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Electricité


Electricité à l'exposition de Liège 1905

La participation française à l'Exposition de Liège a été tellement considérable qu'il nous paraît rationnel de consacrer un chapitre à part à l'examen du compartiment spécial à cette exposition.

On se rendra compte de l'empressement que les exposants français ont mis à nous apporter leur concours quand on saura que sur 181 récompenses attribuées au Groupe V, la France en a remporté 106, soit 28 grands prix, 17 diplômes d'honneur, 24 médailles d'or, 24 médailles d'argent, 8 médailles de bronze et 5 mentions honorables. Il n'est pas possible de citer tous les exposants, ni de passer en revue toutes les pièces montrées par chacun d'eux.

Il nous paraît préférable de faire une promenade à travers le stand de l'électricité, en notant au passage les firmes et les objets intéressants.

Pénétrons dans le compartiment français.

Nous rencontrons tout d'abord la Société anonyme pour le Travail des Métaux qui nous montrait ses produits, plaques à oxydes, plaques Bainville, accumulateurs transportables pour toutes applications.

A l'avant du stand était exposé un appareil fort intéressant: « le détrartreur » dont le but est de nettoyer mécaniquement les tubes à eau des chaudières multitubulaires.

Cet instrument se compose d'une espèce de grattoir à force centrifuge monté sur un électro-moteur d'une construction particulière, que le schéma ci-après nous dispense de décrire. Le moteur, très allongé, comme on le voit, peut pénétrer tout entier dans les tubes à nettoyer et est facilement manœuvré par un seul homme.

Nous passons ensuite devant les produits de la Compagnie française de l'accumulateur l'Aigle, puis nous remarquons l'accumulateur Janteaud à capacité considérable obtenue par l'emploi d'un oxyde de plomb spécial.

L'accumulateur Fredet, au sulfhydrate d'ammoniaque, attire aussi notre attention. Quoique breveté depuis peu, il est déjà assez répandu.

Il faut noter un mode ingénieux de fixation de la matière active; la grille, de forme ordinaire, reçoit un coup de ciseau qui lève une bavure, et cette bavure recourbée maintient très solidement la pâte.

Citons en passant les accumulateurs bien connus de la Société Gramme et ceux de la firme Dinin (automobiles électriques et allumage).

Se rapportant à l'industrie des accumulateurs, nous avons à noter les divers bacs et récipients en verre de la Société anonyme des Manufactures de Saint-Gobain.

MM. Holzschuch et Bonnemaison nous montraient un moteur panchrone triphasé avec transformateur, réalisant la marche en avant et en arrière, l'hypersynchronisme, le freinage et la récupération.

L'exposition de la maison Gramme était des plus brillantes. Son stand comprenait des dynamos, des moteurs à courant continus et polyphasés, des accumulateurs, des instruments de mesure et de contrôle, de l'appareillage, des lampes à arcs et à incandescence; comme on le voit, l'activité de cette maison s'étend à presque toutes les branches de l'industrie électrique qu'elle aborde avec le plus grand succès.

La Société alsacienne d'application industrielle nous donnait, comme nouveautés, le moteur à répulsion compensé (brevet Lehman) et le moteur Compound Heyland asynchrone monophasé. Elle exposait aussi un moteur triphasé à vitesse variable, un survolteur et de nombreuses photographies d'installations.

La Société parisienne pour l'industrie des chemins de fer et tramways exposait des moteurs de tramways et des engrenages; remarqué un moteur de chemins de fer de 175 chevaux, des controllers de différents modèles, etc.

L'exposition de la Compagnie Westinghouse était des plus intéressantes et confirmait le renom de cette société. Ses moteurs et générateurs à courant continu, ses contrôleurs spéciaux pour ponts roulants et engins de levage, compteurs électriques, son matériel de tramways, étaient très admirés, sans oublier la fameuse lampe à vapeur de mercure de Cooper Hewitt dont la lumière blafarde donnait au teint des jolies visiteuses une apparence si inattendue.

La Société égyptienne d'électricité présentait les permutatrices Rougé-Fayet, dont le fonctionnement intriguait bon nombre d'électriciens.

Comme on le sait, les permutatrices, comme les commutatrices et les transfor- matrices, sont des appareils destinés à transformer en courant continu les courants alternatifs, triphasés.

Supposons deux cylindres en tôle de fer reliés par une denture, de manière à former une pièce rappelant le stator d'un moteur asynchrone, à denture fermée. Si l'on munit ce noyau d'un enroulement triphasé, on obtiendra une sorte de primaire de trans- formateur, à pôles tournants. Un circuit secondaire bobiné dans les mêmes encoches donnerait également un courant triphasé si les points de captation étaient fixes. Mais si ces points tournent dans le même sens que le champ et à la même vitesse, la captation nous donnera un courant continu. C'est l'inverse de la dynamo où l'induit tourne sous un champ fixe. Ici le champ tourne autour de l'induit qui est immobile, et si cet induit est muni d'un collecteur, ce sont les balais qui doivent tourner avec le champ.

Nous nous bornons à indiquer le principe de l'appareil sans entrer dans des détails qui nous entraîneraient trop loin. Qu'il nous suffise de dire que ces machines,, sous un très petit volume, ont une puissance spécifique considérable : une permutatrice de 150 kilowatts ne pèse que 2.240 kilos, soit 15 kilos par kilowatt.

Mentionnons encore le système original des porte-balais. La force centrifuge était ici l'inconvénient des dispositifs ordinaires. Les inventeurs ont ingénieusement tourné cette difficulté à leur avantage, en utilisant cette même force pour obtenir la pression voulue sur le collecteur.

Le matériel Labour pouvait se voir au stand de la Société d'éclairage électrique de Paris qui montrait, entre autres machines, un alternateur de 450 kilowatts actionné par moteur Delaunay-Belleville.

Les turbines à vapeur commençant à s'imposer à l'attention des industriels, il était intéressant de voir le groupe électrogène exposé par la Maison Sautter-Harlé, dans lequel une turbine à vapeur Râteau actionnait un alternateur triphasé de 400 kw à 3.000 volts, avec excitatrice compoundante Blondel. Ses pompes centrifuges à grande élévation et ses ventilateurs à haute pression, mus électriquement, attiraient aussi l'attention.

La Française Electrique présentait une dynamo à courant continu conduite par moteur asynchrone triphasé à 3.000 volts et différents petits moteurs.

Les ateliers de constructions mécaniques Aster avaient exposé leurs groupes électrogènes au pétrole, précieux pour les petits éclairages de châteaux, maisons de campagne, partout où il n'existe pas de distribution d'électricité.

Nous avons rencontré dans cette même classe beaucoup d'utilisations mécaniques de l'électricité très intéressantes telles que les appareils de levage électro- magnétiques de Gustin fils aîné, les marteaux-pilons, les perforatrices, les freins électriques de Guénée, Albert et C'S ainsi que les appareils de commande d'aiguilles et sémaphores, les cabestans électriques pour traction de wagons et locomotives de Millairet-Huguet, la riveuse électrique de Piat et ses fils.

Mentionnons encore le matériel de traction de la Compagnie générale constructions électriques, celui de Cadiat et Cie, et de Bisson, Berges et Cie.

II convient de rappeler que plusieurs groupes électrogènes français fournissaient une partie de l'énergie électrique employée à l'Exposition. Citons entre autres le groupe Sautter-Harlé, dont nous avons parlé, le groupe de la Société Egyptienne d'Electricité, un groupe avec moteur à gaz pauvre des anciens établissements Cail, avec dynamo génératrice Westinghouse de 75 kilowatts 250 volts 750 tours, attaquée par courroie, et ceux des ateliers de constructions mécaniques Aster.

Les matières premières étaient montrées par Avtsine et Cie, avec ses micas, micanites et isolants, les fils et câbles par Geoffroy-Delore et par de La Mathe.
Les accessoires, tels que porte-balais, balais métalliques, par Boudreaux.

N'oublions pas les balais de charbon, spécialité de la Société le Carbone, qui exposait en outre des charbons pour piles. Cette société montrait jusqu'où peut aller l'application industrielle d'un produit, en présentant au public toutes espèces de pièces en charbon, et, notamment, des tourillons pour arbres de transmission.

L'art de l'éclairage électrique était né avant la dynamo. Le premier rudiment de lampe à arc date de 1813, lorsque Davy s'aperçut qu'en écartant deux charbons parcourus par un courant provenant de piles, une vive lumière jaillissait dans l’intervalle.

En 1843, Foucault, et après lui Archereau, construisirent des appareils lumineux dits «régulateurs» basés sur cette découverte, mais ce n'est qu'après que Gramme eut créé la dynamo que l'emploi des lampes à arc put s'étendre. Maintenant, qui ne les connaît? quelle est la ville de quelque importance dont les principales artères ne soient illuminées par des lampes à arc? quel est le commerçant qui ne fasse pas briller ses vitrines, et l'industriel qui n'éclaire pas ses halls par des lampes à arc de toutes formes et de toutes espèces - lampe à arc à air libre, en vase clos, à charbons minéralisés, à éclairage indirect? Tout a été tenté. - Tout le monde n’a pas réussi mais cependant les expositions de MM. Delafond et Leseible, de la maison Bisson- Berger et Cie, de la société Westinghouse, de la société des Téléphones, de la société Gramme, de Vigreux et Brillé, de la Compagnie des lampes Jandus, de Bardon, montrent que beaucoup savent bien faire et que plusieurs s'approchent de la perfec- tion. Avez-vous vu les effets magnifiques que l'on obtient avec les charbons minéralisés dizones, dans les lampes exposées par la Société française d'Incandescence par le gaz?

A côté de tous ses avantages, la lampe à arc a cependant un côté faible. Elle se prête mal à la division de l'éclairage; c'est de là que vient le succès de la lampe à incandescence mise au point vers 1880 par Edison qui imagina le filament de bambou carbonisé, porté à incandescence dans le vide. Depuis cette époque, naturellement, de nombreux perfectionnements ont été apportés à l'invention du célèbre Américain et le prix de la lampe s'est abaissé en même temps que s'améliorait la qualité.
Aussi l'emploi en est-il devenu général. Ce n'est pas par milliers, mais par centaines de mille, que les usines américaines, anglaises, françaises et allemandes les jettent chaque jour sur le marché. Il existe en France plusieurs de ces usines, mais seules la Compagnie pour le Travail électrique et la Société Gramme exposaient ce genre de produits.

Les accessoires des lampes à incandescence étaient mieux représentés.

En lustrerie, nous trouvons H. Beau, Gtiinier; en fait d'appareillage, citons: Ferrero, Burgunder, Dominguo, Clémançon, Société industrielle des Téléphones, Grivolas Very, Compagnie générale des constructions électriques, Manufacture parisienne d'éclairage électrique et la Maison Gramme.

Comme nouveautés, nous avions les ravissantes perles électriques de Weissman. Proscrivant les affreux conducteurs apparents ou mal dissimulés qui gâtent les plus jolis effets, M. Weissman a créé une lustrerie en perles de cristal taillé qui isolent tout en les masquant, les conducteurs qui les traversent et qui forment des guirlandes brillant de mille feux.

Très remarqué aussi le portique lumineux de Paz et Silva, qui ont acquis un réel monopole des illuminations de toutes les grandes fêtes, grâce à leur système si simple et si ingénieux des bandes souples.

Abandonnons maintenant l'éclairage pour nous rapprocher de cette région mystérieuse qui est aux confins de }a lumière et de l'électricité, et où nous trouvons la radiographie, les rayons X, la télégraphie sans fil, pour rentrer ensuite dans le monde plus tangible par la télégraphie ordinaire, la téléphonie, les piles, sonneries, les appareils médicaux et de laboratoire. L'énumération des objets exposés serait fastidieuse, d'autant que les appareils qui figurent dans ces catégories, rentrent dans ce que l'on pourrait appeler l'horlogerie de l'électricité et que tel fabricant qui s'occupe de radiographie fait aussi des appareils médicaux, des piles, des appareils de laboratoire. Ainsi Gaiffe, par exemple, nous montre des galvanos-cautères, des lampes pour l'éclairage des cavités, des transformateurs médicaux, des machines à électricité statique, des appareils pour franklinisation, haute fréquence, radiographie, radioscopie, et que sais-je encore. Il en est de même de l'exposition de Radiguet et Massiat.

Dans tout ce compartiment, le public non initié passe sans comprendre grand chose, il entend les pétarades des bobines de Ruhmkorff, voit jaillir d'énormes étincelles entre deux sphères de cuivre, ou sortir une touffe de petites étincelles bleues d'une espèce de goupillon, ce qu'on lui dit être de haute . fréquence; il contemple des photographies macabres lui montrant une main ou plutôt un squelette de main, avec une vague ombre de chair tout autour et une grosse bague noire à l'annulaire, ou une pointe d'aiguille enfoncée dans la paume.

La télégraphie sans fil était présentée par les Ateliers Thomson-Hauston, par Ducretet, Mars, Radiguet. En télégraphe et téléphone, il convient de signaler en tout premier lieu l'exposition du Ministère du Commerce et de l'Industrie, des Postes et Télégraphes, exposition rétrospective du plus haut intérêt.

Nous avons ensuite les appareils télégraphiques Baudot exposés par la Maison Carpentier, le télégraphe Kotyra, très ingénieux, les téléphones et sonneries Mildé, l'exposition de la Société industrielle des Téléphones, celle de la Maison Mambret, et de Ducretet.

Les appareils de laboratoire et de mesure étaient brillamment représentés par des firmes dont la réputation n'est plus à faire : Société Qramme, pour ses appareils industriels, Richard, avec ses enregistreurs, Carpentier, Chauvin et Arnoux, et d'autres.

Bien que l'horlogerie électrique doive être considérée plutôt comme du domaine de la mécanique (l'électricité y entre pour si peu !), citons cependant avec éloges les expositions de Vigreux et Brillié, Paul Garnier, Château frères, Henry Lepaule, Sallin.

Quand nous aurons examiné les projecteurs de scène de Barbier, Renard et Turenne, les appareils de projections de toutes natures de Radiguet, les appareils de phare de Henry Lepaule, nous passerons en revue les câbles sous-marins, télégraphiques, téléphoniques de la Société industrielle des Téléphones, les fils nus des Tréfileries du Havre, Geoffroy et Delore, dont nous avons déjà parlé, ainsi que de De La Mathe, et nous quitterons à regret ce compartiment en emportant l'impression que l'industrie électrique y était représentée d'une façon tout à fait remarquable, digne de son passé, digne de sa valeur actuelle, et digne enfin de cette grande nation qu'est la France.

©Livre d'Or de l'Exposition Universelle de Liège 1905