteurs une grande variété de types de maisons et d'édifices.

Différents architectes y montraient des plans d'hôtels, des projets de villas et de châteaux, des détails d'exécution de façades art-nouveau, des intérieurs de salons, de salles à manger de différents styles.

Les panneaux décoratifs de M. Lameire attiraient l'attention. Ils représentaient la décoration complète de la chapelle Saint-Louis des Français, en Italie, dans la cathédrale de Loretto; on y trouvait reproduits les principaux faits des Français en Palestine, depuis la bataille de Nazareth, en 1187.

Dans cette exposition très intéressante, on remarquait encore les cartons de mosaïque de la basilique de Fourvières à Lyon, reproduisant la bataille de Lépante, en 1571.
Une autre mosaïque, non moins artistique, représentait le vœu de Louis XIII.

Les objets fabriqués complétaient la leçon de choses donnée par ces documents manuscrits.

On y relevait des objets en pierre taillée ou polie, et en marbre, de merveilleuses rampes, des lanternes avec consoles, des suspensions en fer forgé, des ferrures de cuivre.
Le bois était représenté avec une recherche tout artistique dans un bureau art-nouveau et des lambris délicieusement patines.

La sculpture figurait encore dans cette classe par l'exposition du sculpteur-décorateur Léon Raynaud qui y présentait, non seulement des spécimens en bois, en pierre, en staff, mais encore une série de photographies de diverses oeuvres de grande décoration qu'il exécuta pour des hôtels particuliers ou des monuments publics.

La classe 67 (vitraux) était représentée par quatre exposants qui avaient soumis à l'examen des visiteurs, des verreries d'une belle simplicité de lignes et d'une vraie richesse de coloris, tels « le Lac », « Turenne et le courage militaire », « les deux Paons ».

Les papiers peints formant la classe 68 leur succédaient. On y remarquait non seulement des papiers de luxe mais encore des papiers à bon marché, quoique d'un dessin et d'une teinte ravissants.

Nous citerons, parmi les uns et les autres de grands damas à la planche exécutés en couleurs ou en imitation de peluches, des imitations de cuirs de Cordoue ou de Venise, des frises au lé fabriquées à la machine, des reproductions de faïences, des papiers pour faux vitraux et un grand dessin de un mètre de hauteur, piqué à la machine et représentant tous les monuments de la Belgique.

Outre les papiers peints, cette classe comportait encore les vernis utilisés pour cette industrie.

Deux œuvres françaises s'y rapportaient encore : la Société de protection des enfants du papier peint et l’Ecole professionnelle de peinture et de décoration.

Les exposants français étaient relativement nombreux dans la classe 69 (Ameublement) quelques maisons de premier ordre y étaient brillamment représentées. Outre des meubles d'une grande beauté de MM. Arnavielhe, Cheminais, Maxime Clair, Derudder, Eugène Hidden, Jeanselme, Sylvain Gémont, Lucas-Maugery, Henri Mercier, François et Paul Soubrier, on notait des marqueteries-mosaïques de MM. Chevrel et Pied-Chevrel, des meubles de bureaux et d'écoles de M. Feret, une chambre à coucher moderne de MM. Hochard frères, des meubles avec cuivres de MM. Jungers et Collignon, de superbes et riches pièces d'ébénisterie d'art de M. François Lincke et enfin des meubles spéciaux pour hôtels, cafés, sanatoria, villas, de la Société Française d'Entreprise pour hôtels.

Ces exposants, réunis avec ceux de la classe 70, avaient composé chacun une pièce complète, entièrement meublée selon sa destination ; le public passait de l'une dans l'autre, de telle sorte qu'il avait l'impression, non pas de visiter une suite de stands coupés par des chemins comme dans les expositions précédentes, mais bien de parcourir les appartements d'une habitation luxueuse.

Après les avoir traversés, un enseignement restait: la persistance des ébénistes français à rester fidèles aux anciens styles, soit en les copiant fidèlement, soit en les adaptant aux exigences des installations modernes.

Il y avait cependant lieu d'observer encore que les époques antérieures au XVIIe siècle étaient à peu près abandonnées et que les styles Louis XIV, Louis XV, Louis XVI étaient seuls représentés.

Si le style moderne est ainsi délaissé en France, la cause en est dans ce fait qu'il ne peut concourir d'une façon suffisante à la décoration des salons somptueux ni s'appliquer à la composition des meubles de luxe
Il trouve cependant parfois son utilisation dans l'ameublement des pièces secondaires; dans ce genre moderne, l'exposition française nous présentait deux spécimens d'une certaine valeur.

Des tapisseries, des soieries et des velours, des portières et des tentures décoréeS) ressortissant à la classe 70, complétaient l'ornementation de ces pièces.

MM. Braquenié et Cie, dont le monde entier connaît les splendides tapisseries, chefs-d'œuvre d'art et de goût, fabriquées à Aubusson et aussi à Malines, avaient combiné leur exposition avec celle de M. Lincke. Les riches productions du maître admirable qu'est Lincke et les merveilles artistiques de MM. Braquenié et Cie se complétaient de la façon la plus heureuse.

Les soieries de MM. Cornille frères et les dentelles à la main de MM. Figues, Guyonnet et Supplice - les dignes continuateurs de M. Warée — se mariaient de la façon la plus heureuse dans deux superbes vitrines. Rien n'était plus séduisant que cet ensemble éminemment harmonieux des riches et chatoyantes soieries et de l'élégante et fine dentelle! C'était là l'ameublement français, le goût parisien par excellence.

Plus sobres en leurs effets, plus classiques, mais non moins remarquables étaient les expositions des autres fabricants.

M. Besselière fils, de Maromme, maintenait avec éclat la réputation justifiée de ses belles impressions parmi lesquelles on remarquait spécialement une délicieuse japonaiserie en tons fondus dont le fini était tel qu'on aurait pu la croire faite au pinceau.

M. Lorthiois-Laurent et fils n'avaient pu, en raison du peu d'emplacement dont ils disposaient, présenter qu'un aperçu de leur fabrication si étendue. Tapis moquette Jacquard 3, 4 et 5 grils, velours et peluches de lin s'imposèrent par l'harmonie des nuances, le goût qui avait présidé à la composition des dessins et le fini de la fabrication.

MM. L. Chanée et Cie avaient accompli ce tour de force de rajeunir l'antique velours d'Utrecht. Par un ensemble parfait de nuances délicates et vives qui s’harmonisaient de la façon la plus heureuse, par une série de dessins de gaufrage du style le plus pur, la fabrication si belle et si soignée de cette puissante maison s'affirma à nouveau. Des panneaux tapisserie au métier mécanique, tissés avec coton grand teint et d'un bas prix extraordinaire donnaient à cette exposition une valeur pratique tout à fait intéressante.

Le stand de MM. N. Piquée et ses fils était consacré uniquement au velours d'Utrecht et à ses dérivés. Aux velours unis, gaufrés, striés, catis et ombrés, MM. Piquée et ses fils avaient ajouté des impressions fort intéressantes par le choix des dessins et une reconstitution très remarquable de vieux velours par le tissage ou par l'impression, ils étaient arrivés ainsi à tirer du velours d'Utrecht une véritable nouveauté.

MM. Legrand frères exposaient les impressions en relief sur velours et sur drap dont il ont fait leur spécialité. La variété des dessins, le choix des nuances, affirmèrent une fois de plus le bon goût et l'habileté industrielle des chefs de cette vieille maison connue de tous les acheteurs du meuble. La haute compétence de M. Charles Legrand et son dévouement inlassable pour la défense des intérêts de ses commettants l'avaient désigné pour les hautes fonctions de président du jury du Groupe XII.

Enfin MM. H. Parison et Cie avaient joint au velours d'Utrecht dont ils fabriquent toutes les variétés, des spécimens de leur nouvelle fabrication mécanique de velours et de peluches de lin, de velours coton à la Jacquard, de velours de Gênes, de soieries unies et damassées.

Les éléments d'exposition présentés par les neuf participants français de la classe 71 concouraient également à la décoration des pièces groupées autour du stand du Salon d'Honneur. Des cadres, des miroirs, des maquettes et des projets de décoration d'intérieurs, étaient fixées, çà et là, sur les cloisons.

L'exposition de l'industrie céramique ressortissant à la classe 72, était des plus intéressantes. Ayant en elle le charme évocatoire de sa parenté avec la terre cuite antique, rappelant les efforts de ce noble Bernard Palissy, elle joint à sa beauté propre une autre beauté plus prenante, parce qu'elle atteint directement l'esprit.

Au surplus, cette branche de l'industrie décorative est très importante et surtout dans ce temps où les exigences modernes veulent allier à la beauté pure le souci de la propreté et de l'hygiène. Or, la céramique réalise pleinement ces desiderata.

On remarquait surtout dans la participation de la France dans cette classe, de magnifiques céramiques appliquées à l'architecture: des faïences stanifères de M. Jules Loebnitz, des émaux d'art dont la vitrification calculée réalisait de superbes effets coloristes, des grès artistiques, des mosaïques, etc.

On notait encore des frises composées de motifs assyriens provenant des ruines de Korsabad, de MM. Janin frères et Guérineau qui exposaient également des vasques énormes empruntées aux Romains; des reproductions céramiques provenant des ruines de Ninive, de Babylone, de Byzance. Parmi les produits les plus ordinaires et par conséquent d'une consommation plus grande, on relevait des produits réfractaires, tels les céramiques à base d'amiante pour filtres et accumulateurs électriques,, de MM. Méran frères, des tuiles, des carreaux céramiques, des briques émaillées et enfin des couleurs vitrifiables.

La classe 73 avait comme attributions les cristaux et la verrerie.

Leur représentation était des plus variée, allant de la simple bouteille aux verres pour instruments d'optique et aux fins cristaux colorés artistement.

Dans ce qui se rapportait aux sciences, on remarquait des verres pour la microscopie, les études micographiques, la téléphonie, la micro-téléphonie, les analyses chimiques, la conservation des sérums, de MM. Appert frères, et dans un ordre différent, les verres perforés pour la ventilation hygiénique, des verresi spéciaux, en tubes, pour niveaux de chaudières à vapeur, à grande résistance et à faible coefficient de dilatation, des verres photophores, des verres colorés pour vitraux et pour phares, de la même maison.
Parmi les objets d'usage courant, on accordait une attention spéciale à une glace de vastes dimensions, aux baignoires en verre, dalles polies, verres spéciaux striés, losanges, martelés, sablés, etc., et aux nombreuses bouteilles de toutes formes et de toutes capacités.

La plus grande variété s'avérait dans les objets artistiques de verre ou de cristal. C'étaient les frêles vases d'étagère, les verres à boire de teintes et de formes diverses, précieux comme des fleurs, en prenant quelquefois les formes, tous bibelots qui semblaient destinés à être maniés par de légères mains de femme ou à contenir des liqueurs de dessert, brillantes et parfumées.

On examinait encore une série de lampes et de lustres électriques, d'une translucidité recueillie et intime, de MM. Daum frères.

L'industrie du chauffage et de la ventilation participait de la classe 74.

Les principales maisons françaises y exposaient divers appareils de chauffage et de ventilation, dont des réchauds de Chapuis, des chaudières, fourneaux et matériel pour grandes cuisines de la Société des fourneaux Briffault, des chaudières en tôle à sécheur pour chauffage à basse pression, des marmites de cuisine à vapeur, des robinets et appareils spéciaux pour bains et douches, des appareils stérilisateurs pour salles d'opération, etc., de l'ingénieur-constructeur A. Stoft, de Paris.

Venait enfin la classe 74 comprenant les appareils et les procédés d'éclairage non électrique, soit au gaz de houille, soit à l'acétylène.

Parmi les produits les plus connus participant à l'exposition de cette classe, on notait des carbures de calcium, de baryum, de strontium, et différents becs à l'acétylène à jets conjugués et à mélange d'air, des appareils pour l'emmagasinement de l'acétylène dissous, des appareils producteurs d'acétylène, enfin diverses brochures relatives à l'industrie de l'éclairage par le gaz.

Trois exposants, par leurs appareils nouveaux, attiraient spécialement l'attention des techniciens.

La maison Paul Mallet, spécialisée dès son origine dans la partie chimique de l'industrie du gaz de houille, avait perfectionné ses premiers procédés pour la production de l'alcali volatil et du chlorydrate d'ammoniaque au moyen tant des eaux des usines à gaz que des eaux vannes de vidange, en commençant l'étude des colonnes agitées.

Celles-ci permettent la distillation méthodique des liquides épais tout en réalisant une amélioration considérable dans les conditions hygiéniques de l'opération. Effectuée anciennement dans des chaudières, excluant l'emploi de la chaux et nécessitant une décantation prolongée suivie d'une dessication, cette opération était onéreuse pour le fabricant et malsaine pour le voisinage.

L'adaptation de la colonne agitée qui rendait possible l'emploi de la chaux et permettait de traiter simultanément les liquides et les solides, avait transformé le traite- ment des matières de vidange en une opération simple, économique et inoffensive, tout en rendant un signalé service à la salubrité publique.

Pour l'épuration goudronneuse du gaz d'éclairage, assurée depuis longtemps par les condenseurs à choc, la même maison avait imaginé une disposition spéciale qui permettait le nettoyage continu des cloches perforées de ces appareils et obviait ainsi à toute obstruction provenant des dépôts trop abondants de naphtaline.

Le gaz d'éclairage, livré à la consommation publique, doit, d'après les traités encore en vigueur en France, entre certaines Compagnies exploitantes et les Municipalités intéressées, posséder un pouvoir éclairant minimum. Pour remplir cette condition, malgré les variations dans la qualité des charbons distillés et les aléas de la fabrication, il y a lieu, parfois, d'enrichir en carbures, le gaz obtenu. La Société des Huiles minérales de Colombes, pour répondre à ce desideratum, avait imaginé un appareil qui résolvait le problème d'une façon économique et rationnelle, en permettant d'ajouter au gaz fabriqué de façon continue et proportionnellement à la production, la quantité de carburant exactement nécessaire.

Un dessin d'ensemble exposé par cette société montrait, en même temps que le fonctionnement de l'appareil, la disposition qu'il est recommandable d'adopter.

Les derniers progrès réalisés dans l'emploi de l'acétylène résident principale- ment dans l'utilisation qui a été faite de ce gaz pour la soudure autogène des métaux, procédé supérieur à ceux employés jusqu'à présent. La flamme d'un bon chalumeau oxyacétylénique, ne contenant ni carbure libre ni gaz oxydants, est préférable, au point de vue pratique, à la flamme oxydrique qui est oxydante et à l'arc électrique qui est carburant. Quant à la température obtenue, elle est absolument équivalente à celle de l'arc électrique.

Partant de ces données, un ingénieur, M. Fouché, a imaginé un chalumeau qui réalisait les conditions de commodité et de garanties désirables pour la bonne réussite des opérations de soudures autogènes.

La classe 75 finissait le groupe XII qui, dans la majeure partie de ses attributions, sut intéresser la généralité des visiteurs.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905